Structures profondes de l'antilibéralisme : la modernité alternative de la droite française

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Nouvelle histoire de l'extrême droite (France 1780-2025). Edité par Baptiste Roger-Lacan, Seuil, 2025.

Énoncé du problème et projet global

Le groupe Nouvelle histoire de l'extrême droite (France 1780-2025) Cet ouvrage vise à dresser un tableau complet d'une force politique qui n'a cessé de se redéfinir, se réclamant d'une modernité alternative, alors même qu'elle s'est historiquement opposée au changement social. Le développement multiforme et continu de l'extrême droite ayant durablement marqué le tissu politique, culturel et social de la France, cet ouvrage propose une nouvelle perspective sur l'histoire de France.

Quand l’extrême droite française a-t-elle émergé, comment a-t-elle évolué au fil du temps et comment décrire ses formes d’organisation et ses pratiques politiques ? À quelles traditions intellectuelles s’appuie-t-elle, quelle est sa position vis-à-vis du capitalisme et quelles relations entretient-elle avec les mouvements étrangers apparentés ? De la tradition contre-révolutionnaire au régime de Vichy, en passant par les guerres coloniales et la montée du Front national, il est clair que l’extrême droite française a toujours été fortement influencée par le contexte historique. Pour éclairer cette longue évolution, Baptiste Roger-Lacan a réuni une équipe de jeunes chercheurs qui ont fondamentalement renouvelé la recherche dans ce domaine ces dernières années. Ils mettent notamment en lumière les racines du mouvement aux niveaux local et international, ainsi que les expressions caractéristiques de son idéologie politique. Historien, docteur et agrégé, Baptiste Roger-Lacan mène des recherches à la Fondation Napoléon et enseigne à l’Institut catholique de Paris et à Sciences Po. Il a également publié Le Roy. Une autre histoire de la Droite (Passés composés, 2025).

Ce volume retrace systématiquement la généalogie de l'extrême droite en France jusqu'aux débuts de la Révolution française (vers 1780). Ceci contredit les approches historiographiques plus anciennes, qui situaient souvent l'origine dans la Troisième République ou l'affaire Dreyfus. Le défi consiste à définir et à analyser ce phénomène sur une période aussi longue (longue duréeL'ER est principalement perçue comme l'extrême droite (droite radicale) définie par sa nature intransigeante (intransigeanceL’époque révolutionnaire se caractérise par un zèle excessif et un rejet fondamentaliste des valeurs universalistes et du monde issu de la révolution. Elle combat le libéralisme, le socialisme et le communisme, qu’elle considère comme les « trois visages de l’hydre révolutionnaire », et postule un ordre social naturel, hiérarchisé et organique. Bien que cette époque se présente comme antimoderne et réactionnaire, elle est paradoxalement perçue comme un agent de la modernité et de sa formation. Sur le plan méthodologique, l’ouvrage s’appuie sur la contribution de quatorze auteurs spécialistes pour offrir une perspective kaléidoscopique. L’accent est mis en particulier sur la circulation transnationale des idées (en Europe) et sur le rôle crucial de la classe coloniale, notamment de l’Algérie française, comme terrain d’expérimentation idéologique.

dimensions culturelles et littéraires historiques

La pertinence des développements politiques de l'extrême droite (ER) en France trouve son origine dans les fondements intellectuels et historiques inextricablement liés à la contre-révolution et aux Anti-Lumières (contre-Lumières) sont liés. Des penseurs comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald ont créé un « canon réactionnaire français » (canon réactionnaire français), qui n'est pas une simple réaction, mais une critique structurée et alternative de la modernité. Ces premiers écrits ont déjà activement contribué à la transformation des sociétés européennes. Au XIXe siècle, cette tradition a été réévaluée par l'histoire littéraire, qui a souligné sa cohérence idéologique. La culture politique primitive était façonnée par la matrice aristocratique, qui a favorisé le culte de la défaite héroïque (défaite héroïque) et une version imaginaire de la chevalerie (chevaleresque imaginaireL'histoire de l'ER est également marquée par une abondance d'écrits apologétiques d'activistes (par exemple, d'anciens membres de la Action française ou les néo-fascistes), qui ont longtemps brouillé la frontière entre cela et le véritable travail historique.

