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Le cauchemar comme méthode : langage, culpabilité et généalogie de la perte
Ce texte a été commandé par France Culture à l’initiative de Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon 2025, qui avait cette année-là mis la langue arabe à l’honneur. Une première version a été récitée publiquement par Leïla Slimani le 8 juillet 2025, dans la cour du Musée Calvet, dans le cadre de ce festival.
Le texte ne commence pas par une thèse, mais par une sensation corporelle. « Je fais souvent le même cauchemar. Un cauchemar terrifiant dont le décor change, mais la peur ne s'apaise pas. » 1 Slimani se trouve dans une salle d'audience, il est censé prendre la parole, il parle en français – et il est interrompu : « Nous ne sommes pas en France ici. Parlez arabe. » 2 La paralysie s'ensuit immédiatement : « Je cherche mes mots. Rien ne vient, et je comprends que j'ai perdu, que je ne pourrai jamais prouver mon innocence. » 3 Le tribunal est une métaphore de la légitimité sociale. Quiconque parle la mauvaise langue est coupable – non pas au sens juridique du terme, mais au sens identitaire. L’innocence indémontrable réside dans l’appartenance au Maroc, la légitimité dans le fait d’écrire en français sur un monde arabophone. Ce sentiment de culpabilité n’est pas une névrose privée, mais bien la structure intériorisée d’une histoire éducative postcoloniale.
Slimani oppose immédiatement ce cauchemar à un souvenir d'enfance : petite fille, elle saluait sa grand-mère alsacienne dans un arabe enfantin, en disant « dehors, dehors, dehors » (« el bela, el bela, el bela »). La grand-mère est une figure paradoxale dans ce tableau colonial : arrivée au pays comme épouse d'un ancien colonisateur marocain, elle apprend la langue par joie, curiosité et désir. « Elle la maîtrisait parfaitement, sans jamais perdre son accent germanique. Elle l'aimait, jouait avec, et appréciait sa poésie, son humour et sa malléabilité. » 4 Elle provoque les passants avec des obscénités pour susciter des réactions, pour établir un véritable lien avec la langue. C’est exactement l’inverse du modèle colonial que Slimani décrit dans la même phrase : la plupart des Européens qui avaient vécu au Maroc pendant vingt ou trente ans n’avaient jamais appris l’arabe parce que « tout le monde parlait français ». 5.
L'univers de l'enfance de Slimani est multilingue et sans hiérarchie : darija (arabe marocain), chleha (dialecte berbère des ouvriers agricoles de la ferme de son grand-père), français, espagnol, allemand. Elias Canetti apparaît comme la première référence intertextuelle – de La langue sauvée« On parlait souvent de langues ; sept ou huit langues différentes étaient parlées rien que dans notre ville. Chacun a énuméré les langues qu'il connaissait. Cela pourrait vous sauver la vie ou celle des autres. » 6 Le parallèle est choisi avec soin : Canetti, Bulgare séfarade, comme Slimani, est un enfant d’un monde où le multilinguisme est une ressource de survie, non une curiosité. L’allemand est la langue secrète de sa grand-mère – « son secret, son refuge, sa chambre à elle ». 7 — une langue dans laquelle elle devient une autre personne, avec des gestes, des intonations, un rire différents. C’est là la thèse centrale de l’essai : les langues ne sont pas des moyens de communication, mais des identités, des corps, des secrets. Qui perd une langue perd une part de lui-même.
Le paradis se brise lorsqu'on entre au lycée Descartes, que Slimani décrit comme « une enclave dans laquelle une élite, éduquée selon un modèle étranger et dans une langue étrangère, se reproduisait et – complètement détachée du pays dans lequel elle vivait – pouvait gouverner sans mauvaise conscience ». 8L'arabe classique est considéré comme une « langue sacrée ». 9 Ils ont été instruits – et emprisonnés précisément à cause de cette sacralisation : « On nous répétait sans cesse que la langue arabe était sacrée et que nous ne pouvions pas en faire ce que nous voulions. » 10 Une langue sacrée est une langue morte pour la littérature : on l'aborde avec révérence, et non avec la liberté créative qu'exige l'écriture.
