Le paysan comme sismographe de la catastrophe : La France profonde par Serge Joncour

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Poétique du délai et de la réverbération

Joncour, Serge. La nature humaine : un roman. Paris : Flammarion, 2020. (Prix Femina 2020.), coté NAT.

Joncour, Serge. Chaleur humaine : romanParis : Albin Michel, 2023, cité comme CHA.

Les hauteurs au-dessus du Lot, les prairies sur la crête, en contrebas la vallée à la terre riche et humide. La ferme, transmise de génération en génération, la maison avec sa poignée de porte en fer forgé et la cloche qui sonne pour le dîner. Le tracteur John Deere solitaire, lourd comme une écluse à manœuvrer. Le tabac et le safran en été, les vaches au bord de la rivière, les berges qu'elles piétinent. La sécheresse de 1976, le ciel brûlé, la carte météo avec ses éclairs jaunes caricaturaux, sous lesquels pas une goutte ne tombe. La succursale de Mammouth sur la route de Toulouse, son parking d'asphalte fondant, à l'intérieur aussi frais que l'eau de mer, les ventilateurs Calor à l'entrée. Le téléphone unique en bakélite grise dans le couloir, sur lequel tout le monde écoute. La floraison des prunelliers, qui s'ouvre chaque année plus tôt, le bourdonnement des pollinisateurs. Les chenilles processionnaires, descendant les pins en file indienne. Le scolyte sous l'écorce, les galeries de sciure, la douceur des hivers qui permettent à ses larves de survivre. La nuit, les lumières rouges clignotantes des trois éoliennes rivalisent avec les étoiles, le bourdonnement lointain du viaduc autoroutier, les phares des semi-remorques à cinq kilomètres. Le silence entre les deux : ni cerf, ni renard, ni chouette hulotte. Le feu de joie dans la forêt de la réserve, les épicéas abattus, le ciel pandémique, déserté d'avions. – Pour Joncour, cet espace rural n'est pas un refuge isolé, mais une membrane fragile où chaque bouleversement des grands récits (politique nucléaire, marché agricole, changement climatique, pandémie) se manifeste d'abord et de façon plus concrète. Point fixe sur deux volumes et près de cinquante ans, il rend ce lent changement mesurable, ancrant la chronique abstraite de la nation à un lieu concret, cultivé et, simultanément, en voie de disparition.

Le roman en deux volumes de Serge Joncour pose une question d'apparence banale, mais dont le déploiement romanesque constitue l'une des remarquables réussites de la littérature française contemporaine : comment narrer la relation entre l'humanité et la nature sans l'allégoriser, la préserver didactiquement ou la sentimentaliser ? Joncour y répond à travers un seul personnage – le paysan Alexandre Fabrier, devenu plus tard Alexandre – et un seul lieu, la ferme des Bertranges dans le Lot, qui, sur deux volumes et plus de quarante ans, devient le point central d'un récit à la fois intime et national, familial et planétaire. Le premier volume couvre la période de 1976 au réveillon du Nouvel An 1999, tandis que le second se concentre sur les semaines de janvier à mars 2020, à l'aube de la pandémie. Entre les deux se situe précisément la rupture que le discours écologique qualifie de tournant majeur depuis les années 2000.

Serge Joncour, Nature humaine.
Serge Joncour, Chaleur humaine.

L'un des arguments de cet essai est que Joncour emploie une double technique narrative pour rendre narrable le concept abstrait de changement climatique. D'une part, il relie systématiquement le « grand récit » – politique nucléaire, Larzac, Tchernobyl, Mitterrand, guerre du Golfe, construction d'autoroutes et, enfin, pandémie – aux prévisions météorologiques et au journal télévisé du soir, qui résonnent en arrière-plan de la ferme comme un chœur antique. D'autre part, il rend le changement tangible et local : à travers un papillon, trois chiots, un scolyte et la floraison du prunellier. La thèse est que les deux romans proposent moins un récit écologique qu'une poétique du délai et de la réverbération – un mode narratif où la catastrophe arrive toujours trop tard ou trop tôt, où l'horloge de la nature et celle de l'humanité divergent, et où précisément ce décalage devient la substance narrative. Le double roman n'est donc pas un roman à thèse écologique, mais un roman historique sur les conditions dans lesquelles une catastrophe peut même être perçue.

Les deux volumes ont été publiés à trois ans d'intervalle (NAT 2020, CHA 2023) ; le premier a reçu plusieurs prix, dont le Prix Femina 2020. Joncour, auteure, entre autres, Repose-toi sur moi (Prix Interallié 2016) et Chien-Loup (2018), ancre sa chronique dans un calendrier daté avec précision : chaque chapitre porte le jour de la semaine et la date en guise d’en-tête, de sorte que le texte prend l’allure d’un journal historique et que la fiction se heurte constamment à la chronologie factuelle.

