Échange et malentendu : Jacques Decour, Philisterbourg

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

L'entre-deux comme principe littéraire

Jacques Decour, Château philistin, Paris : Gallimard, 1932 / Éditions Allia, 2023.
Jacques Decour, Château philistin, Traduit par Stefan Ripplinger, Andere Bibliothek, 2014.

Il existe des livres qui saisissent leur époque avec une précision telle que toute interprétation ultérieure devient presque superflue – et qui possèdent pourtant une telle originalité littéraire qu’ils ne se réduisent pas à de simples documents. Château philistin L'ouvrage de Jacques Decour (de son vrai nom Daniel Decourdemanche, 1910-1942), publié par Gallimard en 1932, est un exemple de ce type de livre. Il trouve son origine dans un séjour à Magdebourg, durant l'année scolaire 1930-31, que ce jeune étudiant parisien de vingt ans en études germaniques rebaptise « Philisterburg » dans le texte, une ville prussienne fictive. Ce changement de nom recèle déjà le programme littéraire : le nom est chargé de connotations culturelles et historiques – depuis le mouvement Sturm und Drang, « Philister » désigne le citoyen étroit d'esprit et hostile à l'art, et renvoie également aux ennemis d'Israël dans l'Ancien Testament, une multiplicité sémantique qui n'était plus anodine dans l'Allemagne de 1930.

L’œuvre de Decour échappe à toute catégorisation facile : à la fois journal intime et essai, compte rendu de voyage scolaire et analyse politique, étude de caractère et poésie, elle est écrite en français. Elle traite de l’Allemagne et emprunte au genre de la « littérature de voyage » tout en le subvertissant par une introspection réflexive. Elle remplit ainsi tous les critères que la section « Romans croisés » définit pour ses textes : entrelacement formel de deux sphères culturelles, profondeur spatiale et historique, et réflexion manifeste sur l’entre-deux comme principe littéraire. PHB n’est pas un livre. sur L’Allemagne vue par les Français – c’est un livre qui naît du fossé entre les deux cultures et qui fait de ce fossé son sujet.

La dimension tragique est claire : Decour, qui a cofondé un magazine de la Résistance en 1942 (Les Lettres françaisesL'auteur, livré à la Gestapo par la police française et abattu, observe avec une lucidité troublante dans PHB ce qui se trame en Allemagne. Son livre provoque un scandale en France, car il n'épargne ni le camp allemand ni le camp français, car il exige de la compréhension du sort de l'Allemagne tout en reconnaissant le danger du nationalisme allemand. Ce double malaise, ce refus de prendre parti et cette volonté de penser politiquement, constitue la véritable réussite littéraire du texte.

Le point de vue français sur l'Allemagne avant 1933

Le roman – appelons-le ainsi par souci de simplicité, bien que Decour lui-même parle de « Notes sur un séjour en Prusse » – est divisé en trois parties : un court « Prélude » (prologue) et un journal détaillé, ainsi que l’essai final « Goethe et la jeunesse allemande ».

Dans le prologue, le narrateur décrit le voyage en train de Paris à Philisterburg en octobre 1930. Deux autres passagers – un banquier moustachu et un autre portant des lunettes à monture d'écaille – se révèlent être de mesquins représentants d'un nationalisme français suffisant : ils évoquent la « mission sacrée » du jeune professeur en tant qu'ambassadeur culturel, exigent une position intransigeante envers l'Allemagne et insistent : « Pas un sou de moins ! » Un troisième passager lit les épreuves d'un manifeste cosmopolite – un « jeune Européen » dont l'efféminement est caricaturé. Cette scène établit déjà le système de coordonnées de tout le texte : le chauvin suffisant, le pacifiste hypocrite et le narrateur observateur entre les deux.

Le journal commence le 14 octobre 1930 et se poursuit jusqu'en février 1931. Le narrateur y décrit son arrivée au Gymnasium (lycée) : sa rencontre avec le proviseur, le docteur Bär (inspiré du véritable proviseur Bruns), un éducateur idéaliste et moralisateur, héritier des traditions ; son hébergement chez la veuve Bügler, puis chez la veuve Grimm, encore plus intolérante ; ses rencontres avec Adler, son colocataire, national-socialiste convaincu ; avec l'élève Kraus, un Tchécoslovaque germanophone plein de ressentiments révisionnistes ; avec le professeur d'histoire, le docteur Apel, un homme raffiné considéré comme une exception ; et avec le professeur de français, Bruneau, un homme pédant. Il décrit également les rues de Philisterburg, les rassemblements nationaux-socialistes et communistes, les conflits politiques, le paysage médiatique et le quotidien de la petite bourgeoisie prussienne. Des réflexions sur la pédagogie scolaire, les caractères nationaux, les relations franco-allemandes et le rôle de l'écrivain imprègnent le texte.

Le journal culmine dans une analyse politique approfondie des relations franco-allemandes : Decour cartographie les camps politiques des deux pays, démantèle les stéréotypes mutuels, diagnostique une incapacité structurelle à se comprendre et formule – dans l’une des phrases les plus mémorables du texte – que le cours actuel conduit à la catastrophe : « Hitler est le fils du traité de Versailles. » 1 L'essai final sur Goethe et la jeunesse allemande utilise l'anniversaire de Goethe de 1932 pour montrer à quel point la jeunesse allemande s'est éloignée de cet héritage humaniste et cosmopolite que le narrateur considère comme la substance même de l'Allemagne qu'il aime.

