L'œuvre manquante : Xavier Garnier et Mohamed Mbougar Sarr en dialogue
L’ouvrage de Xavier Garnier, « Quels lieux pour les littératures en langues africaines ? », et le roman de Mohamed Mbougar Sarr, « La plus secrète mémoire des hommes », s’articulent autour de la question de la visibilité des littératures africaines et du sort réservé aux écrivains qui défient les attentes du milieu littéraire français. Dans son étude, Garnier reconstitue l’histoire occultée des littératures de langues africaines et montre la forte influence de langues telles que le wolof, le gikũyũ et le kiswahili sur les textes francophones, bien que ces langues demeurent largement invisibles sur la scène littéraire internationale. Sarr explore la même problématique comme une quête littéraire : le jeune auteur sénégalais Diégane Latyr Faye suit les traces de l’énigmatique T.C. Elimane, dont le célèbre roman de 1938 disparaît suite à de vives réactions racistes et exotisantes. Cet essai envisage les deux ouvrages comme complémentaires : les concepts théoriques de Garnier – tels que la littérature comme « écosystème » de langues, de lieux et d’institutions – éclairent la raison pour laquelle Elimane est à la fois admirée et exclue dans le roman, tandis que Sarr traduit les considérations abstraites de Garnier en scènes concrètes, comme les critiques de journaux parisiens fictives ou les passages multilingues en wolof et en sérère. L’analyse est particulièrement pertinente lorsqu’elle montre que les auteurs africains du monde francophone se trouvent encore tiraillés entre deux attentes contradictoires : la nécessité d’être à la fois « authentiquement africains » et d’avoir une portée littéraire universelle. C’est précisément à partir de cette tension que l’essai élabore une interprétation précise et éclairante du roman de Sarr, comme une réflexion sur la reconnaissance littéraire, l’appartenance linguistique et la possibilité d’écrire dans un contexte postcolonial.
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