Tempête, culpabilité et réconciliation : l'intrigue du roman double

Les deux romans partagent la même ferme (« Les Bertranges » dans le Lot) et les mêmes personnages : le fermier Alexandre Fabrier, ses trois sœurs parties vivre en ville et l'Allemande Constanze. Ainsi, CHA retrouve les personnages de NAT vingt ans plus tard. Ce que le premier volume présente comme une catastrophe – le double front orageux de 1999 qui détruit les nouvelles granges d'Alexandre – devient la toile de fond du second : des décombres dégagés par la tempête émergent les trois éoliennes qu'Alexandre baptise du nom de ses sœurs, et la réserve forestière de Constanze, « La Reviva », s'étend sur les parcelles de terre dévastées en 1999. Le principe narratif se poursuit également sans rupture, le bulletin météo et le journal télévisé du soir, présents dans les deux volumes, apportant l'actualité mondiale à la ferme : dans le premier volume, l'année électorale de 1981, Tchernobyl et le fleuve Larzac ; dans le second, la pandémie imminente de 2020.

NAT s'ouvre sur une scène d'introduction : le 23 décembre 1999, Alexandre se retrouve seul à la ferme pour la première fois, sans animaux, sans famille, et craint moins la solitude que l'arrivée de la gendarmerie : « Pour la première fois, il était complètement seul à la ferme, sans le moindre bruit d'animaux ou de personnes, sans le moindre signe de vie. » 1 Il a posé un engin explosif dans une centrale à béton pendant la construction d'une autoroute. De cette situation de culpabilité et d'attente naît une grande analepse, débutant en 1976 avec une sécheresse et retraçant l'adolescence d'Alexandre, aîné et fils unique d'une famille d'agriculteurs, entouré de ses trois sœurs : Caroline, Agathe et Vanessa. Son père, Jean, et sa mère, Angèle, incarnent un système agricole de plus en plus menacé par les exigences des prêts pour l'achat de tracteurs et les nouvelles réglementations européennes.

Le second mouvement est celui de la séduction, à la fois politique et érotique. À Toulouse, Alexandre, par l’intermédiaire de sa sœur étudiante Caroline, se lie à un cercle de militants antinucléaires gravitant autour d’Anton et Xabi et tombe amoureux de l’Allemande Constanze, qui parle de la nature comme d’une sphère lointaine à sauver : « Sa façon bien à elle d’aimer la nature était de la défendre […] Elle en parlait comme d’un monde lointain où elle résidait rarement, mais qu’il fallait sauver. » 2 Le fils du fermier attire l'attention des activistes en raison des stocks de nitrate d'ammonium détenus par ses parents ; la question centrale posée par le roman est la suivante : comment l'héritier passif d'une ferme devient-il un acteur du cours de l'histoire ? Alexandre flirte avec le rôle d'assassin, s'imaginant en héros de série : « Il se prenait pour Mannix ou Napoléon Solo […] et se sentait ennobli par le prestige du rôle qu'il allait jouer dans l'histoire. » 3et le roman suit pendant plus de vingt ans la façon dont cette transgression se durcit, passant de l'exubérance de la jeunesse au véritable sabotage de 1999, tandis que la relation avec Constanze oscille entre proximité et distance, entre la France et l'Inde.

Le troisième acte complète le tableau : à Noël 1999, la famille retourne dans sa vieille maison, et les tempêtes jumelles Lothar et Martin ravagent le pays. Le roman s’achève, tandis que le second commence déjà : Alexandre ne répare pas le câble électrique, mais il remet en état la ligne téléphonique, espérant que Constanze appellera. 4CHA passe à janvier 2020. Alexandre, aujourd'hui âgé d'une soixantaine d'années, a transformé la ferme en un élevage extensif, en vente directe et en culture du safran ; trois éoliennes sur des terres cédées portent les noms de ses sœurs. 5Constanze, après la perte de sa fille, gère une réserve forestière, « La Reviva », dont le succès se mesure en siècles.

Le quatrième mouvement relate le confinement imminent, entrelacé d'une série de signaux d'alarme écologiques : un soleil hivernal exceptionnellement doux qui annonce le printemps deux mois trop tôt ; des chenilles processionnaires blessant trois chiots ; la prolifération du scolyte lors d'hivers anormalement chauds. À la fin du roman, la famille se réunit dans la forêt de la réserve pour abattre et brûler des épicéas infestés – une image archaïque du travail collectif sous le ciel vide de la pandémie, où le père prononce la phrase cruciale : la peur de ce printemps n'est « rien comparée à toutes celles qui nous attendent ». 6La question centrale du second volume est donc la suivante : la réconciliation – avec la nature, au sein de la famille, entre Alexandre et Constanze – n’est-elle possible que sous la pression de la catastrophe ?

Roman familial, roman historique, roman du terroir

Joncour œuvre au croisement de trois traditions littéraires. D'abord, il écrit une saga familiale, s'étendant sur plusieurs générations de la famille Fabrier, dont il explore l'ascension et la fragmentation à travers la relation entre le fils resté au foyer et les filles parties. Ensuite, il écrit un roman historique ancré dans l'histoire récente, dont l'exactitude factuelle est garantie par la structure datée des chapitres – chaque chapitre est une entrée de journal, et les événements majeurs (l'explosion de Bologne, l'élection de 1981, Tchernobyl en 1986, la guerre du Golfe de 1991) apparaissent toujours dans le contexte de leur réception médiatique. Enfin, il actualise le « roman du terroir », le roman rural régional du Massif Central, mais avec une perspective inversée : là où la littérature paysanne classique célèbre l'enracinement, Joncour relate le dépeuplement, la disparition des exploitations agricoles, la transformation du paysage en un « casino à ciel ouvert » alimenté par les subventions à l'énergie éolienne.