Le père (modèle pour Mehdi dans Le pays des autresIl est la figure tragique de cette généalogie. L'un des trois seuls Marocains, il fréquente l'école coloniale, endure en silence les remarques racistes de son professeur de mathématiques et travaille avec une énergie obsessionnelle. Ses propres écrits, cités par Slimani, expriment ce dilemme : « Cette décision, comme je l'ai compris bien plus tard, m'a aussi donné l'image d'un Européen, d'un Occidental. » 11 Slimani appelle cela « le premier nœud, la première blessure, le premier point de rupture ». 12 – le premier nœud d’une chaîne de pertes historiques qui conduit directement à leur propre silence.
Roland Barthes apparaît ici comme le second axe intertextuel majeur. Barthes écrit qu'un écrivain joue avec sa langue maternelle, le « corps de sa mère ». 13Les glorifier, les embellir ou les démembrer. Slimani renverse la question : « Et le corps de mon père, alors ? » 14 Pour elle, la langue arabe est le corps du père – « ce corps immobile, ce corps enchaîné, emprisonné, ce corps mort, ce corps de la langue que je ne parle pas. » 15 Et Levinas ajoute : Son père, en exil, veillait toujours à trouver d'abord un professeur d'hébreu, car la langue était « le premier élément du bien-être ». 16 Ce n'était pas le cas avec le père de Slimani : « Avec mon père, ce lien est rompu. Le fil de la mémoire s'est cassé. » 17 Les funérailles de son père – Slimani ne comprend pas les prières, ne peut répondre aux condoléances en arabe – transforment la catastrophe structurelle en un choc personnel.
Paris, la femme arabe et la Babel à l'envers : l'identité en exil
La troisième partie s’ouvre sur un paradoxe apparent : « J’ai dû m’installer à Paris à l’âge de dix-huit ans pour comprendre que j’étais arabe. » 18 Slimani a quitté le Maroc en tant que Marocaine ; à Paris, elle devient Arabe – à travers le regard de l’autre. Il s’agit là d’une observation d’une grande justesse sur le plan culturel : les identités ne se forment pas seulement de l’intérieur, mais se construisent aussi par la réflexion. Paris présente Slimani comme une « minorité visible ». 19, car son corps ne correspond pas à la norme. Et dans les livres et les films qu'elle connaît et aime, « personne ne me ressemblait ». 20La France était initialement un « lieu de fiction ». 21 – un pays qu’elle connaissait par la littérature, mais qu’elle a perçu comme étranger à son arrivée : « Je suis arrivée dans un pays qui était le mien et en même temps étranger. » 22
Le retour au Maroc après des années à Paris révèle le revers de la médaille : le darija lui échappe, on se moque de son accent, elle se sent excommuniée. Slimani parle d’une « Babel inversée ». 23« Au commencement était la diversité des langues, la différence, la coexistence, mais ensuite, pour citer le texte biblique, il y eut une seule langue et les mêmes mots. » 24 Le mythe biblique de Babel est inversé : ce n’est pas la dispersion des langues, mais leur convergence en une seule – le français – qui constitue le traumatisme. « Contrairement à ma grand-mère […] je ne parlais pas une langue de plus, mais une de moins. » 25
Ici se déploie une analyse socio-politique des hiérarchies linguistiques. Slimani réfléchit à la manière dont sa parfaite maîtrise du français l'a protégée de l'exclusion sociale : « Je suis convaincue que ma maîtrise de la langue m'a largement protégée de l'exclusion, du rejet, voire de toute forme de condescendance. » 26 L’« accent arabe » 27 C'est un code social – l'accent des classes défavorisées, la comédie « bougnoule ». Slimani admet avoir elle-même imité cet accent lorsqu'elle a remarqué que cela amusait ses camarades de classe. C'est un moment d'autocritique implacable : elle aussi a participé à ce système d'humiliation qu'elle dénonce aujourd'hui.
