Jardins clos : Karim Kattan
Le recueil de poésie de Karim Kattan, « Hortus conclusus », est une exploration poétique du jardin comme lieu de mémoire, de désir et de transformation coloniale. Entre Bethléem et Babylone, Knossos et Glastonbury, se déploie une topographie dense, composée de motifs mythiques et géopolitiquement chargés. Le « jardin clos » éponyme – un véritable monastère à Artas, près de Bethléem – devient l’image condensée d’un espace poétique où beauté et exclusion, guérison et traumatisme s’entremêlent. Les poèmes, empreints d’une sensualité lyrique et d’un poids historique, évoquent les points de contrôle, les corps, les martyrs, les sorcières et les dieux, et tournent sans cesse autour de la question : où est le lieu où l’on peut respirer, aimer et survivre ? Au cœur de cette réflexion se trouve l’image récurrente de la Vallée des Roses – Wadi al-Ward, un paysage historique près de Jérusalem où, jadis, les femmes cueillaient des roses pour faire de la confiture. Dans la poésie de Kattan, cette vallée devient une utopie disparue, un espace de mémoire englouti, et simultanément un code poétique pour un autre récit palestinien : non seulement un lieu de violence, mais un jardin de retour possible, de douce magie et de tendresse rebelle. « Hortus conclusus » est ainsi un livre de perméabilité – entre terre et mythe, entre sarha (l’errance sans but) et enracinement – qui rejette l’esthétique conventionnelle du sacrifice et crée à la place un imaginaire palestinien d’une grande densité.
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