Proximité et distance

PHB est un texte hybride, et cette forme de genre hybride n’est pas un défaut esthétique, mais plutôt le véritable support de son message. Le journal en tant que genre phare crée l'illusion de l'immédiateté et garantit l'authenticité, mais Decour lui-même mine cette illusion dans le texte lorsqu'il écrit : « Je reste encore à noter une 'prise de contact' (style de journaliste) avec les élèves, et mon emménagement. 2 Cette mise en abyme de la forme du journal intime – le narrateur critique sa propre écriture au sein même de l’acte d’écrire – est un élément essentiel de Decours. dimension autopoétologiqueLe livre s'interroge constamment sur ce qu'il est et sur ce qu'il est capable d'accomplir.

La perspective narrative est strictement personnelle et racontée du point de vue à la première personne d'un jeune Français qui ne nie pas sa propre subjectivité mais l'affiche explicitement. Decour fait avouer à son narrateur : « Ces notes, rédigées sans le moindre souci des conséquences, n'ont rien d'un reportage. Elles ne recherchent pas l'objectivité, mais l'impartialité. 3 La différence entre « objectivité » et « impartialité » est programmatique : l’objectif n’est pas la neutralité – ce serait un mensonge – mais la justice malgré et par la subjectivité. Cette modestie épistémologique préserve le texte de l’arrogance de l’observateur ethnologique et le rend littérairement fécond.

La construction de la proximité et de la distance est particulièrement ingénieuse : le narrateur prend soin de ne pas caricaturer les Allemands, mais admet dans le même souffle ses aversions esthétiques et ses réactions politiques. Dans un curieux espace liminal entre fascination et aliénation, il observe la marche des SA un dimanche : « J’ai été peu à peu emporté par l’atmosphère de communion qui les animait ; j’ai failli me joindre aux chants. » 4 Le narrateur admet sincèrement s'être laissé emporter par le rythme collectif – cette sincérité confère une grande crédibilité à son analyse. Il n'est pas un observateur extérieur, mais une personne touchée, qui prend conscience de sa propre vulnérabilité.

Le texte insère au journal des interludes essayistiques où la frontière entre narrateur et auteur s'estompe presque totalement. Ces interludes abordent des questions de théorie de l'éducation, de nationalisme, de manipulation de la presse et de rôle de l'écrivain, le tout articulé autour de l'antagonisme franco-allemand comme centre épistémologique. Ainsi, le texte transcende formellement le simple récit de voyage et s'apparente à l'essai intellectuel au sens montaignien du terme : la pensée comme processus, non comme produit fini.

constellation de caractères et région franco-allemande

La constellation de personnages de PHB n'est pas une simple collection de personnalités, mais un système de types qui cartographie toute la sphère franco-allemande. Dès la scène du train, le prologue esquisse le spectre français : les banquiers, représentants d'une France national-conservatrice guidée par l'intérêt économique, qui méprise l'Allemagne tout en cherchant à l'exploiter financièrement ; le « jeune Européen », incarnation d'un idéalisme cosmopolite creux. Ces deux positions sont déconstruites par la distance ironique du narrateur.

À Philisterburg, le narrateur rencontre une galerie de personnages hauts en couleur. Le docteur Bär, le directeur, incarne avec une ironie à la fois comique et pathétique la vieille Prusse : un moraliste protestant qui érige l’éducation de la jeunesse en sacrement – ​​« Pour lui, enseigner est une vocation, l’un des plus beaux métiers qui soient : éduquer les jeunes, les façonner, leur montrer le chemin de la vérité et de la bonté. » 5 —et, ce faisant, il méconnaît totalement la situation politique réelle. Son concept d’« individualité morale » comme objectif éducatif a quelque chose de touchant et, en même temps, de dangereux : il perpétue le XIXe siècle tandis que le XXe poursuit sa marche.

Adler, le colocataire, est la véritable révélation du texte : un jeune national-socialiste méthodique et rationnel qui incarne non pas l’irrationalisme, mais un pragmatisme froid. Sa vision du monde est fermée : « Il n’y a qu’une seule vérité, pense-t-il sans la moindre arrogance, et c’est moi qui la possède. Quiconque n’est pas national-socialiste se trompe ou trompe le pays. » 6 — mais sans hystérie. Decour révèle ainsi quelque chose d'inquiétant : le danger ne réside pas dans la folie, mais dans l'organisation parfaite du ressentiment. Le contraste entre Adler et le narrateur est aussi culturel : « Quel abîme de scepticisme un aigle ne trouverait-il pas chez chaque Français ! » 7 Le Français, en raison de son inévitable relativisme, est structurellement incapable de la certitude qui caractérise Adler – une différence culturelle que le narrateur ne dissimule pas.

Le docteur Apel, le professeur d’histoire, est le pendant positif : un homme avec des « yeux de Goethéen ». 8Il enseigne l'histoire non comme une simple mémoire mais comme un outil de réflexion, il apprend à ses étudiants à reconnaître les intérêts économiques qui se cachent derrière les formules diplomatiques et – selon le narrateur – il « travaille pour les États-Unis d'Europe ». Il est l'exception qui confirme la règle, et son licenciement ultérieur – dénoncé par ses collègues après la publication du livre – fait partie des conséquences tragiques du récit.

