Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
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Raconter des histoires de vie : l’illisibilité du social
Robert Lukenda, La représentation sociale à l’ère des singularités : réponses narratives à la crise contemporaine de la représentation en France, Studia Romanica 246 (Heidelberg : Universitätsverlag Winter, 2025), 380 p.
Comme Annie Ernaux l'a écrit dans son journal (Regarde les lumières mon amourDans son roman de 2014, « La Révolution française », inspiré de ses observations dans un supermarché de banlieue parisienne, Ernaux choisit un lieu que la littérature dédaigne généralement, le jugeant indigne d'un traitement littéraire : la file d'attente à la caisse, les rayons des promotions, les corps silencieux des caissières et des clients. Ce choix recèle une dimension polémique : Ernaux rend visible ce qui est resté invisible parce qu'il va de soi, parce qu'il est banal et populaire. Éric Vuillard procède de manière similaire dans son récit de la Révolution française (14 juillet(2016), lorsqu'il fait sortir de l'ombre, dans le silence de l'historiographie, les artisans, les lavandières et les petits commerçants de l'époque révolutionnaire, dont les noms sont à peine consignés – pour montrer que leur présence dans les sources n'avait jamais été qu'une illusion, un remplissage du tableau par des masses anonymes, et non par des sujets individuels. Et lorsque Pierre Rosanvallon, en 2014, avec le projet narratif collectif Raconter la vie Lorsqu'il appelle les citoyens à collaborer avec des écrivains, des sociologues et des journalistes pour créer le « véritable roman de la société d'aujourd'hui », il répond à un constat qu'il affirme avec force depuis des années : le pays ne se sent pas représenté, les discours politiques, scientifiques et médiatiques dressent un tableau de la société française caractérisé par un profond fossé entre ceux qui représentent et ceux qui sont représentés.
Ces trois moments – le supermarché comme ethnologie, le peuple comme fantôme historiographique, la démocratie comme projet narratif – résument un problème que la thèse d’habilitation de Robert Lukenda (2025), publiée par Winter University Press, explore : comment et par quels moyens narratifs, esthétiques et épistémiques la réalité sociale est-elle représentée dans la littérature française contemporaine ? Et quelles réponses la littérature apporte-t-elle à la « crise de la représentation » qui préoccupe la France depuis des décennies, se manifestant à maintes reprises lors des mouvements des Gilets jaunes de 2018-19, des émeutes des banlieues de 2005 et 2023, de la persistance du Rassemblement national, mais aussi dans un sentiment diffus d’illisibilité du social ?
L'ouvrage a été présenté en 2024 comme thèse d'habilitation au Département de philologies modernes de l'Université Goethe de Francfort-sur-le-Main et publié en 2025 dans la prestigieuse collection Studia Romanica Cet ouvrage, une fois publié, poursuit un objectif programmatique ambitieux : il conjugue les perspectives des sciences politiques, de la sociologie et des études littéraires pour cartographier le « discours de crise » français contemporain dans ses divers champs de représentation et pour déterminer le rôle de la littérature en son sein. Son titre fait délibérément référence au diagnostic sociologique d’Andreas Reckwitz sur une « société des singularités » – une modernité tardive où la logique sociale du général a été supplantée par celle du particulier et de l’unique – et la met en tension avec la question de la représentation de la société. Car une société qui s’est dissoute en particularités toujours plus fines et où les catégories collectives classiques telles que la classe, le parti ou le syndicat ont perdu leur force unificatrice pose également un problème de représentation à la littérature : comment représenter l’unité là où prévaut l’expérience de la fragmentation ?
L'ouvrage se divise en deux parties principales. La première (chapitre 2) est consacrée aux discours politiques, sociologiques, médiatiques et en sciences sociales sur la représentation, établissant ainsi un cadre interdisciplinaire. La seconde (chapitres 3 et 4) se concentre sur le champ littéraire au sens strict, abordant la poétique, les stratégies et les analyses textuelles concrètes. Un chapitre 5 conclusif résume les résultats. La bibliographie comprend plus de 600 titres ; un index permet d'accéder facilement aux auteurs et aux concepts.
L'auteur s'appuie sur un corpus qui va au-delà de la littérature contemporaine canonique : outre des textes littéraires d'Annie Ernaux, Virginie Despentes, Didier Eribon et Éric Vuillard, il analyse des études hybrides sociologiques telles que celles de Pierre Bourdieu. La misère du monde et la collection collective La France invisible, le projet de narration numérique Raconter la vie, des séries télévisées telles que Vernon Subutex et Engrenages ainsi que des traductions en allemand. Cette ambition méthodologique se traduit par une grande ampleur dans le propos de l'ouvrage, ce qui se fait parfois au détriment de la profondeur analytique.