De plus, ce roman double active le registre de la « cli-fi », fiction climatique, sans pour autant en adopter les conventions dystopiques. La catastrophe n'est pas apocalyptiquement lointaine, mais plutôt insidieusement présente ; elle survient comme une anomalie dans le familier, comme une prunelle qui fleurit trop tôt, comme un coléoptère sous l'écorce. C'est précisément cet ancrage dans le réalisme qui rend le genre fécond : Joncour n'a pas besoin de projection dans le futur car le présent lui-même contient déjà le catastrophique.

Ceux qui restent et ceux qui partent

Le système de personnages s'organise autour d'une opposition fondamentale : Alexandre, le fils unique, reste ; les trois sœurs partent pour la ville. Cette configuration est plus que biographique ; elle est structurelle. Le père, Jean, projette sa peur de la disparition de la ferme sur son fils et use de stratagèmes pour le retenir : « Acheter un nouveau tracteur serait un beau geste envers son fils, mais le forcerait simultanément à rester là. » 7 Les sœurs incarnent le mouvement centrifuge de la modernité ; dans le second volume, ce mouvement revient sous la forme d'un investissement dans l'énergie éolienne, de sorte que les trois rotors occupant le terrain d'Alexandre portent leurs noms – une objectification à la fois tendre et ironique des sœurs en productrices d'énergie.

Constanze est l'axe central entre les volumes. Elle est l'étrangère, « l'Allemande, l'étrangère blonde qui avait réussi à kidnapper son frère sans même qu'il ait à bouger de sa chaise ». 8 — la femme qui enlève Alexandre sans le déranger. Elle incarne un amour idéaliste et urbain de la nature, puis institutionnalisé scientifiquement, qui prend forme dans le second volume à la réserve de « La Reviva », dont l’horizon temporel s’étend sur quatre à cinq siècles. Elle contraste avec Alexandre, figure pragmatique, physique et enracinée dans son territoire : un rapport à la nature comme défense contre un rapport à la nature comme gestion. Autour de ce couple gravitent les personnages secondaires : le vieil homme excentrique Crayssac, dont le refus de tirer sur les gendarmes devient la condition du sauvetage d’Alexandre à la fin du premier volume ; dans le second, son beau-frère malade Greg, le commis Fredo et ses neveux Kevin et Mathéo, à travers lesquels la question générationnelle est réexaminée.

Perspective narrative et formes de communication : la voix personnelle et le chœur des reportages

Les deux romans sont écrits à la troisième personne, le point de vue se concentrant principalement sur Alexandre, mais devenant plus flexible dans le second volume, passant par exemple aux perceptions de Caroline (la scène de l'école), d'Agathe (le retour chez ses parents) ou de Greg (la scène finale). La voix narrative conserve un droit aphoristique à la réflexion généralisée, notamment lorsqu'elle affirme, de manière sensationnaliste, que la nature est « un équilibre indéterminé ». 9.

La structure communicationnelle de la ferme est caractéristique. La télévision – et notamment le journal de 20 heures, la météo, l’émission « Midi Première » – fait office de chœur médiatique, ancrant constamment la vie domestique dans l’actualité mondiale. À travers les épluchures de pommes de terre de sa mère posées sur le journal ouvert où figure la photo de l’attentat de Bologne, Joncour entrelace le geste domestique et l’événement historique. Dans le second volume, l’appareil d’information remplit la même fonction face à la pandémie : le discours du président, le bilan des morts, les transports humanitaires militaires à la fin. La communication au sein de la famille, en revanche, est marquée par le silence, la suggestion et le non-dit ; le téléphone unique dans le couloir de la vieille maison illustre une économie du public dans le privé : « Il n’y avait qu’un seul téléphone, ce maudit crapaud, planté là, bien en évidence […] tout le monde pouvait entendre sa conversation. » 10Il est significatif que le message d'amour à la fin du premier volume ne soit pas exprimé oralement, mais seulement anticipé comme un appel téléphonique espéré : pour Joncour, la communication réussit avant tout comme un report.

Cadre, analepse, chronique

NAT est construit comme un récit-cadre intégrant une analepse détaillée. Ce cadre (décembre 1999, culpabilité, attente de la police, tempête) englobe un retour en arrière chronologique de 1976 à 1996, régulièrement interrompu par de courts chapitres se déroulant en décembre 1999. Ce jeu crée du suspense – le lecteur est conscient du sabotage mais ignore longtemps son origine – et simultanément une ironie tragique : chaque épisode de la jeunesse du protagoniste peut être rétrospectivement interprété comme une étape vers la tentative d’assassinat. Le second volume abandonne l’analepse et opte pour une chronique pure et resserrée des semaines précédant le confinement ; le passé du premier volume n’y est qu’évoqué brièvement. Cette différence formelle correspond à la différence thématique : le premier volume explique une origine, le second saisit un point de bascule.

