Entre installation artistique et non-dystopie : le diagnostic radical du présent selon Théo Casciani.

Dans ses romans « Rétine » (2019) et « Insula » (2026, tous deux publiés chez POL), Théo Casciani présente deux expériences interdépendantes explorant le présent numérique. Tandis que « Rétine » dissèque la désintégration d'une relation à distance dans un monde d'installations artistiques, de conversations Skype et d'images circulant à l'échelle mondiale, « Insula » intensifie cette esthétique de la distance jusqu'à la dystopie existentielle : une pilule de réalité virtuelle illégale, une radicalisation politique et la mort du père des suites d'un cancer s'entremêlent pour former un récit d'inaccessibilité, de deuil et de froideur algorithmique. Les deux romans s'articulent autour de la question de la transformation de la perception, du corps et de l'intimité dans un contexte de médiatisation permanente. – Cette double interprétation permet de lire ces textes comme une évolution d'une « poétique de la surface » esthétique vers une non-dystopie chargée de sens moral. Elle développe son argumentation autour de catégories centrales – le regard, l’espace, le temps, l’intertextualité, la masculinité – et montre comment Casciani érige le motif de l’œil en matrice poétique : de la rétine comme réceptacle de stimuli visuels à l’insula comme métaphore neuronale de l’isolement. Les deux romans culminent dans le « Cri » – moment où le corps interrompt la domination des images et s’affirme face à la simulation lisse du monde.

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