Poétique de l'enfance : Sébastien Dulude, Amiante (2024)

Le roman « Amiante » (2024) de Sébastien Dulude relate l’enfance de Steve Dubois à Thetford Mines, ville minière canadienne marquée par l’exploitation de l’amiante, un lieu contaminé écologiquement et socialement. Dans un monde de violence, de maladie et de résignation latente, Steve noue une amitié profonde avec Charlélie Poulin, un garçon de son âge : ensemble, ils construisent des cabanes dans les arbres, explorent des paysages dévastés et partagent leurs premières expériences d’intimité physique. La structure épisodique et fragmentaire d’« Amiante » reflète le travail poétique de la mémoire : Dulude dépeint l’enfance comme imprégnée de vulnérabilité, de beauté, de danger et de sensualité. Les expériences physiques – chaleur et poussière, blessures, toucher – façonnent la perception et forgent une conscience précoce intense qui devient la source du langage poétique. Cet article examine comment Dulude n’idéalise pas l’enfance avec nostalgie, mais la présente plutôt comme une origine dynamique du récit – une forme d’expérience où s’entremêlent les premiers élans du langage, de l’imagination et du deuil. « Amiante » est un livre mélancolique et puissant sur l'enfance face à un monde toxique – et sur la possibilité de préserver l'éphémère par le langage.

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