La diaspora comme mouvement : Manuel Carcassonne

« Le Retournement » de Manuel Carcassonne (Grasset, 2022) s’ouvre sur une phrase anodine – « Souvenez-vous, Nour et moi, nous nous disputions » – et déploie à partir de là l’histoire d’un homme qui, sur le tard, entre les bureaux des éditions parisiennes et un lit d’hôpital à l’hôpital Cochin, entre la lecture de Flavius ​​Josèphe et les rues dévastées de Beyrouth, prend conscience que « l’héritage juif » n’est pas un constat neutre, mais une attribution existentielle. Suite à sa rencontre avec Nour, l’écrivain chrétien libanais d’Achrafieh, dont la confusion persistante entre « israélite » et « israélien » illustre la question de l’identité, et suite à une crise personnelle, le narrateur entreprend un voyage associatif à travers l’histoire des « Juifs du Pape », à travers les archives familiales, les lectures philosophiques et la politique contemporaine. Cette critique interprète ce livre délibérément hybride, oscillant entre récit amoureux, essai et archéologie historique, comme une forme littéraire de « retournement » : non pas un retour à une origine, mais un mouvement de déplacement et de superposition, où l’identité émerge précisément là où elle se refuse à toute définition définitive. Du conflit récurrent du début au geste épuisé du sommeil à la fin – Nour, marchant parmi les décombres de Mar Mikhael après l’explosion du 4 août 2020, et le narrateur l’embrassant sans avoir trouvé de réponses –, le texte, soutient la critique, démontre que la judéité à l’époque de la fin de l’époque moderne ne renvoie ni à la foi, ni à la terre, ni à la langue, mais à une expérience spécifique du temps, de la mémoire et de l’altérité : un mouvement continu qui se déploie dans l’acte d’écriture lui-même.

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Généalogie de la haine : autobiographie, antisémitisme et poétique de l'histoire chez Édouard Drumont et Christophe Donner

Comme le démontre cet essai, le roman de Christophe Donner, « La France goy », déploie un récit généalogique où s'entremêlent histoire familiale individuelle et histoire idéologique collective. Le point de départ est la recherche, par le narrateur, de son arrière-grand-père Henri Gosset dans les archives. Cette recherche se transforme rapidement en une vaste reconstruction de l'antisémitisme français depuis la fin du XIXe siècle. À travers l'ascension sociale de Gosset et ses liens avec les cercles de Léon Daudet et d'Edgar Bérillon, la famille est directement intégrée au réseau idéologique de l'époque. Parallèlement, la biographie d'Édouard Drumont se construit comme une « anatomie de la haine », révélant comment l'échec personnel, l'humiliation sociale et les stratégies médiatiques se cristallisent en un puissant récit antisémite. Ce réseau est complété par des figures opposées, comme l'anarchiste Marcelle Bernard, ainsi que par la perspective généalogique autour du grand-père Jean Gosset, dont la mort dans un camp de concentration porte le récit historique à son aboutissement tragique. Cette interprétation soutient que la méthode de Donner n'est ni purement autobiographique ni historique au sens classique du terme, mais qu'elle développe, à la manière d'une « archéologie généalogique », une poétique réflexive des archives où documents, fiction et introspection s'entremêlent, subvertissant systématiquement les frontières entre autobiographie et biographie. Au cœur de cette démarche se trouve la thèse d'une continuité structurelle de l'antisémitisme, non pas affirmée discursivement mais démontrée narrativement par la mise en évidence des sédiments idéologiques, linguistiques et affectifs à travers les générations. La réussite littéraire de Donner réside non seulement dans la condamnation morale de l'antisémitisme, mais aussi dans la révélation de son attrait esthétique et narratif : le succès de Drumont s'explique par une logique narrative qui transforme des ressentiments diffus en un récit cohérent. Cela conduit à une approche critique sophistiquée qui appréhende l'écriture elle-même comme un pouvoir ambivalent – ​​comme un moyen à la fois de séduction idéologique et de contre-action éclairée – et qui lit le roman dans son ensemble comme une tentative d'acquérir une forme de connaissance historique qui transcende la simple factualité grâce à l'exploration littéraire des enchevêtrements généalogiques.