Chapitre 1 : Un « mécontentement en démocratie »
La longue introduction (chapitre 1, environ 25 pages) expose le problème de manière concise. Lukenda part du constat de Rosanvallon selon lequel le pays ne se sent plus représenté. 1et dévoile la structure tripartite de la crise de la représentation : premièrement, une crise politique (érosion des partis et syndicats traditionnels, montée du Rassemblement national, apathie croissante des électeurs) ; deuxièmement, une crise socio-économique (érosion des classes moyennes, émergence de nouvelles classes populaires, polarisation spatiale entre la France métropolitaine bien connectée et la France périphérique marginalisée au sens de Christophe Guilluy) ; et troisièmement, une crise épistémique (illisibilité du monde social, crise des catégories avec lesquelles la société est décrite et analysée).
Lukenda s’intéresse particulièrement à la sémantique du terme « représentation », qui en français peut simultanément signifier représentation politique, description, conception et mise en scène esthétique – une polysémie que l’allemand démêle analytiquement en distinguant représentation, représentation, conception et description, mais qui, ce faisant, perd les liens intuitifs que le français établit « naturellement ». C’est précisément cette densité sémantique, soutient Lukenda, qui explique pourquoi, en France, la question de la représentation politique est si facilement et systématiquement liée à celle de la représentation esthétique – et pourquoi des écrivains comme Rosanvallon considèrent que la littérature a le devoir d’apporter une contribution analytique et engagée à la gestion des crises.
L’introduction expose clairement l’objectif de la recherche : mettre en lumière les liens étroits qui unissent les débats politiques, socio-scientifiques et littéraires sur la représentation, tels qu’ils se sont historiquement développés en France, et montrer comment la littérature contemporaine répond à l’illisibilité du monde social – non seulement par mimétisme, mais aussi en créant du sens, en favorisant le développement collectif, et parfois même en résistant. L’intérêt de ce chapitre introductif réside dans la formulation cohérente du problème, qui assure la cohésion des analyses hétérogènes qui suivent.
Chapitre 2 : Discours sur les sciences sociales, la politique et la représentation médiatique
Le deuxième chapitre, avec près de 130 pages, est le plus long et le plus dense sur le plan théorique. Il est divisé en trois sections principales : une histoire conceptuelle et théorique de la « représentation » (2.1), une perspective historique sur le problème de la représentation en France de la Révolution à nos jours (2.2) et une analyse des symptômes et des discours de la crise contemporaine (2.3).
La section 2.1 développe le concept de représentation dans les études culturelles, les sciences sociales et la philosophie. Elle part du diagnostic épistémologique de Foucault (dans Les mots et les chosesLukenda retrace la déconstruction poststructuraliste du concept de représentation – une déconstruction qui, à l’Antiquité, a conduit à percevoir les systèmes de représentation comme adéquats à la réalité, avant que cette certitude ne s’effondre à la fin du XVIIIe siècle. Il oppose délibérément cette déconstruction aux courants plus récents qui – par exemple, la théorie de l’acteur-réseau de Bruno Latour ou l’esthétique politique de Rancière – redonnent à ce concept toute sa valeur analytique en l’affranchissant de sa nature statique et en l’appréhendant comme un processus dynamique d’inclusion et d’exclusion. L’analyse que Lukenda fait du concept de traduction, dans la lignée de Latour, est particulièrement féconde : la représentation est comprise comme un processus de traduction qui produit toujours transformation, distorsion et invisibilité – une idée qui sera ensuite appliquée aux analyses textuelles, notamment celles concernant la politique de la traduction chez Ernaux.
La section 2.2 retrace de manière concise et instructive l'histoire de la France post-révolutionnaire jusqu'à nos jours. Lukenda démontre avec force, en s'appuyant sur les travaux de Rosanvallon sur l'histoire de la démocratie et sur la théorie politique de Claude Lefort, comment le problème de la représentation d'une société d'individus égaux après la fin du système de classes s'est manifesté en France, dès les débuts de la modernité politique, comme une tension constitutive entre l'unité juridico-politique du peuple et la réalité sociologique des inégalités. L'analyse de la manière dont le républicanisme français, par la primauté du « volonté générale », a structurellement entravé la représentation politique d'intérêts particuliers – tels que ceux des minorités linguistiques ou culturelles, mais aussi ceux de la classe ouvrière – et a ainsi engendré l'ambivalence qui caractérise encore aujourd'hui le pays, est particulièrement éclairante.
