Deux points de vue sur David Hockney : Catherine Cusset et Fabrice Gaignault

Les deux ouvrages s'articulent autour de David Hockney, mais l'abordent sous des angles opposés : « Vie de David Hockney » de Catherine Cusset (Gallimard, 2018), roman biographique, raconte la vie du peintre de l'intérieur – de son enfance à Bradford, où le métal rouillé se teinte d'un rouge éclatant sous le pinceau de son père et où « le monde change de couleur », jusqu'à sa maîtrise tardive – grâce à un discours indirect libre qui permet à la narratrice de s'effacer derrière le personnage et de faire des désirs, de la rébellion et de la joie de vivre de Hockney la véritable substance ; « Patrick Procktor, le secret de David Hockney » de Fabrice Gaignault (Séguier, 2022), en revanche, l'aborde de la périphérie, comme une enquête sous forme d'essai sur l'ami, le rival et le « jumeau » oublié, Patrick Procktor, qui, jadis, avait de l'avance et qui finit par mourir sans le sou et dans l'oubli, tandis que Hockney devenait le peintre vivant le plus cher du monde. Cette interprétation met en contraste les deux ouvrages – à travers la perspective narrative, la construction des personnages, le rapport entre succès et échec, la représentation de la création et de l'homosexualité, l'ekphrasis, et finalement le fait qu'ils abordent les mêmes œuvres majeures, « A Bigger Splash » et « Portrait of an Artist ». Ces images identiques révèlent l'émergence de deux vérités irréconciliables : celle de la vie, vécue de l'intérieur, et celle de la gloire posthume, mesurée de l'extérieur. La portée de cette comparaison est soulignée par la question de savoir pourquoi, de deux talents si proches, l'un atteint les sommets du succès aux enchères tandis que l'autre sombre dans l'anonymat – et ce que cela révèle de l'écriture elle-même lorsqu'une apologie de la joie et une élégie à l'oubli contemplent toutes deux le même peintre.

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