Les deux veuves, Bügler et Grimm, ne sont pas des personnages comiques, mais des figures d'une grande précision sociologique : deux femmes qui incarnent la catastrophe économique de l'inflation et qui en ont été brisées. Mme Grimm, qui traite le narrateur avec une méfiance non dissimulée parce qu'il est français et que les Français sont « responsables de l'inflation », illustre en substance comment la misère économique se mue en haine politique. La conversation à propos de Goethe – Mme Grimm demande si la France compte aussi des écrivains importants, ce à quoi le narrateur répond laconiquement : « Pas un seul », ai-je répliqué calmement. « Imaginez, nous ne lisons que des livres traduits de l'allemand. » 9 – est un exemple de l’ironie mordante avec laquelle Decour déconstruit le nationalisme culturel.

Formes de communication et rôle de la langue étrangère

PHB est aussi un livre sur les réussites et les échecs de la communication interculturelle. La langue étrangère – le français, langue du narrateur en Allemagne, et l'allemand, qu'il apprend et observe – n'est pas seulement un moyen d'expression, mais un sujet à part entière.

L'asymétrie linguistique est frappante dès la première page : le docteur Bär, qui reçoit le narrateur, ne parle quasiment pas français, se contentant de dire « Comment ça va, à Paris ? » – et le narrateur doit endurer deux heures de conversation en allemand. Cette scène instaure le schéma fondamental de tout le séjour : le Français comprend la langue, mais n'est pas vraiment compris ; il est l'étranger qui, simultanément, fait office de Français représentatif, à travers lequel Philisterburg construira son image de la France pour des décennies : « Mon séjour à Philisterburg leur servira pendant vingt ans de modèle pour leurs idées sur les Français. » 10 Le poids de la représentation que ressent le narrateur est à la fois une expression et une critique du mécanisme des stéréotypes.

Les scènes où l'échec de la traduction est clairement mis en évidence sont particulièrement révélatrices. Le terme « matériel étudiant » – qui apparaît en italique dans le texte original avec la mention « Intraduisible » – renvoie à une conception pédagogique sans équivalent en français, car elle présuppose une conception culturellement spécifique des étudiants comme matériel à gérer. Decour observe d'ailleurs : « Il n'y a pas de correspondance parfaite entre les concepts abstraits des deux langues ; même les meilleures traductions ne sont que des approximations […] ; la manière de penser et d'organiser ses idées est complètement différente. Aussi instruits et attentifs soient-ils, un Allemand et un Français ne peuvent se comprendre que partiellement. » 11 Ici, le langage n'est pas simplement un moyen de communication, mais une vision du monde – une intuition qui évoque Sapir-Whorf avant l'heure.

Le rôle des apprenants est particulièrement intéressant. Decour observe les cours et constate qu'au collège et au lycée en Allemagne, la question du professeur est considérée comme le principal outil pédagogique : l'élève qui pose la meilleure question a appris davantage que celui qui connaît déjà la réponse. En revanche, dans les cours d'histoire en France, le monologue narratif du professeur prédomine. Ces différences structurelles dans les méthodes d'apprentissage reflètent simultanément des différences dans le rapport des élèves au savoir et à l'autorité. La discussion sur la signification des duels d'élèves – Adler les défend comme une école de courage, tandis que le narrateur les rejette comme barbares – constitue également une scène de communication où s'affrontent deux cultures aux conceptions différentes de la masculinité, de l'honneur et de la civilisation.

La conversation avec l'étudiant Kraus, qui parle couramment allemand et français. 12 – est la seule scène de véritable transgression linguistique dans le texte. Ce Tchécoslovaque de nationalité allemande, exemple vivant des ravages du traité de Versailles, incarne dans son bilinguisme ce que le texte représente au niveau du genre : l’identité se construit dans la transition, et non dans des formes nationales pures.

Comparaison scolaire et concept éducatif

La comparaison entre les deux écoles constitue l'un des fils conducteurs les plus détaillés et les plus riches sur le plan littéraire du roman. Decour observe les deux aspects – le Gymnasium allemand et le rôle qu'il y joue lui-même en tant qu'assistant français – avec la perspicacité d'un participant qui s'observe lui-même.

Le lycée allemand apparaît d'abord comme un lieu de hiérarchie stricte et de contraintes religieuses. L'office du lundi, durant lequel le docteur Bär prêche sur l'individu sans Dieu qui, sans foi, n'est pas pleinement humain, constitue un véritable choc culturel pour le Français (issu d'un système scolaire laïque où la loi Combes a banni la religion des écoles). Le narrateur fredonne l'hymne luthérien : « J'ai, me semble-t-il, encore plus d'énergie que mes voisins. Je crie. » 13 —et même des commentaires sur cette curieuse adaptation. La note de bas de page indique laconiquement : « Ici, pas de loi Combes. »

Mais le tableau dressé du Gymnasium allemand est plus nuancé. Dans le cours d'histoire du Dr Apel, le narrateur vit une expérience inoubliable : les élèves reconstruisent l'histoire par le dialogue plutôt que de l'assimiler passivement ; le professeur combat le langage diplomatique euphémistique ; la réalité politique est perçue comme structurée par des intérêts économiques. La comparaison avec l'enseignement français est accablante : « En France, l'histoire et la géographie sont considérées par la plupart des élèves comme les matières les plus ennuyeuses et inutiles. » 14 Le modèle allemand d’apprentissage par la découverte et le débat contraste avec le monologue narratif français – une différence que Decour attribue à des différences plus profondes dans la relation entre l’individu et la communauté, entre l’élève et l’autorité.