La section 2.3 aborde les symptômes contemporains de la crise : la tension entre l’individu et le collectif dans la modernité tardive (2.3.1), la fragmentation socio-géographique (2.3.2 et 2.3.3), la représentation médiatique des émeutes de banlieue et du mouvement des Gilets jaunes (2.3.4), et le lien entre crise de la représentation et populisme (2.3.5). Les analyses de la « France périphérique » et du mouvement des Gilets jaunes – le gilet de haute visibilité comme objet sémiotique incarnant simultanément l’appartenance professionnelle, le sentiment de déclin social et le besoin de visibilité – figurent parmi les passages les plus marquants de l’ouvrage. Les sous-sections consacrées à la représentation médiatique des conflits sociaux démontrent comment les émeutes de banlieue et les manifestations des Gilets jaunes ont été dominées, dans les médias de masse, par une perspective qui met en lumière de façon spectaculaire le conflit tout en occultant systématiquement ses causes structurelles. Le résultat de ce deuxième chapitre est un socle relativement nuancé qui permet de comprendre les analyses littéraires de la seconde partie uniquement dans leur dimension politique.
Chapitre 3 : Éléments d'une poétique de la représentation sociale
Le chapitre 3 constitue le noyau théorique de la section consacrée aux études littéraires. Il se divise en trois parties principales : l’une examine les discours de classe en littérature (3.1), l’autre les stratégies épistémologiques et esthétiques de la représentation sociale contemporaine (3.2), et la relation entre littérature et séries télévisées en France (3.3).
La section 3.1 examine la représentation littéraire des « classes populaires » et situe la littérature contemporaine dans un discours historico-esthétique éclairé par le concept de « régime esthétique » de Rancière et la notion de mimésis d'Auerbach, ainsi que par les travaux de Nelly Wolf sur la démocratie dans le roman français. L'analyse que fait Lukenda des « transfuges de classe » – ces auteurs comme Eribon, Louis ou Ernaux, parvenus socialement et écrivant depuis leur position marginale – est particulièrement pertinente, car ils constituent des figures centrales de la représentation des « classes populaires » dans la littérature contemporaine. Il montre comment ces auteurs accomplissent un double geste : ils rendent visible leur milieu social, mais, ce faisant, ils engendrent aussi une nouvelle forme d'invisibilité en s'exprimant inévitablement du point de vue de l'ascension sociale, du point de vue de l'étranger. Lukenda examine la question de savoir si l'on peut représenter des « circonstances simples » en littérature sans les exotiser ni les victimiser, en s'appuyant sur le débat historique entre réalisme et « misérabilisme » ainsi que sur « l'esthétique de l'égalité » d'Ernaux – le choix de représenter le père dans La place Non pas pour les dépeindre comme des êtres pitoyables, mais comme des sujets souverains qui prennent dignement leur place dans un monde injuste.
La section 3.2 examine le « tournée documentaire » dans la littérature contemporaine : la résurgence des styles d’écriture documentaire, journalistique et sociologique. Lukenda analyse de « nouveaux dispositifs d’investigation sociale » au-delà de la littérature canonique – des projets hybrides d’investigation tels que… La France invisible, le magazine XXI, formes de « littérature de terrain » – et montre comment littérature, sociologie et journalisme convergent dans la France contemporaine au sein d’un champ qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre. Une attention particulière est portée au principe du panorama comme forme de représentation sociale historiquement ancrée : du Physiologies du début du 19e siècle à propos de Balzac Comédie humaine jusqu'aux formats de séries contemporains. L'observation selon laquelle la redécouverte des formes narratives panoramiques et collectives est symptomatique du besoin de lisibilité dans un monde social fragmenté est étayée par de nombreux exemples.
La section 3.3 aborde la relation entre la littérature et les séries télévisées. Lukenda montre que le principe de sérialité s'est développé en un paradigme culturel qui influence également la littérature : Despentes. Vernon SubutexLa trilogie n'est pas conçue comme une série par hasard : sa large perspective sociale et ses changements de milieux sociaux rappellent les séries télévisées contemporaines de qualité. Basée sur l'adaptation de Vernon Subutex en tant que série Canal+ et basée sur la série policière Engrenages Lukenda analyse les transformations qui s'opèrent lors du passage d'une œuvre littéraire à un média sériel et leurs conséquences sur la représentation de la marginalité sociale. La thèse selon laquelle les séries télévisées supplantent partiellement la littérature dans sa fonction de vecteur direct de l'écriture de l'histoire contemporaine, tout en y apportant de nouvelles perspectives esthétiques, est convaincante, mais non inédite.
Chapitre 4 : Textes et projets
Le quatrième chapitre est analytiquement concret et méthodologiquement hétérogène. Il est divisé en quatre études : sur Vuillard 14 juillet (4.1), concernant le projet mentionné ci-dessus Raconter la vie (4.2), à Ernaux Regarde les lumières mon amour (4.3) et sur la politique de traduction des textes d’Ernaux dans les pays germanophones (4.4).
