La destruction comme possibilité : virilité et violence dans l'œuvre de Bernard Bourrit

Le roman de Bernard Bourrit, « Détruire tout » (2025), reconstitue un féminicide réel survenu dans la Suisse des années 1960, tout en rejetant systématiquement une psychologie linéaire du coupable ou une résolution morale. S'appuyant sur des archives, des observations et des fragments d'essais, l'auteur du crime, Alain, apparaît moins comme un monstre individuel que comme le symptôme d'une structure sociale patriarcale, rurale et autoritaire qui engendre la violence. Cette analyse montre comment Bourrit expose les limites étroites de la vie rurale, la normalisation masculine, les émotions inexprimées et les rapports de genre asymétriques, en analysant la masculinité en particulier comme une construction fragile et oppressive dont la prétention au contrôle se mue en violence destructrice. Le corps masculin devient l'arène des injustices sociales, tandis que Carmen apparaît comme un écran de projection des attentes de la société, sans pour autant être réduite à une simple figure. Formellement et éthiquement, le texte évite de faire du meurtre un point culminant narratif, le laissant comme un espace vide, concentrant ainsi l'attention sur les conditions sous-jacentes plutôt que sur le sensationnalisme. Ainsi, la critique considère « Détruire tout » comme une enquête littéraire sur la violence sociale, qui déploie sa puissance politique et esthétique précisément dans l’échec de l’explication et de la catharsis.

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