La vertu, le peuple et la terreur avant les élections présidentielles de 2027 : Jean-Luc Mélenchon, Robespierre et l’héritage de la révolution

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

La double nature de Robespierre

Jean-Luc Mélenchon/Cécile Amar, De la vertu (Paris : L'Aube, 2017).
Jean-Luc Mélenchon, L'ère du peuple (Paris : Fayard, 2014).

À un an de l'élection présidentielle française de 2027, Jean-Luc Mélenchon se présente pour la quatrième fois à l'Élysée. Officiellement candidat, il est devancé dans les sondages par le conservateur Édouard Philippe et a de réelles chances d'accéder au second tour face à Jordan Bardella. Pourtant, sept Français sur dix le perçoivent comme un handicap pour la gauche. Ce paradoxe – un pouvoir de mobilisation indéniable d'un côté, de profondes divisions au sein de sa propre famille politique de l'autre – ne s'explique pas uniquement par le tempérament de Mélenchon : il s'inscrit dans la continuité d'une logique politique qu'il puise consciemment dans l'héritage de Robespierre, dans le principe de « vertu » (vertu/bonté) comme fondement républicain, dans l'idéal du peuple comme entité morale et dans la corruption comme véritable ennemi de l'État. Pour Mélenchon, Robespierre n'est pas une figure historique, mais une théorie opératoire du politique. Dès lors, le dialogue entre les deux hommes, qui s'étend sur plus de deux siècles, offre une clé de compréhension de la situation actuelle de la gauche française.

Exemples du langage visuel de Mélenchon-Robespierre en France :

image de couverture Nouvel observateur (2019) : « Mélenchon. L'évolutionnaire imaginaire »
Focus thématique Revue des deux mondes (nov. 2015) : « L'héritage Robespierre : Terrorisme intellectuel, soupecon, complot ».
Image tirée de «Quoi de neuf», Le jacobinisme moderne.
Tweetez sur la coiffure de Mélenchon.

Aucun nom dans l'histoire de la Révolution française ne résonne autant comme un cri de ralliement que celui de Robespierre. Car il incarne deux concepts apparemment contradictoires, qu'il a pourtant fusionnés en un seul projet politique : Vertu et Terreur, la vertu et la terreur. La thèse jacobine dont Robespierre tire ce lien est la suivante : la République ne peut exister que par la vertu de ses citoyens ; or, la vertu est impuissante sans la terreur, et la terreur sans la vertu n'est que tyrannie. Dans son célèbre discours devant le Comité de salut public, le 5 février 1794, il formule cette idée d'une manière qui reste d'une pertinence troublante encore aujourd'hui : « Si la force motrice d'un gouvernement populaire en temps de paix est la vertu, alors la force motrice d'un gouvernement populaire en temps de révolution est à la fois la vertu et la terreur : la terreur sans la vertu est désastreuse ; la vertu sans la terreur est impuissante. » 1 Pour Robespierre, la vertu et la terreur ne sont pas deux politiques différentes, mais les deux faces d'une même pièce républicaine – ce qui le rend inévitablement problématique pour toute réception ultérieure.

La duplicité de Robespierre s'explique par la structure de sa pensée politique, façonnée par Jean-Jacques Rousseau. contrat social Il adopta l'idée que la volonté générale n'est pas le fruit de compromis entre intérêts particuliers, mais une vérité morale exprimant l'intérêt véritable de tous. L'adversaire de la volonté générale n'est donc pas simplement un adversaire politique, mais un ennemi du peuple lui-même, celui qui, par la corruption ou l'égoïsme, déchire le lien républicain. De ce postulat, il découle nécessairement que quiconque souille la République par le vice n'est plus un acteur légitime, mais un ennemi. La vertu devient ainsi la condition préalable à la participation politique, et sa préservation un devoir de l'État. De cette logique découle la transition vers la Terreur, qui n'est pas arbitraire, mais une conséquence.

Historiographiquement, Robespierre se trouve pris entre deux pôles qui traversent toute l'historiographie française. D'une part, la tradition romantique-républicaine, de Jules Michelet à Jean Jaurès, voit en Robespierre un tribun du peuple, un homme intransigeant au service de l'égalité, dont la chute survint à Thermidor : Maximilien Robespierre, l'une des figures de proue du régime jacobin, fut arrêté à la Convention nationale le 9 Thermidor de l'an II. Le lendemain même, il était guillotiné. Cet événement marqua la fin de la Terreur, période de politique révolutionnaire radicale et d'exécutions de masse qui trahit la véritable énergie révolutionnaire de la Révolution française et ouvrit la voie à la réaction bonapartiste. De l'autre côté se trouve une tradition conservatrice-libérale, d'Adolphe Thiers à François Furet, qui voit en Robespierre le prototype du terroriste politique moderne : le fanatique idéologique qui, au nom de vertus utopiques, fit guillotiner des milliers de personnes, transformant ainsi la démocratie qu'il prétendait fonder en son contraire. La thèse de Furet, selon laquelle le totalitarisme du XXe siècle trouve son origine dans la Terreur jacobine, est développée en Penser la Révolution française (1978) a développé – et détermine encore aujourd’hui le modèle d’interprétation conservateur.

Furet a écrit dans son chapitre introductif :

C'est en écrivant, du point de vue d'une histoire intellectuelle française en rapport avec la révolution soviétique, que le phénomène stalinien s'enracine dans une tradition jacobine simplement déplacée (la double idée d'un commencement de l'histoire et de la nation-pilote est réinvestie dans le phénomène soviétique) ; et que, pendant une longue période, qui est loin d'être proche, la notion de déviation par rapport à une origine conservée pure a permis de sauver la valeur suréminente de l'idée de Révolution. […] En 1920, Mathiez justifiait la violence bolchevique par le précédent français, au nom de circonstances comparables. Aujourd'hui, le Goulag conduit à repenser la Terreur, en vertu d'une identité dans le projet. Les deux révolutions restent liées ; Mais il ya un demi-siècle, elles étaient systématiquement absoutes dans l'excuse tirée des « circonstances », c'est-à-dire de phénomènes extérieurs et étrangers à leur nature. Aujourd'hui, elles sont accusées au contraire d'être consubstantiellement des systèmes de contrainte méticuleuse sur les corps et sur les esprits.

François Furet, Penser la Révolution française (Gallimard, 1978), première soirée, section I.

De ce point de vue, il faudrait écrire une histoire de la gauche intellectuelle française en rapport avec la Révolution soviétique, qui montrerait que le phénomène stalinien s'enracinait en elle dans une tradition jacobine simplement déplacée (la double idée d'un commencement de l'histoire et d'une nation pionnière a été transférée au phénomène soviétique) ; et que, pendant une longue période, qui n'est en aucun cas terminée, le concept de déviation D’une pureté originelle, elle servait à préserver la valeur primordiale de l’idée révolutionnaire. […] En 1920, Mathiez justifiait la violence bolchevique en citant le précédent français, au nom de circonstances comparables. Aujourd’hui, le Goulag exige une réévaluation de la Terreur, en raison d’une identité de projet. Les deux révolutions demeurent liées ; mais il y a un demi-siècle, elles étaient systématiquement exonérées par référence à des « circonstances », c’est-à-dire à des phénomènes extérieurs à leur nature. Aujourd’hui, en revanche, on les accuse d’être, en substance, des systèmes de coercition méticuleuse sur les corps et les esprits.

Furet démontre que la fonction de Robespierre n'était pas de désirer la violence, mais d'être le seul garant de l'identité du peuple, de la représentation et de la vertu – une transparence mythique entre le souverain et son porte-parole, transparence structurellement instable et donc constamment nécessaire à la préservation par l'élimination des impurs. La Terreur n'est ainsi pas un produit du caractère de Robespierre, mais la conséquence institutionnelle de sa pratique de définition du peuple : celui qui trace la ligne entre les vertueux et leurs ennemis remplit les prisons – et celui qui, simultanément, organise la Fête de l'Être suprême, démontre que l'exclusion et la consécration sont les deux faces d'une même opération de légitimation.

C'est que lui seul a mythiquement réconcilié la démocratie directe et le principe représentatif, en s'installant tout en haut d'une pyramide d'équivalences dont sa parole garantit, jour après jour, le maintien. C'est le peuple des sections, le peuple aux Jacobins, le peuple de la représentation nationale ; et il y a cette transparence entre le peuple et tous les lieux où l'on parle en son nom – à commencer par la Convention – qu'il faut constamment instituer, contrôler, établir, comme la condition de légitimité du pouvoir, mais aussi comme son premier devoir : c'est la fonction de la Terreur.

C'est pourquoi le problème n'est pas qu'il ait une âme tendre, un cœur compatissant, ou au contraire le goût passionné de la vengeance. Le rapport de Robespierre à la peur n'est pas psychologique. C'est à sa prédication sur les bons et les méchants que s'alimente la guillotine ; c'est le pouvoir formidable que cette prédication lui donne de définir les gens qui remplit les prisons. Et dans cette mesure, sa propre consécration, la fête de l'Être suprême, qui a longtemps choqué les historiens républicains plus que la guillotine, remplit pourtant les mêmes fonctions que la Terreur. Le débat sur la réalité et la vérité sur le sens de l'action du peuple a trouvé son fondement dans la mort des coupables ; Que l'on conjure en mon temps qu'il faut lugubre par l'affirmation solennelle d'une prudence providentielle.

François Furet, Penser la Révolution française

Car lui seul a mythiquement réconcilié la démocratie directe et le principe représentatif en se plaçant au sommet d'une pyramide d'égalité, dont sa parole garantit la pérennité jour après jour. Il est le peuple dans les sections, le peuple parmi les Jacobins, le peuple à l'Assemblée nationale ; et c'est précisément cette transparence entre le peuple et tous les lieux où il s'exprime en son nom – à commencer par la Convention – qui doit être constamment instaurée, contrôlée et renforcée, à la fois comme condition préalable à la légitimité du pouvoir et comme son devoir suprême : telle est la fonction de la terreur.