Dans son analyse de Vuillard (4.1), Lukenda démontre comment le texte, par sa fictionnalisation documentaire de la prise de la Bastille, non seulement reconstruit une image de la révolution, mais expose aussi les mécanismes de l'invisibilité historiographique : les artisans, petits commerçants et lavandières anonymes qui ont participé à la prise de la Bastille apparaissent toujours dans les sources – même dans l'historiographie apparemment populiste de Michelet – comme une masse anonyme, jamais comme des sujets individuels dotés d'un nom et d'une histoire. La méthode employée par Vuillard, qui consiste à leur attribuer fictivement des noms et à reconstituer leurs destins individuels, n'est pas une illusion naïve d'exhaustivité, mais une mise en évidence réflexive du déficit historiographique. Parallèlement, Lukenda interprète le texte comme le miroir d'une culture de contestation contemporaine : la galerie de personnages, ces gens ordinaires qui ont pris d'assaut la Bastille, est explicitement contextualisée par la France périphérique des Gilets jaunes.
L'analyse de Raconter la vie (4.2) est vaste et théoriquement riche. Lukenda reconstitue avec précision le projet de Rosanvallon : il visait à produire un « véritable roman de la société », non pas comme une construction fictionnelle, mais comme un projet narratif collectif où citoyens, écrivains, sociologues et journalistes, rédigeaient des récits de vie. De 2014 à 2017, 26 volumes ont été publiés dans la collection des éditions Seuil, et environ 800 contributions ont paru en ligne. Lukenda analyse le programme de « démocratie narrative » (Rosanvallon), le lien entre la formation des savoirs sociologiques et la participation démocratique, tout en révélant les contradictions internes du projet : la nécessité de mobiliser le capital symbolique de Rosanvallon pour assurer sa visibilité reproduit la structure même des inégalités que le projet entendait combattre. L’analyse de la contribution d’Ernaux Regarde les lumières mon amour Dans le cadre de cette collection, cet ouvrage illustre concrètement comment le programme se concrétise dans les textes : le supermarché, lieu paradigmatique de désirs partagés et d’inégalités socioculturelles, est exploré ethnographiquement par Ernaux – comme un espace où se déroule la vie quotidienne collective des « classes populaires » et qui a donc été négligé dans la littérature.
L’étude sur la politique de traduction (4.4) est méthodologiquement novatrice et ouvre l’ouvrage aux études de traduction. Lukenda montre comment Ernaux a d’abord été perçu dans les pays germanophones comme l’auteur d’un récit érotique-autobiographique – son texte Passion simple Il est sorti en 1992 sous le nom de Une passion parfaite : l'histoire d'une fascination érotique Chez Fischer Verlag – avant qu'elle ne soit redécouverte comme une figure classique de la littérature de classe critique suite à l'essor des traductions autosocio-biographiques d'Eribon et Louis. La comparaison textuelle entre l'original français et la traduction allemande illustre comment les choix de traduction constituent le contexte de réception et comment un traducteur peut transformer une pionnière de la littérature en une figure tardive. C'est une constatation pertinente, non sans une certaine ironie.
Chapitre 5 : Remarques finales : Représentation et médiation
La section conclusive, « Au-delà de la représentation ? La littérature comme relation et médiation », résume les principaux résultats et esquisse une perspective conceptuelle finale. Lukenda propose de compléter, voire de remplacer partiellement, le concept de représentation par celui de médiation : la littérature contemporaine n’est plus avant tout un substitut qui rend visible l’absent, renforçant ainsi nécessairement son invisibilité, mais plutôt un médium qui établit des relations – entre fiction et réalité, entre l’individu et le collectif, entre diversité sociale et unité politique. Cette reformulation est théoriquement stimulante, mais demeure quelque peu abstraite dans son élaboration. Elle met en lumière un besoin de recherche future : s’interroger non seulement sur l’origine de la fiction dans la réalité, mais aussi sur l’origine de la réalité dans la fiction – un sujet qui devient en effet de plus en plus urgent face à la construction croissante de la réalité par les médias et les réseaux sociaux.
Réflexions après
L'absence structurelle d'élites
L'analyse de Lukenda se concentre presque exclusivement sur les « classes populistes » et leur invisibilité, et non sur ceux qui les rendent invisibles. Le constat le plus frappant est donc négatif : dans la plupart des textes analysés par Lukenda, les élites n'apparaissent pas comme des protagonistes, mais plutôt comme un vide structurant. Chez Ernaux, elles constituent l'étalon implicite par lequel le monde d'origine du père est mesuré et jugé inadéquat. La place Les élites apparaissent comme celles dont le langage, le logement et l'alimentation constituent la norme tacite, face à laquelle le père représente une anomalie. La violence ne réside pas dans un conflit de classes explicite, mais dans l'intériorisation de cette norme par les personnages eux-mêmes. Eribon décrit cela dans Retour à Reims comme domination symbolique au sens bourdieusien : la classe ouvrière dont il est issu a adopté la conviction que son monde, sa langue, ses goûts ont moins de valeur – sans coercition directe, par de simples effets structurels.