Les deux volumes convergent vers une tempête ou un incendie, catastrophe à la fois destructrice et purificatrice. Les intrigues – l’histoire d’amour avec Constanze, le conflit avec le père et les sœurs, la radicalisation politique et écologique, le déclin du monde rural – sont habilement entrelacées et culminent chacune dans l’image d’un retour collectif à l’archaïque : la lueur des bougies dans le premier volume, le feu de camp dans le second.

Roman de la France profonde : la périphérie comme espace d'expérience et de conflit

L’espace s’organise de façon strictement verticale et par opposition. « Les Bertranges » se dresse au sommet de la crête, tandis que le pavillon de retraite des grands-parents, puis celui des parents, s’étend dans la vallée ; le chemin qui les relie symbolise la distance générationnelle. Toulouse, à 120 kilomètres, est l’antithèse de la tentation urbaine, le trajet pour s’y rendre constituant un espace liminal d’émancipation. Dans le second volume, « La Reviva » s’ajoute comme un troisième espace : la réserve forestière sur pilotis surplombant les gorges, un « univers végétal sans route ni maison » (CHA) qui institutionnalise la nature inhabitée et contraste avec les pratiques agricoles comme une image plus radicale de la nature sauvage. Le paysage se mesure aussi à ses inscriptions technologiques : viaduc autoroutier, centrale électrique en béton, éoliennes, pylônes à haute tension. La nuit, « les étoiles ne sont plus seulement dans le ciel » (CHA) – les lumières rouges clignotantes des rotors rivalisent avec la voûte céleste, un chiffre précis de la colonisation technologique de l’espace rural.

Ce double roman peut être lu avec profit comme un roman de la « France profonde » – non pas au sens folklorique d'une province pittoresque, mais comme une exploration littéraire de cette « autre » France, au-delà des métropoles, où convergent tensions sociales, héritages historiques et particularités régionales. Joncour situe judicieusement sa chronique aux abords du Massif Central, dans un espace qui, tout au long des deux volumes, apparaît structurellement fragile, vidé et gouverné depuis le centre. Pour lui, la notion de « France profonde » n'est pas un simple décor, mais le véritable champ de bataille, où l'histoire de la nation laisse son empreinte sociale.

La sémantique de la distance est fondamentale. Le roman la formule explicitement comme un « décalage » entre la télévision parisienne et le monde local : tandis que la carte météorologique parsème la France d’éclairs jaunes, comme dans une bande dessinée, pas une seule goutte de pluie ne tombe durant la sécheresse de 1976. 11Cette disparité est à la fois médiatique, climatique et politique. Elle se manifeste comme un petit détail social récurrent : les téléphones de couleur restent réservés à la capitale ; en province, on ne reçoit que le modèle standard gris béton pendant des semaines ; les téléphones de couleur sont réservés à la capitale. 12 —et se cristallise en une structure de périphérie systématiquement reléguée au second plan. À la fin du premier volume, Alexandre sait que les fermes isolées seront les dernières à être reconnectées à l'électricité, car EDF privilégie Paris par rapport à la banlieue. La périphérie se définit par sa position en bout de chaîne.

Dans le premier volume, le supermarché « Mammouth » fait office d’institution sociale, structurant le milieu. À la fois cathédrale et promesse de progrès, il est un « ventre fabuleux » où l’on pénètre « au cœur des choses », un monde climatisé à l’opposé du paysage aride, où marchandises et personnes semblent vivre en harmonie. Parallèlement, il représente un impératif économique : le père y négocie les livraisons de légumes et de viande, et la question de la conversion à l’élevage industriel et à la production de maïs pour approvisionner le géant en bétail chaque mois détermine tout l’avenir d’Alexandre. 13Le supermarché intègre l'économie agricole à sa logique, accélérant ainsi précisément le dépeuplement qu'il dissimule. L'exode rural est le thème social récurrent : les fermes ferment les unes après les autres, les enfants partent en ville, les familles ne se voient plus qu'à Noël, à Pâques, le 14 juillet et la Toussaint – la vie familiale, en somme, se calque sur les calendriers catholique et républicain.

La politisation de la périphérie participe à la sédimentation historique de cet espace. Le Larzac, l'assassinat de Golfech, Creys-Malville-Superphénix et le mouvement antinucléaire relient cette région isolée aux grands conflits des années 1970 et 80 ; la figure de l'excentrique Crayssac incarne une résistance paysanne-anarchiste à la colonisation technologique, reliant la ligne téléphonique au Larzac et aux mines et aciéries désaffectées. 14Il est remarquable que Joncour relate ici une expérience de solidarité : dans la chaleur de 1976, la ville et la campagne ont partagé un instant « la même peur », la même soif, et les citadins ont pris le parti du Larzac – expression d’une nostalgie enfouie pour la campagne : « un profond respect pour le monde paysan ou peut-être un désir profondément caché de la vie rurale ». 15Cette brève fraternisation entre le centre et la périphérie est une exception qui confirme la règle de la séparation.