L’utopie cosmopolite de ses parents – marocain et français, africain et occidental, monarchie et république – apparaît dans ce passage comme un idéal fragile, aujourd’hui révolu. Son père rêvait d’un pont entre le Maroc et l’Espagne, citant le roi Hassan II : « Le Maroc comme un arbre aux racines africaines et aux feuilles européennes. » Slimani commente laconiquement : « Comme mon père était naïf, pleurant de joie à la vue des images de la chute du mur de Berlin en 1989 ! » 28 Aujourd'hui, on compte plus de 75 murs frontaliers dans le monde ; en 1989, il n'y en avait que six. « Où se situe l'attaque à la frontière actuellement ? » 29 – la question est à la fois rhétorique et douloureuse.
L’engagement de Slimani envers la Francophonie, qu’il a assumé en tant qu’ambassadeur en 2017, est présenté ici comme un geste politique : une lutte contre le monolinguisme conservateur au Maroc, ainsi que contre la vision impériale et arrogante de la Francophonie qui perçoit le français comme un instrument de domination. La référence à Aya Nakamura – dont la possible comparution devant l’Institut de France avait suscité l’indignation de la droite et de l’extrême droite, son français étant jugé trop influencé par l’africanité – constitue un ancrage politique concret. Slimani répond par une thèse linguistique et théorique : « La langue pure n’existe pas ; c’est un fantasme politique, une fiction. Le français respire l’arabe, le wolof, le créole haïtien ; il est déjà Babel. » 30 Tayeb Salih aurait déclaré, d'après Saison de migration à travers le nord« Nous parlons désormais leur langue sans culpabilité et sans gratitude. » 31 L’appropriation de la langue coloniale n’est pas un acte de trahison, mais un acte d’émancipation.
Le monde arabe comme champ de bataille : 11 septembre, exotisation et littérature
La quatrième partie est la plus sombre de l'essai. « Les années qui ont suivi le 11 septembre 2001 ont brisé l'utopie de mes parents. » 32 L’attentat terroriste a fait de Slimani et de personnes comme elle des membres malgré elles d’un clan : « Nous étions musulmans, attachés au passé, incapables de nous réformer. Même notre langue a été profanée. » 33 La langue arabe devient la langue de la menace. Slimani fait référence à Ingeborg Bachmann, qui a écrit sur la langue allemande corrompue par le roman nazi : la guerre « son reflet, son intrusion dans le langage, son effet subséquent sur la vie ». 34 Le parallèle est frappant et précis : la langue arabe a subi une contamination analogue par le biais du terrorisme islamiste. « Prononcez cette phrase, Allahu Akbar, dans n’importe quelle rue du monde occidental et vous verrez la terreur qu’elle déclenche. » 35
L'analyse sociale se concrétise à travers les médias et les statistiques. Une étude montre qu'en 2016, un magazine français a fait figurer l'islam en couverture chaque semaine, systématiquement dans un contexte de violence, de barbarie et de haine. Le documentaire de Nabil Wakim, « Mauvaise langue », illustre comment, dans l'imaginaire collectif, l'arabe devient la langue des pauvres, des marginalisés et des fanatiques. Et : « L'arabe, deuxième langue la plus parlée en France, est aussi la moins enseignée. » 36 L'arabe est de facto la deuxième langue la plus parlée en France, mais il est perçu comme hostile. Lorsque la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a proposé d'améliorer l'enseignement de l'arabe, elle a été accusée de communautarisme et de prosélytisme religieux.