Avec Vuillard, c'est différent et plus intéressant d'un point de vue littéraire. 14 juillet Les élites de l'Ancien Régime apparaissent comme celles qui effacent le peuple de l'histoire, non par une oppression active, mais par la logique de la tradition qui réserve noms et biographies aux seuls dignitaires. Les aristocrates et les courtisans sont présents dans le texte de Vuillard, mais ils sont ironiquement déconstruits : L'ordre du jourLukenda mentionne incidemment que les industriels allemands qui ont pactisé avec Hitler en 1933 apparaissent comme une élite qui nie systématiquement sa responsabilité, se présentant comme victime des événements alors qu'elle en était en réalité l'artisan. C'est là le véritable thème de Vuillard : non pas la malveillance des élites, mais leurs récits d'auto-justification.
Dans Virginie Despentes' Vernon SubutexDans le panorama social le plus complet du corpus, les élites sont explicitement présentes – et c'est révélateur sur le plan analytique. Les personnages aisés du roman ne sont pas moralement plus corrompus que les autres, mais ils vivent dans une bulle de réalité structurellement protégée de la précarité du reste de la société. Ce que Lukenda met en lumière dans l'adaptation télévisée s'applique également au roman : la caméra – ou la perspective narrative – est une forme d'art bourgeoise qui observe le milieu prolétarien de l'extérieur. Despentes, elle-même issue d'un milieu modeste, est consciente de cette tension et l'intègre au texte comme un sujet de réflexion. La question « Une vision du prolétariat par la bourgeoisie ? » – que Lukenda cite en titre de chapitre – n'est pas une question rhétorique, mais une véritable aporie : qui parle de qui, pour qui, et de quel droit ?
Dans l'œuvre d'Eribon, Lukenda observe un changement qu'il n'analyse pas systématiquement. L'élite contre laquelle s'adresse le texte d'Eribon est avant tout la gauche intellectuelle et universitaire – celle qui, jadis, a érigé la classe ouvrière en sujet révolutionnaire, puis, face à la transformation structurelle de la société, s'en est détournée sans vraiment s'en rendre compte. Il s'agit d'une critique interne de l'élite à laquelle Eribon appartient lui-même : professeur d'université, il écrit sur le monde de ses origines, qu'il a fui. Ici, l'élite intellectuelle n'est pas l'ennemi extérieur, mais plutôt sa propre famille d'origine de second ordre – l'espace culturel dans lequel il a accédé, mais qui, simultanément, a engendré un aveuglement face à son monde d'origine.
Ce que l'ouvrage de Lukenda démontre globalement, sans pour autant l'affirmer explicitement, c'est que la littérature qu'il analyse ne propose pas une image pleinement aboutie des élites, car son énergie analytique se concentre sur les bas-fonds de la société. Cette approche répond à une logique politique : rendre visible l'invisible est plus urgent qu'analyser ceux qui sont déjà surreprésentés. Mais elle engendre également un déséquilibre narratif : les élites apparaissent de manière diffuse, comme une structure, un regard, une norme absente, mais rarement comme des sujets actifs, contradictoires et eux-mêmes prisonniers de leurs propres préjugés. C'est là une objection pertinente que l'on peut adresser à ce corpus : une littérature qui expose les bas-fonds sans analyser les hautes sphères risque de présenter la relation entre les deux comme naturelle ou inévitable, au lieu de la montrer pour ce qu'elle est : le fruit de décisions, d'intérêts et de rapports de pouvoir historiquement sédimentés.
La littérature comme réponse au populisme ?
La réponse la plus évidente est d'ordre diagnostique : la littérature décrit le populisme comme un phénomène social, analyse ses fondements émotionnels et rend visibles ses acteurs et leurs univers vécus. Didier Eribon le fait, par exemple, dans Retour à Reims, lorsqu'il explique pourquoi sa famille est passée du communisme à l'électorat du Front national – non pas comme une condamnation morale, mais comme une reconstruction sociologique. De même, Nicolas Mathieu dans Leurs enfants après euxLe roman montre comment la désindustrialisation de la Lorraine dans les années 1990 jette les bases de ressentiments ultérieurs, sans que le mot populisme ne soit jamais mentionné.
Une autre réponse réside dans la concurrence narrative : la littérature propose des récits alternatifs de la communauté qui contrebalancent la mentalité populiste du « nous contre eux ». (Rosanvallon) Raconter la vie L'ouvrage de Lukenda constitue un exemple programmatique : une tentative de dépeindre la réalité sociale de manière plus pluraliste, contradictoire et moins généralisable que les discours populistes. Le problème que met en lumière Lukenda réside dans le paradoxe inhérent à ce projet : il vise à rendre visible l'invisible, tout en employant la logique capitaliste symbolique du milieu littéraire, qui exclut structurellement l'invisible.