Dans le second volume, le diagnostic de « France profonde » se radicalise en un récit de territoire « laissé pour compte ». Le désert médical devient le symptôme central : tandis qu'en Chine deux hôpitaux sont construits en dix jours, ici, on attend depuis cinq ans un cabinet médical rural, dont les fondations n'ont même pas été creusées : « Nous attendions un centre de santé depuis cinq ans, et ses fondations n'étaient toujours pas creusées. » 16Joncour dépeint ce mouvement sans idéalisation – chez Greg, il devient la pose du révolutionnaire converti tardivement, aux ronds-points, il se dissout dans le flou – mais comme expression d'une véritable atteinte territoriale, il demeure présent.

La sémantique spatiale du second volume imprègne le paysage des signes de son omniprésence : le viaduc autoroutier, dont le grondement infernal parvient jusqu'à la ferme par temps favorable ; les lumières rouges clignotantes des éoliennes, qui rivalisent avec les étoiles la nuit. La périphérie n'est pas une nature intacte, mais un espace recouvert d'infrastructures, d'industries énergétiques et de circulation, dont le silence est à la fois symptôme d'extinction des espèces et revers du développement technologique. Lorsque, à la fin, les citadins – les sœurs, dont les moyens de subsistance urbains (boutiques de mode, photographie publicitaire, gastronomie) sont en crise – parlent de se réfugier à la ferme « comme en temps de guerre » (CHA), le rapport se transforme : la province désertée devient, en situation d'urgence, le dernier refuge. Le confinement révèle ce que le roman laissait présager depuis longtemps : le prétendu retard de la « France profonde », son autosuffisance en bois, en bougies et en fournitures, devient une ressource sous la pression de la catastrophe.

Joncour accomplit ainsi un double mouvement. Il dépeint la périphérie comme un lieu de perte – de fermes, de jeunesse, de ressources, de visibilité politique – et simultanément comme un lieu de résistance qui ne sombre pas dans la nostalgie. Pour lui, la « France profonde » n’est pas un musée de l’authenticité rurale, mais un espace de conflit où l’histoire nationale – modernisation, politique nucléaire, néolibéralisation du marché agricole, bouleversements sociaux, crise climatique – se condense sur un territoire restreint et se cristallise dans des corps et des lieux concrets. Le roman tire sa force du fait qu’il raconte cette grande histoire non pas depuis la métropole, mais depuis les marges, du point de vue de ceux qui sont restés.

Deux horloges qui s'éloignent l'une de l'autre

Le temps est au cœur de la poétique du roman. En apparence, le calendrier daté organise une chronologie linéaire, ancrée dans l'histoire. Mais en filigrane, les textes explorent sans cesse la divergence de deux régimes temporels : le temps humain, lié aux générations et aux saisons, et le temps géologique de la Terre, qui s'étend sur des siècles. La réserve de Constanze, dont le succès ne se mesure qu'en quatre ou cinq siècles, institutionnalise cette longue durée ; la voix narrative y réfléchit explicitement lorsqu'à la fin, elle observe que les enfants « obstruent la vue » car ils empêchent de voir au-delà de quelques décennies, tandis que la Terre obéit à un rythme tout autre. 17Les anomalies climatiques – le printemps précoce, les chenilles processionnaires désorientées, le coléoptère hivernant – sont autant de petits décalages dans le calendrier naturel, révélant un décalage temporel plus vaste. Le récit de Joncour est ainsi un art de la non-simultanéité : la catastrophe survient toujours « à l’extrême du possible », et pourtant toujours trop tard pour être évitée.

Papillons et chenilles

Le centre métaphorique réside dans la double formule éponyme de la nature et de la chaleur. Le premier titre fait allusion à la « nature humaine » ainsi qu'à la nature comme pendant de l'humanité ; le second déplace le concept de chaleur de l'affect social (« chaleur humaine ») au réchauffement physique (changement climatique), de sorte que le titre lui-même incarne l'ambivalence sémantique de l'ensemble du projet.

Deux métaphores animales encadrent le diptyque et en constituent les symboles les plus saisissants. Dans le premier volume, la petite Agathe attrape un papillon dans un filet ; son père l’exhorte à le relâcher et associe aussitôt l’animal capturé aux deux millions de veaux qui allaient être tués à cause du scandale des hormones : « Jean pensa à l’image de ces veaux élevés en cage. » 18Le papillon qui prend enfin son envol – « alerte comme une prière qui explose » – incarne la question de la liberté et de la captivité, de la préservation et de l’exploitation, qui imprègne tout le roman. Dans le second tome, le motif réapparaît sous une forme plus sombre : les chenilles processionnelles qui, sous l’effet de la chaleur, veulent se métamorphoser trop tôt en papillons, empoisonnent les trois chiots – la métamorphose, dans le premier tome image de salut, devient un acte d’empoisonnement. Le papillon de l’espoir est devenu la chenille de la menace.