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Le Monstre et son Double : Pierre Rivière dans Michel Foucault et Ismaël Jude

Cette recension porte sur deux ouvrages radicalement différents mais inextricablement liés : le recueil documentaire « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère », dirigé par Michel Foucault, qui place le triple meurtrier Pierre Rivière au cœur de discours concurrents, et « Deuil » d’Ismaël Jude (éditions verticales, 2022), qui s’attaque performativement à cette même forme de confinement discursif. Tandis que le livre de Foucault inscrit les mémoires de Rivière, rédigées en prison, dans un ensemble d’archives polyphoniques – dossiers judiciaires, rapports médicaux, commentaires historiques – démontrant ainsi comment une vie devient une « affaire » à travers le langage institutionnel, Jude projette cette constellation dans le présent et la déconstruit de l’intérieur : sa narratrice lit Foucault, réinterprète ses termes (parricide devient matricide, sororicide, fratricide) et se métamorphose en double féminin refoulé du meurtrier. Cette recension ne se contente pas de souligner ce contraste comme une différence entre deux méthodes – d’un côté la distance analytique de la généalogie, de l’autre la contre-discours furieuse, corporelle et destructrice du langage – mais comme une sorte de mouvement dialectique : Foucault montre comment les discours s’approprient un texte ; Jude montre que cette critique elle-même demeure une forme d’appropriation. Le centre d’intérêt se déplace de façon décisive : là où Foucault lit le texte comme un champ de bataille entre justice et psychiatrie et souligne son « étrange beauté », Jude insiste sur ce qui disparaît dans ce processus – la violence sexiste, les corps des victimes, la possibilité d’une autre voix, non masculine. La force de l’argumentation de cette recension réside précisément dans le fait qu’elle n’oppose pas ces deux perspectives, mais les conçoit plutôt comme une tension nécessaire : elle montre comment le projet de Foucault crée les conditions dans lesquelles Jude peut écrire, et simultanément comment Jude brise ces conditions en radicalisant l’écriture elle-même en un acte. Cela crée l’image d’une constellation littéraire et théorique dans laquelle une question centrale devient de plus en plus pressante : si – comme chez Rivière – texte et action fusionnent, qui alors contrôle leur signification ? Et qui est entendu – ou réduit au silence ?

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Extrait du film "Leurs enfants après eux"

La dignité de la persévérance : réhabilitation littéraire de la France périphérique dans l'œuvre de Nicolas Mathieu

Dans « Leurs enfants après eux » (Actes Sud, 2018), Nicolas Mathieu raconte l’histoire d’une génération qui grandit durant quatre étés dans la Lorraine, région industrielle en déclin : dans la ville fictive de Heillange, Anthony, Hacine et Stéphanie errent entre gravières, hauts fourneaux désaffectés et tensions familiales, au cours d’une jeunesse dont les promesses – ascension sociale, liberté, affirmation de soi – se révèlent structurellement bloquées, de sorte que même leurs expériences les plus intenses d’amour, de violence ou d’amitié restent constamment liées à la gravité d’un espace qui ne produit plus d’avenir ; le roman condense cette expérience en un panorama choral où les biographies individuelles apparaissent moins comme des récits de vie autonomes que comme des variations sur un destin collectif d’invisibilité. À l’inverse, « Connemara » (Actes Sud, 2022) déplace la perspective vers le présent et une autre phase de la vie : à travers Hélène, l’arriviste en apparence comblée, et Christophe, resté dans son milieu d’origine, Mathieu raconte l’histoire de l’illusion même de la mobilité sociale. Le retour d’Hélène de l’élite parisienne à la province révèle son ascension sociale comme une histoire d’aliénation, tandis que Christophe incarne le revers de la médaille, une vie de continuité sans départ. Leurs retrouvailles fugaces mettent ainsi en lumière l’impossibilité d’une identité cohérente entre origine et conception de soi ; le lieu éponyme, symbole du désir, demeure une pure projection, le nom d’une vie non vécue. L’essai analyse les deux romans comme un diptyque qui élève l’espace géographique de la France périphérique du simple décor au centre épistémique : l’espace apparaît ici comme un instrument de connaissance où se matérialisent les contradictions de la méritocratie française, et les personnages comme porteurs de positions sociales dont le champ d’action est prédéterminé par l’origine, la classe et les ordres symboliques. La poétique de Mathieu est décrite comme une tension entre la précision du réalisme social et l'économie littéraire – une écriture de l'ellipse qui, par sa structure chorale, son style indirect libre et l'imprégnation du paysage, du corps et des détails du quotidien, engendre une résonance universelle sans jamais basculer dans l'abstraction. Parallèlement, cette écriture insiste sur le fait que la critique sociale implicite ne réside pas dans des thèses explicites, mais dans la forme narrative elle-même, dans la convergence sans catharsis, dans le « malgré tout » d'un bonheur précaire, ou dans le « cœur en miettes » d'une existence inachevée. Il en résulte l'image d'une œuvre qui ne privilégie moralement ni l'ascension ni la stagnation, mais les conçoit toutes deux comme des variantes d'un même dilemme – et c'est là que réside la force politique de sa littérature.

