Doukipudonktan : Histoire de l'écriture française par Gabriella Parussa

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Gabriella Parussa, Écrire en français, Actes Sud, 2025.

Entre règle et jeu : du son à la norme

L'ouvrage de Gabriella Parussa vise à raconter l'histoire de l'écriture française non pas comme une simple succession de réformes orthographiques, mais comme un processus social, politique et culturel. Son argumentation allie une connaissance historique approfondie à un diagnostic réflexif du présent : Parussa examine dans Écrire en français Cet ouvrage examine le processus séculaire de la transcription du français parlé en français écrit, interrogeant de manière critique le choix d'un alphabet latin intrinsèquement inadéquat et la transformation d'une liberté graphique initiale en une norme sociale rigide. La principale conclusion est que l'orthographe française n'est pas une construction statique, mais le fruit de choix politiques, sociaux et technologiques délibérés – depuis sa première trace écrite au IXe siècle, en passant par sa standardisation par l'imprimerie, jusqu'à sa codification dans les écoles au XIXe siècle comme instrument de distinction sociale. Si l'écart entre prononciation et orthographe alimente d'âpres débats sur la réforme, il se révèle aussi une source d'inspiration pour des jeux littéraires tels que les calembours et, dans la communication numérique moderne, témoigne d'un retour à des formes d'expression hybrides, phonographiques. Selon Parussa, ces nouvelles technologies ne signifient en aucun cas le déclin de la langue, mais soulignent au contraire sa constante capacité d'adaptation aux nouveaux médias.

Gabriella Parussa est une linguiste historienne spécialiste de l'histoire du français, et plus particulièrement de l'écriture médiévale et du début de l'époque moderne. Ses recherches se situent à la croisée de l'histoire de la langue, de la graphétique, de la sociolinguistique et de l'histoire culturelle. Une caractéristique essentielle de son travail est l'alliance constante d'une grande rigueur philologique et d'une réflexion plus large sur les pratiques sociales de l'écriture : qui écrit, dans quelles conditions, avec quels outils et pour quel public ? Elle est surtout connue pour ses travaux sur la culture de l'écriture médiévale, la diversité des systèmes graphiques et l'histoire de l'orthographe. Gabriella Parussa appartient à la génération de linguistes qui s'éloignent d'une approche classique et fortement normative de l'écriture historique pour privilégier les pratiques, les acteurs et les discours liés à l'écriture. Sur le plan méthodologique, elle se rapproche ainsi d'une sociolinguistique ancrée dans l'histoire et d'une philologie sensible au tournant matérialiste.

Cet ouvrage ne peut être clairement rattaché à un seul sujet, mais opère délibérément à l'intersection de plusieurs disciplines :

histoire linguistique Il s'agit d'une description de l'origine et du développement du système d'écriture français, des premiers textes romans à nos jours. Contrairement aux histoires classiques de l'orthographe, cependant, Parussa ne présente pas ce développement de manière téléologique, c'est-à-dire comme un récit de progrès vers une norme supposément optimale.

Graphématique Cet ouvrage analyse le système d'écriture français comme un code complexe qui ne repose pas uniquement sur la phonétique, mais qui recèle également des informations sémantiques, morphologiques et historiques. Ce faisant, Parussa se positionne contre les discours réformateurs simplistes sans pour autant adopter une attitude défensive conservatrice.

histoire culturelle et sociale Elle conçoit l'écriture comme une pratique sociale. Pour elle, l'écriture n'est jamais neutre, mais toujours ancrée dans des institutions (église, école, État), des conditions techniques (manuscrit, impression, médias numériques) et des rapports de pouvoir. Dans cette perspective, Écrire en français près de histoire culturelle de l'écrit (Chartier, Petrucci), sans pour autant adopter leur approche centrée sur l’histoire du livre et de la lecture.