À l'inverse, existe-t-il des stratégies populistes en littérature ? On peut distinguer au moins trois niveaux. Premièrement, le niveau du contenu et des attitudes : certaines œuvres littéraires mettent en scène des figures populistes – le peuple authentique face à une élite corrompue, la patrie perdue, le sain sentiment national. Il ne s'agit pas nécessairement d'une approche de droite : même une partie de la littérature engagée de gauche construit un « peuple » noble contre une élite méprisable, sans remettre sérieusement en question l'hétérogénéité du premier ni la légitimité de la seconde. Chantal Mouffe qualifierait cela de populisme de gauche et le défendrait comme une nécessité ; Rancière, quant à lui, objecterait que le peuple n'est pas une donnée sociologique, mais qu'il doit être constamment reconstruit – et que les constructions littéraires du peuple qui prétendent simplement le dépeindre reproduisent en réalité l'illusion populiste.
Deuxièmement, il y a la question de la forme : le populisme privilégie l’immédiateté, l’authenticité, la voix apparemment sans fard. C’est précisément ce qui caractérise l’essor de l’écriture autosociobiographique – Eribon, Louis, Ernaux. Ces textes prétendent parler directement de l’expérience, sans médiation littéraire. Cette approche est rhétoriquement très efficace et moralement fondée ; mais c’est aussi une construction qui dissimule sa propre artificialité. Lukenda aborde ce problème en lien avec « l’illusion biographique » de Bourdieu, sans toutefois l’approfondir. La question de savoir si l’autosociobiographie est une forme littéraire de populisme – ou du moins si elle joue avec les promesses populistes d’authenticité – n’a pas encore été véritablement traitée par la théorie littéraire.
Troisièmement, il y a le marché : la littérature qui rend l'invisible visible est un best-seller depuis les années 2010. Cela incite à produire des textes qui répondent à certains critères d'authenticité – la bonne histoire d'origine, le bon milieu, la bonne colère. Édouard Louis l'avait pressenti : dans des entretiens, il évoque l'attente qu'on attend de lui qu'il incarne une figure de la pauvreté dont le milieu littéraire a besoin. Frédéric Beigbeder l'a qualifié avec suffisance de « PDG de la société victimaire » – une polémique de droite, certes, mais qui touche à un point structurel : le marché récompense certains gestes populaires.
La relation entre littérature et populisme est si féconde car toutes deux répondent à un même problème : le sentiment que la description officielle que la société fait d’elle-même est erronée, que certaines réalités ne sont pas représentées. Le populisme résout ce problème par la simplification – le peuple contre une élite factice. La littérature, dans ses formes les plus réflexives, le résout par la complexité : elle montre que le peuple n’est pas un acteur cohérent, que l’élite n’est pas une classe homogène, que la situation est plus contradictoire que n’importe quel récit ne saurait le rendre. Mais dans sa forme la plus commerciale, elle se rapproche du modèle populiste – et c’est cet angle mort que le livre de Lukenda révèle sans toutefois l’éclairer pleinement.
L'absence de politique
À l'instar des élites, on remarque d'emblée que les hommes politiques apparaissent rarement comme des acteurs actifs dans les textes analysés. Ce choix est délibéré : les autosocio-biographies d'Ernaux, d'Eribon et de Louis ne s'intéressent pas à la politique comme sphère de décision, mais plutôt à ses effets sur les corps, les foyers et le sentiment d'impuissance des classes populaires. Dans ces textes, la politique apparaît comme un événement subi par les personnages, et non comme un processus qu'ils façonnent. Cela est particulièrement flagrant dans l'œuvre d'Eribon : les événements politiques de l'après-guerre – le retour de de Gaulle, Mai 68, l'ascension de Mitterrand, la chute du communisme – constituent un bruit de fond qui modifie à peine la situation sociale de la famille ouvrière. Il s'agit là d'une thèse politique en soi : le système parlementaire, par sa structure même, ne parvient pas à appréhender les réalités vécues par les classes populaires.
Lukenda mentionne à plusieurs reprises l'élection de Macron en 2017 comme un symptôme politique, mais ne l'analyse pas d'un point de vue littéraire. Il aurait été intéressant de noter que l'ascension de Macron – sans parti, avec la promesse de dépasser le clivage gauche-droite – est implicitement présente dans plusieurs des textes analysés, sans être explicitement nommée. Vernon Subutex Publié peu avant l'élection de Macron, le roman imagine une société où les repères politiques traditionnels se sont effondrés sans qu'aucune alternative ne vienne les remplacer. Les personnages évoluent dans un vide politique qui, bien que chargé d'émotion – avec une colère diffuse, de la nostalgie et du ressentiment –, est dépourvu de toute structure institutionnelle. C'est l'équivalent littéraire de ce que les sociologues décrivent comme les conditions propices à l'émergence du populisme.