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Destruction délicate : Michel Houellebecq

Le roman de Michel Houellebecq « Anéantir » (2022) déploie le panorama d'un présent épuisé : au centre se trouve Paul Raison, un haut fonctionnaire dans le cercle d'un ministre français, dont la vie quotidienne est imprégnée de mystérieuses cyberattaques, de nervosité politique et d'une aliénation personnelle rampante. Dans le même temps, son environnement familial se désagrège – son père après un AVC, ses frères et sœurs dans des impasses – jusqu'à ce que l'attention se porte de plus en plus sur la maladie de Paul lui-même. Le diagnostic d'un cancer incurable change radicalement la perspective : ce qui commence comme un roman politique se condense en un récit de mort, dans lequel une forme fragile de proximité réapparaît de façon surprenante – notamment dans la réconciliation prudente avec sa femme Prudence. Le roman retrace ce processus dans une temporalité lente, presque protocolaire, maintenant la destruction en suspens narratif : comme quelque chose qui se produit, mais qui semble encore être freiné par les relations, les routines et de minimes lueurs d'espoir. – En revanche, le recueil de poésie « Combat toujours perdant » (2026) apparaît comme une contraction radicale du même matériau. Il n'y a ni intrigue, ni développement des personnages, ni médiation par le biais de contextes sociaux : les textes consistent en des observations brèves et incisives qui illustrent directement la déchéance physique et existentielle. La maladie apparaît non comme un processus, mais comme un état ; le corps non comme un destin narré, mais comme un système défaillant. Les thèmes du roman – la solitude, la sexualité, le vieillissement, la proximité de la mort – reviennent également, mais dans un langage qui nie toute illusion de continuité ou de sens. Là où le roman reconstruit les relations, le recueil de poésie ne connaît que leur absence ou leur écho ; là où le roman déploie le temps, la poésie le réduit à des points abrupts du présent. La critique interprète les deux ouvrages comme des formes complémentaires d'un même projet visant à dépeindre la destruction progressive de l'individu et de la société. Le roman agit comme une sorte d’« espace sûr » : il répartit l’insupportable à travers l’intrigue, les personnages et le temps, le rendant ainsi perceptible dès le départ. Le recueil de poésie, cependant, supprime systématiquement ces mécanismes de protection et confronte le lecteur à un langage qui ne raconte plus la fin, mais la présuppose. Contrairement aux provocations calculées des textes antérieurs, qui s'appuyaient sur le scandale, l'exagération et l'exagération polémique, cette œuvre tardive fonctionne par un dépouillement démonstratif : ce n'est plus la transgression des tabous qui crée des frictions, mais plutôt la sobriété quasi protocolaire d'une écriture qui refuse toute chute. Selon l'interprétation que l'on fait de ce geste, il peut s'agir d'un recul ou d'une maturation : soit d'une perte d'agressivité, soit d'une forme d'autocritique reconnaissant que la provocation est futile face à l'épuisement dépeint et doit donc être remplacée par une réduction radicale. Dans ce mouvement, l'individu et le social sont effacés : le sujet se réduit à un corps fonctionnel ou défaillant, tandis que la société n'apparaît plus que comme une structure diffuse en arrière-plan, de sorte que les deux niveaux deviennent indiscernables dans un même processus d'annihilation. Ainsi, au final, subsiste une beauté singulière : dans la lumière tamisée de la chambre d'hôpital, lorsque Paul et Prudence sont allongés côte à côte en silence, dans le geste lent par lequel elle lui tend la nourriture, dans la continuation tranquille des choses du quotidien – la vapeur du café le matin, le bruissement des draps – tandis que le corps se désintègre inexorablement et que ces scènes pourtant si discrètes brillent comme de derniers îlots fragiles dans le flot de l'anéantissement.

