Les naïfs et les philistins chez Voltaire et Dominique Fernandez
Dans « Un jeune homme simple » (2024), Dominique Fernandez retrace le parcours du jeune Arthur, provincial auvergneien sans instruction, confronté au Paris hyper-idéologisé. Ses rencontres avec des milieux féministes radicaux, écologistes et littéraires, entre autres, révèlent une société contemporaine imprégnée de moralisme, de dogmes woke et de conformisme culturel. La naïveté du protagoniste sert de pierre de touche aux élites modernes : précisément parce qu'Arthur ne comprend pas les « codes » de la capitale, il en expose l'hypocrisie et choisit finalement de retourner en Auvergne, où l'attendent des « valeurs sûres et éprouvées » et un amour simple. – La critique inscrit explicitement le roman dans une filiation intertextuelle avec « L'Ingénu » de Voltaire et interprète Arthur comme une réincarnation contemporaine de l'étranger éclairé. À l'instar du Huron de Voltaire, Arthur, par son jugement sans fard, met à nu les absurdités de chaque époque – jadis les rites religieux, aujourd'hui les orthodoxies idéologiques. Cependant, l'impulsion de Voltaire est inversée : là où l'ingénue est contrainte à la résistance, Fernandez perçoit le retrait comme la seule forme d'intégrité qui lui reste. L'argumentation de la critique repose donc sur une double comparaison : elle interprète la satire de Fernandez comme un prolongement moderne de la critique de Voltaire, et simultanément comme une antithèse ironique où le héros naïf ne combat plus, mais abandonne la civilisation corrompue. Au cœur de cette critique se trouve également l'observation selon laquelle Fernandez dépeint la libération sexuelle contemporaine non comme un progrès, mais comme une nouvelle forme de conformisme : ce qui était jadis transgressif apparaît dans les cercles parisiens comme un rituel commercialisé qui a perdu son énergie rebelle. Le traitement de l'homosexualité par Fernandez dans son œuvre révèle cette perte de la « gloire du paria » comme un motif récurrent : de « L'Étoile rose » (1978) et « La Gloire du Paria » (1987) au double roman « L'homme de trop » (2021/2022), il décrit l'assimilation de cette minorité autrefois résistante comme un nivellement culturel qui engendre des désirs de nouvelle différence radicale – plus récemment dans le domaine transgenre.
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