Trois variations intermédiales d'Orphée : Palerme, Berlin et les États-Unis de Trump dans l'œuvre de Sébastien Berlendis

Cette recension envisage le nouveau roman de Sébastien Berlendis, « 24 fois l'Amérique » (Actes Sud, 2026, cité dans FA), en lien avec deux ouvrages précédents (« Revenir à Palerme », 2018, et « Seize lacs et une seule mer », 2021), comme les éléments d'une constellation poétique cohérente. Ces trois textes explorent un motif narratif commun : un narrateur à la première personne suit la piste d'une femme disparue, traversant des paysages chargés d'histoire, de souvenirs et de mélancolie. Tandis que le premier roman déploie une recherche quasi claustrophobique de l'amante perdue, Délia, dans un Palerme en déclin, faisant de la photographie un moyen de remémoration, le second transpose cette quête sur les lacs estivaux de Berlin, où des films Super 8 d'une femme mystérieuse deviennent le point de départ d'une reconstruction paisible du passé. FA étend désormais ce mouvement à un road movie à travers la Rust Belt américaine : le narrateur voyage de New York au lac Michigan pour retrouver Marianne, qui n’est présente depuis des années qu’à travers des cartes postales dessinées. Le roman déploie un voyage visuellement structuré à travers des motels, des friches industrielles et des paysages lacustres, où le matériel photographique, les images surexposées et les plans cinématographiques deviennent des métaphores centrales de la fragilité de la mémoire. Marianne apparaît moins comme une figure réelle que comme une « présence par l’absence », dont le narrateur suit la trace dans un paysage de souvenirs fragmentés. – L’article soutient que ces trois romans peuvent être lus comme une variation intermédiale sur le mythe d’Orphée. Le narrateur de Berlendis évolue constamment dans un mouvement paradoxal entre mémoire et présent : tel Orphée, il tente de retrouver Eurydice, mais sa quête ne le conduit pas à la reconquête de sa bien-aimée, mais plutôt à une transformation esthétique de la perte. L’analyse révèle que cette poétique est fortement influencée par les médias visuels. La photographie, le film et les images Polaroid structurent non seulement les perceptions des personnages, mais aussi l'organisation formelle des textes – notamment dans le roman le plus récent, dont les vingt-quatre épisodes évoquent des plans d'un road movie mélancolique. Parallèlement, cet article interprète ce dernier roman comme un roman politique indirect sur l'Amérique contemporaine : le voyage à travers la Rust Belt traverse des villes désindustrialisées, des paysages empreints de religiosité et des espaces urbains dominés par les migrants, dressant ainsi un portrait complexe d'un pays socialement fracturé. Cette interprétation soutient que Berlendis ne formule pas cette dimension politique de manière programmatique, mais la laisse plutôt émerger d'une poétique de l'observation où mémoire personnelle, perception médiatique et paysages historiques s'entremêlent.

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Orphée à Berlin, la ville des lacs, en film Super 8

Dans « Seize lacs et une seule mer », Sébastien Berlendis explore l’histoire de Berlin à travers le prisme de ses paysages. Ce livre, idéal pour l’été, suit le périple d’une femme d’un lac à l’autre, brossant un tableau presque bucolique de Berlin. Lac Blanc. Lac Long. Müggelsee. Wannsee. Lac du Diable.

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