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Entre origine et ascension sociale : Romans de changement de classe par Moraton, Robin et Sizun

Cet article se concentre sur trois romans français qui explorent la mobilité sociale sous différents angles littéraires : « Transfuge » de Gilles Moraton (Nadeau, 2025), « Le Visage tout bleu » de Patrice Robin (POL, 2022) et « 10, villa Gagliardini » de Marie Sizun (Arléa, 2024). Le roman de Robin, à la première personne, relate l’ascension sociale d’un garçon issu d’un milieu rural et artisanal. Sa naissance, presque fatale, et les conditions de travail difficiles de ses parents ont façonné son point de départ social ; son chemin vers le monde intellectuel reste marqué par la culpabilité et l’empreinte physique de ses origines. Moraton, quant à lui, dépeint l’évolution d’un protagoniste issu de la petite bourgeoisie ou du prolétariat qui accède à l’élite culturelle grâce aux institutions éducatives, tout en demeurant à la croisée des classes, et qui analyse avec lucidité sa propre métamorphose. Sizun, à son tour, reconstitue l'enfance d'une jeune fille dans le Paris d'après-guerre qui, grâce à l'éducation et à l'autodiscipline, s'émancipe progressivement du carcan de la « villa Gagliardini » pour accéder à une autre sphère sociale ; ici, le changement de classe apparaît comme une transformation subtile, intrafamiliale, étroitement liée à l'émancipation féminine. – Cet essai soutient que ces trois romans abordent non seulement la question du changement de classe de manière thématique, mais la présentent également comme un problème structurel de la narration. Au centre se trouve la figure du « transfuge », sujet à double position qui, rétrospectivement, relate une origine laissée derrière lui sans jamais pouvoir s'en détacher complètement. L'analyse porte notamment sur la tension entre le narrateur et le narraté, le problème linguistique du changement de registre social, la mise en scène de la rupture ou de la continuité dans la structure temporelle, et la dimension éthique de la caractérisation. Dans sa lecture comparative des fins de romans, l'étude souligne que Robin vise une intégration conciliante des origines, Moraton met l'accent sur la persistance d'une position intermédiaire, et Sizun conçoit une forme discrète de continuité intérieure. Ainsi, cette analyse démontre que le changement de classe, en tant que motif littéraire, pose un défi esthétique et éthique car il met en mouvement l'identité, le langage et la perspective narrative.

