Les 35 catégories du paysage littéraire français : Frédéric Beigbeder

Le « Dictionnaire amoureux des écrivains français d'aujourd'hui » de Frédéric Beigbeder (Plon, 2023) est une œuvre monumentale et délibérément contradictoire : un inventaire condensé de la littérature contemporaine francophone vivante, comprenant 281 entrées, qui pousse à l'extrême la forme lexicographique de la collection « Dictionnaires amoureux » tout en constituant un autoportrait de son auteur. Beigbeder définit sa méthode comme « résolument subjective » : son corpus ne comprend que des romanciers vivant en août 2023 et écrivant directement en français – essayistes, poètes, dramaturges et auteurs de romans policiers sont exclus –, tandis que des auteurs francophones de Martinique, du Maghreb, du Sénégal ou du Québec sont inclus, puisque l'ouvrage prétend, dans une perspective littéraire et politique, cartographier une littérature qui dépasse les frontières de la France. L’élément le plus audacieux et polémique du livre sur le plan conceptuel est la taxonomie de vingt-huit « Logos des écoles et mouvements littéraires contemporains » – de petits symboles avec lesquels Beigbeder assigne chaque auteur à une ou plusieurs écoles, faisant ainsi ce que les études littéraires n’ont jusqu’ici pas réussi à faire pour le XXIe siècle : diviser la littérature contemporaine en courants fédérateurs, de « l’autoréalité » (le soi comme matière première, avec Ernaux et Angot comme figures canoniques) à travers la « faction » ou l’exofiction (Carrère, Jaenada, Aubenas) et les « glauquistes apocalyptiques » (Houellebecq, Despentes, Mathieu) jusqu’aux « néo-hussards » (Tesson, Kauffmann, Parisis), aux « décoloniaux voyageurs » (Chamoiseau, Condé, Daoud, Mbougar Sarr) et aux « révélateurs d’un passé mélancolique » (Modiano, Guez, Mukasonga, Littell). Cette analyse examine la définition que Beigbeder donne du corpus, ses critères de valeur implicites (style, originalité de la perspective, courage de provoquer, risque existentiel), les caractéristiques des différents groupes à partir d’entrées exemplaires, et enfin la position qu’occupe Beigbeder dans son propre panorama – en tant que romancier qui s’est exclu mais qui reste présent comme une autorité sur chaque page – afin de finalement évaluer à la fois la véritable réussite du volume (combler un manque réel, la qualité des meilleurs portraits, la productivité heuristique de la taxonomie) et ses limites structurelles (la nature parisienne de la perspective, la canonisation de ce qui est déjà établi, le parti pris politique voilé).

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Œdipe à Évreux : une tragédie franco-allemande d'après-guerre par Denis Dercourt

« Évreux », premier roman de Denis Dercourt (Denoël, 2023), raconte une saga familiale bouleversante s'étendant sur sept décennies, débutant au cœur des bombardements de 1944. Léon, né d'une Française maltraitée et d'un collaborateur allemand, grandit dans une atmosphère de honte, de silence et de froideur morale. Enfant des ruines, il devient un homme de pouvoir impitoyable qui exploite systématiquement la culpabilité de ses concitoyens pour les faire chanter et bâtir un empire. En parallèle, le roman suit le destin de ses enfants, dont il est séparé, et celui de l'historien Antoine, qui tente de mettre au jour les crimes occultés du passé et se retrouve pris dans un engrenage mortel de vengeance et de justice expéditive. La ville d'Évreux apparaît comme un espace moralement souillé où l'histoire de l'occupation franco-allemande n'est pas surmontée, mais perpétuée par des récits personnels. La critique interprète systématiquement le roman comme une tragédie moderne dans la lignée d'Œdipe roi, arguant que Dercourt s'attache moins à présenter une chronique historique qu'à développer un modèle déterministe de la culpabilité. Au cœur de cette interprétation se trouve la thèse d'une « économie de la culpabilité » : les transgressions ne sont pas expiées, mais instrumentalisées et transférées dans de nouveaux rapports de pouvoir. Sur le plan stylistique, la critique appuie cette interprétation en soulignant le style narratif paratactique, quasi protocolaire, qui désémotionnalise la violence et la présente comme une conséquence logique des enchevêtrements historiques. De plus, elle met en lumière le fait que la figure de l'historien incarne l'ambivalence des Lumières : la connaissance ne conduit pas à la catharsis, mais plutôt à une action renouvelée. L'argumentation de la critique est clairement structurée – de la scène originelle de 1944 à la répétition intergénérationnelle jusqu'à l'acte final de justice privée – et vise à diagnostiquer une société d'après-guerre dont les récits officiels de réconciliation sont radicalement sapés par des histoires privées de violence.

