Années glorieuses : la fin de la saga de Pierre Lemaitre
La saga en quatre volumes « Les Années glorieuses » retrace l'essor de la France d'après-guerre, de 1948 à l'aube de 1968, à travers le prisme de la famille Pelletier. Débutant dans le Saïgon colonial (« Le Grand Monde »), où le scandale Piaster révèle la faillite morale de l'empire, le récit se poursuit avec la reconstruction et la modernité technocratique du début des années 1950 (« Le Silence et la Colère »), puis l'ère atomique et la Guerre froide (« Un avenir radieux »). Les grands projets d'infrastructure, la société de consommation, le spectacle médiatique et les mythes politiques sont systématiquement présentés sous un double angle : promesses de progrès et mécanismes de répression des violences sociales. Le dernier volume (« Les belles promesses ») réunit ces différents fils narratifs dans le Paris du début des années 1960, où la construction du boulevard périphérique devient le symbole poignant d'une modernité bâtie sur la dépossession, la corruption et le silence. Avec la mort de personnages clés et l'effondrement des structures de pouvoir familiales, la prospérité des « Années glorieuses » se révèle être le fruit d'une culpabilité accumulée. – Cet essai interprète systématiquement cette tétralogie comme une autopsie rétrospective d'une époque. L'argument central est que les Années glorieuses ne marquent pas le début de la modernité, mais plutôt son écho tardif – la « dernière page du XIXe siècle ». La date de fin est cruciale : le roman s'achève le 21 mars 1968, la veille du déclenchement des troubles, dans un moment d'hésitation. Lemaitre n'explique pas le bouleversement de 1968, mais plutôt sa nécessité. Simultanément, un changement poétique s'opère : avec la révélation de François Pelletier comme auteur fictif de la saga, l'œuvre abandonne sa prétention journalistique à la vérité et affirme le roman comme la seule forme appropriée pour comprendre cette époque. La narration devient analyse, la fiction, intuition historique. La tétralogie ne s'achève donc pas sur l'espoir, mais sur la clarté : elle montre pourquoi l'ancien était épuisé – et pourquoi le nouveau devait advenir.
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