Cosmogonie et solstice d'été sur le parking du supermarché : Célestin de Meeûs
Dans « Mythologie du .12 » (2024) de Célestin de Meeûs, deux mondes se percutent lors d'une soirée de solstice d'été dans la campagne belge, deux mondes qui, en temps normal, ne se rencontreraient jamais : Théo, tout juste majeur et fraîchement diplômé, passe le temps avec son ami Max sur le parking d'un centre commercial, entre bières, joints et souvenirs d'une rupture, tandis que le médecin-chef Rombouts rentre à sa villa en lisière de forêt après une longue journée de travail, où son mariage et son rôle de père se sont déjà effondrés. Ce soir-là, alors que Théo et Max s'aventurent sur le terrain boisé récemment acquis qui jouxte la propriété de Rombouts, celui-ci entend des voix et aperçoit une lueur provenant de sa terrasse, les prenant pour des cambrioleurs, et tire sur Théo avec son fusil de calibre 12 – un acte de peur que le roman dépeint non comme une explosion soudaine, mais comme l'aboutissement d'un déséquilibre latent, fruit d'une possessivité tenace, d'une masculinité blessée et d'une transmission familiale de la violence. L'essai interprète ce récit comme une confrontation avec le mythe annoncé dans le titre : peu avant de tirer, Théo se souvient de l'ancien mythe de succession où le fils émascule le père tout-puissant pour instaurer un nouvel ordre. Or, le roman inverse ce schéma : ici, une figure paternelle tue un étranger, un jeune homme, pour défendre son propre statut, transformant ainsi le détachement libérateur en une répétition stérile. La propriété, l'idéal de masculinité et l'héritage colonial, comme le démontre le texte, se fondent en une mythologie auto-construite au sens de Roland Barthes, qui fait apparaître un meurtre comme un acte de légitime défense. La forme et la syntaxe du roman – les phrases interminables à peine interrompues par des points, la présentation parallèle des scènes, l'image récurrente du « nulle part » – mettent en scène ce refus de sens au niveau même du langage.
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