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Le droit comme son : Constance Debré

Dans son analyse des romans de Constance Debré, « Offenses » (2023) et « Protocoles » (2026), cet essai met en lumière la transformation continue de son écriture, passant de l’autofiction à l’analyse socio-politique. « Offenses » raconte l’histoire d’un jeune homme anonyme de la banlieue parisienne qui assassine un voisin âgé. L’acte n’est pas exploité psychologiquement, mais sert plutôt de point de départ pour exposer la violence structurelle du système judiciaire et les injustices sociales. Debré déplace l’attention du crime individuel vers le « bruit » institutionnel du tribunal et l’ordre ritualisé qui réduit l’individu à sa physicalité et à son silence. L’analyse souligne que la réduction radicale de l’intrigue et de la subjectivité – l’auteur et la victime restent anonymes, leurs biographies sont ignorées – est un choix délibéré visant à exposer la hiérarchie et l’arbitraire des procédures sociales et juridiques. Les critiques comparent la démarche de Debré à celle de Dostoïevski, mais soulignent l'absence de purification morale et la froideur esthétique qui font d'*Offenses* une œuvre littéraire « musclée » qui interpelle le lecteur tout en ouvrant une réflexion philosophique sur la culpabilité, le pouvoir et la violence structurelle. Avec *Protocoles*, Debré déplace l'attention vers la violence institutionnalisée à un autre niveau : l'organisation bureaucratique de la peine de mort aux États-Unis est décrite avec précision, presque documentaire, tandis que son style fragmentaire intègre encore des observations personnelles et des moments poétiques. Alors que le subjectif domine dans *Offenses*, dans *Protocoles*, le « tu » s'intègre aux processus bureaucratiques, créant un sentiment paradoxal d'intimité et de distance. Cette interprétation analyse comment Debré, par ce changement de perspective, met l'accent sur la dimension structurelle de la violence et du contrôle, tirant l'effet poétique moins d'une réflexion introspective que de la confrontation avec un pouvoir ritualisé. Ces deux romans démontrent que Debré examine de manière constante les conditions de la subjectivité littéraire et de l'autonomie humaine dans des contextes où le droit, le pouvoir et les normes sociales réduisent l'individu, et la réception salue sa capacité à révéler esthétiquement et argumentativement les mécanismes de subjugation et de violence structurelle.

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Alain Pacadis, figure emblématique de la scène underground parisienne : Charles Salles

Le roman de Charles Salles, « Alain Pacadis, Face B », paru en 2023, brosse un portrait nuancé du journaliste français et icône glam-punk Alain Pacadis. L'ouvrage éclaire la vie de Pacadis, qui illustre les bouleversements sociaux et culturels radicaux du Paris d'après-guerre. Il le suit depuis sa jeunesse misérable et sa première manifestation politique en 1968, révélant son désarroi et sa quête d'identité, en passant par ses expériences formatrices avec la drogue, la sexualité et la scène underground parisienne des années 1970, jusqu'à sa mort tragique en 1986. Le roman explore la personnalité plus profonde et complexe qui se cache derrière les apparences : son histoire familiale, ses racines juives et grecques, ses traumatismes personnels tels que la mort de son père et le suicide de sa mère, et ses profondes insécurités. Ces facettes moins visibles et plus intimes de son être constituent sa « face B ».

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Le laboureur de la terre : Gaspard Kœnig

« Humus » de Gaspard Kœnig (2023, traduction allemande 2025), profondément ancré dans la grande tradition du réalisme, explore la substance même du sol et ses habitants, les vers de terre, pour aborder des questions existentielles sur le rapport entre l'humanité et la nature, l'idéalisme et le pragmatisme, l'échec et les nouveaux départs. Le roman raconte l'histoire de deux jeunes étudiants en agronomie, Arthur et Kevin, dont les chemins se croisent d'abord avant de diverger radicalement, reflétant la complexité des conflits environnementaux contemporains. Loin de se contenter de choisir entre les deux options principales des protagonistes, le roman analyse les forces et les faiblesses de chacune.

