La dictature des sitcoms : pensée politique, forme littéraire, Machiavel et Giorgia Meloni dans Hélène Frappat

Le roman « Nerona » (2025) d’Hélène Frappat dépeint le règne d’une dictatrice populiste de droite comme un modèle à la fois grotesque et d’une précision effrayante de la politique contemporaine : dans une nation européenne non nommée, Nerona gouverne par décret et par une mise en scène médiatique constante, tandis qu’une structure narrative polyphonique et fragmentée – discours, interviews, chants prophétiques, scènes de film – rend visible la simultanéité du pouvoir, de la violence et de la répression ; les motifs centraux sont la mythification de ses propres origines, la construction systématique d’« ennemis intérieurs », la perversion des discours humanitaires, par exemple dans le camp de migrants, et l’escalade vers une autodestruction apocalyptique, qui culmine dans la figure du Matricidium et le topos de Néron. Cette recension soutient que la forme littéraire de Frappat génère elle-même du savoir : en modélisant le populisme comme une « sitcom » – une répétition incessante de schémas affectifs et rhétoriques dépourvus d’apprentissage –, elle combine poétique du genre et théorie politique. Parallèlement, la recension interprète le roman comme une parodie machiavélique où des concepts classiques tels que la « virtù » ou la « fortuna » se transforment en logiques managériales cyniques. L’imbrication de l’analyse du discours et de l’esthétique est mise en lumière : la polyphonie fonctionne comme un contre-modèle démocratique au populisme monologique, tandis que la figure de Nerona peut être lue comme une condensation d’acteurs politiques réels (notamment Giorgia Meloni) sans pour autant tomber dans la simple satire. En définitive, cette interprétation montre que le roman de Frappat relève moins d’une exagération dystopique que d’un diagnostic : le pouvoir populiste apparaît comme un régime de langage et de perception, face auquel la littérature, par sa complexité formelle, offre une contre-perception critique.

➙ Vers l'article
Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

Ce site web utilise des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations des cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site vous trouvez les plus intéressantes et utiles.