Le mot unique : Samuel Poisson-Quinton
Le roman « Hapax » (Actes Sud / Inculte, 2026) de Samuel Poisson-Quinton raconte l'histoire d'un jeune écrivain parisien qui, après la mort de son père et la perte de son héritage, sombre dans une crise de deuil et de perte de langage, tout en vivant dans une ville politiquement déformée, autoritaire et écologiquement transformée, et en développant une relation intense à distance avec la cavalière Artémise ; l'intrigue épisodique et grotesque – des funérailles et de l'expropriation aux rencontres absurdes, à l'arrestation et à l'interrogatoire – culmine avec la révélation de la grossesse d'Artémise, bouclant ainsi le cycle de la mort et de la naissance et contrastant l'expérience du retour existentiel avec la linéarité formelle. Cette analyse soutient que la contrainte oulipo du roman – l’interdiction de la répétition des mots – n’est pas une simple expérience formelle, mais un principe structurant qui imprègne tous les niveaux : le style (enchaînements de synonymes, changements de registre), l’intrigue (épisodes grotesques nés de la nécessité linguistique), la conception des personnages (disparition plutôt que retour) et la poétique (autoréflexion sur la règle). Un contraste saisissant se dessine entre la suite d’événements, souvent grossièrement comique et grotesquement exagérée, et le registre archaïque, sublime et délibérément artificiel du langage, qui élève pathétiquement ces banalités tout en révélant leur absurdité. Au cœur de l’analyse se trouve la thèse d’une auto-contradiction productive : tandis que la loi linguistique interdit toute répétition, le monde narré insiste sur des schémas cycliques (deuil, désir, succession générationnelle), de sorte que le roman tend nécessairement vers sa propre rupture, qui survient dans la transgression délibérée de la règle lors de la scène finale. L'essai interprète cette collision comme une allégorie de la fugacité et de la récurrence et voit dans les contraintes un équivalent poétique du travail de deuil : l'invention forcée de mots toujours nouveaux pour un même référent devient l'analogue linguistique d'une perte qui ne peut être répétée et qui pourtant revient sans cesse.
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