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Œuvres tardives comme laboratoire : Jean-Jacques Schuhl et Simon Liberati

« Les apparitions » de Jean-Jacques Schuhl et « Performance » de Simon Liberati (tous deux parus en 2022) explorent le thème d'écrivains vieillissants dont le déclin physique devient le point de départ d'une expérience littéraire radicalement renouvelée. Dans « Les apparitions », Schuhl met en scène un narrateur qui, après une grave hémorragie interne et une hypoxie cérébrale, est hanté par des « apparitions » : des événements visuels autonomes et d'une grande présence, qui refusent d'être des rêves ou des hallucinations. Le texte déploie une poétique du montage, de la citation et de la désubjectivation, où le moi s'efface progressivement derrière des images, des voix et des fragments étrangers. « Performance », quant à elle, raconte l'histoire d'un auteur de 71 ans qui, après un AVC, retrouve une énergie créatrice renouvelée grâce à une commande sur les Rolling Stones. Cette énergie est cependant largement alimentée par une relation scandaleuse avec sa jeune belle-fille, qui lui sert d'écran de projection pour un désir excessif. Le roman de Liberati mêle maladie, décadence, culture populaire et transgression dans une mise en scène provocatrice du vieillissement comme expérience esthétique aux limites de l'expérience humaine. – La critique considère les deux romans comme des œuvres paradigmatiques de la vieillesse, qui appréhendent le vieillissement non comme une phase de bilan ou de modération, mais comme un extrême esthétique. Elle soutient que Schuhl et Liberati développent deux modèles contrastés mais complémentaires du « créateur vieillissant » : une imagination réceptive et déresponsabilisante chez Schuhl, qui dissout presque le moi dans l'acte d'écrire, et une imagination agressive et transgressive chez Liberati, qui affirme une forme ultime de souveraineté artistique précisément dans le déclin moral et physique. Au cœur de l'analyse se trouve la thèse selon laquelle la pathologie, la maladie et la proximité de la mort deviennent « matière première de la pensée » dans les deux textes, d'où émergent de nouvelles formes d'intensité littéraire. La critique montre ainsi comment l'œuvre tardive fonctionne non comme un chant du cygne, mais comme un laboratoire où la littérature réexamine radicalement ses propres limites face à la mortalité.

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Les frères Goncourt et la poétique du dédoublement : Alain Claude Sulzer

Le roman d'Alain Claude Sulzer, « Doppelleben » (2022), est désormais disponible en français sous le titre « Les Vieux Garçons » (2025). Avec une langue précise et d'une subtile distance, il retrace la vie des frères Edmond et Jules de Goncourt, deux écrivains inextricablement liés dans le Paris du XIXe siècle, vivant, pensant et écrivant ensemble. Sulzer entremêle faits historiques et imagination poétique : des rituels quotidiens aux conversations sur l'art et le style, en passant par les tragédies silencieuses de leur vie privée, se déploie un drame intimiste, explorant la dépendance, la maladie et l'obsession créatrice. Le roman suit les frères de leur ascension littéraire au déclin physique et mental de Jules, qu'Edmond observe avec une inquiétude désespérée, mais aussi avec une certaine distance esthétique.

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L'autosociobiographie comme genre français

Autosociobiographie : Poétique et politique, édité par Eva Blome, Philipp Lammers et Sarah Seidel, Traités d'études littéraires, Metzler, 2022.

Le recueil d’articles intitulé « Autosociobiographie : poétique et politique », dirigé par Eva Blome, Philipp Lammers et Sarah Seidel, est consacré à l’étude d’une forme textuelle littéraire qui existe depuis Didier Eribon. Retour à Reims (Retour à ReimsLe genre de l’écriture autosociobiographique (2009-2016) connaît un regain d’intérêt remarquable. Les directeurs de publication se proposent d’examiner, de systématiser et de réfléchir sur ce genre encore récent afin de l’établir comme un objet d’étude pertinent pour les études littéraires et d’analyser sa forme littéraire (poétique) à l’aune de ses revendications politiques et socio-analytiques. Les contributions abordent des textes autosociobiographiques contemporains et leurs contextes littéraires et historiques selon trois thèmes principaux : « Épistémologie littéraire du social », « De la nature politique de la forme » et « Transition et narration ».

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Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Le travail de Boualem Sansal aujourd'hui : Rebecca Hohnhaus

Situation actuelle : Exclusion du programme de grâces nationales. La situation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal demeure critique. Le 1er juillet 2025, une cour d’appel algérienne a confirmé le jugement de première instance et a de nouveau condamné l’auteur, âgé de 80 ans et gravement malade, à cinq ans de prison ferme. Il est accusé d’atteinte à l’« unité nationale » de l’Algérie.