Parallèlement, il révèle une autre facette : les élèves qu’il encadre lors de ses cours de conversation font preuve d’une maturité surprenante pour leur âge. Ils ne connaissent ni phase romantique, ni quête égocentrique ; à dix-sept ans, ils maîtrisent parfaitement la question. Heine ? « Pas allemand, c’est un Juif. » Cette scène, consignée en 1930, résonne comme une prophétie. Le concept éducatif du Gymnasium allemand – tel que le remarque Decour – n’est pas l’émancipation, mais l’intégration à un système de valeurs collectif. L’individu n’est pas éduqué à la liberté, mais à la communauté.

Le contraste entre deux professeurs – Apel et Bruneau – symbolise ces tensions : Apel enseigne la pensée ; Bruneau, la taxonomie. Bruneau scrute la carte pour trouver le lieu exact où se déroule « Les Deux Amis » de Maupassant. L’apprentissage réduit au catalogage, le savoir à une connaissance factuelle encyclopédique – une pathologie qui, comme le concède Decour, ne se limite pas à l’Allemagne : « Ce mal, soit dit en passant, ne se limite pas à la Prusse ; il sévit également en France, et la Sorbonne en est encore partiellement atteinte. » 15 Ce regard autocritique porté sur son propre système est caractéristique du style d'écriture de Decour.

Structure spatiale et topographie de l'étranger

Philisterburg est un espace méticuleusement construit. La ville est divisée en zones distinctes, chacune représentant une strate différente de la réalité sociale. La rue principale, avec sa statue de Bismarck et ses vitrines remplies de bronzes prussiens (soldat, forgeron, chien – autant de symboles d'héroïsme, de labeur et de loyauté), représente le caractère bourgeois de la ville ; le quartier ouvrier au nord, que le narrateur préfère car il est « brutalement matériel » et dépourvu de toute exigence intellectuelle, en constitue l'antithèse. Entre ces deux pôles se trouve la rue Bismarck, où le narrateur s'installe au début : un espace liminal anonyme, fait d'immeubles uniformes, de cactus poussiéreux derrière des fenêtres perpétuellement closes, et d'une odeur de chou et de lessive. Cette structure spatiale n'est pas un simple décor, mais un vecteur de sens : les fenêtres restent closes, les appartements sont hermétiquement clos – Philisterburg est une ville de systèmes clos qui ne laissent pas entrer l'air extérieur.

La seule exception est le Dom-Café, où les journaux de tous les bords politiques se côtoient – ​​un lieu hétérotopique où les contradictions de l'époque se révèlent spatialement. Là, le narrateur lit le Volksstimme, le Berliner Tageblatt, le Völkischer Beobachter, L'Œuvre – une contradiction dans les termes qui dramatise l'impossibilité d'une position d'observateur souverain : on quitte le café la tête qui tourne et les nerfs à vif.

Philisterburg « n’a produit aucune personne importante ». 16 — figure dès la première entrée du journal. Cette observation lapidaire dépasse le simple jugement d'un touriste : elle dépeint la ville comme un lieu de vide intellectuel, un repaire de médiocrité. L'acronyme PHB, qui sert d'intitulé à l'ensemble du texte, résume ce message. La cathédrale gothique, symbole des aspirations pieuses de la ville, côtoie le bureau des impôts — divinité et calcul, les deux faces d'une même pièce prussienne.

La structure spatiale du texte est aussi une structure temporelle : Philisterburg est un lieu figé au XIXe siècle. Frédéric II, Bismarck, Hindenburg ornent chaque mur – la ville érige son passé en présent. À l’opposé, on trouve les immeubles modernes et bas d’un nouveau quartier, derrière les façades fonctionnalistes desquels se cachent les mêmes âmes bourgeoises que dans les bâtiments de l’époque de la Gründerzeit : géraniums et présentoirs à journaux. La modernité de la forme n’altère pas le fond.

structure temporelle et contexte historique

La structure temporelle de PHB est triple : il y a la période du séjour relatée (d’octobre 1930 à février 1931), la période de rédaction (le texte est publié en 1932, la préface est datée de juillet 1932) et, implicitement, l’avenir du lecteur, vers lequel le texte tend constamment. Cette dimension téléologique confère au livre une dimension qui dépasse celle d’un simple instantané : c’est un diagnostic assorti d’un pronostic.

L'année 1930 marque un tournant historique. La Grande Dépression de 1929 frappe l'Allemagne de plein fouet ; les élections de septembre 1930 font du parti nazi la deuxième force politique du pays ; quatre millions de chômeurs démontrent l'insoutenabilité du système de Versailles sous sa forme actuelle. Decour est témoin de tout cela : le rassemblement nazi à la mairie, le rassemblement communiste juste à côté, les violences politiques dans les rues, les morts. « 5 novembre. Le parti nazi tient une réunion dans la grande salle communale. Le parti communiste en tient une autre dans une salle voisine. […] Il y a des morts. » 17 Cette note laconique – dépourvue d'enthousiasme, presque protocolaire – est l'un des exemples les plus frappants du style d'horreur contrôlée de Decour.