Le problème n'est donc pas qu'il possédât une âme tendre, un cœur compatissant, ni, à l'inverse, une passion vengeresse. Le rapport de Robespierre à la terreur n'est pas d'ordre psychologique. C'est son sermon sur le bien et le mal qui alimente la guillotine ; c'est l'immense pouvoir que ce sermon lui confère de définir le peuple qui remplit les prisons. Et à cet égard, sa propre consécration, la Fête de l'Être suprême, qui choqua longtemps les historiens républicains plus que la guillotine, remplit néanmoins les mêmes fonctions que la terreur. Le discours sur l'égalité et la vertu, qui donne sens aux actions du peuple, trouve son fondement dans la mort des coupables ; et pourtant, il évoque cette sombre nécessité par l'affirmation solennelle d'une garantie divine.

La division historiographique en un Robespierre à double visage n'est pas une question purement académique. Comme le montreront les sections suivantes, elle est éminemment politique – et elle perdure dans le débat autour de Mélenchon.

Ce n'est pourtant pas un hasard si l'analyse littéraire la plus pertinente de Robespierre à notre époque provient peut-être non pas des sciences politiques ou de l'histoire, mais de la littérature : le récit de Pierre Michon Les Onze (Verdier, 2009) s’articule autour du tableau fictionnel d’un peintre fictif – François-Élie Corentin, « le Tiepolo de la Terreur » – qui aurait peint le Comité de salut public de 1794 pour le compte des complices de Thermidor : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André, « invariables et droits ». 2 Le Robespierre de Michon est l'opposé du personnage politique que Mélenchon dépeint dans L'ère du peuple Il est cité. Il est presque entièrement omis du texte – « qu'on ne commente pas » – ce silence démonstratif est délibéré dans l'œuvre de Michon : Robespierre est dans Les Onze Le centre vide du tableau, ce point qui, par omission, concentre toute l'énergie. Michon le représente uniquement comme le point de rencontre de la vertu et de l'absence, comme un « habit de pékin » sous un visage pâle – le seul des onze à ne porter ni plumet ni houppelande, ni splendeur militaire ni ténèbres romantiques. Il est, dans le tableau, le bourgeois parmi les bourgeois, l'incorruptible des incorruptibles, mais précisément pour cette raison le plus monstrueux : « l'homme individuel est un monstre, comme disaient dans leurs différentes façons Sade et Robespierre ». 3 Ce parallèle est un élément d'interprétation central du livre de Michon : Robespierre et Sade représentent les deux faces d'un même extrême anthropologique – l'un par l'exclusion morale absolue, l'autre par la désinhibition morale absolue. Tous deux absolutisent l'individu et, ce faisant, détruisent le social. Les Onze Ce que Michon démontre, ce n'est pas la vertu de Robespierre comme programme politique, mais sa vertu comme pathologie : la logique de la volonté qui, au nom d'un peuple homogène, étouffe toute résistance. Le fait que Michon présente son tableau comme une commande des ennemis de Robespierre – Collot, Bourdon, Proli – comme un atout politique pour Thermidor ou une apothéose, selon les circonstances, double l'ironie : l'image censée dépeindre Robespierre comme un tyran doit simultanément le montrer comme une figure imposante ; la preuve de sa culpabilité et son monument sont sur la même toile. C'est là le véritable propos de Michon aujourd'hui : toute image qui représente une figure politique comme l'incarnation de la vertu contient déjà l'instrument de sa condamnation. Pour la réception du lien entre Mélenchon et Robespierre, cela révèle ce que les débats politiques omettent habituellement : que l'iconographie jacobéenne n'est pas un simple panthéon de héros, mais demeure structurellement ambiguë – monument et accusation en un.

Les camps traditionnels dans le débat sur le jacobinisme français

La France débat de Robespierre non pas malgré, mais grâce à son identité républicaine vivante. En France, la Révolution n'est pas un chapitre clos du passé, mais bien le mythe fondateur de la République elle-même – ce qui signifie que chaque génération doit redéfinir les aspects de ce mythe qu'elle s'approprie. Au fil des décennies, quatre traditions d'interprétation relativement stables ont émergé.

La première et la plus ancienne tradition est la tradition jacobine-républicaine de gauche, qui s'étend de Jaurès à La France insoumise (LFI), en passant par le Parti communiste français. Elle considère les Jacobins comme les garants de la véritable promesse sociale de la Révolution : l'égalité universelle, la souveraineté populaire face à l'aristocratie foncière et la laïcité face à l'Église. Dans cette perspective, Robespierre n'est pas un coupable mais une victime : il fut renversé par la trahison de la bourgeoisie thermidorienne, qui préféra ménager la vieille aristocratie fortunée plutôt que de mettre en œuvre le programme égalitaire de la Constitution de 1793. Cette tradition cultive un récit de continuité délibéré : de Robespierre à Jaurès, de Jaurès à la Résistance, de la Résistance au programme du Conseil national de la Résistance, qui jeta les bases de l'État-providence d'après-guerre.

La seconde est la tradition orléaniste libérale, qui s'étend de Thiers et Tocqueville à Raymond Aron et François Furet. Elle considère 1789 comme un grand moment de liberté, que les Jacobins ont perverti en 1793-1794. Pour cette tradition, Robespierre n'est pas le sujet, mais la première victime d'une logique qu'il a lui-même déclenchée : la logique de l'absolutisme politique au nom du peuple. Elle voit dans la Terreur la preuve que les revendications radicales d'égalité et de liberté politique sont incompatibles. Cette tradition est structurellement anti-jacobine et justifie sa position en soulignant le lien historique établi par Furet : jacobinisme – blanquisme – bolchevisme.

La troisième est la tradition gaulliste, ambivalente vis-à-vis du jacobinisme. De Gaulle a adopté le centralisme jacobin et l'idée d'unité nationale contre les intérêts particuliers, mais a rejeté la dimension social-révolutionnaire. Le gaullisme est donc une sorte de jacobinisme dépolitisé : il adopte la forme de gouvernement (fort, centralisé, souverain) sans partager le radicalisme social. Mélenchon lui-même l'a constaté et utilise parfois le vocabulaire gaulliste – notamment en matière de politique étrangère et dans sa critique de la dépendance à l'OTAN – ce qui complexifie encore son positionnement idéologique. Le rejet par Mélenchon des pouvoirs étendus conférés au président sous la Ve République par De Gaulle et son appel direct au peuple, court-circuitant le Parlement, sont en réalité incohérents. Mélenchon critique la « monarchie présidentielle » de la Ve République avec véhémence et constance – dans De la vertu comme « système pyramidal de la monarchie présidentielle », en L'ère du peuple Il dénonce un système ayant développé « toutes ses tendances technocratiques et autoritaires ». Il appelle à une Sixième République dotée d'une Assemblée constituante, et donc à un retour de la souveraineté du président au peuple. Cette position est structurellement antibonapartiste et antigaulliste. L'affirmation selon laquelle il s'engage lui-même dans un dialogue plébiscitaire direct avec le peuple, à l'instar de de Gaulle – et que cela serait « incohérent » – est une observation partagée par des observateurs tels que Lepenies, Altwegg et Halévi.

La quatrième est la tradition anarcho-libertarienne, qui s'oppose à la fois au centralisme jacobin et au compromis thermidorien. Elle perçoit Robespierre moins comme un tribun du peuple que comme un apologiste de l'État ayant réprimé les mouvements sectaires contestataires des banlieues parisiennes. Enragés Autour de Jacques Roux, le potentiel le plus radical de la révolution fut réprimé et, de ce fait, trahi. Cette tradition, qui s'étend de Proudhon aux mouvements sociaux contemporains, est minoritaire en France, mais culturellement influente ; elle explique pourquoi Mélenchon, malgré sa rhétorique jacobine, se heurte au scepticisme des milieux anarchistes et autonomes.

Ces quatre traditions ne constituent pas des camps nettement distincts, mais plutôt des interprétations qui se recoupent et qui sont activées à des degrés divers selon le contexte politique. Le débat autour de l'héritage jacobin de Mélenchon a réactivé ces quatre traditions.

Vertu comme programme politique – Le complexe Robespierre de Mélenchon

L'étude de Marcel Gauchet Robespierre : l'homme qui nous divise le plus (2018) ne se concentre pas explicitement sur Mélenchon. Il élabore un portrait structurel de Robespierre qui saisit l'identité politique de Mélenchon avec une précision qui surpasse toute polémique directe. La thèse fondamentale est celle d'une tension irrésoluble entre l'adhésion aux principes et la capacité de gouverner : Robespierre est « l'acteur à travers lequel s'exprime le plus clairement ce qui était en jeu durant ces années tumultueuses : la force motrice de cette époque et, en même temps, celle qui a conduit l'immense effort pour instaurer le bonheur et la liberté à une impasse meurtrière. » 4 Ce qui distinguait Robespierre était l’identification complète du « moi » politique avec la cause du peuple – une identification que Gauchet décrit comme « narcissisme sacrificiel » : « radicalement aveugle à lui-même dans l’effort de disparaître derrière une cause supérieure, ce qui au final ne fait qu’accroître sa propre position exceptionnelle ». 5 Quiconque se souvient comment Robespierre, en 1792, a formulé devant les Jacobins la formule que Gauchet cite : « Je ne suis pas le défenseur du peuple ; je suis le peuple, je n’ai jamais été autre chose, je ne le serai jamais ; et je méprise quiconque veut être plus que cela » 6, auquel fait écho la propre citation de Robespierre par Mélenchon dans L'ère du peuple ne le manquez pas.

