Distorsion de l'image : ingérence franco-allemande dans les prestations d'Alain Robbe-Grillet et de Claude Ollier
Cet essai propose une généalogie peut-être surprenante du Nouveau Roman en situant ses origines non pas dans le milieu littéraire parisien, mais dans la situation extrême du travail forcé en Allemagne nazie. À partir de la rencontre entre Alain Robbe-Grillet et Claude Olliers dans une usine de Nuremberg, la lecture de quatre de leurs romans reconstitue comment, dans un contexte d'aliénation, de contrôle et de désubjectivation, émerge une nouvelle forme de perception : un tournant radical vers les surfaces, les objets et les structures spatiales, qui rejette systématiquement les modèles psychologiques de profondeur. Par des analyses individuelles, le texte démontre comment cette expérience se traduit en techniques narratives spécifiques – en ordres temporels fragmentés, en perspectives instables et en un langage qui enregistre plutôt qu'il n'interprète. Il en résulte une poétique née du bouleversement historique, sans jamais se réduire à une littérature du souvenir explicite. Les romans étudiés n'ont pas pour sujet la relation entre les deux cultures, mais l'inscrivent dans leurs structures formelles. L'allemand apparaît comme un espace d'expérience englobant le pouvoir et l'altérité, le français comme un agent littéraire de transformation – et pourtant, les deux sont inextricablement liés. Ces textes sont donc des romans franco-allemands non pas en raison de leur contenu, mais parce qu'ils créent un espace interstitiel dans lequel les attributions nationales deviennent instables et le sens n'émerge que de leur superposition.
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