Le champ sémantique de l'explosion et de la déflagration relie la politique et la chimie : le nitrate d'ammonium qui s'accroche à la paysannerie est à la fois engrais et explosif, de sorte que l'agriculture elle-même apparaît comme une violence latente : « Elle n'avait jamais établi de lien entre le nitrate d'ammonium et la révolution. » 19 À l'inverse, le champ de feu symbolise la purification : l'incendie final du second volume, qui consume la forêt infestée, devient une traversée, une transition, et le père prononce la maxime archaïque « Y a que par le feu qu'on se sortira de tout ça ». L'eau et la sécheresse structurent les deux volumes sur le plan climatique : la sécheresse de 1976 ouvre le premier, la tempête le clôt ; la chaleur prématurée ouvre le second, le feu le clôt. Enfin, le champ du silence – la disparition des bruits d'animaux, l'absence de cerfs, de renards, de chouettes hulottes – réapparaît, reflétant l'extinction des espèces comme un vide acoustique.

Soins et conservation

Dans les deux romans, la masculinité est explorée à travers le personnage d'Alexandre, au sein d'une tension entre un modèle rural traditionnel et sa subversion. Elle se manifeste d'abord par la pression héréditaire et les contraintes liées aux rôles. Fils unique, Alexandre est celui qui reste, le « fils sacrificiel », sur qui repose la responsabilité de perpétuer l'exploitation, tandis que ses sœurs sont libres de partir. Le père assure cette continuité grâce au nouveau tracteur ; la masculinité apparaît ici comme un lien à la terre, au travail et à la succession, comme l'espoir de garantir la lignée. À cela s'ajoute une masculinité de compétence physique : manier les machines, abattre des arbres, réparer les clôtures et les lignes électriques, et maîtriser le matériel technique. Même la scène finale du second tome montre Alexandre abattant les épicéas malades à la tronçonneuse, tandis que son beau-frère Greg, affaibli, est contraint d'assister à la scène – un contraste saisissant entre masculinité active et masculinité impuissante.

Deuxièmement, une masculinité se révèle, cherchant à s'affirmer par la transgression et une émancipation historique. Le jeune Alexandre flirte avec le rôle d'assassin, s'imagine dans la peau de figures emblématiques du crime américain (Mannix, Napoleon Solo, Lord Brett Sinclair) et perçoit le sabotage comme un moyen de « briller d'un autre jour » aux yeux des autres, et notamment de Constanze. Ici, la masculinité est liée au risque, au jeu de rôle et au désir de s'affranchir de la tutelle parentale pour devenir un acteur de l'histoire.

Cependant, ce modèle même est constamment relativisé. La masculinité d'Alexandre n'est pas dominante : il ne dresse pas ses chiens à attaquer, il prend soin de ses parents vieillissants, demeure un fils fidèle et présent, et veille sur les chiots. Au fil des deux volumes, ses actions évoluent d'une entrée violente dans l'histoire vers une forme de retenue qui exige peu de la terre. La bienveillance remplace la domination, et face à Constanze, qui possède le savoir et le contrôle institutionnel sur la nature, il n'est pas supérieur, mais égal. Ainsi, dans l'œuvre de Joncour, la masculinité est moins affirmée que présentée dans sa ambiguïté – comme une attente à laquelle le personnage se confronte et qu'il finit par subvertir plutôt que d'y répondre.

L'ordre des genres dans ce diptyque est d'abord marqué par la tradition : le fils hérite de la ferme, les filles quittent le foyer ; la perpétuation de la lignée agricole est associée à la masculinité, et le regard du père évalue ses enfants selon leur probabilité de rester. Pourtant, Joncour subvertit cet ordre à plusieurs reprises. Les trois sœurs incarnent non pas la passivité, mais la modernisation économique : ce sont elles qui transforment la terre en profit grâce aux éoliennes, tandis que le fils s'accroche à la terre. Constanze, quant à elle, incarne une autorité du savoir et un contrôle institutionnel sur la nature (la directrice de la réserve « régnait sur ce domaine », CHA), une position qui serait masculine dans le roman de terroir classique. Il est remarquable que le second volume interprète l'absence d'enfant de Constanze – après la perte de sa fille – non comme une carence, mais comme une condition à une responsabilité plus large envers l'avenir, détachée de sa propre descendance : « Pour appréhender sérieusement l'avenir du monde, il faut se détacher de ses points de repère humains. » 20 Le souci de la nature est ainsi dissocié de la reproduction biologique et codé comme féminin, mais non maternel.

Les événements mondiaux en tant qu'événements médiatiques

La poétique de Joncour peut être qualifiée d'événement médiatisé. L'histoire n'atteint presque jamais les personnages directement, mais plutôt filtrée par les écrans, la radio et les journaux ; les événements mondiaux sont toujours déjà médiatisés. Cette médiation n'est pas une lacune, mais la méthode elle-même : le roman montre que nous vivons les catastrophes avant tout en tant que récepteurs, et fait de la sphère domestique de la réception le lieu où l'histoire se condense.

Sur le plan autopoétique, le deuxième volume, en particulier, interroge les conditions de la narration de l'auteure. Dans la scène scolaire, l'institutrice Caroline demande à ses élèves d'écrire ce qu'ils feraient si l'école était fermée pendant un an – un exercice d'écriture face à l'inconnu, faisant écho à la situation du roman, qui tente de narrer un présent encore ouvert. Et Caroline, alors que la pandémie se profile, lit Chateaubriand… Souvenirs des Enfers Le passage relatif à l'épidémie de choléra nous rappelle que l'histoire a retenu Napoléon et non les quarante millions de morts dues à la peste. 21Cette réflexion sous-jacente constitue également le projet de Joncour : son roman vise à extraire le grand mal « sourd » – le changement climatique, discret et tardif – de l’événement bruyant et personnalisation de l’historiographie et à le rendre narratible. Le roman se conçoit ainsi comme un correctif à l’attention historiographique.