Slimani rétorque en rappelant : « Relisez Léon l’Africain ! Relisez les pages de Naguib Mahfouz sur Le Caire ou celles de Hanan El-Cheikh sur Beyrouth ! » 37 La civilisation arabo-islamique comme un monde pluraliste, cosmopolite et ouvert d'esprit – représentée par Amin Maalouf et Mahfouz, les traducteurs arabes de textes grecs au VIIIe siècle. L'étymologie comme arme politique : « Algèbre, algorithme, zéro et chiffre sont des mots d'origine arabe. » 38 À Lisbonne, Slimani découvre les traces arabes de l'Europe : « al cantar » signifie pont en arabe – Alcântara ; le Maroc appelle les oranges « boultoukal » – Portugal. « Pourquoi l'Europe a-t-elle tant de mal à reconnaître ce passé arabo-musulman ? […] Je ne cesserai de le répéter : non, nous ne sommes pas vos étrangers incorrigibles. » 39
Les anecdotes autobiographiques sur la vie d'un « écrivain maghrébin » 40 sont une phénoménologie de l'orientalisme littéraire. Le lecteur, qui parle de sa « petite bonne » Malika : « Vous êtes gentille, Madame, vous ne m'avez jamais frappée. » 41 – et la question pleine d'esprit de Slimani : « Quelle était sa taille ? » 42 La journaliste suédoise qui s'enquiert des statistiques sur le viol. La critique littéraire qui qualifie systématiquement ses livres de « piquants » et de « hauts en couleur ». 43 L’inévitable critique qui demande pourquoi elle n’écrit pas en arabe. Ce ne sont là que des variations d’un même geste : réduire l’auteure à ses origines, l’exclure du canon universel. Contre le « classement » 44Slimani, à qui l'on propose ce livre, cite Rushdie : « Les écrivains qui comptent n'ont jamais écrit "au nom de", mais plutôt contre lui. » 45
L'art de l'empathie : la littérature contre la frontière
Dans la cinquième partie, Slimani développe sa théorie du roman. « J’ai toujours été fascinée par la question des perspectives, par la manière absolument unique dont chacun perçoit le monde. » 46 Le roman est un vecteur de perspectives diverses – il oblige le lecteur à adopter un état d'esprit inhabituel. Elle cite un personnage de J'emporterai le feu« C’est d’abord dans les livres que j’ai appris que j’aimais les gens. » 47 — une phrase qu’elle s’approprie. Les livres — Tolstoï, Jack London, Pearl Buck — lui permettent, enfant à Rabat, d’être russe, chinoise et américaine. Camus, dans son discours d’acceptation du prix Nobel, le « Discours de Suède », pose les fondements de cette poétique : « L’art n’est pas un plaisir solitaire. Il est un moyen de toucher le plus grand nombre en leur offrant une image privilégiée des joies et des peines partagées. Quiconque a choisi sa vocation d’artiste parce qu’il se sentait différent apprend qu’il ne nourrira son art qu’en reconnaissant sa ressemblance avec tous les autres. » 48
La réflexion sur la traduction est l'un des passages les plus denses sur le plan théorique. « Si l'écriture est une œuvre d'altérité — se mettre dans la peau de l'autre, inventer des voix qui nous sont étrangères —, alors la traduction prolonge ce geste et ce mouvement. » 49 La traductrice allemande lui écrit : « Vous utilisez le mot “complice”, et cela me donne des sueurs froides. C’est tellement ingrat de traduire. » 50 Le mot familier devient nouveau, profond et étrange par le processus de traduction. George Steiner (extrait de Après BabelOn cite la phrase suivante : « Apprendre une langue étrangère signifie accepter de ne pas se sentir complètement à l’aise dans cette langue. » 51 Pour Steiner, Babel n'est pas une punition, mais une bénédiction paradoxale : la diversité linguistique préserve du totalitarisme d'une langue unique. Slimani étend cette idée au contexte politique actuel : contre les barrières linguistiques populistes et contre l'intelligence artificielle, entraînée sur des corpus anglais et promouvant l'uniformité linguistique.
La menace que représente le pouvoir autoritaire pour la littérature est clairement identifiée : 6 000 livres interdits dans les écoles américaines d’ici 2025, des exemplaires brûlés d’Harry Potter, l’index où figurent Tolstoï, Anne Frank, Morrison, Baldwin, Steinbeck, Orwell et Lee. Dror Mishanis Au ras du sol – Un écrivain israélien en guerre, qui se demande s’il est autorisé à écrire sur les Palestiniens – illustre l’injonction mondiale au silence : « Les écrivains doivent savoir quand se taire. » 52 La réponse de Slimani réside dans sa propre poétique : « La littérature est le seul art capable de nous immerger si profondément dans une conscience, de nous permettre de voir la vie de l'intérieur et de nous montrer que les gens ne sont jamais tout à fait ce qu'ils paraissent. » 53
Philip Roth – dans une interview accordée à Libération en 2018 – offre l’image de la résignation : les 15 000 lecteurs d’aujourd’hui, 7 500 dans dix ans, finalement « quelques centaines, enterrés dans les catacombes ». 54Slimani admet que ce pessimisme la saisit parfois. Mais elle le rejette. Anna Akhmatova se tient devant la prison de Leningrad où son fils est incarcéré. Une femme lui demande : « Et ceci, pouvez-vous le décrire ? » 55 Akhmatova répond : « Oui, je peux. » 56 C’est là le fondement de la pensée de Slimani : la volonté de décrire l’indicible. La littérature comme témoignage, non comme ornement.