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Le drame oublié de 1940 : Aurélien d'Avout

Aurélien d'Avout, La France en éclats : écrire la débâcle de 1940, d'Aragon à Claude Simon (Bruxelles : Les Impressions nouvelles, 2023), 390 pp. Un tournant et une rupture dans l'image de soi des Français : l'étude d'Aurélien d'Avout, La France en éclats, éclaire pourquoi l'année 1940, et juin en particulier, est souvent enveloppée d'un « voile de silence » dans France. Bien que le…

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Burlesque et étrangeté : deux interprétations du monstrueux dans Arthur Dreyfus

« La troisième main » d’Arthur Dreyfus (POL, 2023) retrace le parcours de vie du jeune Paul Marchand sous la forme d’un « journal en désordre », un récit marqué par la Première Guerre mondiale et une macabre transgression médicale. La première partie du roman esquisse une enfance à Besançon, dont la continuité est brutalement interrompue par la mort de son père et la négligence croissante de sa mère. Grièvement blessé, Paul se réveille non pas à l’hôpital, mais dans la cave de Camille Gottschalk, un homme à l’allure androgyne qui pratique d’étranges transplantations sur humains et animaux. De son estomac naît une « troisième main », celle de l’Allemand Hans – un bras vivant et étranger qui assure sa survie tout en le transformant en monstre. Le texte entremêle guerre, horreur corporelle et quête d’identité, laissant en suspens la question de savoir si son protagoniste est victime, bourreau ou complice de sa propre survie. L'article propose deux lectures du roman de Dreyfus : une parabole troublante sur l'aliénation et une fantaisie corporelle grotesque et burlesque. D'un côté, le laboratoire de Gottschalk apparaît comme un lieu d'horreur scientifique, la troisième main comme un corps étranger inquiétant qui sape l'autonomie et l'identité. De l'autre, le même scénario se présente comme un spectacle libertin et éblouissant où un narrateur à la Candide déambule dans un cabinet de curiosités anatomiques, transgressant avec jubilation les frontières du genre, la morale et les normes corporelles. Oscillant entre horreur et excès, le monstrueux devient le théâtre de la survie – et la « troisième main » un symbole de l'ambiguïté entre aliénation et appartenance, répulsion et plaisir.

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Chorégraphie de la mémoire : Patrick Modiano pour son 80e anniversaire.

Depuis son premier roman, « La Place de l'Étoile » (1968), Patrick Modiano, qui cette année atteint le même âge que « l'après-guerre » (Andreas Platthaus), a créé un univers poétique imprégné d'ombres de la mémoire, d'identités mouvantes et d'absences mystérieuses. Ses romans – mélancoliques, elliptiques, tissés d'oubli et de retour – s'articulent autour d'un mouvement paradoxal : se souvenir à travers la perte, vivre à travers la disparition. Dans cette tension esthétique, la danse occupe une place particulière : motif, image, forme narrative. Dans son roman le plus récent, « La danseuse » (2023, traduction anglaise 2025), ce motif se mue en métaphore poétique : la danseuse devient la figure du souvenir, l'écran de projection d'un narrateur à la première personne en quête de sens, et l'allégorie d'une vie presque insaisissable. Ici, la danse n'est pas au centre de l'intrigue, mais elle est mise en scène comme une trace flottante, comme un principe rythmique de la narration, comme une figure fugace qui chorégraphie la narration elle-même.

