Diaspora et nationalisme : la période de transition européenne de 1913 par François Sureau
Le roman de François Sureau, « Loin de Salonique » (Gallimard, 2026), se déroule en 1913 à Monastir (Bitola) et à Thessalonique et brosse un panorama des Balkans politiquement tendus à la veille de la Première Guerre mondiale, à travers une mystérieuse affaire de meurtre : les investigations officieuses du Français Thomas More et de l’homme d’affaires juif Paul Seligmann mènent à travers un réseau d’activités diplomatiques, commerciales et de renseignement, révélant les tensions profondes qui secouaient l’Empire ottoman multiethnique ; Thessalonique apparaît comme une ville de la diaspora séfarade et multilingue dont la fragile pluralité contraste avec la montée des nationalismes, tandis que la France est simultanément dépeinte comme une puissance universaliste de référence et un acteur de la politique de puissance. Cette analyse soutient que l'affaire criminelle constitue une surface narrative permettant d'établir un diagnostic historique : à travers la double interprétation du personnage de Thomas More – à la fois allusion à l'humaniste et auteur d'« Utopie » et observateur moderne et désabusé – le roman met en lumière le décalage entre l'idéal normatif et la réalité politique. Méthodiquement, l'analyse développe son interprétation en esquissant d'abord l'espace liminal géopolitique, puis en analysant le symbolisme de la nomination, en développant la représentation de la diaspora juive comme forme relationnelle d'identité, et enfin en déterminant le mélange de genres et de poésie entre roman policier, roman historique et essai politique, aboutissant ainsi au jugement que l'œuvre offre moins une résolution criminelle qu'une méditation mélancolique sur la désintégration d'un modèle d'ordre européen.
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