Défiguration, honte et spectacle : Pierre Jourde et Victor Hugo
« La marchande d'oublies » de Pierre Jourde (Gallimard, 2025) est un roman à la fois sombre et envoûtant, qui explore la mémoire, la folie et le grotesque, mêlant l'univers des forains et des clowns du XIXe siècle aux prémices de la psychiatrie. Narré à la troisième personne, il relate l'histoire d'un médecin qui, lors d'un voyage en train, rencontre le monstrueux clown Alastair – vestige vivant du monde cauchemardesque des fêtes foraines – qui lui confie son amnésie, son enfance troublante et la vision d'une « marchande d'oublies » vendant un doux oubli comme salut. Jourde tisse une parabole d'une esthétique sombre sur la désintégration du sujet à l'ère de la science et du spectacle modernes – un monde où scène et asile, art et maladie, se confondent. Dans une proximité frappante avec « L'homme qui rit » de Victor Hugo, Jourde radicalise le motif romantique du visage déformé : le rire, autrefois symbole d'accusation, devient symptôme d'une décadence universelle.
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