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Un enfant de l'histoire franco-allemande : Sylvain Prudhomme

Le roman de Sylvain Prudhomme, « L'enfant dans le taxi » (2023, traduction allemande « Der Junge im Taxi », Unionsverlag, juillet 2025), explore les zones d'ombre de l'histoire franco-allemande, notamment de l'après-guerre, et leur impact sur les destins individuels et les relations familiales. L'œuvre entremêle la quête personnelle du narrateur, Simon, à la recherche d'un secret de famille refoulé, et l'histoire complexe de l'occupation française de l'Allemagne. Au cœur du récit se trouve la découverte de l'existence de M., fils allemand du soldat français Malusci et de l'Allemande Liselotte H., conçu pendant l'occupation sur les rives du lac de Constance. Son existence fut activement niée pendant des décennies afin de préserver des récits familiaux idéalisés, dont la fragilité est mise à nu par les recherches de Simon. Le lac de Constance lui-même devient un symbole central du mystère et des profondeurs cachées, tandis que le taxi dans lequel M., adolescent, se rend pour voir son père symbolise son espoir désespéré, quoique naïf, de renouer des liens. L'histoire montre comment la communication est bloquée par le silence et les malentendus jusqu'à ce que la vérité soit enfin révélée par des personnages comme Franz et Louis. Le roman transcende la simple histoire familiale en dépeignant la répression collective comme une pratique active et performative où la « paix » se dissimule souvent derrière le déni. Le texte souligne que la révélation de la vérité ne conduit pas à une réalité objective, mais plutôt à une construction continue de la vérité, façonnée par les désirs et les émotions. De plus, le roman est étroitement lié à l'histoire coloniale de l'Algérie, puisque le premier indice du secret de famille caché – l'existence de M – apparaît à travers Bahi, un ouvrier agricole algérien travaillant dans la ferme des Malusci à Oran. En définitive, le roman suggère une possibilité de guérison des traumatismes historiques fondée sur l'empathie et l'acceptation de la complexité de l'histoire humaine.

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Pierre Bayard corrige Alfred Hitchcock

Dans son ouvrage « Hitchcock s'est trompé » (Éditions Minuit, 2023), Pierre Bayard propose une réinterprétation complète du film « Fenêtre sur cour » d'Alfred Hitchcock. Sa thèse principale est que Hitchcock s'est trompé dans son chef-d'œuvre et que la solution généralement admise au crime – le meurtre et le démembrement de la femme par le voisin Lars Thorwald – est erronée. Le film, selon lui, détourne l'attention d'un véritable crime, un exemple supplémentaire de la critique policière dont fait preuve Bayard dans ses ouvrages.

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Le maniérisme comme symptôme : Laurent Binet

« Perspective(s) » de Laurent Binet est un roman policier historique présenté comme un roman épistolaire à perspectives multiples. Il explore les débats esthétiques, politiques et épistémologiques de l'Italie du XVIe siècle, tout en posant une question profondément moderne : comment la vérité se construit-elle à travers l'interaction de la perspective, du pouvoir et du médium ? Comment l'art – qu'il soit peint ou narré – peut-il être à la fois sincère et efficace ? La perspective sert de guide épistémologique et de principe organisateur stylistique. Elle représente à la fois l'avancée de la Renaissance dans les techniques picturales et sa distorsion et son incertitude maniéristes, ainsi que la stratégie narrative de Binet, qui se fait « traducteur » de lettres anciennes, révélant ainsi l'historiographie et la fiction comme des constructions narratives.

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À la mémoire de Pierre Nora (1931–2025)

Le 2 juin 2025, l’éminent historien français Pierre Nora s’est éteint à Paris à l’âge de 93 ans. Directeur de la monumentale série en sept volumes « Les Lieux de mémoire » (1984-1993), il a profondément marqué la compréhension de la culture mémorielle nationale et contribué de manière significative à la réflexion sur l’identité française. Né à Paris en 1931, Pierre Nora a échappé aux persécutions de la Gestapo durant son enfance. Cette expérience précoce a profondément influencé sa pensée sur l’histoire, la mémoire et la nation. Dans deux ouvrages publiés ces dernières années, Nora a présenté ses mémoires, « Jeunesse » (2022) et « Une étrange obstination » (2023), où il relate librement sa vie d’éditeur et d’historien, et notamment son parcours professionnel.

