La France rêvée de Jordan Bardella : la beauté et la stature du candidat de remplacement
Les deux ouvrages de Jordan Bardella – « Ce que je cherche » (2024) et « Ce que veulent les Français » (2025) – forment une double figure stratégique d'auto-mythe et d'auto-légitimation. Le premier retrace l'ascension de Bardella, enfant des banlieues devenu figure emblématique du Rassemblement National, l'associant à un pathétique de la grandeur nationale rappelant Bonaparte et De Gaulle. La quête de « grandeur » devient le récit autojustificateur d'un sauveur des « Français oubliés ». Le second transforme cette prétention au salut en une galerie de portraits civiques d'apparence authentique, qui ne représentent pourtant que les voix d'un « peuple » homogène, moralisé par l'éthique du travail, qu'il incarne lui-même. Bardella fusionne ainsi journalisme narratif, mythologie politique et rhétorique de campagne en une forme esthétique de pathétique populiste où « l'empathie » devient un prétexte à la simplification idéologique. La nation apparaît comme une communauté sacrée opposée aux élites, à l'immigration et à l'Europe ; la différence est moralement dévalorisée. – Cet article analyse ces œuvres comme deux actes de propagande politique : la littérature comme candidature. Il montre comment les deux volumes soutiennent le complexe médiatique Bolloré et son agenda populiste de droite : le premier comme biographie d'un « candidat désigné pour remplacer » Marine Le Pen, le second comme une campagne électorale émotionnellement instrumentalisée sous couvert d'authenticité populiste. L'analyse interprète le pathétique de Bardella pour la « vraie France » comme une auto-déification projective et révèle que sa France idéale vise non pas la pluralité, mais le pouvoir symbolique : la beauté et la grandeur d'un candidat – esthétiquement parfait, politiquement dangereux.
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