Le second diagnostic clé de Gauchet concerne l'épistémologie politique de la pensée jacobine : la construction d'un peuple homogène et vertueux comme antithèse d'une élite au pouvoir structurellement corrompue. Le problème que Gauchet met en lumière est la logique d'exclusion qui découle de cette construction : « Cette vision d'un peuple idéal, spontanément enclin au bien commun, définit le but de la révolution : une société où les citoyens ne feraient qu'un avec le bien commun – d'où tout ce qui n'est pas le peuple aurait été exclu. » 7 Appliquée à Mélenchon, cette analyse révèle que la force de sa mobilisation politique – l’image claire du peuple contre l’oligarchie, de la vertu contre la corruption – recèle structurellement la même logique que Gauchet incrimine dans l’échec de Robespierre. Le problème que Gauchet diagnostique n’est pas une propension à la violence, mais plutôt une incapacité épistémique à concevoir l’adversaire politique comme un acteur légitime et non comme un ennemi du peuple. La formule conclusive de Gauchet fournit ainsi le cadre théorique que l’essai propose pour expliquer la limite de Mélenchon dans la théorie démocratique : la force de la tradition jacobine est simultanément son dilemme – elle donne la voix la plus radicale à la liberté et à l’égalité, et échoue précisément là où il s’agit de les traduire en responsabilité gouvernementale.

Essai de Jean-Luc Mélenchon De la vertu L’ouvrage (2017), recueil d’entretiens avec la journaliste Cécile Amar, n’est pas un manifeste idéologique au sens traditionnel du terme. Il s’agit plutôt d’une déclaration morale et philosophique dont le cœur, cependant, révèle – à y regarder de plus près – une continuité discrète mais indéniable avec la tradition jacobine de la Révolution française. Le texte s’ouvre sur la corruption du présent et se clôt sur une théorie de la vertu politique qui se rapproche étrangement de la terminologie de Robespierre, sans pour autant le nommer explicitement. Cette absence est en elle-même significative.

La question que Mélenchon se pose à lui-même et au lecteur est la suivante : qu'est-ce que la vertu ? Sa réponse est structurellement identique à celle de Robespierre devant le Comité de salut public : la vertu n'est pas un concept religieux ni un idéal privé, mais un principe de vie collective orienté vers le bien commun. 8 « Le vertige est donc le pont entre ce qui est bon pour tous et ce qui est bon pour soi-même » – avec cette formule, Mélenchon rompt de manière programmatique avec l’individualisme libéral et adopte un motif que Robespierre avait développé dans son discours sur les principes de la morale politique de février 1794 : la démocratie n’est viable que grâce à la vertu de ses citoyens et de leurs représentants, et la corruption n’est pas seulement une faute morale, mais elle tue la démocratie à la racine.

Il est significatif que Mélenchon place l’affaire Cahuzac – le fraudeur fiscal qui, en tant que ministre du Budget, était chargé de lutter contre la fraude fiscale – au centre de son diagnostic moral et politique. « Celui qui était chargé de la vertu publique, c'est-à-dire de faire payer les impôts et de faire respecter la loi commune, était celui qui mentait et trichait sur l'objet même de son mandat » — dans cette phrase résonne le verdict jacobin contre Danton et les Indulgents (les modérés) : la pire corruption est celle de celui à qui est confiée la confiance publique. 9

In L'ère du peuple (2014) cite Mélenchon Robespierre directement et avec insistance : « Je suis du peuple. Je ne veux être que cela et je méprise ceux qui voudraient être quelque chose de plus. 10 Il présente cette citation comme une réponse à l'accusation de populisme : quiconque invoque le peuple est aussitôt traité de démagogue dans le débat actuel – or, c'était précisément le verdict porté contre Robespierre par ses adversaires. L'image que Mélenchon se fait de lui-même, en tribun du peuple, opposant les intérêts particuliers de l'oligarchie au bien commun, est structurellement jacobine, même s'il se démarque naturellement de la Terreur sur le fond.

In De la vertu La Constitution de 1793 – la constitution jacobine adoptée par les Montagnards et inspirée de Robespierre, qui n'est jamais entrée en vigueur – apparaît comme un document central de référence positive : « Il existait un droit à l'insurrection dans la Constitution de 1793. Sa valeur vertueuse est intacte selon moi ». 11 Il ne s'agit pas d'une simple remarque historique. La référence à cette constitution est lourde de sens dans la sémantique politique française : elle représente la promesse radicale et intransigeante de la Révolution, étouffée par la réaction thermidorienne. Mélenchon se range ainsi implicitement parmi ceux qui ravivent la promesse inachevée de 1793.

Robespierre de Mélenchon en version originale – l’interview « Face à Robespierre »

Plus révélateur que toute attribution extérieure est le témoignage de Mélenchon lui-même sur Robespierre – et une source précieuse à cet égard est un long entretien télévisé qu'il a accordé il y a neuf ans à l'émission « Et si c'était vous » de Toute l'Histoire, en partenariat avec Le MondeAnimé par Nicolas Truong, cet échange se présente sous la forme d'une expérience de pensée : Mélenchon doit s'imaginer le 27 juillet 1794, jour de l'arrestation de Robespierre, la veille de son exécution. 12

La première et la plus importante déclaration de l'entretien concerne la Terreur. Mélenchon n'élude pas la question, mais refuse de la condamner. Il apporte des précisions : la Terreur n'était pas une invention de fanatiques, mais une réaction à l'invasion, aux complots royalistes et à l'anarchie qui régnait alors. Il souligne également que Danton lui-même a créé le Tribunal révolutionnaire, initialement pour prévenir les lynchages des massacres de septembre 1792. « Nous la jugeons avec un ressentiment que les protagonistes n'éprouvaient pas », affirme-t-il. La Terreur doit être comprise comme une escalade, et non comme un plan préétabli. Concernant Robespierre lui-même, il souligne – appuyé par l’historienne Cécile Obligi, qui était présente – que Robespierre était contre la campagne de déchristianisation, s’était prononcé très tôt contre la peine de mort et n’a été transformé en une figure monstrueuse de culpabilité unique que par Thermidor : « C’est Robespierre qui porte tout sur ses épaules le lendemain de sa mort, en guillotinant 120 personnes de plus en 24 heures. »

L'interprétation que donne Mélenchon de ce dénouement célèbre est particulièrement frappante : Robespierre, après son arrestation, répond à l'appel à l'insurrection par « Au nom de qui ? » – et se tait ainsi. Mélenchon interprète cette question non comme une lâcheté, mais comme l'expression d'une profonde logique de légitimation : Robespierre pouvait agir au nom du peuple tant qu'il était convaincu de représenter la souveraineté populaire – mais dès l'instant où la révolution elle-même s'est retournée contre lui, son autorité s'est éteinte. « Tout d'un coup, au nom de qui ? Come si la question se posait. » Il ne s'agit pas d'un renoncement à la volonté, mais d'un ultime acte de cohérence républicaine. Mélenchon dit qu'il aurait agi autrement : il aurait appelé Henriot à l'insurrection. Peut-être cela aurait-il échoué – mais c'était la seule option cohérente.

Ce qui rend cet entretien particulièrement précieux pour l'article, ce sont deux lignes programmatiques que Mélenchon s'approprie, sans les nommer explicitement. Premièrement : la question de la violence politique. Il rejette la lutte armée non pour des raisons morales, mais stratégiques – « dans la lutte armée, les meilleurs meurent les premiers » – et professe son soutien à la « révolution par les urnes ». Ce faisant, il reprend presque mot pour mot ce qu'il avait déclaré dans De la vertu Il écrit, se plaçant ainsi dans la continuité de Robespierre d'avant la Terreur, et non de Robespierre du Comité de salut public. Deuxièmement : la question de la défaite de la gauche. Mélenchon diagnostique avec justesse que la gauche a perdu la « bataille idéologique » depuis 1981 – « nous nous sommes désarmés lentement, sans esprit critique, dans un climat de culpabilité » – et conclut que la reconquête du terrain culturel est la condition préalable à tout renouveau politique. Ceci aussi est un héritage jacobin : la conviction que la conscience – le langage politique, l’éducation, la mémoire collective – est le véritable champ de bataille.

À la fin de l'entretien, Mélenchon lit un extrait du dernier discours de Robespierre : « Peuple, réfléchissez à ceci : si la justice ne règne pas pleinement dans la République, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, alors la liberté n'est qu'un mot vide. » 13 Le geste est calculé, mais non malhonnête : Mélenchon s’approprie les paroles de Robespierre. C’est là le fondement même de son identité politique.

Robespierre comme figure d'identification de LFI – auto-positionnement et logique programmatique

L'héritage jacobin de Mélenchon n'est pas qu'une simple posture rhétorique. Il possède une profondeur programmatique cohérente. Les positions que Mélenchon adopte dans De la vertu et en L'ère du peuple Les principes développés – souveraineté de l’État du peuple contre l’oligarchie, égalité radicale sur une base matérielle, moralité politique comme fondement républicain, vie civique laïque et universaliste – correspondent structurellement au projet jacobin, qui a pris sa forme la plus marquée à travers Robespierre et Saint-Just dans la phase du Comité de salut public.

Alexis Corbière, collaborateur de longue date de Mélenchon et historien de l'éducation, a publié en 2012 un ouvrage en collaboration avec Laurent Lévy, intitulé « À programme ». Robespierre, revenez ! publié. Dans cet ouvrage, les auteurs réhabilitent Robespierre contre ce qu’ils appellent une « légende noire » alimentée par une historiographie conservatrice, une représentation négative d’une figure historique solidifiée par une tradition opposée : le « monstre froid et sanguinaire » auquel tous les excès de la Terreur ont été attribués. 14 L'ouvrage de Corbière n'est pas de la philologie, mais de la théologie politique : il fournit la légitimité intellectuelle permettant de revendiquer Robespierre comme figure de référence morale pour la gauche contemporaine.