Cet ouvrage se situe à mi-chemin entre synthèse scientifique et intervention théorique. Il ne s'agit pas d'un ouvrage spécialisé au sens strict, mais plutôt d'une réflexion globale. C'est précisément pour cette raison qu'il remplit une fonction essentielle : il rend les conclusions de la linguistique historique accessibles aux disciplines connexes – études littéraires, études culturelles et sociologie. De ce fait, il constitue une contribution programmatique à la déconstruction de la norme. Parussa démontre que le système d'écriture français est historiquement contingent, socialement contesté et fonctionnellement multiforme. Cette perspective rapproche son travail des études qui appréhendent le langage non pas principalement comme un système, mais comme une pratique.

Introduction

L'introduction expose clairement l'enjeu central de la recherche : l'écriture n'est pas un acte neutre de translittération, mais une technique culturelle qui implique toujours des choix, des rapports de pouvoir et des effets sociaux. Parussa situe explicitement son ouvrage au-delà d'une histoire normative de l'orthographe. Elle propose une perspective qui considère la matérialité de l'écriture, les acteurs, les pratiques et les discours de manière intégrée. Ce cadre théorique sous-tend les chapitres suivants.

Aux origines d'une tradition millénaire

Le premier chapitre soutient que la forme écrite du français n'était ni innée ni le fruit d'un processus linéaire. Parussa montre comment le français a d'abord existé dans l'ombre du latin et n'a accédé à l'écriture que progressivement – ​​par le biais de la pratique ecclésiastique, des nécessités administratives et des expérimentations littéraires. Au cœur de cette thèse se trouve l'idée que les premiers textes français sont principalement des transcriptions de traditions orales. L'auteur interprète cette phase comme une période de négociation entre la proximité phonétique avec la langue parlée et la persistance des conventions d'écriture latines. La diversité historique de scriptae Cela constitue une preuve contre toute notion d'un système d'écriture ancien et homogène.

Enseigner à lire et à écrire le français

Dans le deuxième chapitre, l'attention se porte sur le développement progressif d'un système graphique relativement stable. Parussa soutient que cette stabilisation résulte moins d'une intuition linguistique que de conditions institutionnelles et techniques : la formation des scribes, la circulation des manuscrits et, plus tard, l'imprimerie. L'argument souligne le caractère contingent de ce processus : ce qui prévaut n'est pas nécessairement ce qui est « le plus logique », mais plutôt ce qui est socialement accepté et reproductible. L'orthographe apparaît ici comme une pratique sédimentée, et non comme un système rationnellement planifié.

L'invention de l'orthographe

Ce chapitre constitue le cœur analytique de l'ouvrage. Parussa y démontre comment les processus de standardisation sont étroitement liés à la centralisation de l'État, au système scolaire et au prestige culturel. Son argumentation remet en question l'idée largement répandue selon laquelle les normes servent avant tout à des fins de compréhension. L'auteure soutient au contraire qu'elles structurent l'inclusion et l'exclusion sociales. La norme apparaît ainsi comme un produit historique dont l'autorité repose moins sur une nécessité linguistique que sur une application institutionnelle.

La faute orthographique

Parussa aborde ensuite le concept de « faute » (ou « erreur »). Elle soutient qu'une erreur n'est pas simplement un écart par rapport à une règle, mais une construction discursive. Les erreurs orthographiques fonctionnent comme des marqueurs d'évaluation sociale et de sélection scolaire. La force de ce chapitre réside dans le changement de perspective : ce n'est pas l'erreur elle-même, mais la manière dont elle est traitée qui devient l'objet d'étude. Parussa démontre de façon convaincante combien les connotations morales et symboliques façonnent notre perception de l'orthographe.

Jeu, créativité et littérature

L’auteure propose ici une contre-position à cette fixation normative. Elle soutient que la distance relative entre le son et l’écriture en français ouvre un immense champ poétique et ludique. Les jeux de mots, les ambiguïtés et les expérimentations graphiques apparaissent non comme un usage abusif de la langue, mais comme une utilisation productive de sa structure. La littérature devient ainsi un laboratoire où les règles implicites du système d’écriture se révèlent et s’ouvrent à la réflexion.