Ce roman double est riche en références intermédiales qui, simultanément, marquent son époque. La culture visuelle et auditive populaire des années 1970 et 80 – la bande dessinée « Albator » (Capitaine Harlock), dont la parabole de science-fiction d’une humanité engourdie, dominée par le « boucher mono-visuel », est citée dans le roman et offre un commentaire ironique sur la passivité télévisuelle de la famille ; les disques de Pink Floyd, Crosby, Stills, Nash & Young et Supertramp ; les émissions de télévision comme « Midi Première » – ancre le récit dans son contexte socioculturel et contribue à caractériser les personnages. Alexandre s’imagine dans une série policière américaine de l’époque (Mannix, « Amiement vôtre » / Lord Brett Sinclair), ce qui identifie sa transgression comme une fiction empruntée.

La référence littéraire à Chateaubriand élève cette culture populaire à un niveau réflexif et inscrit le roman dans une tradition littéraire traitant de la peste et de la fin du monde. De manière intermédiale, le dispositif médiatique lui-même – TF1, France 2, France Info, le bulletin météo érigé en genre à part entière – imprègne les deux volumes ; dans le second, le présent numérique s’y ajoute (Instagram, Minecraft comme métaphore des enfants autour du feu de joie final). Les médias constituent la membrane à travers laquelle l’histoire pénètre dans le roman.

Des explosifs aux câbles téléphoniques, des tempêtes aux incendies

La comparaison des sections d'encadrement révèle le mouvement du diptyque. NAT commence avec Alexandre en saboteur : seul, coupable, manipulant le détonateur, le silence de la cour déserte constituant une menace. 22Le récit s'achève par un renversement exact des mêmes accessoires. La tempête a détruit les lignes électriques ; mais Alexandre ne se sert pas d'explosifs. Au lieu de cela, utilisant les mêmes pinces Scotchlok que Xabi pour le détonateur, il relie un câble téléphonique déchiré – « pauvre petit animal blessé qui ne demandait qu'à revivre ». L'instrument de destruction devient l'instrument de connexion ; l'assassin devient le restaurateur d'un conduit par lequel l'amour (l'appel téléphonique espéré par Constanze) et le monde sont censés circuler. Le premier volume achève ainsi une transition de la déflagration à la communication, du nitrate d'ammonium au parfum de patchouli de l'amant disparu.

CHA inscrit ce mouvement dans le collectif et la réconciliation. Il débute le 25 janvier 2020 avec la mise à l'herbe, le rassemblement des bêtes, le « véritable premier jour de l'année », image d'une joie de vivre exubérante déjà troublée par l'appréhension du réchauffement climatique – bientôt, il faudra rentrer les animaux à l'étable, non pas pour les protéger du froid, mais de la chaleur. Il s'achève sur le feu purificateur nocturne en forêt, l'incinération d'épicéas infestés de scolytes sous un ciel pandémique « pur », déserté d'avions. Là où le premier volume s'achevait sur l'attente d'un coup de fil, dans un esprit de « pas encore », le second se clôt sur une famille réunie dans une réconciliation précaire et tacite : Alexandre et Constanze forment l'image finale, « se tenant la main sans y penser, sans que cela soit su ». Le passage de la solitude de l'assassin (début I) à la communauté autour du feu (fin II) décrit l'arc narratif de l'ensemble du diptyque. Mais la voix finale n'est pas celle de l'idylle, mais celle du père qui, à voix basse, pour que personne ne l'entende, déclare que la vie va « d'une peur à l'autre, d'un danger à l'autre ». 23La réconciliation est datée, temporaire, une « parenthèse universelle ».

Le diptyque de Serge Joncour accomplit ce que le roman écologique réussit rarement : rendre le temps géologique narrable sans trahir le temps humain. Le tour de force ne réside pas dans l’affirmation du changement climatique, mais dans sa mise en évidence comme une transformation au sein du familier – un printemps précoce, des chiots empoisonnés, des coléoptères sous l’écorce – tout en l’inscrivant dans l’histoire médiatisée de la nation, telle qu’elle se déroule chaque soir sur le téléviseur de la ferme. Les deux catastrophes climatiques (1999) et la pandémie (2020) sont moins des événements de l’intrigue que des parenthèses herméneutiques : ce n’est que dans un état d’urgence, selon le diagnostic récurrent, que le mal lent et « sourd » devient perceptible aux personnages ; seule la peur, comme le comprend Greg, le beau-frère, près du feu, engendre un moment de paix et de fraternité – « La trouille initie la paix » (CHA).

