Férocité, classe, corps : Regard féminin avec Caroline Laurent, Benoîte Groult, Éric Holder et DH Lawrence
Cet article examine quatre histoires d'amour où des femmes désirent des hommes issus de milieux sociaux nettement inférieurs, révélant un changement précis : les femmes portent leur regard sur les hommes. L'analyse se concentre sur les romans de Caroline Laurent (2026), Benoîte Groult, D.H. Lawrence et Éric Holder, avec une brève mention d'Annie Ernaux. Leur désir, cependant, n'est jamais abstrait, mais toujours lié au corps : aux bras, aux mains, au dos, à la peau, au travail, au mouvement. Tandis que Lawrence stylise le corps du garde-chasse comme une source quasi mythique de vitalité et de salut, et que Groult l'inscrit dans un fossé de classe long et finalement insurmontable, Holder le montre dans sa matérialité silencieuse – comme un corps marqué, au travail, qui n'a guère de mots pour s'exprimer. Le roman de Laurent va plus loin : ici, le corps masculin est examiné avec une précision qui ne le glorifie ni ne l'excuse, mais le désire et l'analyse simultanément. C’est précisément là le point central de l’argumentation de l’article : le « regard féminin » n’est pas un simple renversement du régime traditionnel du regard, mais une pratique contradictoire où se mêlent désir, conditionnement social et introspection. L’amour peut certes franchir les barrières de classe, mais il ne les abolit pas ; il les rend visibles sur le corps même. Finalement, l’attention se déplace à nouveau : ce qui importe, ce n’est pas l’épanouissement de la relation, mais l’écriture qui en est faite – un acte qui saisit et intensifie l’expérience, conférant au regard féminin sa propre forme souveraine.
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