Cendres et graines, transformation de la poésie : Yves Di Manno
Avec « Élagage » (Flammarion, 2026), Yves di Manno livre un bilan final et incisif de ses réflexions de plusieurs décennies sur la poésie : le volume rassemble des textes épars – critiques, portraits, essais – agencés en une cartographie volontairement fragmentaire de la poésie depuis la fin du XXe siècle. Au cœur de cette démarche se déploie un double travail de clarification : d’une part, la mise au jour de lignées occultées de la tradition (notamment celles du modernisme nord-américain et du surréalisme belge) ; d’autre part, une critique des formes rigides, des discours à la mode et d’une poésie contemporaine qui aurait dégénéré en auto-dramatisation. Il n’en résulte pas un panorama systématique, mais un contre-canon qui replace la poésie au centre et la défend comme un travail linguistique précis. Parallèlement, l’ouvrage marque un tournant historique : il clôt la collection « Poésie/Flammarion », conçue par di Manno pendant trois décennies et qui a largement contribué à la visibilité de la poésie contemporaine. Ainsi, « Élagage » n’apparaît pas comme une lamentation nostalgique, mais comme une passation de pouvoir critique – une invitation à perpétuer la « discrète efficacité » des formes poétiques dans un contexte culturel en mutation. Par l’entrelacement d’une histoire de lecture personnelle, d’une pratique éditoriale et d’une réflexion poétologique, l’ouvrage devient un instrument d’orientation : il ne se contente pas de dresser un bilan, mais ouvre aussi des perspectives sur une poétique future et résistante, affranchie des conventions littéraires établies.
➙ Vers l'article