Écrire à l'ère numérique

Le chapitre de conclusion inscrit l'analyse historique dans le présent. Parussa soutient que les pratiques d'écriture numérique ne constituent pas un « signe de déclin », mais marquent plutôt une nouvelle phase de la démocratisation de l'écriture. Les écarts par rapport à la norme sont interprétés de manière fonctionnelle : comme un moyen d'atteindre l'intimité, l'expressivité ou l'appartenance à un groupe. Parallèlement, l'auteur insiste sur le fait que la connaissance des normes demeure une ressource culturelle essentielle. La tension entre liberté et règles n'est pas résolue, mais reconnue comme constitutive.

Global

Écrire en français Parussa convainc par la clarté de son argumentation et le lien constant qu'il établit entre histoire linguistique et analyse sociale. Chapitre après chapitre, il démontre que l'orthographe n'est ni une loi naturelle ni un simple problème pédagogique, mais bien un système d'ordre symbolique historiquement construit. La force de l'ouvrage réside dans son objectivité dédramatisante : il ne prône ni réformes radicales ni préservation conservatrice, mais plutôt une conception de l'écriture comme pratique culturelle, éclairée par l'histoire.

Écrivains et réformes de l'écriture : Peletier du Mans, Queneau et les autres

Aux côtés de Jacques Peletier du Mans et Raymond Queneau, cet ouvrage met en lumière un large éventail d'auteurs dont le radicalisme et les objectifs diffèrent considérablement. Si Nithard est considéré comme un pionnier du IXe siècle, ayant été le premier à transcrire la langue vernaculaire afin de rendre compte fidèlement du langage parlé, Marie de France choisit délibérément le français au XIIe siècle pour des raisons didactiques, afin de le rendre accessible au peuple. Au XVIe siècle, des érudits tels que Louis Meigret (auteur de la première grammaire française) et Pierre de La Ramée réclamèrent une adaptation systématique de l'écriture à la prononciation, Meigret se distinguant notamment de Peletier par sa prononciation lyonnaise spécifique. Honorat Rambaud, puis Louis-Charles Marle, adoptèrent une approche beaucoup plus radicale, cherchant à compléter, voire à remplacer, l'alphabet traditionnel par des caractères entièrement nouveaux afin de combler le fossé entre le son et l'écriture. À l'inverse, des réformateurs du XVIIe siècle comme Louis de Lesclache et Antoine Lartigaut ont adopté une approche pragmatique pour faciliter l'accès à l'éducation sans connaissance du latin, sans pour autant bouleverser les formes écrites traditionnelles. Tandis que Queneau utilisait l'orthographe phonétique comme procédé littéraire, le dramaturge Pierre Corneille, vers la fin de sa carrière, a délibérément optimisé son orthographe comme instrument de diffusion internationale, afin de faciliter la lecture aux étrangers. Enfin, Jean-Baptiste de La Salle a marqué un tournant dans l'histoire de l'éducation en révolutionnant l'enseignement du français et en insistant sur le fait que les enfants devaient d'abord apprendre à lire en français, et non en latin.

Jacques Peletier du Mans

Dans l'œuvre de Parussa, Peletier occupe une place fondamentalement différente de celle d'un écrivain comme Queneau. Il apparaît non comme un expérimentateur littéraire, mais comme un réformateur orthographique précoce et systématique, dont le projet est paradigmatique des débats réformateurs de la Renaissance. Parussa aborde Peletier principalement dans le contexte de son œuvre. Dialogue de l'ortografe et prononciation françoese (1550). Il est présenté comme une figure clé car il fut le premier à concevoir explicitement l'orthographe comme un système rationnellement planifiable. Son principal souci était l'adaptation la plus cohérente possible de l'écrit à la prononciation : un symbole par son, sans considération étymologique ni vestige historique. Parussa souligne la remarquable cohérence de l'approche de Peletier. Contrairement aux propositions de réforme polémiques ultérieures, son argumentation repose sur un diagnostic linguistique clair : l'orthographe française est incohérente, surchargée et inutilement difficile pour les apprenants.

