Fantaisie coloniale et postcoloniale : Pratique rituelle dans les œuvres d’Assia Djebar et de Fouad Laroui
Le roman de Fouad Laroui, « La vie, l'honneur, la fantasia » (2025), reconstitue une expérience d'enfance à travers le regard d'un narrateur adulte : le meurtre ritualisé d'Arsalom lors de la Fantasia, cérémonie équestre marocaine. Cette exécution apparaît comme un acte collectif de restauration de l'honneur face à une modernité perçue comme corrompue, où Arsalom, avec sa « mobilité arrogante » et son avidité économique, devient l'ennemi. La Fantasia se mue ainsi en une matrice sociale où s'entremêlent pouvoir, dissimulation et violence rituelle ; la précision du rituel de tir à cheval – « une seule détonation parmi quinze autres » – marque l'unité symbolique du « corps collectif » et révèle simultanément le dysfonctionnement des institutions étatiques, incapables de démanteler la corruption et les codes d'honneur informels. À l'inverse, « L'amour, la fantasia » (1985) d'Assia Djebar ouvre les archives coloniales algériennes de manière poétique et polyphonique : la fantaisie devient un symbole ambivalent, à la fois manifestation de la puissance masculine, de la vulnérabilité féminine et de la mémoire littéraire face aux politiques historiques coloniales. Là où Djebar recourt à une polyphonie fragmentée pour réactiver un passé refoulé, Laroui utilise une linéarité analytique pour mettre en lumière les intrications contemporaines de l'honneur, de l'économie et des institutions. Cette recension souligne cette tension complémentaire : Djebar crée une contre-archive de voix ; Laroui dissèque le présent et montre comment la violence ritualisée s'inscrit dans les logiques juridiques modernes. Ensemble, ces deux récits présentent la fantaisie comme une interface entre histoire et présent, où se manifestent les continuités de la violence coloniale et leurs transformations postcoloniales.
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