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Compléter le monde : Alice Zeniter

L’ouvrage d’Alice Zeniter, « Toute une moitié du monde » (Flammarion, 2022, traduit du français par Yvonne Eglinger, Berlin-Verlag, 2025), est une réflexion stimulante sur la fiction. S’appuyant sur son expérience personnelle de lectrice et d’écrivaine, il invite à une profonde réévaluation de nos manières de lire et de raconter des histoires. Ce livre ne se présente pas comme un essai strictement universitaire, mais plutôt comme une exploration intellectuelle, une réflexion méditative mêlant librement réflexions personnelles, considérations littéraires et critiques sociales.

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François Truffaut et la littérature

Le recueil Correspondance avec des écrivains (1948-1984) (Gallimard, 2022) offre un aperçu précieux de la pensée de François Truffaut et de son rapport profond à la littérature, qui imprègne toute son œuvre cinématographique. Édité par Bernard Bastide, cet ouvrage rassemble une riche correspondance écrite par Truffaut de 1948 (à 16 ans) à 1984 (à 18 ans).

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Non serviam. La littérature politique aujourd'hui : Alexandre Gefen

Dans son ouvrage « La littérature est une affaire politique », Alexandre Gefen s'attache à démontrer que la littérature – contrairement à l'idée reçue selon laquelle elle ne sert qu'au divertissement – ​​est fondamentalement politique. L'un des principaux objectifs de Gefen est de souligner que les écrivains français contemporains, tout en rejetant la notion classique de « littérature engagée », ne sont nullement indifférents, d'un point de vue esthétique, aux problèmes politiques de leur pays. Bien au contraire, ces auteurs utilisent fréquemment leurs récits comme outils d'analyse des inégalités. Ils emploient des éléments autobiographiques ou journalistiques pour questionner les discours sociaux et parfois même tenter de prolonger ou d'anticiper les crises de société. Ce faisant, ils rejettent l'idée d'une « tour d'ivoire » dans laquelle ils seraient supposément confinés et qu'ils ne peuvent plus tolérer. Ils répondent aux besoins sociaux en participant à des résidences d'écriture, par exemple dans des quartiers, des hôpitaux, des maisons de retraite, ou auprès de jeunes et de migrants. L'ouvrage révèle ainsi un panorama impressionnant d'une « littérature engagée et moderne qui cherche à transformer notre société ».

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La topologie de la violence en France : modélisation narrative dans l’extrême contemporaine : Markus Alexander Lenz

La présente étude, *La République blessée : la violence narrative dans la France du XXIe siècle* (Mimesis 101, Berlin : De Gruyter Brill, 2022), aborde une question d’une grande actualité et d’une importance sociale cruciale : la représentation et la réflexion sur la violence dans la littérature française contemporaine. L’auteur, Markus Alexander Lenz, propose une analyse approfondie de textes narratifs actuels, dont la plupart ont été écrits au cours des années 21…

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Le surnaturel comme expression de l'époque dans le roman : Anne-Sophie Donnarieix

La monographie d'Anne-Sophie Donnarieix, *Puissances de l'ombre : le surnaturel du roman contemporain* (Presses universitaires du Septentrion, 2022), propose une analyse nuancée de la présence du surnaturel dans la littérature française contemporaine. L'ouvrage poursuit l'ambitieux objectif de situer les diverses manifestations et fonctions du surnaturel dans un contexte littéraire marqué, d'une part, par une crise du rationalisme…

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La Nouvelle Athènes : Laurent Gaudé

Dans « Chien 51 » (2022), Gaudé met en scène une sombre parabole sur la dégradation de l'humanité réduite à une simple ressource, l'oubli de l'histoire collective, le transfert du pouvoir d'État aux mains du privé – et le dernier souffle d'humanité dans un système déshumanisé. Le roman ne se contente pas d'aborder l'inégalité sociale, il la transcende largement : il soulève des questions d'intégrité morale, de libre arbitre, de mémoire, de vengeance et de rédemption – avec une langue impressionnante, à la fois d'une froideur analytique et d'une densité liturgique remarquable.