L'arc narratif de NAT à CHA est donc celui de la culpabilité individuelle à la responsabilité collective, de l'engin explosif au fil téléphonique, de la tempête au feu du purgatoire. Alexandre, qui, jeune saboteur, voulait entrer violemment dans l'histoire, trouve finalement sa voie dans une agriculture de la retenue, peu exigeante envers la terre. Mais Joncour refuse la rédemption. Sa dernière phrase laisse le dernier mot au père vieillissant, qui sait que chaque peur vaincue n'annonce que la suivante, plus grande encore, et que le monde « promet de donner soif ». 24La « chaleur humaine », la chaleur humaine du titre, est si inextricablement liée à l’autre chaleur, celle du réchauffement planétaire : dans cette double exposition sémantique, où tendresse et menace habitent le même mot, réside le véritable enjeu d’un double roman qui interroge tout un siècle sur la capacité de l’homme à comprendre encore sa nature – ses deux natures – à temps.

Le roman ne répond pas à cette question par le discours, mais plutôt par la logique de sa succession d'images. Il commence par la sécheresse de 1976, le ciel sans pluie et le papillon pris au piège d'un filet, qui parvient pourtant à s'envoler. À la fin, les chenilles processionnaires descendent prématurément des pins, brûlant le museau des larves ; le scolyte dévore l'écorce, désormais insensible à la douceur des hivers ; et dans le silence, le cerf, le renard et la chouette hulotte sont absents. Le feu libérateur de la conclusion, où les épicéas malades brûlent sous un ciel déserté d'avions, remplace la tempête destructrice de 1999. Le mouvement conduit de la métamorphose comme salut à la métamorphose comme empoisonnement, de la catastrophe qui brise à celle qui purifie. Voici la conclusion de ce diptyque : le réchauffement n’apparaît jamais comme une thèse, mais comme une transformation du familier – perceptible dans la floraison, les insectes et l’absence de bruits d’animaux – et c’est précisément cette transformation discrète, et non la tempête spectaculaire, qui nomme ce qui est véritablement menaçant.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Le paysan comme sismographe de la catastrophe : la France profonde avec Serge Joncour. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2026. Consulté le 10 juillet 2026 à 18:12. https://rentree.de/2026/07/04/der-bauer-als-seismograph-der-katastrophe-france-profonde-bei-serge-joncour/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. « Pour la première fois il se retrouvait seul dans la ferme, sans le moindre bruit de bêtes ni de qui que ce soit, pas le moindre signe de vie »>>>
  2. « La manière dont la nature se constitue en défense […] c’est dans un salon avec une belle sphère, mais c’est souvent une belle sphère. »>>>
  3. « Je suis prêt pour Mannix ou Napoléon Solo […] aussi pour le prestige d’avoir un rôle à tenir dans l’histoire. »>>>
  4. «Constanze appellera [...] elle est une histoire que le temps n'efface pas»>>>
  5. « Cela faisait dix ans qu'Alexandre avait donné à ces éoliennes les prénoms de ses sœurs »>>>
  6. «Elle n'est rien au regard de toutes celles qui nous attendent», CHA>>>
  7. «Acheter un tracteur neuf, ce serait faire un sacré geste en direction de son fils, en même temps ce serait le contraindre à vivre là.»>>>
  8. « l'Allemande, l'étrangère blonde qui avait réussi à enlever leur frère sans même le faire changer de place », CHA>>>
  9. "La nature est inéquilibrée qui ne se décide pas, qui s'offre ou se refuse.">>>
  10. « Je n’ai pas accès à mon téléphone, c’est une bonne idée [...] d’avoir une autre conversation. »>>>
  11. «Preuve du prodigieux décalage qui existait entre la télévision de Paris et le monde d'ici.»>>>
  12. « Les deux types de téléphones couleur sont disponibles à Paris. »>>>
  13. «Tout ça pour vendre des bêtes à Mammouth.»>>>
  14. "Le téléphone, c'est comme le Larzac, Golfech et Creys-Malville.">>>
  15. « Un profond respect pour le monde de la paix, ou une certaine nostalgie pour cette campagne. »>>>
  16. « Cela faisait cinq ans que nous attendions un centre médical dont les fondations n’avaient jamais été posées », raconte CHA. Les Debocker sont les seuls vétérinaires du nord du département et travaillent quinze heures par jour ; chaque trajet les conduit sur de petites routes, car les distances sont immenses et Alexandre évite l’autoroute par principe. L’épuisement social de la région s’exprime politiquement par le mouvement des Gilets jaunes, qui apparaît dans le roman comme un mouvement de ronds-points et de périphérie, lié à la colère suscitée par les réformes et au sentiment d’être ignoré par le pouvoir central (« déjà, il n’avait pas vu venir les Gilets jaunes », écrit CHA).>>>
  17. « la terre relève d'un toutre rythme », CHA>>>
  18. «Jean a eu l'image de ces veaux élevés en cage»>>>
  19. «Elle n'avait jamais fait le lien entre l'ammonitrate et la révolution.»>>>
  20. « Pour considérer sincèrement le devenir du monde, il faut se déprendre de ses repères humains », CHA.>>>
  21. « Les grands maux sont les plus sourds », CHA>>>
  22. « Pas le moindre signe de vie »>>>
  23. « la vie va d'une peur à l'autre, d'un péril à l'autre », CHA>>>
  24. « le monde promet de donner soif », CHA>>>

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