Le monde comme surface, la surface comme monde : trompe-l'œil et ekphrasis dans l'œuvre de Maylis de Kerangal

Le roman de Maylis de Kerangal, « Un monde à portée de main » (2018), suit Paula Karst, une jeune Parisienne qui apprend l'art du trompe-l'œil dans un institut bruxellois et travaille ensuite comme peintre décoratrice dans des studios de cinéma, des restaurations d'églises et des villas, jusqu'à participer à une reproduction monumentale des peintures rupestres de Lascaux. Cet essai analyse le roman comme le pendant littéraire de son propre thème : de même que la peinture de Paula tend à s'effacer au profit d'une surface d'un réalisme trompeur, la prose de Kerangal procède elle aussi de manière ekphrastique et illusionniste, évoquant couleurs, matières et espaces visuels avec une telle sensualité que le lecteur en oublie les mots qui sous-tendent cet univers. Le trompe-l'œil parfait requiert non seulement l'illusion, mais aussi la désillusion – ce n'est que lorsque l'œil reconnaît l'illusion comme art que l'œuvre révèle sa véritable beauté. À partir de là, l'interprétation élargit la question à la relation entre l'original et la copie, relation radicalement subvertie dans le roman, de la formation bruxelloise à la statue funéraire égyptienne du musée de Turin : la copie n'est pas un mensonge, mais une création de la réalité – et le travail de Paula sur Lascaux pose finalement à nouveau la plus ancienne question de l'histoire de l'art : qu'est-ce qu'un original si les peintures rupestres de la préhistoire elles-mêmes ne souhaitaient rien de plus que de rendre le monde si réel qu'on puisse le toucher ?

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Surf et résonance : Maylis de Kerangal

Le dernier roman de Maylis de Kerangal, « Jour de ressac » (2024), est analysé dans cet article principalement à travers le principe d'analogie, de correspondance et de résonance qui traverse son œuvre (notamment « Naissance d'un pont » 2010, « Réparer les vivants » 2014, « À ce stade de la nuit » 2014, « Un monde à portée de main » 2018, « Kiruna » 2019, « Canoës » 2021, « Seyvoz » 2022 avec Joy Sorman, et « Un archipel » 2022), lequel constitue la structure même de son travail. L'intrigue s'ouvre sur un appel téléphonique de la police criminelle du Havre, qui confronte l'héroïne à la découverte d'un « homme non identifié » et la plonge au cœur de son propre passé ainsi que de l'histoire de sa ville natale. Le Havre apparaît comme une « ville fantomatique », dont les strates détruites et reconstruites, notamment celles résultant des bombardements alliés de 1944, forment un paysage palimpseste de la mémoire, où le présent est imprégné d'échos du passé. La métaphore centrale du roman, le « ressac » – le reflux ou le déferlement des vagues sur le rivage – symbolise la manière dont la mémoire déferle en vagues puissantes, se brise et laisse derrière elle une image scintillante qui affecte passivement le narrateur, tout en lui fournissant l'impulsion nécessaire à l'écriture. Le texte devient ainsi moins un roman policier conventionnel et, grâce à la dimension introspective prononcée du narrateur à la première personne, une réflexion poétique sur les mécanismes de la mémoire et la manière dont le passé résonne dans le présent. La fascination du roman réside dans son exploration profonde de l'identité et de l'impermanence. Le corps non identifié de l'homme sur la plage devient un « signe » central et vide qui sert de catalyseur à la quête de sens du protagoniste. Elle ne devient pas une enquêtrice classique, mais plutôt une médium qui utilise les traces du défunt comme un écran de projection pour des questions existentielles sur la perte et l'identité. Son métier de comédienne de doublage, qui exige de l'empathie pour des « voix étrangères » et une fusion avec d'autres identités, est menacé par la menace existentielle de l'intelligence artificielle et la possibilité du clonage vocal. L'écriture elle-même devient un « mode de contact » qui vise à rendre l'expérience du réel et ses liens profonds sensuellement tangibles par le biais d'analogies. Le sens ne réside pas, comme dans un roman policier, dans l'identification finale du défunt, mais dans le parcours narratif lui-même. La narratrice trouve soutien et identité dans l'acte de raconter des histoires, faisant de ce dernier un « mécanisme de survie et une source de sens » dans un monde marqué par la perte et l'incertitude.

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Fictions musicales : Kerangal avec Pinget, Garcia et Reza

« Canoës » de Maylis de Kerangal met en lumière plusieurs dimensions des références musicales présentes dans l’œuvre de Pinget, Garcia et Reza : d’une part, la structuration sémiotique et formelle et le travail intertextuel ; d’autre part, le lien profond entre musicalité et physicalité, entre l’identité personnelle et les dimensions de l’expérience musicale. La résonance désigne le phénomène par lequel un corps vibre ou émet un son en harmonie avec un autre, comme c’est le cas pour les cordes bourdons des luths.

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

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