Du courage comme de la lâcheté : Jérôme Garcin sur la littérature pendant l'Occupation

Dans « Des mots et des actes : les belles-lettres sous l'Occupation » (Gallimard, 2024), Jérôme Garcin propose une analyse moralement incisive de la scène littéraire française durant l'Occupation, démontrant comment les mots pouvaient devenir des instruments d'asservissement ou de résistance. À travers des portraits saisissants de collaborateurs tels que Brasillach, Céline, Morand et Chardonne, ainsi que de figures de la Résistance comme Prévost, Decour et Lusseyran, il montre que le génie littéraire, loin de relativiser la culpabilité morale, l'exacerbe. Son principe directeur est « l'échelle de Prévost », une échelle qu'il a élaborée pour évaluer le lien entre la position éthique et la pratique littéraire. Garcin révèle comment une élite culturelle a maintenu une vie culturelle parisienne vibrante malgré les massacres et la répression, et comment un culte esthétique autour des auteurs collaborationnistes persiste encore aujourd'hui, tandis que les écrivains de la Résistance sont marginalisés. L'ouvrage est à la fois un bilan historique, un plaidoyer moral et un autoportrait intellectuel d'un lecteur qui renonce à une lecture naïve. Cette recension met en lumière la double nature de l'ouvrage : la reconstruction historique du champ littéraire sous l'Occupation et la révision autocritique par Garcin de sa propre approche de la lecture. Elle souligne que Garcin remet en question la séparation traditionnelle entre œuvre et auteur, révélant la persistance d'une « amnésie esthétique » française qui témoigne d'une admiration pour les collaborateurs et d'un respect purement formel envers les résistants. La recension explique comment Garcin relie les portraits littéraires à des arguments structurels (le CNE, les conflits générationnels, les milieux sociaux), initiant ainsi une recanonisation morale qui réhabilite la responsabilité comme catégorie indispensable de la critique littéraire. En définitive, la recension perçoit le livre comme une contribution essentielle contre la banalisation de la trahison culturelle – et comme un manifeste contre l'aura mythique persistante qui entoure les « génies » de la haine.

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