Nouvelle phase de la littérature autobiographique française : Matthieu Niango et Benny Malapa
« Le Fardeau » de Matthieu Niango et « Un nègre qui parle yiddish » de Benny Malapa (tous deux parus en 2025) retracent deux histoires familiales où le XXe siècle apparaît comme un bouleversement généalogique. Le roman de Niango suit les recherches d'un fils en archives, qui mettent au jour les origines Lebensborn de sa mère et l'héritage paradoxal de la victimisation juive et de la persécution nazie. La vaste fresque familiale de Malapa raconte l'histoire d'amour et de survie d'un Camerounais-Allemand et d'une Polonaise-Juive, réfutant tout mythe de pureté ethnique. Ces deux ouvrages montrent comment le colonialisme, le racisme et l'antisémitisme s'entremêlent et comment l'hybridité devient l'antithèse des idéologies totalitaires. Par leurs esthétiques différentes – documentaire et analytique chez Niango, épopée orale chez Malapa – ils démontrent que l'identité est un processus mémoriel ouvert : un réseau de ruptures, de transmission et de responsabilité. Cette recension soutient que ces deux romans marquent une nouvelle étape dans la littérature mémorielle française, où l'histoire nationale n'est plus explorée à travers de grands récits collectifs, mais plutôt par le biais d'archives familiales intimes, de biographies de minorités et de traumatismes transgénérationnels. Elle interprète ces deux œuvres comme des contre-récits aux conceptions ethnonationales et identitaires de l'origine « française ». Niango et Malapa mettent au jour des assemblages généalogiques qui conçoivent l'histoire de la violence en Europe sous un angle relationnel. Les formes romanesques proposent deux éthiques de la mémoire : la responsabilité par l'analyse (Niango) et la responsabilité par la transmission (Malapa).
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