Le contexte historique structure également la perception des personnages. L'écolière qui montre au narrateur une photographie de son premier amour – un soldat tué en France et enterré sur le sol français – fait de la Première Guerre mondiale la toile de fond de toutes les rencontres humaines du texte. Mme Bügler, qui perd son fils à cause du chômage ; Mme Grimm, dont le mari est mort des suites de l'inflation ; tous les personnages portent en eux l'histoire des quinze dernières années. En ce sens, PHB est aussi un roman de l'entre-deux-guerres, un texte écrit entre 1918 et ce qui n'était pas encore advenu, mais qui était déjà palpable.

La mention de Remarque rien de nouveau en occident Adler est indigné par le film et le roman, qu'il juge diffamatoires envers l'image allemande de la guerre, et inscrit son œuvre dans le débat contemporain sur la mémoire et les mythes de la guerre. L'écart entre la fin de la Première Guerre mondiale et la menace d'une Seconde Guerre mondiale est perçu dans le texte comme une tension créatrice.

Stéréotypes, images de l'ennemi et sémantique nationale

L'une des contributions les plus précieuses de PHB à l'histoire littéraire des relations franco-allemandes réside dans son analyse explicite des stéréotypes. Decour présente les clichés réciproques et les soumet à une analyse à la fois critique sur le plan culturel et réflexive.

L'image que les Français se font de l'Allemagne, telle que le narrateur la reconstitue, se résume à un répertoire facile à appréhender : les Allemands sont laids, boivent de la bière et mangent des saucisses ; les hommes sont chauves et portent des lunettes à monture dorée, les femmes rousses et sans élégance ; ils copient les inventions des autres, produisent des imitations, sont pédants et se perdent dans des considérations métaphysiques ; leur caractère national est profondément malhonnête, leur émotion fondamentale la méfiance et la duplicité. Et puis, comme second élément, la peur : les Allemands sont « calés », ils sont plus forts, ils veulent se venger. « Au secours ! Maginot, construisez-nous des canons ! » 18 – cette paraphrase du discours nationaliste français est à la fois une parodie et une analyse.

L'image que les Allemands se font de la France, que Decour reconstitue à partir de journaux et de conversations, est structurée en miroir : la France est le dragon étouffé, endormi sur ses lauriers de guerre ; la France est la complaisance et le désarmement moral ; la France est l'ennemi qui affame les Allemands et exige ensuite des intérêts. « Politiquement parlant, la France est le dragon empaillé d'or, se reposant sur ses lauriers de guerre et laissant son voisin mourir de faim. » 19 Le fait que la presse allemande interprète un article de journal rapportant qu'en France on conduit à droite comme la preuve que les voitures en France ont le droit de circuler partout – cette anecdote est l'une des illustrations les plus drôles et les plus pertinentes du mécanisme par lequel les images d'ennemis nationaux sont construites à partir d'une désinformation minimale.

Ce que Decour identifie comme le problème fondamental n'est pas le sentiment d'animosité, mais l'impossibilité structurelle de la traduction : « Géographie, l'histoire, la culture ont donné aux mots un contenu tout différent. » Les mots « politique » et « histoire » ont un sens différent de part et d'autre du Rhin. Le concept de responsabilité politique, qui pour le citoyen allemand (selon la perception du narrateur) revêt un sérieux quasi religieux, est pour le bourgeois français un objet d'ironie cynique. Cette incommensurabilité sémantique est – plus profonde que toutes les divergences politiques – la véritable raison du manque de compréhension.

Les rôles de genre et les femmes de Philisterbourg

PHB est aussi un texte sur les rapports de genre – moins explicite que les analyses politiques, mais d’autant plus révélateur dans ses observations. Les femmes du roman sont invariablement des figures de perte : la logeuse Bügler a perdu son mari, son fils dilapide ses allocations chômage ; la logeuse Grimm a été séparée de son mari par l’inflation – il est mort des suites de la crise. Son autorité est maintenue par le portrait de son mari, encadré d’or, accroché au mur : « Mme Grimm commémorait aujourd’hui l’anniversaire de la mort de son mari. Elle ne pleure pas son mari, mais la fortune qu’il avait amassée, cet homme fort et exigeant qui savait commander d’une voix perçante. Une telle femme doit se sentir comme une servante. » 20 Cette observation du narrateur constitue un diagnostic psychologique plutôt sévère : la femme a intériorisé sa propre assujettissement et ne pleure pas la personne, mais la forme de domination.

La fille Bügler est le seul personnage féminin auquel le texte accorde une scène émotionnelle indépendante : elle montre au narrateur une photographie de son premier amant disparu, enterré en terre française. Dans ce bref échange, l’antagonisme abstrait entre les deux nations se réduit à son niveau le plus humain : une jeune fille, son premier amant mort, un Français pour interlocuteur. Le narrateur décrit la scène avec une tendresse inattendue. Le commentaire sur le modèle prussien des genres demeure, dans l’ensemble, sporadique et ironiquement détaché, mais la conclusion est claire : les femmes de Philisterburg sont les gardiennes de la perte – des maris, des richesses et de l’ordre établi. Elles portent les conséquences de la catastrophe historique sur leurs corps.