L’essai se termine par une double auto-définition. À la suite de Mandelstam, elle s’est construit une « terre de mots » : « Ma terre, je l’invente et l’enferme dans les romans comme dans une boule de verre que je pourrais secouer, et il y aurait du vent, de la neige et des jours d’été où l’air serait si chaud qu’on ne pourrait rien faire. » 57 La boule à neige comme métaphore du roman – un monde que l'on peut secouer pour le réorganiser. Et la dernière phrase, une reformulation de la fin de Camus en Le mythe de Sisyphe« Il faut imaginer que nous vivons heureux dans une maison de Babel. » 58 Ce qui est une punition dans le mythe biblique – la dispersion des langues – est déclaré une utopie : Babel n’est pas la fin de la communication, mais le début d’un monde humain pluriel, polyphonique et infiniment riche.
Assaut contre la frontière (« Attaque à la frontière ») : Ce court texte rend transparent ce que les romans avaient toujours montré : que la question de la langue arabe est la question centrale de la trilogie. Le pays des autres (« Le pays des autres ») signifie que l’histoire de Mehdi est celle de son père et que le « pays des autres » désigne tout pays qui demeure étranger parce que sa langue reste étrangère. La métaphore de la « langue fantôme » évoque l’image d’un membre fantôme dont on ressent encore la présence malgré l’amputation. 59 – explique pourquoi les caractères arabophones sont écrits en français : l’arabe n’est pas absent, mais présent comme un fantôme, inscrit entre les lignes.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.
Remarques- "Je fais souvent le même cauchemar. Un cauchemar terrifiant, dont le décor change sans que la peur, elle, s'atténue.">>>
- "On n'est pas en France ici. Parle en arabe.">>>
- "Je cherche mes mots. Rien ne vient et je comprends alors que j'ai perdu, que je ne pourrai jamais prouver mon innocence.">>>
- "Elle la maîtrisait à la perfection, sans jamais perdre pourtant son accent germanique. Elle l'aimait, en jouait, en appréciait la poésie, l'humour et la plasticité.">>>
- « au monde parlait français »>>>
- "Il était souvent question de langues, on en parlait sept ou huit différents rien que dans notre ville. Chacun faisait le compte des langues qu'il connaissait. Cela pouvait vous sauver la vie ou sauver la vie d'autres gens.">>>
- « Son secret, son refuge, sa chambre à elle »>>>
- « Enclave où une élite élevée à la mode étrangère, dans une langue étrangère, se reproduisait et, totalement dissociée du pays où elle vivait, pourrait dominer sans mauvaise conscience »>>>
- « langage sacré »>>>
- « nous répétions que la langue arabe était sacrée et que nous ne pouvions pas en faire ce que nous voulions. »>>>
- « Ce choix m'a aussi, je l'ai découvert bien plus tard, étant donné l'image d'un Européen, d'un Occidental. »>>>
- « le premier noeud, la première blessure, le premier déchirement »>>>
- « corps de sa mère »>>>
- « Et le corps de mon père alors ?>>>
- «ce corps immobile, ce corps entravé, emprisonné, ce corps mort, ce corps de la langue que je ne parle pas.»>>>
- « Le premier élément de confort »>>>
- "Avec mon père, ce lien s'est brisé. Le fil de la mémoire s'est rompu.">>>
- "La chute que j'ai installée à Paris, les dix-huit ans, pour comprendre que j'étais une Arabe.">>>
- « minorité visible »>>>
- « personne ne me marque »>>>
- « lieu de fiction »>>>
- «J'arrive dans un pays qui était le mien tout en étant étranger.»>>>
- "Babel inversée">>>
