Surveillance et épuisement : Guillaume Poix d'après Michel Foucault
Le roman « Perpétuité » (2025, finaliste du prix Goncourt) de Guillaume Poix élargit la notion de perpétuité carcérale au-delà du droit pénal, lui conférant une dimension existentielle qui touche non seulement les détenus, mais aussi le personnel pénitentiaire, pris au piège d'un système fait de routine, de traumatismes et d'un temps inexorable. Le directeur Pierre entend le bruit métallique de la porte en proie à des cauchemars. Le gardien Abraham, âgé, passe ses nuits de garde prisonnier des souvenirs du viol de sa fille par d'anciens détenus, passé et présent se confondant dans une boucle infernale. Même la directrice de prison Bianca Mariani, pourtant farouchement opposée à la surpopulation carcérale, est profondément fragilisée par la tentative de suicide de sa fille et la confrontation manipulatrice avec le tueur en série Duquesne. La prison, que le roman dépeint comme un système surchargé et dysfonctionnel où la surveillance engendre un kaléidoscope d'épuisement individuel et de déliquescence institutionnelle, est interprétée dans l'essai comme un diagnostic de la société, la présentant comme le point névralgique d'une modernité tardive surchargée et structurellement injuste. L'essai souligne notamment comment Poix actualise et transcende la conception foucaldienne de la société disciplinaire en se concentrant sur des personnages tels que les gardiennes Houda et Maëva, psychologiquement fragiles, ou la surveillante adjointe Émilie Lavorel, rongée par la culpabilité, qui illustrent toutes comment le personnel lui-même devient un objet de pouvoir. Le roman présente ainsi la prison non comme un modèle de pouvoir disciplinaire, mais comme un symbole de désintégration sociale, d'incapacité à se réinsérer et de gestion semi-privatisée de la souffrance, piégeant tous les individus dans un état de limbes perpétuelles.
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