Thèmes, champs sémantiques et métaphores

Le champ sémantique central du texte est celui de la frontière : frontière nationale, frontière linguistique, frontière mentale, frontière thermique. Il fait froid à Philisterburg – les fenêtres restent closes, le narrateur les ouvre contre la volonté de sa logeuse, qui ne veut pas gaspiller de fioul. Cette scène de la fenêtre est l'une des plus étranges et des plus révélatrices de tout le livre : le Français a besoin d'air – d'échange avec le monde extérieur – tandis que la Prussienne se prémunit contre les déperditions de chaleur. Elle symbolise tout un schéma culturel : le caractère clos de la maison bourgeoise prussienne, l'absence d'aération érigée en norme culturelle.

La métaphore du corps imprègne le texte : la relation franco-allemande est décrite comme une maladie, le nationalisme comme un symptôme et non une cause. Decour affirme explicitement qu’il ne faut pas soigner les symptômes, mais éliminer les causes. Cette métaphore médicale est pertinente : il s’agit d’un système malade, mais qui pourrait être guéri si la volonté politique existait.

Le thème du « rapprochement franco-allemand » – le rapprochement franco-allemand – traverse tout le texte comme un leitmotiv mélancolique. Il est invoqué par des personnalités aux convictions politiques très diverses, mais toujours présenté soit comme une formule creuse, soit comme une impossibilité structurelle. Decour lui-même affirme dans la préface : « Un “rapprochement franco-allemand” est actuellement impossible, mais des concessions à l’Allemagne sont nécessaires. » 21 Cette formulation – l’impossibilité du projet, la nécessité des étapes – est la conclusion paradoxale d’un réalisme politique qui n’est ni désespéré ni naïf.

Le champ sémantique de la guerre – latent, omniprésent – ​​structure le texte. La guerre passée imprègne toutes les biographies (les enseignants sont tous d’anciens combattants du front qui connaissent la France des tranchées) ; la guerre à venir est d’ores et déjà présente dans la construction des représentations de l’ennemi et des dynamiques politiques. Decour affirme avec justesse : « C’est ainsi que l’opinion publique mondiale s’y prépare. Si une nouvelle guerre éclatait, il ne fait aucun doute que la France, du fait de sa politique de retenue, en serait tenue pour responsable. » 22 En 1940, cette prédiction allait se réaliser – non pas dans l’attribution des responsabilités, mais dans la description de la dynamique.

Références intertextuelles et intermédiales

Le roman « PHB » est riche en références intertextuelles, tissées avec constance entre les traditions allemande et française. Goethe y occupe une place centrale : non pas la figure canonisée et vénérée, mais le Goethe du relativisme, de l’impartialité, du cosmopolitisme humaniste – le Goethe que la jeunesse allemande des années 1930 ne comprend plus et ne souhaite plus lire. Nietzsche, qui cite Goethe sur l’utilité de l’histoire, apparaît comme un médiateur. Thomas Mann, avec son appel à la raison ; Börne et Heine, représentants d’une culture des Lumières judéo-allemande ; Lessing et Herder, pères fondateurs d’une tradition culturelle allemande plus proche du narrateur que la sienne – toutes ces références construisent une image contrastée de la réalité allemande contemporaine.

Du côté français, Stendhal et Montaigne servent de modèles stylistiques et épistémologiques : Stendhal pour l’observation froide des faits, même les plus insignifiants, Montaigne pour la pensée essayistique comme introspection. L’allusion à « Beyle, Milanais » – le fameux nom aliéné de Stendhal – apparaît explicitement comme « fantaisie ou absurdité » : l’identité nationale n’est pas une question de choix, mais elle ne définit pas non plus nécessairement l’individu.

Le contrepoint de l'attitude de Goethe envers le présent constitue l'un des passages les plus efficaces littérairement du texte : « S'il voyait aujourd'hui les jeunes gens avec des croix gammées défiler dans les rues en chantant des chants de guerre, il se réfugierait dans une tour d'ivoire où il serait criblé de balles des deux camps. » 23 Ici, Goethe fait son entrée dans l'espace contemporain en tant que figure littéraire – une intrusion intertextuelle qui marque simultanément l'ampleur de l'héritage et son caractère irrémédiable dans la situation actuelle.

L'intermédialité, comme indiqué ci-dessus, est la mention de Remarque rien de nouveau en occident Tant au cinéma qu'en littérature, l'indignation d'Adler face au roman de guerre pacifiste met en lumière la concurrence entre deux discours commémoratifs. Le livre (Remarque) et le film (Milestone) ont été interdits à Philisterburg – un acte de censure que Decour interprète comme symptomatique du discours dominant sur la mémoire de la guerre.

Les notes de bas de page appartiennent elles aussi à la dimension intertextuelle : elles commentent, complètent et relativisent – ​​un dialogue entre le texte et lui-même. L’une d’elles observe laconiquement : « Que de philistins il y a en France ! » 24 – un indice qui retourne contre elle-même la lecture nationaliste du texte.

Poétique du roman et dimension autopoétique

La poétique de PHB est une poétique de l'entre-deux. Decour formule son programme dans la phrase : « J'appartiens à ceux qui croient que les opinions entraînent des obligations. » 25 Il s'agit d'une position intermédiaire entre l'intellectualisme et l'appartenance à un parti : l'écrivain prend position sans se soumettre à une doctrine. L'intellectualisme n'est ni honnête ni envisageable, mais s'engager politiquement revient à trahir la spontanéité de l'écriture littéraire. Il ne reste alors que l'engagement comme mode de pensée, et non comme soumission à un système.