La référence de Vuillard à l'actualité politique est plus directe, mais cryptée : 14 juillet Publié en 2016, peu avant le mouvement des Gilets jaunes, l'ouvrage de Vuillard est explicitement interprété par Lukenda comme le reflet d'une culture contestataire contemporaine. L'idée centrale est que, dans l'œuvre de Vuillard, le peuple révolutionnaire n'a ni représentant politique ni besoin de représentant : il agit de manière indépendante, spontanée et collective, sans chef. Il s'agit là d'une critique implicite de la démocratie représentative, que Lukenda identifie sans toutefois l'approfondir sur le plan politique.
L'image de la France : un pays en situation d'auto-défaillance structurelle.
Ce qui se dégage de l'ensemble des textes analysés, c'est une image de la France que l'on pourrait qualifier d'échec structurel : un pays dont l'image qu'il projette – égalité républicaine, grandeur culturelle, représentation politique de tous – s'écarte de manière persistante et systématique de sa réalité sociale. Il ne s'agit pas là de l'image d'un État failli, mais d'un État qui ne tient pas ses promesses et qui dissimule cette incapacité par un effort rhétorique considérable.
Lukenda cite la célèbre formulation d'Ernst Robert Curtius (1930) selon laquelle la littérature française remplit la même fonction qu'ailleurs répartie entre la philosophie, les sciences, la musique et la poésie : elle est l'expression représentative de la nation. C'est l'image que la nation se fait d'elle-même. La littérature analysée par Lukenda s'oppose précisément à cette prétention à la représentation : elle révèle une France qui ne se reconnaît pas dans le miroir de la culture officielle.
Concrètement, cela crée un tableau à plusieurs niveaux. D'abord, il y a la France géographiquement divisée : la « France périphérique » de Guilluy n'est pas un concept analytique auquel Lukenda se contente de faire référence, mais elle sous-tend implicitement la plupart des textes – la Lorraine de Mathieu et d'Eribon, la Normandie d'Ernaux, les faubourgs de Despentes, les régions rurales qui sont en Raconter la vie Pour se faire entendre. La métropole parisienne apparaît rarement dans ces textes comme un centre d'unité nationale, plus souvent comme un symbole d'un monde qui ne perçoit pas le reste du pays.
Deuxièmement, la France est socialement stagnante : contrairement à l’image que la République se fait d’elle-même, celle d’une société en pleine ascension sociale où l’éducation est l’instrument décisif de l’émancipation, Eribon, Ernaux et Louis démontrent invariablement comment la grande école, le gymnase, l’univers de la haute culture, fonctionnent comme un mécanisme de sélection qui reproduit, plutôt qu’il ne transcende, l’origine sociale. L’école, censée tenir la promesse républicaine, apparaît dans ces textes comme un lieu de honte et de tri social.
Troisièmement, il y a la France, qui fait polémique en ce qui concerne sa politique de la mémoire : Vuillard 14 juillet Elle invoque le récit fondateur de la République – la Révolution, le peuple, la Bastille – pour mieux démontrer que le peuple a été structurellement rendu invisible au sein de ce récit. Il s'agit d'une atteinte à la mémoire nationale, qui revêt un poids politique considérable en France, où la Révolution est le fondement de la légitimité de la République.
Ce que ces textes – et l’analyse de Lukenda – omettent fondamentalement, c’est la dimension institutionnelle : comment fonctionnent réellement les institutions censées incarner les aspirations de la République – l’école, l’État-providence, la justice, l’armée ? Dans les textes analysés, elles apparaissent presque exclusivement comme des machines à désillusionner, jamais comme des structures ambivalentes et contradictoires au sein desquelles l’émancipation est possible. Il en résulte une image de la France systématiquement plus sombre que la réalité ne l’est probablement – et qui, de ce fait, obéit à une logique idéologique : celle d’écrire du point de vue du perdant, de celui auquel s’oppose la structure.
Il ne s'agit pas d'une critique des textes eux-mêmes, mais plutôt d'une indication de leur perspective, ce qu'une analyse critique devrait d'ailleurs exiger. Lukenda n'aborde ce point que de manière périphérique lorsqu'il Raconter la vie L’étude cite en contre-exemple un projet qui, malgré ses ambivalences, démontre que le pays reste uni. Mais cette objection demeure marginale face au tableau dominant dressé par l’étude : celui d’une France dont le récit et la perception d’elle-même sont chroniquement contradictoires.
