Paris, ville en ruines : Philippe Bordas

Le roman de Philippe Bordas, « Les Parrhésiens » (2025), est un hommage aux anciens « parrhésiens », ces Parisiens qui, selon Rabelais, alliaient le don d’éloquence (la parrhêsia) au courage de dire ce qu’ils pensaient. Le narrateur de Bordas redécouvre cette espèce supposément disparue dans un gymnase abandonné du boulevard Montparnasse. La rencontre avec ces hommes éloquents, physiquement difformes, mais d’une prestance héroïque, devient une scène littéraire primordiale : une descente sociale, une ascension physique, une renaissance poétique. En confrontant la marginalité parisienne, Bordas met en scène une poétique de la « parrhêsia » – résistante, archaïque, physique, extatique. Dès la première page, Paris n’est pas un décor, mais un organisme vivant : il respire, transpire, vieillit. Le narrateur vit au-dessus du cimetière du Montparnasse, dans un belvédère vertigineux, et contemple un Paris au bord du gouffre. Cette ville est vivante, mais à l'opposé du Paris cliché des romans, des films et des guides touristiques. Elle vit comme un corps malade, un cadavre rongé par la gentrification, le déclin linguistique et le déracinement social. Pourtant, elle porte les traces d'une vie ancienne qui renaît peu à peu : dans les voix des « parrhésiens », dans les mouvements des corps, dans la violence des mots.

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