Cette position autopoétologique est développée dans une longue section qui constitue le véritable cœur littéraire et théorique du texte. Decour décrit l'espace de l'écriture littéraire comme un « monde fermé, intérieur, inutilisable », qui requiert pourtant une ouverture sur l'extérieur, sans quoi l'écriture se réduit à un simple artisanat : « Autrement, son activité ne serait que travail et son travail qu'un artisanat. Mais il doit aussi aller au-delà, tourner son regard vers l'extérieur et prendre position sur les problèmes de son temps. » 26 Cette formulation saisit précisément ce qu'est PHB : ni un pamphlet politique, ni une œuvre d'art pure, mais un texte qui sort de l'intériorité littéraire close sans se dissoudre dans le monde extérieur.

Le choix du journal intime comme genre est en soi un choix poétique : il empêche toute cohérence rétrospective, toute conclusion nette, tout jugement définitif. Le journal écrit dans le processus de compréhension, et non après. Comme le remarque Decour : « Ce journal m’ennuie. Il m’inquiète. J’y perçois un étranger, un ennemi. Il rôde, il m’attend. » 27 – voici donc la réflexion autopoétique sur la compulsion à tenir un journal intime : le médium commence à hanter son auteur, à le forcer à rendre compte d'un fait qu'il ne souhaite peut-être pas faire.

De la caricature à la responsabilité partagée

Le début et la fin du roman marquent les deux pôles d'un parcours intellectuel qui ne représente pas un récit d'apprentissage classique, mais plutôt une prise de conscience de plus en plus sérieuse.

Le prélude commence de façon comique : deux banquiers pompeux, dans un compartiment de train, expliquent au jeune professeur sa « mission sacrée » d'ambassadeur culturel et le renvoient avec des slogans : « Ne vous laissez pas abattre par les casques d'acier ! Montrez-leur ! Pas de nouvel examen ! La sécurité avant le désarmement ! » 28 Il s'agit d'une satire à la Voltaire : la suffisance du nationalisme bourgeois caricaturée dans ses propres termes. Le narrateur reste silencieux, hoche la tête et observe le panorama.

La conclusion de l’essai sur Goethe – la dernière partie du texte – est écrite sur un ton différent : calme, triste, sans malice. Goethe, le plus grand poète allemand, est devenu un « grand homme de vitrine », admiré sans être lu. Les jeunes qui le rejettent sont jeunes et leurs opinions ne sont pas encore figées – mais le système qui les a engendrés est le problème : « Aurions-nous fait mieux à sa place ? » 29 Cette question finale ramène le regard vers la France et vers le lecteur. L'élément comique du début a cédé la place à la gravité de l'introspection.

Entre le début et la fin, le texte subit une transformation que l'on pourrait qualifier de décaricature : la propension initiale à considérer les Allemands comme des caricatures cède la place à une perception plus nuancée – la sienne, celle des Français, celle des Européens. Le voyage en train de Paris à Philisterburg est un passage de la complaisance au domaine complexe de la responsabilité partagée.

L'identité comme quelque chose de traduisible et jamais vraiment achevée.

Le PHB fait partie de ces rares ouvrages qui expriment clairement ce que l'on ne veut pas entendre – et qui, de ce fait, est resté inaudible dans les deux pays. En France, le texte a provoqué un scandale car il témoignait d'une compréhension de la situation allemande ; en Allemagne, lorsque les conditions décrites par Decour se sont réalisées, le sujet a été tabou.

Qu’est-ce qui fait de ce texte un paradigme de la catégorie des « Romans croisés » ? Il ne poétise pas l’entre-deux comme une synthèse harmonieuse, mais plutôt comme une contradiction féconde. La frontière franco-allemande n’est pas abolie, mais utilisée comme un lieu de réflexion : de là, ce qui demeure invisible de part et d’autre devient visible. L’entrelacement formel du journal intime et de l’essai, de l’observation et de la réflexion, du gros plan et du panorama, correspond au contenu : un refus de résoudre la complexité en prenant parti.

La question centrale de cette chronique – comment la littérature, loin de dissoudre les différences, les rend productives – trouve sa réponse dans l’écriture même de Decour. Le sens émerge du passage entre les langues, là où un mot n’a pas d’équivalent exact (« document étudiant », intraduisible), là où le narrateur chante un hymne luthérien et se surprend à se laisser emporter, là où un étudiant mêle français et allemand et donne ainsi voix à son destin national partagé.

La représentation que fait Decour des relations de voisinage et des conflits ne relève pas du folklore, mais bien d'une analyse politique et structurelle : les deux nations sont comme deux personnes qui ont cessé de se parler et se disputent pour savoir qui prendra la parole en premier, tandis que leur appartement commun brûle. L'identité du narrateur demeure fluide, traduisible et incomplète : il est français, mais non chauvin ; il aime Goethe, mais n'idéalise pas l'Allemagne ; il voit le danger approcher, mais refuse la supériorité confortable d'une posture prophétique.