- « Au commencement, la pluralité des langues, la différence, la coexistence se retrouvent, pour reprendre le texte biblique, « dans sa langue et avec les mêmes mots ». »>>>
- « Contrairement à ma grand-mère […] je n'ai pas parlé une langue de plus mais une de moins. »>>>
- «Je suis convaincue que la maîtrise de la langue m'a en grande partie protégée de l'exclusion, vous rejetez ou même simplement d'une forme de condescendance.»>>>
- "accent arabe">>>
- « Comme il était naïf, mon père qui pleurait de joie devant les images de la démolition du mur de Berlin en 1989 !>>>
- « Où est-il, à présent, l’assaut contre la frontière ?>>>
- "La langue pure n'existe pas, elle est un fantasme politique, une fiction. Le français respire l'arabe, le wolof, l'haïtien, il est déjà Babel.">>>
- «Nous parlons maintenant de leur langue sans culpabilité ni reconnaissance.»>>>
- « Les années qui ont suivi le 11 septembre 2001 ont fait voler en éclat l'utopie de mes parents. »>>>
- "Nous étions des musulmans, English dans le passé, incapables de nous réformer. Notre langue même était salie.">>>
- «son reflet, sa pénétration dans la langue, son effet d'après coup sur la vie.»>>>
- "Cette phrase, Allah akbar, prononcez-la dans n'importe quelle rue du monde occidental et regardez la terreur qu'elle provoque.">>>
- « L'arabe, qui est la deuxième langue la plus parlée de France, est aussi la moins enseignée »>>>
- "Relisez Léon l'Africain ! Relisez les pages de Naguib Mahfouz sur Le Caire ou de Hanan El-Cheikh sur Beyrouth !">>>
- « Algèbre, algorithme, zéro ou chiffre sont des mots d'origine arabe. »>>>
- "Pourquoi l'Europe at-elle tant de mal à valoriser ce passé arabo-musulman ? [...] Je ne cesse de le marteler : non, nous ne sommes pas vos irréductibles étrangers.">>>
- « écrivain maghrébin »>>>
- « vous êtes gentille, vous, Madame, vous ne m'avez jamais battue »>>>
- “Elle mesurait combien?”>>>
- «épicés», «colorés»>>>
- « boîtes »>>>
- "Les écrivains qui comptent n'ont jamais écrit 'au nom de' mais plutôt contre.">>>
- «J'ai tous été fasciné par la question des points de vue, par la façon absolue singulière dont chacun regarde le monde.»>>>
- «C'est d'abord dans les livres que j'ai aimé les gens»>>>
- "L'art n'est pas une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Celui qui a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend qu'il ne nourrira son art qu'en avouant sa ressemblance avec tous.">>>
- « Si l'écriture est un travail d'altérité – se mettre dans la peau de l'autre, inventer des voix étrangères à soi –, la traduction prolonge ce geste et ce déplacement. »>>>
- "Tu utilises le mot complice et il me fait venir des sueurs froides. Il est si ingrat à traduire.">>>
- "Apprendre une langue étrangère c'est accepter de ne pas être tout à fait chez soi dans la langue.">>>
- « Les écrivains doivent savoir se rendre. »>>>
- « La littérature est le seul art capable de nous immerger à ce point dans une conscience, de nous faire voir la vie de l'intérieur et, ainsi, de nous révéler que les gens ne sont jamais tout à fait ce qu'on croit qu'ils sont. »>>>
- "Une centaine, enfouis dans les catacombes">>>
- « Et ça, tu peux le décrire ?>>>
- « Oui, je le peux. »>>>
- «Mon pays, je l'invente et je l'enferme dans les romans comme dans une boule de verre que je pourrais remuer et il y aurait le vent et il y aurait la neige et des jours d'été où l'air serait si chaud qu'on ne pourrait rien faire.»>>>
- «Il faut imaginer qu'à Babel nous vivons heureux.»>>>
- « Comme on parle d'un membre fantôme dont on a envoyé encore la présence bien qu'il ait été amputé »>>>