L'historien Éric Anceau, qui dans Valeurs Actuelles Écrivant sur « Le fantasme révolutionnaire de Mélenchon », il cite succinctement l’identification de Mélenchon : « Ses deux grands modèles sont Robespierre et Saint-Just, comme c’est également le cas pour l’un de ses plus importants camarades, Alexis Corbière. » 15 Il décrit Mélenchon comme un homme politiquement instruit, « emporté par l’onde de choc de 1789 » et qui se considérait comme un « jacobin, révolutionnaire, républicain et Français passionné ». 16 étiquette. 17 La rhétorique du chef de la LFI rappelle celle de certains révolutionnaires : « Face à un "coup d'État social" et à l'échec de l'élite dirigeante, il appelle à un soulèvement dans les rues. » 18

La résonance historique est intense. Lorsque le député LFI a rendu hommage à la mémoire de Robespierre sur Twitter à l'occasion de l'anniversaire de son exécution, cela a suscité la polémique. Lorsque Mélenchon a programmé une marche pour le 21 janvier – anniversaire de l'exécution de Louis XVI –, c'était, pour l'historien Ran Halévi, Le Figaro Le point de départ d'une longue analyse : « Le 21 janvier n'est autre que l'anniversaire de la décapitation de Louis XVI. » 19, écrivait Halévi, qui y reconnaissait « le moment robespierriste de La France insoumise » et établissait un « parallèle entre LFI et le phénomène jacobin pendant la Révolution ». 20 Cette condensation sémiotique – date révolutionnaire, mars, Front populaire – était, pour Halévi, une mise en scène consciente.

France : Un discours entre réhabilitation et condamnation

La réception française du lien Mélenchon-Robespierre suit deux voies parallèles qui dialoguent peu : une voie académique et réhabilitatrice et une voie journalistique et polémique.

Sur le plan académique, Jean-Clément Martin, avec sa biographie critique de Robespierre (2018), a redéfini le terrain : historiquement, la responsabilité de la Terreur ne peut être attribuée à des individus isolés, mais résulte plutôt d’un système de comités complexe fonctionnant sous une pression énorme. Valeurs Actuelles Les membres de LFI réagissent avec un article de couverture intitulé « Parmi les insoumises, Robespierre est canonisé ». 21 et Le Point dans l'éditorial de Giesbert intitulé « L'année prochaine : la révolution et… la guillotine ? La terreur » 22 Cette situation alarmante montre à quel point les différentes interprétations divergent.

À droite de l'échiquier politique, un discours clair s'impose : Mélenchon, tel un Robespierre contemporain, incarne la terreur en puissance. Franz-Olivier Giesbert, dans son style emphatique, affirme le lien entre absolutisme moral et violence politique : l'exigence d'une vertu inconditionnelle engendre l'exclusion de l'immoral – et cette exclusion trouve une issue bien connue dans l'histoire des révolutions. Saïd Mahrane écrit dans Le Point sous le titre « De Robespierre à Mélenchon – les origines de la violence » 23 et établit un lien direct, quoique non sans problèmes, entre la terreur jacobine et les excès verbaux du chef du LFI.

L’entourage de Figaro dénonce régulièrement la « radicalité du projet » dissimulée derrière une façade de rhétorique modérée. L’historien Loris Chavanette le résume succinctement : « Mélenchon est jacobin par nature, mais dans son programme politique, il est partisan du communautarisme. » 24 Quant à la stratégie à adopter en vue des élections présidentielles de 2027, il démontre que la tactique de Mélenchon consistant à paraître modéré « rappelle la technique politique de Robespierre l’Incorruptible » – 25 Le masque du modéré sur le visage de l'implacable.

L'historien Thierry Lentz déclare dans Figaro La question directe : « Les Insoumis mettraient-ils le terrorisme à l'ordre du jour s'ils le pouvaient ? » 26 Il évoque les massacres et les exécutions de la Terreur et met en garde contre l'assimilation aveugle des députés de la LFI à l'héritage jacobin. Cette position, certes polémique, n'en touche pas moins à un point sensible : la compatibilité d'une culture politique qui érige l'ennemi du peuple en Autre à éliminer avec le pluralisme démocratique.

À gauche, l'association Robespierre est soit rejetée comme une arme politique réactionnaire, soit exploitée de manière constructive. L'historien communiste Bertrand Rothé a publié « Robespierre sans tabous ». 27 Nicolas Bouzou, quant à lui, analyse dans L'Express l'instrumentalisation de Robespierre. 28 Les forces de gauche libérale – Glucksmann, Vallaud, Faure – tentent de présenter la position jacobine comme un problème propre au Forum libéral-démocrate (FLD), et non comme un problème partagé par la gauche démocratique dans son ensemble. Après les élections législatives de 2024, Raphaël Glucksmann a promis : il y aurait un gouvernement « sans Robespierre et sans Jupiter », c’est-à-dire sans Mélenchon et sans Macron. 29

Le Monde Le journal, fidèle à la tradition de la presse indépendante de gauche libérale, a publié un dossier largement cité intitulé « Jean-Luc Mélenchon : l'adieu aux jacobins », dans le contexte des élections présidentielles de 2022. Cet article, également paru dans La Gazette des Communes Documenté de manière synoptique, ce récit décrit comment Mélenchon s'est présenté tout au long de sa vie comme un jacobin autoproclamé – centraliste, laïc et étatiste – avant d'abandonner cette position au profit d'une approche communautaire pour séduire les électeurs. La tension entre le jacobin convaincu de ses débuts et le stratège ultérieur de l'Union populaire multiculturelle est à souligner. Le Monde Le véritable problème n'est pas la référence à Robespierre en tant que telle, mais sa fonction instrumentale là où elle se révèle perturbatrice. 30 Cette interprétation – Mélenchon en ancien jacobin qui cultive sélectivement l’héritage – distingue Le Monde Fondamentalement, les médias de droite considèrent Robespierre comme doté d'un ADN politique immuable. Une source révélatrice est citée dans une contribution universitaire au débat, publiée dans la Revue française d'histoire des idées politiques, qui s'appuie explicitement sur l'autoprésentation de Mélenchon dans ses blogs et interviews : en 2019, Mélenchon écrivait sur son blog que l'historien Furet s'était livré à un « terrorisme intellectuel mondial » qui avait entravé tout débat libre sur Robespierre pendant deux décennies. 31 Le Monde L'auteur examine cette défense intellectuelle de Robespierre comme une contribution légitime au débat, sans pour autant en tirer un diagnostic de danger politique.

Les preuves les plus anciennes et les plus révélatrices proviennent de la campagne électorale de 2012. La journaliste Raphaëlle Besse Desmoulières décrit Mélenchon comme un candidat qui revendique ouvertement Robespierre et Saint-Just comme des figures politiques héroïques - "deux personnages controversés pour leur rôle dans la Terreur et ayant l'eurodéputé se plaît à rendre hommage" -, et cite Michel Onfray, qui accuse Mélenchon de "lecture strictement jacobine", ainsi que Laurence Parisot du Medef, qui le qualifie d'"héritier d'une forme de Terreur". Le journal laisse Mélenchon lui-même répondre : « Je suis totalement jacobin, révolutionnaire, républicain et français par passion ». 32 L'aveu de soi provient donc de Le Monde Documentés, non commentés – une position éditoriale que le journal a maintenue au cours des années suivantes.

Le fait que cette identification ne soit pas une posture rhétorique est démontré par un article de blog de Mélenchon datant de 2013, qui Le Monde cité dans un article d'études médiatiques sur la reconstruction faciale de Robespierre. Lorsque des chercheurs ont réalisé un portrait numérique du masque mortuaire de Robespierre, Mélenchon a réagi avec indignation sur son blog : "Une tête bien peu engagée, si j'en juge par la photo publiée. Vieille ruse de l'iconographie, dont je fais les frais plus souvent qu'à mon tour : la laideur du visage est censée révéler la laideur de l'âme !" 33 La phrase est révélatrice à plusieurs égards : Mélenchon s’identifie à Robespierre jusqu’à l’affront iconographique – « dont je fais les frais plus souvent qu’à mon tour » – et il diagnostique la technique de bestialisation qu’il avait déjà rencontrée dans De la vertu En théorie, cela décrira le visage comme un instrument de délégitimation politique.

La conversation est particulièrement importante pour la dissertation, qui Le Monde en septembre 2024 avec l'historien Emmanuel de Waresquiel, à l'occasion de son livre Il nous fallait des mythes. La révolution et ses imaginaires de 1789 aujourd'hui (Tallandier, 2024). Dans cet ouvrage, Waresquiel formule un diagnostic structurel qui inscrit historiquement le lien Mélenchon-Robespierre : la Révolution française a légué à la France « une culture politique de confrontation plus que de compromis ». Le mécanisme fondamental réside dans la conception jacobine de la souveraineté populaire : « L’individualité et l’unanimisme nous empêchent d’envisager l’opposition autrement qu’en la provoquant. Cela nous conduit à tous les droits de la terreur. » Concernant la LFI (Londres Internationale), il note que le rapport du mouvement à la révolution est « lourd d’ambiguïté, voire d’amnésie » – notamment la tension entre l’universalisme jacobin et ce qu’il nomme le communautarisme de certains représentants de la LFI. 34 Il s'agit là de l'un des diagnostics les plus impartiaux de tout le discours – et, fait significatif, il n'apparaît pas dans la section politique, mais dans la section des idées.

Marcel Gauchet, dans Le Monde à l'occasion de sa biographie de Robespierre (Robespierre. L'homme qui nous divise le plusGauchet, qui dresse un portrait détaillé de Robespierre (Gallimard, 2018), approfondit ce diagnostic structurel. Il voit dans le robespierrisme la racine d'un style politique spécifiquement français : l'élévation de la vertu (en tant que dévouement au bien commun) au rang de programme politique, combinée à la « suspicion permanente de corruption qui pèse sur tous les gouvernants ». « Il y a en France, où pourtant on déteste la dictature, une sorte de vision autoritaire du pouvoir, au nom du bien public ». Gauchet cite l'homme politique qui a le plus explicitement invoqué Vertu et Robespierre en 2018 : Jean-Luc Mélenchon. Avec une ironie caractéristique, il remarque cependant que Mélenchon ressemble davantage à Danton qu'à Robespierre – ce que ce dernier n'apprécierait guère, puisque Danton était responsable de… indulgence des tribunes qui ont condamné Robespierre. 35

Finalement, en janvier 2026, il a été cité Le Monde le président de l'association d'affaires U2P, Michel Picon, après un colloque Mélenchon avec la phrase succincte : « Ils ont voulu montrer qu'ils n'étaient pas les Robespierre que l'on décrit, que les PME n'avaient pas à avoir peur de l'arrivée de LFI. 36 La comparaison avec Robespierre s'est ainsi immiscée dans le discours économique quotidien – un an avant l'élection présidentielle de 2027 – non pas comme une analyse historique, mais comme un prétexte immédiat à susciter la peur et à créer des clivages. Le fait que Mélenchon tente de la neutraliser par un colloque avec des chefs de petites entreprises montre qu'il est lui-même conscient du pouvoir de cette image.

