La ville inaccessible : sainteté, histoire et violence dans le roman français sur Jérusalem

Quelle place occupe Jérusalem dans la littérature française contemporaine – et que révèle cette place sur la littérature elle-même ? Cet essai examine onze romans et nouvelles, d’André Schwarz-Bart à Nathan Devers, de Valérie Zenatti à Justine Augier, d’Élie Wiesel à Mathias Énard, et démontre que Jérusalem n’est jamais un simple décor dans ces œuvres, mais bien un principe structurant : une ville qui désoriente les personnages, fait ressurgir des souvenirs refoulés, impose des affiliations et bouleverse les formes établies. Trois types fonctionnels se dégagent de cette comparaison – Jérusalem comme espace eschatologique, comme point focal politique et comme miroir existentiel – qui se répartissent et se chevauchent tout au long des textes sans jamais converger. Une perspective spécifiquement française se révèle constitutive : la laïcité républicaine, l’héritage des Lumières, l’expérience de la Shoah inscrite dans sa propre histoire – autant d’éléments qui colorent la perception d’une ville également sacrée pour le judaïsme, le christianisme et l’islam, et dont la triple sainteté a engendré, pendant des siècles, des guerres autant que des aspirations. Des auteurs arabes et musulmans tels que Karim Kattan, Amin Maalouf et Adania Shibli y apportent leur propre éclairage, décrivant Jérusalem non comme la destination d’un désir ancestral, mais comme le point de départ d’un exil forcé – et utilisant le français comme un médium stratégiquement choisi pour inscrire les concepts et les expériences palestiniennes dans un discours occidental qui, autrement, les ignore. Ce qui unit les œuvres analysées, au-delà de leurs différences, c’est la conscience que Jérusalem échappe au regard narratif dominant : aucun de ces textes ne triomphe de son sujet ; tous portent les marques de l’échec.

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De la pensée sauvage à l'agriculture : La roue dans le marais par Mathias Énard

« Le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs » de Mathias Énard (Actes Sud, 2020, traduit en allemand par Holger Fock et Sabine Müller, Hanser, 2021) suit David Mazon, étudiant parisien en ethnologie, dans le village isolé de La Pierre-Saint-Christophe, en Poitou. Ce qui commence comme un travail de terrain se mue en un récit initiatique : David tente de cartographier le village à l’aide des outils de Claude Lévi-Strauss et de Bronisław Malinowski, compilant catégories, transcriptions et tableaux, tandis qu’autour de lui palpite une réalité qui défie toute catégorisation. Parallèlement, un second niveau, métaphysique, s’ouvre : les âmes des morts reviennent sous des formes sans cesse changeantes, traversant batailles, guerres de religion, révolutions et guerres mondiales, jusqu’à réapparaître dans la terre contemporaine sous forme de vers, de sangliers ou de paysans. Au cœur de ce récit se trouve le banquet d'une opulence grotesque de la guilde des croque-morts à l'abbaye de Maillezais – une orgie rabelaisienne de nourriture, d'alcool et de débats, où la mort n'est pas réprimée mais célébrée. Finalement, David, chercheur de terrain, abandonne sa thèse et fonde une ferme biologique avec Lucie : la théorie cède la place au travail, l'observation à la participation. L'essai démontre que ce parcours narratif ne met pas en scène un retour idyllique à la nature, mais plutôt une déconstruction systématique du regard académique. Au départ, le village apparaît comme un « Nouveau Continent », ses habitants comme des objets d'étude – une reconstitution ironiquement fragmentée de l'ethnographie coloniale. Mais méthode et réalité divergent : dialecte, physicalité, mort et travail sapent tout ordre conceptuel. L'intertextualité – de François Rabelais à François Villon – fonctionne ici comme un outil poétique : elle relativise l'autorité de la théorie en la dissolvant dans l'excès, le grotesque et (littéralement !) le métabolisme. Cette interprétation perçoit le paysage rural du roman comme un palimpseste de l'histoire mondiale, des pratiques paysannes et du présent écologique, où mort et fertilité, déclin et avenir sont inextricablement liés. Le savoir, ici, ne naît pas de la distance, mais d'un lien à la terre – une réévaluation radicale et politique de ce que peut signifier la connaissance.

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Des lignes de faille en nous : Mathias Énard, « Mélancolie des confins. Nord »

Mathias Énard est l'un des auteurs les plus germanophones de la littérature française contemporaine ; nous suivons le narrateur dans un Berlin où pertes personnelles, traumatismes collectifs et tradition littéraire se mêlent dans un récit saisissant. Son dernier ouvrage, « Mélancolie des confins. Nord », marque le début d'une tétralogie sur la fugacité des frontières historiques, mêlant une fois encore strates intimes et historiques et brouillant, dans ces promenades solitaires (car c'est bien de cela qu'il s'agit, plus que de parties d'un roman), les frontières entre littérature, histoire et géographie.

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Un meilleur souvenir que nous : Mathias Énard, Déserter

Mathias Énard écrit sur un mathématicien est-allemand fictif qui affronte son séjour au camp de concentration de Buchenwald et sa vie amoureuse à travers la poésie, et sur un déserteur de guerre qui fuit son pays à travers la nature sauvage : 1. Vibrations d’Odessa – 2. Fantômes de Weimar – 3. Conjectures et métafiction

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

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