Le grand moment du Québec se reflète dans la désillusion : Carl Leblanc
Le roman de Carl Leblanc, « Le printemps en novembre » (2025), déploie son récit entre l’euphorie de la victoire électorale du Parti québécois le 15 novembre 1976 et le présent désenchanté de 2006. Au cœur de l’histoire se trouve Étienne Vallières, qui assiste à la première d’un documentaire sur cette victoire historique. Ce cadre extérieur ramène Étienne à sa jeunesse en Gaspésie, où s’entremêlent éveil politique et initiation personnelle : le triomphe collectif du mouvement indépendantiste coïncide avec son amour pour Julianne, dont le départ soudain compromet la renaissance politique dès ses prémices. Le roman entremêle histoire collective et désir individuel en marquant simultanément la « seule grande victoire » du Québec comme un aboutissement et une perte. La structure temporelle – le va-et-vient constant entre passé et présent – révèle que le projet national ne survit que dans les mémoires, ayant échoué politiquement. Cette critique interprète le roman comme une réévaluation poétique de la lutte du Québec pour l’autonomie. Le film documentaire est perçu comme un médium esthétique de résistance, destiné à contrer la « barbarie de l’oubli » en conférant au moment historique une pertinence émotionnelle absente du présent froid et distant. Parallèlement, le texte déconstruit tout récit national triomphaliste : l’autonomie apparaît comme une promesse non tenue, se dissipant dans la nostalgie, l’ironie et le cynisme. L’échec personnel d’Étienne – son immobilité émotionnelle, son enfermement dans le discours – devient une allégorie d’un Québec post-national, oscillant entre libéralisme individuel et perte d’un « nous » collectif. La critique interprète ainsi le roman comme un acte mélancolique mais nécessaire d’affirmation de soi : non pas comme une défense d’un programme souverainiste, mais comme un acte littéraire de mémoire qui préserve la vérité émotionnelle du départ, même si le projet politique a échoué.
➙ Vers l'article