Le Monde Globalement, cela ne constitue ni une condamnation ni une apologie : la référence de Mélenchon à Robespierre est prise au sérieux comme un phénomène politique et culturel, historiquement contextualisé et lié aux conséquences structurelles à long terme de la culture politique jacobine. La formule de Glucksmann « Jupiter et Robespierre, c’est fini ! », qui Le Monde documenté en août 2024, 37 et le positionnement de Glucksmann en tant que « girondine » en octobre 2024 38 Cela montre à quel point cette sémantique historique s'est désormais immiscée dans le conflit de camps actuel de la gauche : la révolution n'est pas une archive, mais un champ de bataille actif.

Le Monde Le journal, fidèle à la tradition de la presse indépendante de gauche libérale, a publié un dossier largement cité intitulé « Jean-Luc Mélenchon : l'adieu aux jacobins », dans le contexte des élections présidentielles de 2022. Cet article, également paru dans La Gazette des Communes Documenté de manière synoptique, ce récit décrit comment Mélenchon s'est présenté tout au long de sa vie comme un jacobin autoproclamé – centraliste, laïc et étatiste – avant d'abandonner cette position au profit d'une approche communautaire pour séduire les électeurs. La tension entre le jacobin convaincu de ses débuts et le stratège ultérieur de l'Union populaire multiculturelle est à souligner. Le Monde Le véritable problème n'est pas la référence à Robespierre en tant que telle, mais sa fonction instrumentale là où elle se révèle perturbatrice. 39 Cette interprétation – Mélenchon en ancien jacobin qui cultive sélectivement l’héritage – distingue Le Monde Fondamentalement, les médias de droite considèrent Robespierre comme doté d'un ADN politique immuable. Une source révélatrice est citée dans une contribution universitaire au débat, publiée dans la Revue française d'histoire des idées politiques, qui s'appuie explicitement sur l'autoprésentation de Mélenchon dans ses blogs et interviews : en 2019, Mélenchon écrivait sur son blog que l'historien Furet s'était livré à un « terrorisme intellectuel mondial » qui avait entravé tout débat libre sur Robespierre pendant deux décennies. 40 Le Monde L'auteur examine cette défense intellectuelle de Robespierre comme une contribution légitime au débat, sans pour autant en tirer un diagnostic de danger politique.

Les preuves les plus anciennes et les plus révélatrices proviennent de la campagne électorale de 2012. La journaliste Raphaëlle Besse Desmoulières décrit Mélenchon comme un candidat qui revendique ouvertement Robespierre et Saint-Just comme des figures politiques héroïques - "deux personnages controversés pour leur rôle dans la Terreur et ayant l'eurodéputé se plaît à rendre hommage" -, et cite Michel Onfray, qui accuse Mélenchon de "lecture strictement jacobine", ainsi que Laurence Parisot du Medef, qui le qualifie d'"héritier d'une forme de Terreur". Le journal laisse Mélenchon lui-même répondre : « Je suis totalement jacobin, révolutionnaire, républicain et français par passion ». 41 L'aveu de soi provient donc de Le Monde Documentés, non commentés – une position éditoriale que le journal a maintenue au cours des années suivantes.

Le fait que cette identification ne soit pas une posture rhétorique est démontré par un article de blog de Mélenchon datant de 2013, qui Le Monde cité dans un article d'études médiatiques sur la reconstruction faciale de Robespierre. Lorsque des chercheurs ont réalisé un portrait numérique du masque mortuaire de Robespierre, Mélenchon a réagi avec indignation sur son blog : "Une tête bien peu engagée, si j'en juge par la photo publiée. Vieille ruse de l'iconographie, dont je fais les frais plus souvent qu'à mon tour : la laideur du visage est censée révéler la laideur de l'âme !" 42 La phrase est révélatrice à plusieurs égards : Mélenchon s’identifie à Robespierre jusqu’à l’affront iconographique – « dont je fais les frais plus souvent qu’à mon tour » – et il diagnostique la technique de bestialisation qu’il avait déjà rencontrée dans De la vertu En théorie, cela décrira le visage comme un instrument de délégitimation politique.

La conversation est particulièrement importante pour la dissertation, qui Le Monde en septembre 2024 avec l'historien Emmanuel de Waresquiel, à l'occasion de son livre Il nous fallait des mythes. La révolution et ses imaginaires de 1789 aujourd'hui (Tallandier, 2024). Dans cet ouvrage, Waresquiel formule un diagnostic structurel qui inscrit historiquement le lien Mélenchon-Robespierre : la Révolution française a légué à la France « une culture politique de confrontation plus que de compromis ». Le mécanisme fondamental réside dans la conception jacobine de la souveraineté populaire : « L’individualité et l’unanimisme nous empêchent d’envisager l’opposition autrement qu’en la provoquant. Cela nous conduit à tous les droits de la terreur. » Concernant la LFI (Londres Internationale), il note que le rapport du mouvement à la révolution est « lourd d’ambiguïté, voire d’amnésie » – notamment la tension entre l’universalisme jacobin et ce qu’il nomme le communautarisme de certains représentants de la LFI. 43 Il s'agit là de l'un des diagnostics les plus impartiaux de tout le discours – et, fait significatif, il n'apparaît pas dans la section politique, mais dans la section des idées.

Marcel Gauchet, dans Le Monde à l'occasion de sa biographie de Robespierre (Robespierre. L'homme qui nous divise le plusGauchet, qui dresse un portrait détaillé de Robespierre (Gallimard, 2018), approfondit ce diagnostic structurel. Il voit dans le robespierrisme la racine d'un style politique spécifiquement français : l'élévation de la vertu (en tant que dévouement au bien commun) au rang de programme politique, combinée à la « suspicion permanente de corruption qui pèse sur tous les gouvernants ». « Il y a en France, où pourtant on déteste la dictature, une sorte de vision autoritaire du pouvoir, au nom du bien public ». Gauchet cite l'homme politique qui a le plus explicitement invoqué Vertu et Robespierre en 2018 : Jean-Luc Mélenchon. Avec une ironie caractéristique, il remarque cependant que Mélenchon ressemble davantage à Danton qu'à Robespierre – ce que ce dernier n'apprécierait guère, puisque Danton était responsable de… indulgence des tribunes qui ont condamné Robespierre. 44

Finalement, en janvier 2026, il a été cité Le Monde le président de l'association d'affaires U2P, Michel Picon, après un colloque Mélenchon avec la phrase succincte : « Ils ont voulu montrer qu'ils n'étaient pas les Robespierre que l'on décrit, que les PME n'avaient pas à avoir peur de l'arrivée de LFI. 45 La comparaison avec Robespierre s'est ainsi immiscée dans le discours économique quotidien – un an avant l'élection présidentielle de 2027 – non pas comme une analyse historique, mais comme un prétexte immédiat à susciter la peur et à créer des clivages. Le fait que Mélenchon tente de la neutraliser par un colloque avec des chefs de petites entreprises montre qu'il est lui-même conscient du pouvoir de cette image.

Le Monde Globalement, cela ne constitue ni une condamnation ni une apologie : la référence de Mélenchon à Robespierre est prise au sérieux comme un phénomène politique et culturel, historiquement contextualisé et lié aux conséquences structurelles à long terme de la culture politique jacobine. La formule de Glucksmann « Jupiter et Robespierre, c’est fini ! », qui Le Monde documenté en août 2024, 46 et le positionnement de Glucksmann en tant que « girondine » en octobre 2024 47 Cela montre à quel point cette sémantique historique s'est désormais immiscée dans le conflit de camps actuel de la gauche : la révolution n'est pas une archive, mais un champ de bataille actif.

Allemagne : Le nouveau Jacobin – entre fascination et inquiétude

La réception, en Allemagne et dans les pays germanophones, du lien entre Mélenchon et Robespierre diffère fondamentalement de la réception française. Elle est moins immédiate, moins axée sur la politique intérieure ; plus contemplative, plus historico-culturelle, elle s’attache à comprendre un phénomène que l’Allemagne observe de l’extérieur mais qu’elle perçoit comme un problème européen.

Wolf Lepenies a dans Le Monde Dès ses débuts, il forgea la formule interprétative décisive avec « Le Nouveau Jacobin » : « On s’interroge sur le radicalisme des socialistes français, mais lorsqu’on suit ensuite les idées du communiste Mélenchon, c’est clair : la France est différente. » 48 Cette formulation recèle un double intérêt cognitif : d’une part, le diagnostic d’une véritable spécificité de la culture politique française – un héritage qui faisait défaut à l’Allemagne après 1945 ; d’autre part, une mise en garde implicite : le jacobinisme n’est pas apparu par hasard ; il est l’expression d’une tension structurelle au sein de la pensée républicaine, réactivée par Mélenchon. Dans un essai ultérieur de Lepenies, « Les vieux chapeaux des Jacobins », ce diagnostic est approfondi : la gauche française vit encore avec les « fantômes du passé » et se trouve incapable de se libérer d’une image révolutionnaire d’elle-même devenue politiquement dysfonctionnelle. 49

Rudolf Balmer écrit dans le Nouveau journal zurichois Concernant l'événement de Mélenchon au Havre intitulé « La colère populaire comme programme électoral » : « Le candidat populiste de gauche à la présidence, Jean-Luc Mélenchon, rappelle l'héritage révolutionnaire de la France au Havre. » 50 Il s'agit d'une observation mesurée, non d'une condamnation : le correspondant de la NZZ perçoit Mélenchon avant tout comme un orateur de talent qui exprime un sentiment authentique, quoique dangereux. Le quotidien suisse a tendance à considérer le jacobinisme comme un phénomène culturel plutôt que comme une menace politique.