Extrait de : Dialogue De l'Ortografe et prononciation Française, départ en deux livres par Jacques Peletier du Mans, 1550.

L'argument crucial de Parussa réside dans sa contextualisation de Peleti au sein du mouvement humaniste. Sa réforme n'est pas uniquement motivée par des considérations techniques, mais aussi par une volonté de politique culturelle. L'écriture doit être rationalisée, simplifiée et ainsi rendue accessible à un public instruit, mais non élitiste. La réforme orthographique apparaît comme partie intégrante d'un projet plus vaste d'organisation et de diffusion du savoir. Parallèlement, Parussa souligne que, malgré son radicalisme, Peleti n'est pas un adversaire de la tradition écrite. Sa réforme vise non pas la destruction, mais la systématisation. À cet égard, il se situe entre la diversité des pratiques médiévales et la standardisation moderne.

Un point central de l'analyse de Parussa est la question de savoir pourquoi le projet de réforme de Peletier est resté historiquement sans conséquence. Sa réponse n'est résolument pas linguistique, mais sociale : la réforme exige une transformation profonde des habitudes de lecture et d'écriture. Elle se heurte à la matérialité de l'imprimerie et aux intérêts des imprimeurs. Surtout, elle manque de soutien institutionnel. Parussa souligne que l'orthographe de Peletier est trop rationnelle pour s'imposer : elle sous-estime le pouvoir inerte de l'habitude et la valeur symbolique des caractères étymologiques.

Peletier n'est pas un précurseur de l'orthographe française moderne ; au contraire, la norme ultérieure rejette délibérément son radicalisme phonographique. Le maintien des lettres muettes, des graphies historiques et des marqueurs morphologiques apparaît rétrospectivement comme une alternative choisie au programme de Peletier. Ainsi, pour Parussa, Peletier constitue un point de référence négatif : il sert de modèle pour illustrer les évolutions de l'orthographe française. non pas Parussa exploite ce double rôle pour démontrer qu'au XVIe siècle, la séparation entre écriture littéraire et réflexion linguistique n'était pas encore totale. Littérature, grammaire et orthographe appartenaient à un même champ intellectuel. D'un point de vue sociologique, Peletier apparaît comme une figure dont l'autorité ne reposait pas sur le pouvoir institutionnel, mais sur l'érudition – une autorité insuffisante pour établir des normes durables.

Parussa présente Peletier comme un réformateur radical, cohérent et, finalement, voué à l'échec, dont le projet illustre l'impossibilité de concevoir l'orthographe selon des critères purement rationnels. Son importance réside moins dans son influence que dans son rôle de contrepoint : Peletier démontre que le système d'écriture français n'est pas ce qu'il est parce qu'il est optimal, mais parce qu'il était socialement acceptable, institutionnellement viable et historiquement cohérent.

Raymond Queneau

Parussa n'aborde pas des écrivains comme Raymond Queneau comme des réformateurs au sens strict de l'orthographe, mais plutôt comme des acteurs littéraires qui rendent visibles les discours réformateurs, les transforment et les questionnent. Queneau n'est pas perçu comme un artisan d'une réforme orthographique pratique ou généralisable. Son style d'écriture fonctionne plutôt comme une expérience littéraire ponctuée qui révèle de manière manifeste le fossé entre le son et l'écriture.

