Entre Joual et Norme : politique linguistique et mémoire dans l’œuvre de Gabriel Marcoux-Chabot

Le Canada constitue la toile de fond culturelle et linguistique-poétologique de la constellation analysée dans cette recension de « Godpèle » (2025) de Gabriel Marcoux-Chabot. Au centre se trouve le personnage de la Floune qui, après une fuite existentielle dans la nature sauvage et hivernale, tient un journal intime, révélant peu à peu le traumatisme refoulé de sa communauté : le cannibalisme lors d’un hiver catastrophique. L’interprétation souligne que ce récit est inextricablement lié à la structure bilingue du texte : la juxtaposition du joual, noté phonétiquement, et du français standardisé permet de réfléchir à la perte de la langue, à la normalisation culturelle et à la violence de l’uniformisation linguistique. En semblant clarifier la langue parlée, la version standardisée reproduit simultanément le silence qui entoure le traumatisme. De là, la recension développe la thèse selon laquelle « Godpèle » met en scène le langage lui-même comme un lieu de vérité et de refoulement : ce n’est que dans le passage de la parole communicativement réglementée à l’écriture individuelle que le caché devient articulable. Ce principe directeur sous-tend l'analyse à travers les chiffres, l'agencement spatial et la métaphore, interprétant l'écriture comme une pratique ambivalente, à la croisée du savoir et de la limite. Il en ressort que seule la parole – la rupture du silence collectif – ouvre la voie à un avenir éthique.

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