Martina Meister, correspondante en France, rapporte pour Welt am sonntag Dans leur réception, une approche différente a été adoptée. Dans un entretien approfondi avec le Charlie HebdoLe cofondateur Philippe Val établit un lien direct entre la ligne de Robespierre et l'antisémitisme de la gauche radicale : « Depuis Robespierre, cet antisémitisme s'est perpétué au sein de la gauche radicale et de son intelligentsia en France », avec pour corollaire que Mélenchon n'était pas trotskiste par hasard. 51 Il s'agit là d'une des interprétations allemandes les plus sévères : elle inscrit le lien Mélenchon-Robespierre dans une généalogie de l'antisémitisme de gauche, ce qui – malgré son exagération polémique – reflète le débat politique qui a suivi le 7 octobre 2023, au cours duquel LFI a effectivement fait l'objet de vives critiques.

Le Frankfurter Rundschau Il adopte un ton plus léger. En 2022, Stefan Brändle décrit un maire du nord de la France qui refuse de mettre le drapeau en berne pour les funérailles de la reine d'Angleterre, et il semble « sembler être assis aux côtés de Robespierre au Comité de salut public de la Révolution française » – une remarque ironique, mais non polémique, qui montre à quel point la référence au jacobinisme est devenue courante dans le journalisme allemand traitant de la France. 52 Mélenchon lui-même apparaît brièvement dans l'article : il « exprime ouvertement son agacement face à la large couverture médiatique accordée par les médias parisiens à la mort d'Élisabeth II » – un réflexe antimonarchiste, comme s'il poursuivait l'histoire de 1793.

Der Standard (Vienne) a publié « Rêver de rouge – Une passion française », un texte à la manière d’un feuilleton qui aborde la mémoire révolutionnaire comme une constante anthropologique de la France politique. Le terme « passion » est choisi à dessein : il ne s’agit pas de rationalité, mais d’une structure affective qui s’étend de 1793 aux performances holographiques de Mélenchon. 53 Enfin, en Suisse, on trouve la formule concise de Thomas Maissen pour la NZZ : « Les procédures et les positions prises lors de la campagne électorale montrent à quel point la France traverse une crise institutionnelle et une incertitude » – un point de vue qui considère Mélenchon moins comme un phénomène isolé que comme un symptôme d'une crise structurelle de légitimité de la Ve République. 54

La NZZ avait déjà souligné le lien entre Mélenchon, Robespierre et le concept de vertu, notamment lors des manifestations des Gilets jaunes de 2018-19 : « Mélenchon est un fervent admirateur de Robespierre. L’homme politique a même écrit un livre sur le concept cher à Robespierre, la “vertu”, et l’automne dernier, il a explicitement déclaré son intention de transposer la pensée du grand révolutionnaire à notre époque. » 55 L'article analyse avec acuité le problème structurel : Robespierre idéalisait le peuple comme une entité homogène et vertueuse et cherchait à concilier la complexité de la réalité avec cette image par des moyens de plus en plus brutaux – avec pour conséquence l'élimination de quiconque ne répondait pas aux critères qu'il s'était lui-même définis. La formule : « En France, il n'y a que deux partis : le peuple et ses ennemis. » 56 Cela constitue donc un avertissement structurel pour Mélenchon : la division binaire du monde en personnes et ennemis n’est pas un procédé rhétorique, mais une position épistémique dangereuse.

Dans la couverture médiatique allemande, le journal taz constitue à certains égards un cas particulier : en tant que journal coopératif de gauche, il partage structurellement une plus grande sympathie pour le projet politique de Mélenchon que la plupart des autres grands médias allemands – ce qui rend son analyse du lien avec Robespierre plus nuancée, mais aussi plus ambivalente. Dans son reportage sur la campagne présidentielle de 2017, la correspondante de taz, Lilian Alemagna – également biographe de Mélenchon – décrivait le candidat comme un intellectuel et « un homme d’action qui n’a rien à cacher », et posait la question cruciale de manière laconique, sans y répondre : les électeurs prendraient-ils le risque d’élire « un homme qui, comme Robespierre avant lui, annonce une “révolution”. Une révolution bourgeoise, certes, avec des urnes plutôt que des armes. Mais une révolution qui promet une véritable rupture dans l’histoire de France. » 57 La comparaison avec Robespierre apparaît dans le taz Il ne s'agit ni d'une accusation ni d'un éloge, mais plutôt d'un signal de risque formulé ouvertement – ​​un point d'interrogation que le journal laisse à l'appréciation de ses lecteurs. Cette retenue éditoriale distingue le taz fondamentalement différent des déclarations alarmistes du milieu du Figaro ou des grands diagnostics historico-culturels d'un Wolf Lepenies : taz Elle prend le jacobinisme au sérieux en tant que tradition politique sans le condamner ouvertement, et laisse délibérément la question normative ouverte : la référence de Mélenchon à Robespierre est-elle une menace pour la démocratie ou une révolution légitime ?

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung Le lien entre Mélenchon et Robespierre n'est pas considéré comme un phénomène isolé, mais s'inscrit dans un diagnostic plus large de la culture politique française – diagnostic développé par le correspondant Jürg Altwegg dans deux essais majeurs et poursuivi par Michaela Wiegel dans un style journalistique. Altwegg livre l'analyse la plus concise dans un article paru dans l'édition dominicale de la FAZ du 10 décembre 2018, consacré au mouvement des Gilets jaunes. Il cite la déclaration programmatique de Marcel Gauchet qualifiant Robespierre de « père du populisme » – celui qui « a lié un principe politique, la souveraineté du peuple, à un principe moral, l'impératif de vertu » – et applique cette formule directement à la révolte des Gilets jaunes : « Trente ans après que François Furet a proclamé la "fin de la révolution", elle est de retour. » 58 Mélenchon apparaît comme l'acteur politique qui, selon lui, est parvenu à faire ce qu'il n'avait pas réussi à faire depuis la victoire électorale de Macron : mobiliser le peuple dans la rue. Le lien est implicite, mais évident : la rhétorique jacobine de Mélenchon a préparé le terrain sémantique dans lequel les Gilets jaunes ont ensuite défilé, brandissant des répliques de guillotine.

Dans un second essai culturel majeur de juillet 2020 – « Messie, Martyr, Macron » – Altwegg reprend le même fil conducteur et l’explore d’un point de vue historiographique. 59 Lui aussi prend pour point de départ la « fin de la révolution » de Furet : Furet avait établi une filiation directe entre Robespierre et Lénine et proclamé la rupture de ce lien en 1989. Altwegg perçoit la réhabilitation de Robespierre par Gauchet en 2018 comme une contre-révolution intellectuelle – et comme un signe de l’obsolescence du diagnostic de Furet. Le terme employé par Gauchet pour désigner Robespierre – « Christ de la Révolution » – est repris par Altwegg dans sa propre analyse, qui en fait un élément clé de l’échec de Macron : « Marcel Gauchet, qui qualifie Robespierre de “Christ de la Démocratie”, démontre à quel point la politique en France est encore perçue comme un substitut à la religion. » Mélenchon apparaît dans cet essai comme un concept central et récurrent : il est l’acteur qui s’approprie le vocabulaire jacobin du « peuple rebelle » opposé au « coup d’État social » de Macron, s’inscrivant ainsi dans une tradition qu’Altwegg décrit comme une caractéristique structurelle de la Ve République.

L'observation d'Altwegg selon laquelle Mélenchon, dans une déclaration de la LFI, assimile Macron à Louis XVI est particulièrement révélatrice pour cet essai : « Louis XVI a été décapité. Nous pourrions tout recommencer », tel est le slogan que prétend affirmer « La France indomptée ». Pour Altwegg, il ne s'agit pas d'une simple rhétorique, mais d'un symptôme : la rhétorique jacobine de la guillotine n'est pas une relique du passé dans le milieu de la LFI, mais un instrument de coercition politique bien réel.

Michaela Wiegel adopte une approche différente dans son essai « Vive la Révolution ! » (février 2023) sur les manifestations contre la réforme des retraites. 60 Mélenchon apparaît ici comme une « encyclopédie vivante des révolutions », son camarade Corbière comme l'auteur d'un ouvrage célébrant Robespierre, Danton et Saint-Just comme les « inventeurs de la République ». Le diagnostic de Wiegel est structurel : la confrontation entre le peuple et les gouvernants est un héritage de la Révolution française qui continue de façonner la pensée et l'action jusqu'à nos jours – « et explique le caractère souvent explosif de la vie politique française ». Dans ce cadre, le jacobinisme de Mélenchon n'est pas une aberration, mais plutôt l'expression d'une image nationale profondément ancrée, que tous les partis – y compris Macron avec son livre « Révolution » – instrumentalisent.

Enfin, à l’occasion des élections législatives de 2024, Michaela Wiegel cite le député européen Raphaël Glucksmann, qui, immédiatement après les élections, compare Mélenchon à Robespierre : « Le temps de Robespierre est révolu », a déclaré Glucksmann, consterné par la prétention de Mélenchon à assumer immédiatement la responsabilité gouvernementale. 61 Cette phrase apparaît dans le rapport de la FAZ comme un jugement politique sans commentaire historiographique – ce qui montre qu’en 2024, la comparaison avec Robespierre n’est plus un argument académique, mais un vocabulaire courant de la lutte partisane.

La FAZ brosse ainsi un tableau d'ensemble qui diffère de celui de la NZZ par sa plus grande profondeur d'analyse culturelle : là où la NZZ se concentre analytiquement sur le concept de vertu, la FAZ relie le lien Mélenchon-Robespierre à la question structurelle de la fin de la « République du Milieu » de Furet et du retour du paradigme révolutionnaire au début du XXIe siècle.

