La guerre comme héritage : Sur la systématique de l'empreinte transgénérationnelle dans l'œuvre de Julia Weidmann

Cette recension présente l’étude de Julia Weidmann, « Continuum of Wars : Intergenerational Narratives of the World Wars in Contemporary French Literature » (Hiver 2025), comme une analyse comparative fondamentale d’un phénomène central de la littérature française contemporaine : la narration intergénérationnelle des guerres mondiales. Le point de départ est le constat que les générations successives – de la génération « blessée » à la génération « héritière » – reconstruisent les expériences familiales de guerre sous une forme littéraire, établissant un lien entre recherche archivistique et imagination. À cette fin, Weidmann développe un modèle original de « continuum de guerre » qui substitue aux catégories générationnelles numériques traditionnelles une échelle métaphorique, centrée sur le traumatisme. Elle opérationnalise ce concept par une méthode analytique en quatre étapes, qu’elle applique à un vaste corpus d’auteurs (dont Claude Simon, Patrick Modiano, Ivan Jablonka et Anne Berest). La recension salue tout particulièrement la clarté méthodologique, la finesse des analyses textuelles et l'identification des structures narratives récurrentes à travers les générations, tout en soulignant quelques faiblesses, comme une certaine schématisation dans l'analyse comparative et le traitement relativement marginal des détails esthétiques. Dans l'ensemble, l'étude apparaît comme une contribution majeure aux études sur la mémoire littéraire, offrant un ensemble d'outils pertinents pour l'analyse de la mémoire transgénérationnelle et ouvrant simultanément de nouvelles perspectives pour l'exploration de futures formes narratives.

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Le féminicide comme structure de pensée : Ivan Jablonka

Ivan Jablonka, La culture du féminicide : histoire d'une structure de pensée (Traverse, 2025).

Phénomène systémique : violences sexuelles, mutilations et homicides

Ivan Jablonkas La culture du féminicide : histoire d'une structure de pensée (2025) présente une analyse littéraire et socio-historique qui révèle la centralité culturelle du féminicide à connotation sexuelle dans la civilisation occidentale. Jablonka, connu pour ses travaux sur la violence et les structures sociales, identifie la culture gynocide ou culture du féminicide (« culture du féminicide »). 1 Il s'agit d'une structure de pensée universelle qui imprègne la société et prépare le terrain au plaisir tiré du terrorisme féminin. Le problème fondamental réside dans l'ambivalence de cette obsession sociétale : nous sommes culturellement « accros » aux meurtres à caractère sexuel tout en condamnant ces actes comme abominables. Jablonka définit le féminicide comme le « meurtre d'une femme en tant que femme », un crime prémédité et systémique enraciné dans les inégalités sociales. Il segmente théoriquement cet acte en trois « éléments gynocidaires » : (1) la violence à caractère sexuel (viol, prostitution), (2) la mutilation (torture, démembrement) et (3) le meurtre proprement dit. La thèse centrale est que cette culture gynocidaire, à travers l'« idéologie gynocidaire » – la justification de cette représentation – légitime et normalise le féminicide, de la mythologie à nos jours, comme une « logique qui traverse la société tout entière ».

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Remarques
  1. « Le terme « féminicide » a été forgé par des féministes américaines dans les années 1990 pour décrire le meurtre de femmes en raison de leur sexe. Les féministes mexicaines ont ensuite développé ce terme en y ajoutant la syllabe « ni » pour souligner qu'il ne s'agit pas de meurtres de femmes pris individuellement, mais d'un crime de masse. » https://contre-les-feminicides.ch/femizid-oder-feminizid/, le 21 décembre 2023.>>>

Manières d'écrire le réel : Ivan Jablonka

Ivan Jablonka, Les Trois Continents ou le Monde Littéraire, Seuil, 2024.

Introduction : Interpréter et changer

In Le troisième continent Ivan Jablonka, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne Paris Nord et membre de l’Institut Universitaire de France (IUF), entreprend une nouvelle cartographie du monde intellectuel et de ses formes d’écriture. Selon lui, le paysage intellectuel traditionnel est dominé depuis le XIXe siècle par deux « continents » : la fiction et la recherche scientifique. Le premier, celui de la « fiction », est considéré comme un domaine de plaisir et de liberté, tandis que le second, celui de la « littérature grise », est perçu comme une sphère de vérité et de rigueur, les romans étant opposés aux sciences sociales. Cette division binaire, affirme Jablonka, est dépassée.

Le véritable problème réside dans la non-reconnaissance ou la marginalisation des écrits du réel, qui n'appartiennent ni entièrement à la fiction ni exclusivement à la recherche universitaire. Ces « textes errants », comme les nomme Jablonka, englobent reportages, témoignages, biographies, articles de presse, journaux intimes et récits de voyage. Ils ne bénéficient ni de la dignité du premier continent, ni d'une pleine reconnaissance sur le second, qui, au mieux, les considère comme des « sources ». Jablonka s'interroge : comment ces textes, qui représentent une autre manière d'appréhender le monde et une autre forme de littérature, peuvent-ils trouver la place qui leur revient ?

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L'homme d'or de la chanson française

Jean-Jacques Goldman porte beaucoup son nom. Il n'a jamais envisagé d'en changer, même lorsque ses producteurs le lui ont suggéré au début de sa carrière. Au micro de NRJ, dans les années 1980, la déclaration avec simplicité : « Je fais appel à Jean-Jacques Goldman. C'est le nom que mes parents m'ont donné, alors je l'ai gardé. » Et plus tard, dans Tribune juive : « Je m'appelle Goldman. Quand on me demande quelles sont mes origines, [...] je dis que je suis fils de Juif polonais et de Juive allesmande. »

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
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