Le droit bafoué : Nelly Alard
Le roman de Nelly Alard, « La manif » (Gallimard, 2025), inspiré de faits réels, met en lumière les effets dévastateurs de la violence d'État et de l'injustice institutionnelle sur une famille. Le style narratif d'Alard, décentralisé et polyphonique, se caractérise par une grande proximité avec ses personnages. Il s'agit d'une poétique du ralentissement et d'une profondeur psychologique qui oppose la dureté des forces juridiques et politiques à la sensibilité de la subjectivité. Les chapitres alternent entre les membres de la famille, créant un récit fragmenté mais cohérent de la souffrance familiale. Le roman montre comment l'injustice politique s'enracine dans les vies privées, comment le corps de la victime (Romain) devient une archive silencieuse des bouleversements sociaux. L'engagement éthique et esthétique du texte réside dans cette polyphonie : il ne se contente pas de cautionner l'accusation, mais, grâce à une recherche méticuleuse, des scènes médicales et juridiques d'une grande richesse et des mondes intérieurs d'une grande crédibilité psychologique, il crée un processus littéraire de production de la vérité. « La Manif » n’est pas un traité, mais un processus : la littérature comme une audience, une enquête, une forme de procédure qui conçoit la justice comme un idéal ouvert, encore à atteindre. [Un article de la section « Créer la justice ».]
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