Le NZZ En mai 2026, au moment même où Mélenchon annonçait officiellement sa candidature pour 2027, la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) publiait un portrait analytique dense, intitulé « Le Jacobin : le dernier agitateur de gauche français veut être président », illustrant la similitude conceptuelle entre le point de vue de la FAZ et la couverture de la France par la NZZ. La thèse centrale est la suivante : « Dans la “nouvelle France”, Mélenchon endosse un rôle très ancien : celui du Jacobin révolutionnaire. Pour lui, la politique est avant tout une lutte morale entre le peuple et l’élite, la république et l’oligarchie, la vertu et la trahison. Dès lors, les compromis, tels que ceux recherchés par la gauche modérée, apparaissent comme une faiblesse à ses yeux. » 62 Cette interprétation correspond à la teneur de FAZ Même dans leurs analyses de l'année électorale, ils cultivent l'image de Mélenchon comme un fossile politique, dont la longévité serait due à une grammaire du conflit archaïque mais fonctionnelle. Le terme « jacobinisme » n'est pas employé de manière alarmiste – il n'y a pas d'analogie explicite avec le terrorisme – mais plutôt comme une catégorie historico-culturelle expliquant pourquoi cet homme politique structure la vie politique française d'une manière unique. À cet égard, le débat de la FAZ sur l'essai de Michel Onfray, « Mélenchon, dernier avatar du jacobinisme », est également révélateur. Dans cet essai, le philosophe établit un lien direct entre Robespierre, le marxisme et le LFI. La FAZ a suivi ce débat avec un regard critique et distancié, sans pour autant cautionner la condamnation catégorique d'Onfray. 63

Évaluation de différents camps politiques

La référence Mélenchon-Robespierre active quatre logiques d’évaluation distinctes dans le discours français et allemand.

Le camp républicain-conservateur (Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles)

…voit dans l’auto-positionnement jacobin la preuve d’un déficit démocratique fondamental. Le raisonnement est le suivant : Robespierre gouvernait au nom du peuple et tuait au nom de la vertu. Quiconque l’invoque manifeste une volonté de diaboliser ses adversaires politiques, les présentant comme des ennemis du bien commun – ce qui est délégitimable dans une démocratie pluraliste. Le terme « populisme » est utilisé comme une accusation, que Mélenchon lui-même… De la vertu Il a rétorqué en soulignant que Robespierre avait reçu le même verdict. 64

Le camp social-démocrate (PS, Glucksmann)

…instrumentalise l’accusation de jacobinisme : elle sert à distinguer LFI. L’affirmation « il faut tourner la page Mélenchon » est indissociable de l’idée que l’héritage révolutionnaire de LFI rend impossible une gauche gouvernementale. Mais les sociaux-démocrates ne sont pas exempts d’ambiguïté : ils revendiquent eux-mêmes l’héritage de 1789, mais dans sa variante modérée, girondine.

Le milieu libéral de gauche (Libération, L'Obs, Mediapart)

… considère la référence à Robespierre comme structurellement non problématique tant qu’elle n’est pas liée à une volonté d’exclusion politique. La question cruciale est de savoir si Mélenchon conjugue une critique radicale de l’oligarchie avec des moyens démocratiques. La publication Marianne Elle adopte ici une position ambivalente : une sympathie fondamentale pour les critiques républicaines du capitalisme, mais un scepticisme croissant à l’égard de la structure interne autoritaire de LFI.

Le camp d'extrême droite (Valeurs Actuelles, Zemmour)

Eric Zemmour utilise l'accusation de jacobinisme pour assimiler Mélenchon et Robespierre à des représentants d'une structure terroriste au sein de la gauche. Il a écrit dans Marianne une chronique intitulée « Encore un effort pour être révolutionnaire » 65 – une allusion à la rhétorique révolutionnaire de Sade et de Robespierre. L'équation « Mélenchon = Robespierre = potentiel de terreur » fonctionne ici comme un argument polémique et simpliste qui gomme la complexité historique à des fins tactiques partisanes.

La Révolution française et la gauche contemporaine – une analogie structurelle

À un an des élections présidentielles de 2027, il est pertinent d'examiner de plus près la constellation d'acteurs au sein de la gauche française actuelle et les parallèles structurels avec l'époque de la Révolution française. Ces parallèles ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais ils offrent un éclairage précieux en tant que modèle heuristique.

Les Montagnards (LFI)

Mélenchon et La France insoumise correspondent structurellement au Parti de la Montagne – le bloc le plus radical de l’Assemblée révolutionnaire, partisan d’un changement immédiat et sans compromis, qui associait les majorités parlementaires aux mobilisations plébiscitaires et mêlait la critique des intérêts particuliers à la revendication du « véritable » bien commun. La force de ce modèle réside dans son pouvoir de mobilisation ; sa faiblesse, dans le fait qu’il engendre une culture politique d’exclusion, rendant les alliances difficiles et favorisant la création d’ennemis. Les Thermidoriens de 2023-2024 sont les dissidents de la LFI, Ruffin, Autain, Corbière et Garrido – ceux qui se sont distanciés de la « junte qui entoure Mélenchon », selon l’expression d’un stratège du PS. 66 vouloir libérer sans abandonner le radicalisme social.

Les Girondins (PS, Glucksmann)

Les socialistes d'Olivier Faure et le mouvement social-libéral de Raphaël Glucksmann représentent le pôle girondin – une gauche qui aspire à une responsabilité gouvernementale parlementaire et prône une politique de coalition pluraliste, mais qui rejette l'escalade révolutionnaire. La social-démocratie européenne de Glucksmann est davantage tournée vers Pedro Sánchez que vers Robespierre. Cependant, à l'instar des Girondins chassés du pouvoir par les Montagnards en 1793, cette faction se heurte aujourd'hui au problème de l'influence du Forum libéral (LFI), qui s'arroge le droit d'interpréter le milieu de gauche, contraignant les sociaux-démocrates à un choix cornélien : la soumission ou l'isolement.

Les Indulgents (Communistes, Verts)

Les communistes et les Verts (EELV) incarnent cette frange de la gauche disposée à une coopération tactique avec LFI, mais qui ne partage pas son intransigeance programmatique. Sur le plan structurel, ils rappellent les dantonistes – hommes de compromis et de compromis qui ne partageaient ni la rigueur montagnarde ni la gouvernementalité girondine et se trouvaient de ce fait souvent pris entre deux feux.

Le Marais (centre technocratique)

Dans cette analogie, le camp Macron est le marécage silencieux – le vaste centre, exposé aux extrêmes qui le submergent, et incapable de nier son propre épuisement. La Ve République elle-même, structurellement affaiblie par la gouvernance bonapartiste de Macron, correspond à l'Ancien Régime monarchique dans son dernier stade : une forme institutionnelle dont la légitimité est fragile et contestée aussi bien par la gauche que par la droite.

Le parallèle plus profond avec la révolution réside cependant non pas dans les rôles des acteurs, mais dans la question du langage politique. Mélenchon a De la vertu il a diagnostiqué que « la corruption de la société commence par la corruption des mots » 67 – avec Platon – et que la dévaluation du langage politique est le véritable problème démocratique. 68 Ce diagnostic n'est pas faux, mais il néglige l'autre aspect : le vocabulaire politique de Vertu, empreint de connotation morale, engendre lui-même des exclusions. Ceux qui dépeignent l'ennemi comme corrompu, comme traître au bien commun, comme paltoquets Brandmarkt – l’insulte favorite de Mélenchon pour ses détracteurs – dépeint un monde politique où le compromis est considéré comme une trahison. Telle fut précisément la dynamique de 1793-1794.

La différence cruciale réside dans le cadre institutionnel. La Ve République n'est pas une phase de transition instable comme la Convention ; elle possède des institutions qui, structurellement, empêchent toute escalade vers le terrorisme. Le programme de Mélenchon, une « révolution citoyenne » par les urnes – « même si cela conduit à un coup d'État des bulletins de vote » – est institutionnellement contenu. 69 Mais la culture du conflit politique que LFI a encouragée, et la normalisation d'une rhétorique délégitimante, constituent de véritables coûts démocratiques que même ceux qui ne votent pas pour Mélenchon doivent payer.

Vertu sans république – une fin ouverte

La question qui De la vertu En définitive, la question qui demeure est celle des limites de la vertu. Mélenchon écrit : « Il n’y a pas de société vertueuse sans citoyens vertueux. De même qu’il n’y a pas de république sans républicains. » 70 Cela semble presque tautologique, mais cela soulève un problème de théorie démocratique : qui définit le Vertueux ? Pour Robespierre, c’était le comité. Pour Mélenchon, la réponse demeure volontairement vague : le peuple, les citoyens, ceux qui s’engagent pour le bien commun.

Mais dans la pratique politique de la LFI – sa structure interne autocratique, l’exclusion des voix dissidentes, sa vision binaire du monde – il apparaît clairement que la rhétorique morale de la vertu engendre une logique politique d’exclusion, structurellement plus proche de l’héritage jacobin que Mélenchon ne voulait bien l’admettre. Des observateurs allemands comme Lepenies l’ont diagnostiqué avec un détachement analytique ; les critiques français l’ont accusé de polémique. Tous deux avaient raison de percevoir une part de vérité.

Ce qui unit Mélenchon et Robespierre – malgré les différences entre leurs époques – n’est pas une propension à la violence, mais la conviction profonde que la démocratie ne peut survivre sans fondement moral. Cette conviction n’est pas fausse. Mais elle recèle un danger : lorsque la morale devient la mesure de la politique, celle-ci tend à devenir irréconciliable. À un an de l’élection présidentielle, c’est là la véritable question qui déterminera le sort de la gauche française : saura-t-elle trouver un candidat rassembleur capable de canaliser l’énergie morale du mouvement sans tomber dans le discours des absolus qui rend les coalitions impossibles et nuit à la démocratie ?

