La littérature comme forme de pensée indépendante : François Jullien
Dans « Puissance du pensif ou comment pense la littérature » (2025), le sinologue François Jullien développe une réflexion sur la littérature comme mode de pensée indépendant, fondamentalement différent de la pensée conceptuelle de la philosophie occidentale. La littérature, selon Jullien, ne « pense » pas par définition, argumentation ou conclusion, mais par indirectité, durée, ouverture et affectivité : elle évoque, narre, retarde et laisse le sens en suspens, générant ainsi un état de pensivité qui rend la vie perceptible dans son existence processuelle et indéterminée. Cette recension explore comment Jullien situe historiquement ce mode de pensée littéraire au seuil de la modernité, le distingue systématiquement de l’ontologie occidentale de l’être et le met en tension féconde avec la pensée chinoise sur le processus, l’efficacité et les détours. Elle examine les concepts centraux de Jullien pour une littérature de la réflexion (indirectité, ambiguïté, indexicalité, affectivité) et le lien entre argumentation théorique et lecture exemplaire (Balzac, poésie). Dans le même temps, il apparaît clairement que l'ouvrage de Jullien formule non seulement une théorie de la littérature, mais aussi une critique implicite de la philosophie.
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