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Poétiques de l'enfance : Marouane Bakhti, Comment sortir du monde (2023)

« Comment sortir du monde » (2023) de Marouane Bakhti raconte l'histoire d'un jeune homme issu de l'immigration qui tente de se libérer de la violence familiale, de l'aliénation culturelle et de la fragmentation intérieure par le biais de la mémoire, du langage et de la spiritualité – non pas pour abandonner le monde, mais pour y créer un espace d'existence à la fois vulnérable et résilient. Ce texte d'émancipation, à travers des chapitres d'une grande richesse poétique, dépeint l'enfance, l'adolescence et les premiers pas vers la découverte de soi d'un narrateur queer franco-arabe. Ce faisant, il développe une poétique de l'enfance où la mémoire n'est pas ordonnée rétrospectivement, mais reconstruite comme une expérience sensuelle et fragile. Le narrateur écrit du point de vue de l'enfant blessé et émerveillé, dont la perception de la nature, du langage et du corps est à la fois magique et menacée. La forme fragmentaire, ponctuée d'images, d'odeurs, de sons et d'associations poétiques, reflète la nature fragmentée et ouverte de la conscience enfantine. L’enfance n’apparaît pas comme une innocence perdue, mais comme l’origine de la différence, de la honte, du désir et du mutisme – mais aussi comme une source de résilience qui défie l’oubli. Le roman rend palpable le fait qu’écrire ici n’est pas simplement se souvenir, mais une recréation minutieuse de ce monde intérieur qui avait disparu du monde.

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Poétiques de l'enfance : Nathacha Appanah, La mémoire délavée (2023)

L’œuvre autofictionnelle de Nathacha Appanah, « La mémoire délavée » (2023), explore avec profondeur les origines familiales, l’histoire coloniale et l’identité. Au cœur de ce récit se trouve une confrontation littéraire avec l’histoire de ses propres ancêtres, arrivés sur l’île Maurice au XIXe siècle comme travailleurs engagés indiens. Le titre lui-même suggère le thème central : la mémoire floue et estompée – à la fois individuelle et collective – qu’il faut reconstruire à travers la tradition orale, les anecdotes familiales, les lacunes et les archives. Cette quête est aussi un retour à sa propre enfance : à Piton, un village mauricien, à une enfance marquée par une histoire familiale empreinte de silence, de fragments et de traumatismes inexprimés. L'enfance apparaît dans ce texte comme une origine biographique, un point de départ littéraire et un horizon épistémologique : à travers l'émerveillement de l'enfant, sa perception sensorielle du monde et les questions existentielles de l'enfant qui veut savoir « d'où nous venons », le texte prend forme comme un espace poétique de mémoire.

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République grotesque : Nathalie Quintane

Nathalie Quintane (née en 1964) est poétesse, romancière et professeure dans un collège de Digne. Avec son roman « Tout va bien se passer » (2023), elle propose une œuvre qui mêle avec originalité formes littéraires, réflexion historique, ironie postmoderne et analyse politique incisive. Au cœur du récit se trouve une scène grotesque : un ministre, réduit à son torse, traverse Paris en route vers le palais de l’Élysée. Il est accompagné par le point de vue du narrateur ainsi que par des voix historiques et fictives, notamment celle de Lucile Franque, une peintre du XVIIIe siècle, réelle mais quasiment inconnue, qui fait son apparition dans le roman comme une voyageuse temporelle. Le roman nous transporte à travers l’Élysée, non comme un lieu de dignité étatique, mais comme le théâtre de rituels de représentation absurdes. Il déploie une tapisserie textuelle faite de miniatures pittoresques, d’interludes essayistiques, de passages surréalistes, d’exagérations comiques et d’une méticulosité quasi documentaire. Le torse ministériel symbolise une politique qui a perdu toute intégrité, réduite à une simple coquille vide. Le palais de l'Élysée devient un palais de signes vides, une parodie de démocratie où ne circulent que des gestes symboliques.

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Le colonialisme dans le roman noir romain : Thomas Cantaloube

Alors que « Requiem pour une République » de Thomas Cantaloube se concentre sur la guerre d'Algérie et que « Frakas » met en lumière les machinations néocoloniales de la Françafrique, « Mai 67 » est consacré à la répression méconnue mais historiquement significative qui a eu lieu en Guadeloupe en 1967. Avec ce volume, Cantaloube a créé une œuvre qui est à la fois un thriller politique, une dénonciation littéraire et une analyse fascinante des rapports de pouvoir structurels de la Ve République.

