Beauté, corruption et généalogie littéraire : la culpabilité de Capote, les adieux d’Aragon, Simon Liberati et la mort de Taïné

« New York City Inferno » de Simon Liberati (Stock, 2026) clôt une trilogie romanesque commencée avec « Les Démons » (2020) dans le Paris de la fin des années 1960 et se poursuit, via la Rome des années 1970 (« La Hyène du Capitole », 2024), jusqu’au Manhattan de 1974-75 – un New York à la croisée des chemins entre pop et punk, entre les derniers feux de l’après-guerre et les premiers signes annonciateurs d’une épidémie encore sans nom. Au cœur de ce récit se trouvent les frères et sœurs Tcherepakine, nés en Russie : Taïné, androgyne, toxicomane, précurseur du punk, qui meurt sur la goélette Elseneur à Palma de Majorque, et Alexis, l’écrivain en herbe vagabond qui, finalement, accepte l’argent de Capote et entreprend l’écriture du livre qui constitue déjà le premier tome de la trilogie – un ruban de Möbius où genèse et œuvre sont inextricablement liées. L'essai interprète la trilogie comme une structure circulaire : le livre qu'Alexis annonce à la fin du troisième volume porte le même titre que « Les Démons », et cette circularité constitue une affirmation poétique : la littérature ne naît pas du néant, mais de la survie, de la matière des morts. Truman Capote, qui apparaît dans le roman comme un cadavre vivant et confie à l'étudiant une mission apostolique, est la figure centrale : Liberati accomplit ce que Capote n'a pu faire avec « Prières exaucées », car la victoire sociale avait rendu l'écriture impossible : il écrit le Proust américain comme un Proust français, avec la même chronique sociale, la même trahison, la même conviction que le commérage est une forme littéraire, mais avec la charge affective qui fait défaut à l'ironie clinique de Capote. Dans cette constellation, la brève et hallucinatoire apparition de Louis Aragon prend toute sa dimension : le vieux communiste, qui contemple à travers une vitre embuée un tableau de Balthus et fredonne des vers de Nerval, n'est pas seulement un geste intertextuel, mais le témoin de la fin – le dernier représentant d'une littérature européenne engagée, qui fait ses adieux à Bérénice (le nom du personnage principal d'« Aurélien » d'Aragon), laquelle, contrairement à l'œuvre d'Aragon, n'est pas une martyre historique dans la version de Liberati, mais une vision purement esthétique de la jeunesse, que le vieil homme aperçoit à travers une vitre et ne peut toucher avant de disparaître sur le chemin sablonneux, emportant avec lui une époque.

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Œuvres tardives comme laboratoire : Jean-Jacques Schuhl et Simon Liberati

« Les apparitions » de Jean-Jacques Schuhl et « Performance » de Simon Liberati (tous deux parus en 2022) explorent le thème d'écrivains vieillissants dont le déclin physique devient le point de départ d'une expérience littéraire radicalement renouvelée. Dans « Les apparitions », Schuhl met en scène un narrateur qui, après une grave hémorragie interne et une hypoxie cérébrale, est hanté par des « apparitions » : des événements visuels autonomes et d'une grande présence, qui refusent d'être des rêves ou des hallucinations. Le texte déploie une poétique du montage, de la citation et de la désubjectivation, où le moi s'efface progressivement derrière des images, des voix et des fragments étrangers. « Performance », quant à elle, raconte l'histoire d'un auteur de 71 ans qui, après un AVC, retrouve une énergie créatrice renouvelée grâce à une commande sur les Rolling Stones. Cette énergie est cependant largement alimentée par une relation scandaleuse avec sa jeune belle-fille, qui lui sert d'écran de projection pour un désir excessif. Le roman de Liberati mêle maladie, décadence, culture populaire et transgression dans une mise en scène provocatrice du vieillissement comme expérience esthétique aux limites de l'expérience humaine. – La critique considère les deux romans comme des œuvres paradigmatiques de la vieillesse, qui appréhendent le vieillissement non comme une phase de bilan ou de modération, mais comme un extrême esthétique. Elle soutient que Schuhl et Liberati développent deux modèles contrastés mais complémentaires du « créateur vieillissant » : une imagination réceptive et déresponsabilisante chez Schuhl, qui dissout presque le moi dans l'acte d'écrire, et une imagination agressive et transgressive chez Liberati, qui affirme une forme ultime de souveraineté artistique précisément dans le déclin moral et physique. Au cœur de l'analyse se trouve la thèse selon laquelle la pathologie, la maladie et la proximité de la mort deviennent « matière première de la pensée » dans les deux textes, d'où émergent de nouvelles formes d'intensité littéraire. La critique montre ainsi comment l'œuvre tardive fonctionne non comme un chant du cygne, mais comme un laboratoire où la littérature réexamine radicalement ses propres limites face à la mortalité.

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Simon Liberati, Démons à Rome

Le roman de Simon Liberati, « La hyène du Capitole » (2024), deuxième tome d'une trilogie sur la désintégration des années 60, est une synthèse de style décadent, de réflexion littéraire et d'analyse socioculturelle. Situé en 1970, le roman suit Alexis Tcherepakine, un jeune Romain dont la vie est marquée par un mélange d'excentricité, de quête intellectuelle et de déclin social. Évoluant au sein de la haute société romaine, Alexis travaille comme assistant photographe et est attiré par des personnalités telles que l'acteur Helmut Berger et sa propre sœur, Taïné. Au fil de ses errances dans les rues de Rome, il découvre à la fois la beauté et la décrépitude de la ville.

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

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