Le fait que Jacques Decour ait été fusillé par la Gestapo douze ans plus tard confère à son texte une dimension qui dépasse le cadre des études littéraires. Mais en tant que document littéraire, PHB se suffit à lui-même : il constitue l’un des récits les plus perspicaces, honnêtes et formellement cohérents des relations franco-allemandes durant la décennie qui a conduit l’Europe à la catastrophe – et témoigne du fait que penser dans l’entre-deux est non seulement possible, mais nécessaire.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. "Échange et incompréhension : Jacques Decour, Philisterburg." Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2026. Consulté le 13 mai 2026 à 20:04. https://rentree.de/2026/05/01/tausch-und-unverstaendnis-jacques-decour-philisterburg/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. « Hitler est le fils du traité de Versailles. », p. [2084s.]>>>
  2. « Si vous avez le courage de votre vie de vous préparer, vous trouverez sans aucun doute quelque chose, vous aurez le droit d’acheter les petites choses dont vous avez besoin, et vous aurez l’occasion d’y penser : beaucoup de substance et de beauté dans le bavardage. », p. [816 et suiv.]>>>
  3. "Ces notes, rédigées sans le moindre souci des conséquences, n'ont rien d'un reportage. Elles ne recherchent pas l'objectivité, mais l'impartialité.", Préface, p. [58f.]>>>
  4. "J'étais peu à peu entraîné par le sentiment collectif qui les animait ; pour un peu, j'aurais chanté avec eux.">>>
  5. « Le métier, c'est pour lui un sacerdoce, c'est l'une des plus belles professions qui soient : élever la jeunesse, former des hommes, montrer aux adolescents les voies du vrai et du bien »>>>
  6. "Il n'y a qu'une vérité, pense-t-il sans le moindre orgueil, c'est moi qui la détiens. Tous ceux qui ne sont pas nationaux-socialistes se trompent ou trompent le pays.">>>
  7. «Quel abîme de scepticisme un Adler ne trouverait-il pas dans le moindre Français !»>>>
  8. "Avec ses cheveux en bataille et ses yeux de Goethe derrière ses lunettes, il a un look brillant." – « Avec ses cheveux hirsutes, ses yeux goethéens derrière les lunettes, il a une physionomie géniale. »>>>
  9. "Pas un seul, ai-je répondu tranquillement. Figurez-vous que nous ne lisons que des livres traduits de l'allemand.">>>
  10. « Mon séjour à Philisterburg leur fournira pendant vingt ans leurs idées sur les Français. »>>>
  11. "Il n'y a pas entre les mots abstraits des deux langues d'équivalences parfaites ; les meilleures traductions ne sont que des approximations [...] même la façon de penser, d'ordonner les pensées, différentes complètement. Si cultivés, si attentifs qu'ils soient, un «Angeland et un Français ne peuvent se comprendre qu'à demi.»>>>
  12. «Kraus, petit brun au regard malicieux, mélangeait plaisamment le français et l'allemand.»>>>
  13. "J'ai, me semble-t-il, encore plus d'entrain que mes voisins. Je hurle.">>>
  14. « En France, l'histoire et la géographie sont, pour la plupart des élèves, l'étude la plus ennuyeuse et la moins utile. »>>>
  15. «La maladie n'est d'ailleurs pas réservée à la Prusse, elle sévit aussi en France et la Sorbonne en est encore partielle infestée.»>>>
  16. « Grands hommes nés à Philisterburg : néant. »>>>
  17. "Le 5 novembre. Le parti national-socialiste a organisé une réunion dans la grande salle municipale. Le parti communiste en a organisé une autre dans une salle voisine. [...] il y a des morts.">>>
  18. « Au secours, au secours, Maginot, fais-nous des chanoines !>>>
  19. «Sur le plan politique, la France est le dragon gorgé d'or, qui s'endort sur les lauriers de la guerre et laisse le voisin mourir de faim.»>>>
  20. "Mme Grimm a célébré aujourd'hui l'anniversaire de la mort de son mari. Ce n'est pas son mari qu'elle pleure, c'est la fortune qu'il avait gagnée, c'est l'homme fort et besogneux qui sait commander d'une voix tranchante. Une telle femme a besoin de se sentir servir.">>>
  21. "Le 'rapprochement franco-allemand' est en réalité impossible, mais des concessions à l'Allemagne sont nécessaires." Préface.>>>
  22. "C'est ainsi que l'on prépare l'opinion mondiale. Si une nouvelle guerre survenait, ne doutons pas que la France, grâce à sa prudente politique de conservation, en serait regardée comme responsable.">>>
  23. « S'il voyait aujourd'hui les adolescents à croix gammée marcher dans les rues en chantant des hymnes guerriers, il se retirerait dans une tour d'ivoire dans laquelle il serait criblé de balles par les deux partis. »>>>
  24. «Mais que de Philistins bourgeois en France!»>>>
  25. «Je suis de ceux qui crient que les opinions engagent.»>>>
  26. "Sans quoi son occupation ne serait qu'un travail et son œuvre ne serait que de l'ouvrage. Mais il faut aussi qu'il en sorte, qu'il jette les yeux au-dehors et qu'il prend position vis-à-vis des problèmes de son temps.">>>
  27. "Ce journal m'ennuie. Il m'inquiète. Je sens en lui un étranger, un ennemi. Il me guette.">>>
  28. "Ne vous faites pas avaler par les Casques d'Acier ! Faites-leur la leçon ! Pas de révision ! La sécurité avant le désarmement !">>>
  29. « Ferions-nous mieux à sa place ? »>>>

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