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Caresser quelque chose d'invisible : Debora Levyh

Le premier roman de Debora Levyh, « La version » (2023), explore l’altérité radicale d’un monde dont la langue, la conception du temps et l’organisation sociale diffèrent fondamentalement des nôtres. Cet article montre comment le texte entreprend une réflexion littéraire sur les limites du langage : la narratrice peut observer la culture étrangère et en reconnaître les schémas, mais la traduction dans sa propre langue demeure inadéquate. Par l’absence d’identités fixes, d’objets constants et de structures narratives linéaires dans ce monde étranger, le roman crée une atmosphère de désorientation qui pousse les lecteurs à remettre en question leurs modes de pensée habituels. L’œuvre de Levyh est replacée dans le contexte des traditions littéraires de l’anthropologie poétique et comparée à des œuvres telles que « Voyage en Grande-Bretagne » d’Henri Michaux et « Histoires de cronopis et de familles » de Julio Cortázar, qui expérimentent également des constructions sociales surréalistes. La poétique de la périphrase chez Levyh aboutit à une approche des concepts toujours légèrement décalée, où le langage apparaît non comme un système de signification figé, mais comme un médium fluide qui rend justice à l'expérience de l'intraduisible. Tandis que, par exemple, le Paradis XXXIII de Dante aborde l'insuffisance du langage humain face au divin, et que « Flatland » d'Edwin Abbott utilise une expérience de pensée mathématique sur différentes dimensions pour illustrer comment des catégories de perception limitées restreignent l'imagination, le film « Premier Contact » de Denis Villeneuve lie le déchiffrement d'une écriture extraterrestre non linéaire à l'expérience d'une perception altérée du temps. La particularité de « La version » de Debora Levyh réside dans son exploration radicale de l'altérité linguistique et culturelle, qui interpelle le lecteur non seulement sur le fond, mais aussi sur le plan esthétique. La beauté de cette écriture réside dans une atmosphère dense, presque méditative, née de l'impossibilité de saisir pleinement l'étranger absolu. Un livre pour les lecteurs désireux d'entreprendre une exploration intellectuelle et sensorielle des limites de la traduction.

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La crucifixion de l'icône pop dans « Autopsie mondiale » de Bayamack-Tam

« Autopsie mondiale » d’Emmanuelle Bayamack-Tam explore les frontières entre théâtre, prose et allégorie politique : au cœur de l’œuvre se trouve une performance fictive où Michael Jackson, Britney Spears, la figure allégorique de l’opinion publique et un fan mènent un procès sur scène. Cette constellation dramatique transcende les destins individuels, faisant écho à des thèmes universels tels que la culpabilité, l’identité, la responsabilité et le pouvoir de l’opinion publique. Avec sarcasme, émotion et critique sociale, Bayamack-Tam expose les rouages ​​de la culture moderne et ses signes de déclin.

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Virgile et le parfum du grand feu

C'est le 16 Juillet je scrute le Journal du Ciel. Je note le nom de ce jour, ce matin il vit encore. Dans quelques jours, une semaine, au plus tard, il ne sera plus, j'aurai oublié son nom, je ne saurai plus son âge. Il était prudent de se renseigner le 16 juillet au matin, à 5h30, cette fois juin étoile, seule, nue, pure, un infime trou de lumière dans les ténèbres. Scintille comme le clin d'œil de l'actualité, un pétillement d'En-Haut. Mon imagination peut ramener l’Ukraine à l’Occident. Je ne l'exerce pas. L'étoile et mon nous nous parlons. Je suis dans l'état de la disciple d'un Virgile du tout premier siècle des apocalypses, qui reçoit une lettre céleste.

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Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Libérez le langage des phrases et des mots vides.

Paul préfère se reposer jusqu'au cœur de l'emport, plutôt que s'arracher à la torpeur, cette pleine conscience de lui-même qu'il goûtait enfin. Il n'était pas seul ; C'est une partie habitable de l'univers ; chaque grain de poussière disponible pour les sens ; les vers de terre étaient à leur place (les vers de terre étaient superbes, tout comme les scarabées, les fourmis, les champignons molletonneux) ; les oiseaux chantaient des psaumes ; les étoiles révélaient son destin : all semblait parfait – sitôt qu'il avait fait abstraction des hommes. Peut-être était-ce vrai, les hommes étaient les gardiens de l'enfer des autres hommes qui leur servaient eux-mêmes de geôliers.

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

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