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À la mémoire de Pierre Nora (1931–2025)

Le 2 juin 2025, l’éminent historien français Pierre Nora s’est éteint à Paris à l’âge de 93 ans. Directeur de la monumentale série en sept volumes « Les Lieux de mémoire » (1984-1993), il a profondément marqué la compréhension de la culture mémorielle nationale et contribué de manière significative à la réflexion sur l’identité française. Né à Paris en 1931, Pierre Nora a échappé aux persécutions de la Gestapo durant son enfance. Cette expérience précoce a profondément influencé sa pensée sur l’histoire, la mémoire et la nation. Dans deux ouvrages publiés ces dernières années, Nora a présenté ses mémoires, « Jeunesse » (2022) et « Une étrange obstination » (2023), où il relate librement sa vie d’éditeur et d’historien, et notamment son parcours professionnel.

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La transgression chez Guillaume Lebrun : Jeanne d'Arc et Héliogabale

Les romans de Guillaume Lebrun, « Fantaisies guérillères » (2022) et « Ravagés de splendeur » (2025), présentent l'histoire comme un produit de la fiction, du pouvoir et de la mise en scène. Cet article analyse comment Lebrun réinterprète Jeanne d'Arc en une figure médiatique féministe et stylise l'empereur romain Héliogabale en une mystique transgenre de la décadence. Le Moyen Âge et l'Antiquité romaine constituent un espace esthétique et idéologique pour explorer les questions d'identité et de fiction : dans « Fantaisies guérillères », Jeanne est inventée par un groupe de femmes et mise en scène de manière stratégique comme symbole du contre-pouvoir féminin. Dans « Ravagés de splendeur », la transgression, faisant allusion à « Héliogabale » d'Antonin Artaud, conduit à une mort brutale, mort qui marque l'incompatibilité de l'existence d'Héliogabale avec un ordre qui exige l'éradication de l'Autre. Lebrun conçoit la littérature comme une machine à affect et une force perturbatrice – son langage ne vise pas à représenter, mais à déstabiliser et à libérer, dans ces transgressions queer et mythopoétiques.

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Dans la forêt, l'homme se transforme

La longe, la forêt, la grande forêt, forme un infini, un continent qui a une inquiétude ancienne. C'est plus intime, plus impressionnant aussi. Passer outre craintes et tremblements et participants à la cérémonie qui s'y ordonne. L'approche des nouvelles ombres s'élève la beauté, celle des cathédrales d'avant les hommes, celle des bêtes antiques. Au bout du chemin du regard, se perdent la confusion des lisières, le treillis des épaisseurs de feuillages et des nouveaux pousses de printemps. Il n'est plus question de revenir sur ses pas ; l'attrait grandit, je me déteste. Sauter un fossé, remonter la courte pente d'un talus, traverser les fouillis des ramures, s'égratigner : je me déracine, je me grise, je m'abstrais des souvenirs. Une fois passée les mailles couturées des taillis de ronciers à mûres qui s'enfoncent dans la terre leurs rameaux pour se reproduire, l'on parle bas, comme par crainte d'être surpris lors d'un échange secret. C'est le lieu de confiance sans voix. J'entre en résonance, je reçois la forêt comme une grâce. À ce moment tout bascule, un frisson froid parcourt l'échine, le cœur bat plus vite, la gorge est nouvelle. L'agitation vous porte et ce que vous ressentez devient inexprimable. Sous les feuillées, la partie promeneur pour un voyage sans retour.

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Jachères et aménagement du territoire : Jean Rolin

Le projet de Jean Rolin, visant à créer une topographie différente des espaces de vie avec une « littérature de terrain », dans le contexte apparemment familier autour du pont parisien de Bezons et aux limites de la ville et de la zone environnante, rend visibles des zones négligées, ignorées (terrain vague).

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Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

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