Dans « Autoportrait à l'encre noire » (2025), Lydie Salvayre, malgré son aversion pour la forme égocentrique, porte un regard impitoyable sur sa vie et son œuvre. Le livre relate son combat contre la honte profondément ancrée, issue de la pauvreté de son enfance et du traumatisme linguistique lié au dialecte « fragnol » de ses parents réfugiés espagnols. La narration est affûtée par le dialogue satirique avec sa voisine Albane, fervente défenseure du genre new romanesque, alors très lucratif, et ses revendications. Au cœur de l'œuvre de la narratrice se trouve le travail de mémoire sur la tyrannie paternelle. Salvayre dévoile les fondements intellectuels de son écriture – nourris par Quevedo, Rabelais, La Boétie et surtout « Don Quichotte » – et manifeste une attitude de défi en refusant toute révélation et en souhaitant finalement qu'on se souvienne d'elle comme d'un « vent malicieux ». Au cœur de la poétique de Salvayre, exposée en détail dans son autobiographie, se trouve, avec Marina Tsvetaeva, une affirmation artistique radicale : une création qui n’est pas « dangereuse » ne mérite pas d’être qualifiée de création, car la médiocrité est moins dangereuse que la véritable excellence. Elle défend l’esthétique de la brièveté, des fulgurances et de la « vitesse voltaïque » contre la « verbosité pesante » et la « pompessitude » de la littérature populaire. Son style singulier naît de la « guerre amoureuse » entre l’excès baroque (Quevedo) et la pureté ascétique du langage classique, où elle s’efforce d’unir la « carpe classique » au « lapin baroque ». La narratrice sublime sa colère en « accès de rage spéculatifs », qui se manifestent par des phrases mordantes et furieuses contre l’hypocrisie sociale et l’obligation d’être positif. Elle considère la littérature comme un « acte politique silencieux » qui défend toujours la liberté de l'esprit et résiste à toute forme de « servitude volontaire ».
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