Évaluation globale : Fictionnalisation de la réalité
Qu’a démontré Lukenda ? Premièrement, que la littérature française contemporaine s’inscrit dans le contexte d’une crise globale de la représentation, aux dimensions politiques, sociales et épistémiques, historiquement façonnée par des caractéristiques structurelles de la République française : la primauté du « volonté général », un rapport ambivalent aux intérêts particuliers et la place prépondérante de la littérature dans la construction de l’identité nationale. Deuxièmement, que la littérature contemporaine répond à cette crise par un vaste répertoire de stratégies narratives, esthétiques et médiatiques, allant de l’introspection autosociobiographique (Ernaux, Eribon) et de l’historiographie documentaire (Vuillard) à la pratique narrative collective (Raconter la vie) et la série télévisée. Troisièmement, ces réactions renvoient à une tradition historiquement ancrée – au réalisme du XIXe siècle, à la fonction sociale de la littérature dans la société post-révolutionnaire, à la tradition de l’engagement littéraire – qui est aujourd’hui moins perpétuée que réappropriée et examinée de manière critique.
Les points forts de cet ouvrage résident dans l'étendue interdisciplinaire et la précision conceptuelle de la problématique, dans la profondeur historique du cadre d'analyse et dans l'analyse convaincante de Vuillard. 14 juillet et dans cette étude novatrice sur la politique de traduction chez Ernaux. Lukenda est l'un des spécialistes des études romanes qui explorent avec constance l'ensemble du débat sur la représentation – des sciences politiques et de la sociologie à la traductologie – et l'appliquent de manière fructueuse à l'analyse littéraire. L'ouvrage comble ainsi une véritable lacune de la recherche, que l'auteur identifie lui-même : la négligence des questions de classe contemporaines dans les études littéraires.
Les points faibles sont les suivants : la diversité des sujets abordés conduit parfois à un survol superficiel de certains thèmes, alors qu’une analyse plus approfondie serait souhaitable. Les analyses de la série télévisée, en particulier concernant Engrenages et Vernon SubutexLa seconde partie (chapitres 3 et 4) demeure relativement superficielle. Sur le plan méthodologique, elle est moins cohérente que la première : la catégorie de « poétique de la représentation sociale » est introduite, mais non appliquée systématiquement à tous les textes analysés. Les remarques conclusives formulent la synthèse finale (la littérature comme relation et médiation) de manière trop concise pour rendre compte de l’importance conceptuelle que l’auteur lui attribue. De plus, il est frappant de constater que l’ouvrage – malgré son insistance sur l’interdisciplinarité – ignore quasiment les littératures francophones hors de France ; le passé colonial et la littérature contemporaine postcoloniale sont identifiés comme des éléments à prendre en compte, mais non intégrés.
Enfin, la conception du corpus mérite un point d'interrogation méthodologique : la juxtaposition de textes canoniques (Ernaux, Eribon, Vuillard) et de projets marginaux ou institutionnellement non canoniques (Raconter la vie(Les récits de vie sur les sites web) constituent une approche programmatique délibérée, mais ne sont pas toujours analysés avec la même rigueur. Les textes numériques sur le Raconter la vieLes sites web qui ne sont plus accessibles posent un problème lié aux sources, que Lukenda mentionne mais sur lequel il ne s'attarde pas davantage.
L’étude de Lukenda paraît à un moment où la constellation qu’elle décrit – crise de la représentation, montée des mouvements populistes, invisibilité des « classes ouvrières », recherche de nouvelles alliances sociales par la littérature – s’est intensifiée. Les manifestations contre la réforme des retraites de 2023, les élections législatives de 2024 marquées par la résurgence du Rassemblement national, et la fictionnalisation croissante du politique dans des séries telles que… La Fièvre (2024) – tout cela montre que les dynamiques analysées par Lukenda sont loin d'être complètes. Son ouvrage fournit les outils conceptuels nécessaires pour contextualiser ces évolutions.
Pour les études romanes et les études littéraires européennes dans leur ensemble, l'importance de cet ouvrage réside dans son modèle interdisciplinaire : il démontre que l'analyse littéraire acquiert une force explicative lorsqu'elle considère les contextes politiques, sociaux et médiatiques non comme un simple arrière-plan, mais comme des champs constitutifs au sein desquels le sens littéraire se crée et se négocie. Des champs de recherche ouverts émergent notamment dans le domaine des littératures francophones, qui abordent la question de la représentation dans un contexte postcolonial, ainsi que dans celui des formes littéraires numériques, qui, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ouvrent de nouvelles perspectives. Raconter la vie et perdure sous d'autres formes. Enfin, la question soulevée par Lukenda à la fin concernant la « fictionnalisation du réel » — l'origine du réel politique dans les fictions médiatiques — demeure un enjeu crucial pour une discipline des études romanes sensible aux réalités culturelles.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.
Remarques- « Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté »>>>