L'histoire a montré ce qui est arrivé à Robespierre à l'arrivée de Thermidor. L'histoire de la gauche – de Jaurès et Mitterrand à Mélenchon – montre combien il est difficile de concilier l'énergie révolutionnaire et le pragmatisme gouvernemental. De la vertu La tentative de Mélenchon de résoudre théoriquement cette contradiction – ou du moins de la rendre gérable – sera visible en 2027. Reste à savoir si elle aura une viabilité politique.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Vertu, peuple, terreur avant les élections présidentielles de 2027 : Jean-Luc Mélenchon, Robespierre et l’héritage de la Révolution. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2026. Consulté le 11 juillet 2026 à 08h28. https://rentree.de/2026/06/26/tugend-volk-terreur-vor-den-praesidentwahlen-2027-jean-luc-melenchon-robespierre-und-das-erbe-der-revolution/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. "Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la terreur sans la vertu est funeste ; la vertu sans la terreur est impuissante.">>>
  2. Pierre Michon, Les Onze, Paris : Verdier, 2009.>>>
  3. Michon Les Onze.>>>
  4. « L'acteur à travers lequel s'exprime le mieux ce qui s'est joué au cours de ces années de feu, ce qui en a été le moteur et ce qui a été le moteur et ce qui a été le moteur et ce qui a été le motéur et ce qui a été le motéur et ce qui a mené dans une impasse meurtrière leur effort prodigieux pour établir le règne du bonheur et de la liberté. » Marcel Gauchet, Robespierre : l'homme qui nous divise le plus, Paris : Gallimard, 2018.>>>
  5. « radicalement aveugle à lui-même dans son aspiration à s'effacer derrière une cause supérieure qui n'aboutit qu'à grossir sa propre exception. »>>>
  6. "Je ne suis point le défenseur du peuple; je suis du peuple, je n'ai jamais été que cela, je ne veux être que cela; je méprise quiconque a la prétention d'être quelque chose de plus">>>
  7. «Cette vision d'un idéal populaire, tendant spontanément à s'unir dans l'intérêt général [...] déterminant un mais pour la Révolution : a société où les citoyens ne feraient qu'un avec l'intérêt général [...] d'où tout ce qui n'est pas peuple aurait été écarté.»>>>
  8. Jean-Luc Mélenchon, De la vertu, avec Cécile Amar, Paris : L'Aube, 2017.>>>
  9. Mélenchon, De la vertu.>>>
  10. Jean-Luc Mélenchon, L'ère du peuple, Paris : Fayard, 2014.>>>
  11. Mélenchon, De la vertu.>>>
  12. Jean-Luc Mélenchon, « Face à Robespierre », Interview, Toute l'Histoire/Le Monde, Émission « Et si c'était vous ».>>>
  13. « Peuple, rappelez-vous que si dans la République la justice ne règne pas avec un Empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, la liberté alors n'est qu'un vain mot. »>>>
  14. Éric Anceau, cité dans : Bastien Lejeune, « Le fantasme révolutionnaire de Mélenchon », Valeurs Actuelles, 28 septembre 2017.>>>
  15. «Ses deux grandes figures sont Robespierre et Saint-Just, comme elles le sont aussi pour l'un de ses principaux lieutenants, Alexis Corbière.»>>>
  16. « habité par l'onde de choc de 1789 », « Jacobin, révolutionnaire, républicain et Français par passion »>>>
  17. Anceau, cité dans : Lejeune, « Le fantasme révolutionnaire de Mélenchon », Valeurs Actuelles, 28 septembre 2017.>>>
  18. «il en appel à l'insurrection de la rue face à un 'coup d'État social' et à la faillite de l'élite dirigeante.»>>>
  19. « Le 21 janvier est également la date anniversaire de la décapitation de Louis XVI. »>>>
  20. Ran Halévi, « Le moment robespierriste de la France insoumise », Le Figaro, 22 janvier 2023.>>>
  21. Marc Eynaud, « Chez les insoumis, Robespierre canonisé », Valeurs Actuelles, le 28 décembre 2025.>>>
  22. Franz-Olivier Giesbert, « L'an prochain, la révolution et… la guillotine ? », Le Point, le 12 mai 2026.>>>
  23. Saïd Mahrane, « De Robespierre à Mélenchon, aux sources de la violence », Le Point, 9 avril 2023.>>>
  24. « Mélenchon est jacobin par tempérament mais communautariste dans son programme politique. » Emmanuel de Waresquiel en conversation avec Laureline Dupont, Laetitia Strauch-Bonart, « Mélenchon est Jacobin par tempérament mais communautariste dans son programme politique », L'Express, le 25 mai 2022.>>>
  25. Loris Chavanette, « Mélenchon 2027 : l'art de l'ennemi la modération ne doit pas cacher la radicalité du projet », Le Figaro, le 6 mai 2026.>>>
  26. Thierry Lentz, « Les Insoumis mettront-ils la Terreur à l'ordre du jour s'ils le peuvent ? », Le Figaro, le 14 février 2023.>>>
  27. Bertrand Rothé, « Robespierre sans interdits », Marianne, 30 juin 2012.>>>
  28. Nicolas Bouzou, « Robespierre et La France insoumise : retour sur une récupération », L'Express, 16 août 2023.>>>
  29. Martina Meister, « France : Les conséquences du phénomène électoral », Le Monde, 8er juillet 2024.>>>
  30. "Jean-Luc Mélenchon : l'adieu aux Jacobins", Le Monde, documenté de manière synoptique dans La Gazette des Communes, le 31 mars 2022.>>>
  31. Jean-Luc Mélenchon, "L'Incorruptible", Blog, février 2019, cité dans : Revue française d'histoire des idées politiques 2024.>>>
  32. Raphaëlle Besse Desmoulières, « Jean-Luc Mélenchon à la cocarde et au bonnet Phrygie », Le Monde, 19 avril 2012.>>>
  33. Rédaction du Monde.fr, « Récapitulé – Le visage de Robespierre reconstitué », Le Monde, le 17 décembre 2013.>>>
  34. Ariane Ferrand, « Emmanuel de Waresquiel, histoires : 'La Révolution nous a légué une culture politique de l'affrontement plus que du compromis' », Le Monde, 22 septembre 2024.>>>
  35. Nicolas Weill, « Avec Robespierre, Marcel Gauchet revient à la Révolution », Le Monde, le 24 novembre 2018.>>>
  36. Sandrine Cassini, « Jean-Luc Mélenchon Tente de Séduire les petits patrons », Le Monde, 30 janvier 2026.>>>
  37. « Raphaël Glucksmann appelle à 'tourner la page Macron et Mélenchon' », Le Monde, 20 août 2024.>>>
  38. Sandrine Cassini, « Raphaël Glucksmann affiche ses ambitions pour mener la gauche au pouvoir, sans LFI », Le Monde, le 7 octobre 2024.>>>
  39. "Jean-Luc Mélenchon : l'adieu aux Jacobins", Le Monde, documenté de manière synoptique dans La Gazette des Communes, le 31 mars 2022.>>>
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  47. Sandrine Cassini, « Raphaël Glucksmann affiche ses ambitions pour mener la gauche au pouvoir, sans LFI », Le Monde, le 7 octobre 2024.>>>
  48. Wolf Lepenies, « Le Nouveau Jacobin », Le Monde, 5 juin 2012.>>>
  49. Wolf Lepenies, « Les vieux chapeaux des Jacobins. Qui est la gauche, et si oui, combien ? » Le Monde, le 19 novembre 2012.>>>
  50. Rudolf Balmer, « La colère populaire comme programme électoral », Nouveau Zürcher Zeitung.>>>
  51. Philippe Val, interviewé par Martina Meister, « L’Europe sans ses Juifs n’est plus l’Europe », Welt am sonntag, le 9 novembre 2025.>>>
  52. Stefan Brändle, « Le dernier républicain », Frankfurter Rundschau, 16 septembre 2022.>>>
  53. « Rêver en rouge – une passion française », Der Standard, 22 avril 2012.>>>
  54. Thomas Maissen, « La Cinquième République française survivra-t-elle aux élections ? » Nouveau Zürcher Zeitung, le 10 février 2024.>>>
  55. « Les Gilets jaunes : la révolution de 1789 n'est pas une bonne comparaison. » Nouveau Zürcher Zeitung, 20 mars 2019.>>>
  56. « Il n'y a en France que deux partis : le peuple et ses ennemis »>>>
  57. Lilian Alemagna, « Le candidat français Mélenchon : le dernier de son espèce », taz, 22 avril 2017.>>>
  58. Jürg Altwegg, « Gestes sauvages en gilets jaunes », Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 10 décembre 2018.>>>
  59. Jürg Altwegg, « Messie, martyr, Macron : sur la haine des Français pour leur président », Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, 19er juillet 2020.>>>
  60. Michaela Wiegel, « Vive la Révolution ! », Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, le 19 février 2023.>>>
  61. Michaela Wiegel, « La France doit apprendre à explorer les options après l'élection », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 8er juillet 2024.>>>
  62. « Le Jacobin : le dernier agitateur de gauche français veut devenir président » Nouveau Zürcher Zeitung, le 12 mai 2026.>>>
  63. Michel Onfray, « Mélenchon, dernier avatar du jacobinisme », Le Journal du Dimanche, 13 février 2025 ; reçu en allemand, reportage sur la France.>>>
  64. Mélenchon, L'ère du peuple, Paris : Fayard, 2014.>>>
  65. Eric Zemmour, « Encore un effort pour être révolutionnaire », Marianne, IDÉES.>>>
  66. Nathalie Schuck, « ​​Jean-Luc Mélenchon, fin de parti(e) ? », Le Point, 3 août 2023.>>>
  67. « la corruption de la cité commence par la corruption des mots »>>>
  68. Mélenchon, De la vertu.>>>
  69. Mélenchon, De la vertu.>>>
  70. "Il n'y a pas de société vertueuse sans citoyens vertueux. Pas plus qu'il n'y a de République sans républicains." Mélenchon, De la vertu.>>>

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