Dans son œuvre littéraire, notamment dans le roman Zazie dans le métro (1959), Raymond Queneau utilise la phonographie comme procédé stylistique sélectif pour combler le fossé entre le « nouveau français » parlé et la langue écrite traditionnelle. Son célèbre exemple de mot « Doukipudonktan » (pour D'où qu'ils puent donc tantQueneau illustre comment il utilise le code phonographique pour retranscrire fidèlement la langue parlée. Queneau, cofondateur du groupe littéraire Oulipo, percevait l'écart entre prononciation et orthographe non comme une lacune, mais comme une ressource créative autorisant les jeux de mots et l'ambiguïté. Sa démarche s'inscrit dans une longue tradition de réformes proposées par des écrivains et des érudits : tandis que des figures comme Honorat Rambaud (1567) inventaient des alphabets entièrement nouveaux, ou qu'Antoine Lartigaut (1669) réclamaient une simplification pour qu'il ne soit plus nécessaire de connaître le latin pour écrire correctement, Queneau fait de l'écart à la norme un jeu esthétique. Il démontre ainsi que, si la phonographie demeure l'exception dans la littérature française, elle peut être un outil puissant pour souligner la vocalité et le rythme de la langue. Tandis que Jacques Peletier du Mans, au XVIe siècle, recherchait une standardisation systématique, radicale et permanente de l'ensemble du système d'écriture afin d'imposer une correspondance logique entre le son et le signe, Queneau utilisait simplement l'écriture phonétique comme une expérience littéraire ludique pour explorer les limites du langage.

Des écrivains comme Queneau, mais aussi implicitement Rabelais, l'avant-garde, ou plus tard Perec, apparaissent comme acteurs d'une expérience esthétique. La littérature est autorisée à faire ce que la société ne peut réaliser durablement : suspendre les règles pour en rendre visibles les mécanismes. Ce faisant, Parussa confère aux expérimentations littéraires sur l'orthographe une fonction métalinguistique : elles démontrent, warum Le système existant demeure stable malgré ses incohérences. Parussa démontre que le prestige symbolique permet aux écrivains de transgresser les normes sans encourir de sanctions. Ce qui est considéré comme une « erreur » dans une dissertation scolaire est salué comme une « innovation » dans un roman. Queneau peut se le permettre car il est reconnu comme auteur, et non parce que son orthographe est plus fonctionnelle. Queneau apparaît ainsi non comme un réformateur, mais comme un éclaireur du système par l'exagération – une position qui soutient exemplairement l'argumentation générale de Parussa.

Peletier et Queneau incarnent deux approches complémentaires, historiquement distinctes, de la question de l'orthographe française. Tous deux s'intéressent à l'écart entre le son et l'écriture, mais aboutissent à des conclusions opposées. Peletier conçoit l'orthographe comme un système rationnellement réformable : ses propositions, fondées sur la phonographie, visent la transparence, la simplification et une validité universelle. Queneau, quant à lui, accepte la stabilité historique de la norme et exploite ses incohérences à des fins littéraires. Son orthographe phonétique simule la réforme sans l'exiger, tirant sa force précisément de l'existence d'une orthographe fixe. Tandis que Peletier raisonne de manière normative et universaliste, Queneau adopte une approche situationnelle et esthétique. Cette comparaison révèle que l'histoire de l'écriture française se déploie entre la revendication d'une réforme systématique et la réflexion littéraire sur la norme.

Histoire littéraire de l'écriture française

Écrire en français L'œuvre de Parussa présente un intérêt certain à plusieurs égards, tant pour l'histoire de la littérature de fiction que pour les questions de sociologie littéraire. Bien que son approche soit principalement axée sur l'histoire du langage et de l'écriture, son argumentation a des conséquences implicites, et parfois très fructueuses, pour ces deux domaines.

Pertinence pour l'histoire de la littérature de fiction

Pour l'histoire littéraire, il est crucial que Parussa ne confonde pas l'émergence du français comme langue écrite avec l'émergence de la « littérature » au sens moderne du terme. En démontrant que les premiers textes français sont principalement des transcriptions de performances orales, elle relativise les attributions rétrospectives de littérarité. Ceci a des conséquences directes sur l'évaluation des premiers textes épiques, hagiographiques ou lyriques : ils apparaissent moins comme des œuvres écrites autonomes que comme des formes hybrides entre voix, mémoire et écriture. L'histoire littéraire devient ainsi une histoire des médias.

