Chant dans le chaos : Apocalypse, nomadisme et résistance dans l'œuvre de Mathieu Belezi

« Cantique du chaos » de Mathieu Belezi dépeint un monde post-apocalyptique né d'un déluge biblique amplifié, dont l'ordre politique et existentiel est marqué par la violence, le vide et le déracinement. Au cœur de ce récit se trouve Théo Gracques, un desperado vieillissant qui, après une tentative infructueuse de retraite en ermite, fuit avec Chloé et ses enfants à travers une Europe et une Amérique dévastées. Son présent est inextricablement lié aux souvenirs, condensés avec lyrisme, de son amour perdu, Léonore, et de la mort de leur enfant. Après de nouvelles pertes et un déclin physique croissant, son périple s'achève sur les rives de l'Orénoque, où il meurt et lègue son dernier poème à une jeune femme qui le conserve précieusement. Cet essai interprète ce récit comme une poétique à triple structure – entre roman de route, épopée et cycle lyrique – où le mouvement est à la fois déplacement spatial, travail de mémoire et processus de mort. Ce texte met en lumière la manière dont Belezi, par l'entrelacement d'un hymne mythique d'ouverture, de chapitres prosaïques de fuite et d'entrées de journal poétiques, établit une « poétique de la fin » : l'écriture y apparaît non comme une représentation du monde, mais comme l'ultime acte autonome dans un monde sans alternative. La forme hybride est interprétée comme une réponse à la catastrophe dépeinte – l'abondance baroque du langage face au vide du monde dévasté, la transcendance lyrique du temps face à la linéarité du déclin, les personnages féminins comme porteuses d'action et de tradition face au narrateur masculin épuisé. En reliant étroitement ces lignes formelles et thématiques, cette analyse montre que le roman n'est pas seulement un récit dystopique, mais aussi une réflexion sur les conditions mêmes de la littérature : le « cantique » devient la dernière forme, précairement persistante, de création de sens face à la désintégration totale.

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La voix trompeuse du pouvoir colonial : Mathieu Belezi

Le roman de Mathieu Belezi, « Moi, le glorieux » (2024), déploie un flux de souvenirs délirant et monologique à travers le regard du colonisateur fictif Albert Vandel, surnommé « Bobby ». En 1962, à la veille de l’indépendance algérienne, il endure, dans sa villa fortifiée d’Alger, l’allégorie grotesque et exacerbée de 145 ans d’histoire coloniale. À partir de ce présent assiégé, le texte déploie, par associations d’idées, un siècle de domination coloniale : la construction violente du domaine, l’exploitation économique, le contrôle sexuel des femmes, la mise en scène politique au sein des rituels coloniaux, et enfin le départ apocalyptique vers le désert, qui s’achève par la mort violente du protagoniste, tué par ceux qu’il avait imaginés comme ses « sujets ». Au cœur de cette analyse se trouve la figure d'Ouhrias, une jeune Algérienne qui, par son silence et son refus obstiné d'écouter, accompagne et subvertit le monologue. L'argumentation développée dans cet essai interprète ce roman comme une expérience radicale d'auto-dévoilement narratif : Belezi abandonne totalement le pouvoir de la parole au narrateur à la première personne, dont la fiabilité est manifestement douteuse, et s'abstient de tout commentaire moral explicite, de sorte que la critique naît non d'une voix dissidente, mais de l'exagération même de la logique coloniale. L'analyse démontre comment cette stratégie opère à plusieurs niveaux : dans la structure narrative monologique, qui transforme la communication en domination ; dans la structure temporelle, qui présente l'histoire comme une continuité ininterrompue de la violence coloniale ; dans la constellation de personnages, qui réduit systématiquement au silence les sujets coloniaux ; et dans les champs sémantiques du corps, de la métaphore animale et de la possession, qui sous-tendent l'idéologie du narrateur. L'essai met particulièrement l'accent sur la fonction de l'exagération satirique et sur la discordance structurelle entre la perception de soi narrée et la violence réelle, qui fonctionne comme une « machine satirique ». Enfin, l'essai démontre que le roman constitue également une réflexion autopoétique, mettant en scène le colonisateur comme l'auteur de sa propre histoire tout en révélant simultanément l'instabilité de cette paternité. Ainsi, « Moi, le glorieux » apparaît comme un texte qui ne critique pas la violence coloniale de l'extérieur, mais la dénonce si radicalement dans le mode de son propre discours qu'il se discrédite par l'acte même de parler.

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
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