Deuxièmement, Parussa souligne que la variabilité graphique du Moyen Âge ne doit pas être perçue comme un déficit, mais plutôt comme un espace fertile d'expérimentation. Pour l'écriture littéraire, cela signifie que, pendant longtemps, l'auteur et le style ne s'organisaient pas autour d'une orthographe stable, mais plutôt autour de la reconnaissance de motifs, de formules et de modes d'expression. L'idée moderne d'un style littéraire individuel, qui se matérialise également dans l'écriture, présuppose une norme dont les écarts sont possibles – or, cette norme n'est apparue que relativement tard. L'analyse de Parussa permet donc un positionnement historique plus précis de l'émergence de l'individualité littéraire.

Enfin, son chapitre sur les jeux de mots est particulièrement pertinent pour la littérature. La thèse selon laquelle le décalage même entre le son et l'orthographe constitue un réservoir poétique peut être appliquée rétrospectivement aux traditions centrales de la littérature française – de la Grands rhéteurs De Rabelais à Queneau et Perec, la littérature apparaît ici comme un espace privilégié où le système d’écriture n’est pas seulement utilisé mais aussi mis en scène de manière réflexive.

Pertinence pour l'écriture littéraire

L'ouvrage de Parussa est important pour une poétique de l'écriture dans la mesure où il dénaturalise l'orthographe. Les écrivains ne sont plus conçus comme de simples utilisateurs d'un code figé, mais comme des acteurs au sein d'un système de possibilités et de limites historiquement construit. Ceci rapproche l'écriture littéraire d'une pratique qui, toujours implicitement, prend position contre la norme – que ce soit par adaptation, transgression ou distance ironique.

L'idée que les « erreurs » sont historiquement et socialement définies est particulièrement pertinente ici. La déviation littéraire ne peut donc plus être perçue comme une simple transgression des règles, mais comme une mobilisation consciente de la variation. Ceci s'applique aussi bien aux styles d'écriture d'avant-garde qu'à la littérature réaliste ou populaire qui cherche à se rapprocher du langage parlé.

Pertinence pour la sociologie de la littérature

D’un point de vue sociologique, l’œuvre de Parussa est pertinente à au moins trois égards. Premièrement, elle montre que l’accès à l’écriture – et donc à la production et à la réception littéraires – a longtemps été extrêmement limité par des facteurs sociaux. L’histoire de la littérature française est donc aussi une histoire de sélection sociale. La littérature ne naît pas seulement d’aspirations esthétiques, mais aussi de conditions institutionnelles : l’éducation, la formation à l’écriture et la matérialité du livre.

Deuxièmement, leur analyse de la standardisation permet une recontextualisation des évaluations littéraires. Historiquement, la correction orthographique a servi de marqueur de distinction ; elle influence la reconnaissance de la légitimité de l’auteur ou de la compétence du lecteur. Pour la sociologie de la littérature, cela signifie que la formation du canon, la notion d’auteur et le capital symbolique sont également liés à la conformité graphique.

Troisièmement, la perspective de Parussa sur les pratiques d'écriture numérique ouvre un dialogue avec la littérature contemporaine. La coexistence de différents registres d'écriture – conformes aux normes, transgressifs, ludiques – peut être interprétée comme une nouvelle différenciation sociale au sein des publics littéraires. La littérature oscille ici entre reconnaissance institutionnelle et communautés d'écriture informelles, sans que ces sphères ne soient clairement séparables.

L'ouvrage de Parussa ne propose pas de théorie littéraire explicite, mais plutôt un cadre conceptuel permettant de relire les textes littéraires d'un point de vue historique, médiatique et social. Son intérêt pour l'histoire littéraire, la poétique et la sociologie de la littérature réside précisément dans le fait qu'il place l'écriture elle-même – ses conditions, ses normes et sa portée – au centre, offrant ainsi un fondement à une analyse littéraire réflexive.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. «Doukipudonktan : L'histoire de l'écriture française dans l'œuvre de Gabriella Parussa.» Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Accessed on Mai 13, 2026 at 00:08. https://rentree.de/2025/12/19/doukipudonktan-die-geschichte-des-franzoesisch-schreibens-bei-gabriella-parussa/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.


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