D'un point de vue historico-culturel, la Révolution européenne a assuré sa pérennité grâce à son organisation en tant que contre-culture politique durant les périodes de recul politique. Cette contre-culture a garanti la continuité et la préservation des idées diffusées par l'écriture, l'enseignement et la presse. Les premiers journaux contre-révolutionnaires (Les Actes des apôtres) a établi un style spécifique d’« ironie malveillante et de dérision mélancolique », qui a ensuite été adopté par des publications nationalistes telles que Rivarol La question a été abordée. Dans la seconde moitié du XXe siècle, la lutte s'est déplacée vers la métapolitique, un champ d'étude émergeant de la Nouvelle Droite une stratégie issue de la sphère culturelle, qui vise à « gagner les esprits » par le biais de formes culturelles (gagner les espritsCela se manifeste dans les contre-cultures de jeunesse (contre-cultures juvéniles), qui ont un style distinctif (style distinctif) cultiver, et dans l'utilisation tactique des médias modernes. Les activistes modernes, y compris les influenceurs, utilisent la « culture du mème » (mèmes viraux) pour banaliser et politiser des éléments historiques et pour propager une masculinité agressive (virilité agressive).

La pertinence la plus significative réside dans la construction de l'imaginaire politique et social par la diffusion de mythes et de récits (histoires et mythesLa récurrence constante des théories du complot (conspiration), par l'abbé Barruel (Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme) jusqu'à la théorie du « Grand Remplacement » (grand remplacement), est un élément central dans la formation de la culture. La classe coloniale (stratégie coloniale), notamment l'Algérie française, a structuré un imaginaire impérial (impériale imaginaireElle servait de réservoir idéologique pour exprimer la haine et les fantasmes politiques. Des auteurs comme Louis Bertrand ont mis en lumière cette imagerie coloniale dans leurs œuvres. De plus, des historiens racistes d'origine maure, tels que Pierre Gaxotte, ont utilisé l'histoire comme un « laboratoire politique », dont la Révolution française est un exemple frappant. La Révolution française (1928) comme le « premier État communiste ». Ce récit contre-révolutionnaire a alimenté l’anticommunisme et a établi un récit directeur dominant de l’extrême droite, dont l’influence s’étend bien au-delà de la sphère politique.

Discussion des contributions individuelles

Les chevaliers revenants ou la matrice aristocratique (Clément Weiss)

Cet article examine les origines de la culture politique de la Révolution européenne au sein de la contre-révolution et identifie la matrice aristocratique comme son fondement. Les premiers opposants à la révolution (les « chevaliers de retour ») étaient principalement des nobles qui défendaient jalousement leur monopole sur le commandement et cultivaient une culture politique fondée sur la violence et une chevalerie idéalisée. Dès cette époque, la Révolution européenne, par son soutien à des manifestes tels que le Manifeste de Brunswick, devint parti de l'étranger.

Une conclusion essentielle réside dans l'argument selon lequel les urgences, dès leurs débuts, avaient une culture de la défaite héroïque (défaite héroïque) et la violence exaltée qui dépasse le simple cadre doctrinal. Weiss montre que les fondements de l'extrême droite ne résident pas seulement dans les courants intellectuels anti-Lumières, mais aussi dans la défense de la caste sociale et la quête d'une distinction aristocratique.

La défaite de l'ultraroyalisme (Andoni Artola)

L'auteur analyse la période de la Restauration, durant laquelle l'ultra-royalisme a échoué. Des théories du complot ont émergé de cette défaite (conspiration), par exemple à travers les écrits de l'abbé Barruel (Mémoires pour servir à l'histoire du JacobinismeCertains interprétèrent la révolution comme un complot orchestré par des sociétés secrètes (la judéo-maçonnerie) visant à détruire l'ancien ordre. Bien que les ultra-royalistes aient effectivement exercé le pouvoir de 1822 à 1828, leur radicalisme idéologique et leur intransigeance, même sur la question de la succession, ont conduit à leur échec politique.

Cet article démontre le rôle historique fondamental du mythe du complot comme principe structurel constant de l'extrême droite. Il met en lumière le fait que l'ultra-royalisme a posé les fondements idéologiques de la diabolisation ultérieure des ennemis intérieurs dès le XIXe siècle, et que l'intransigeance de la droite radicale représente une tendance politique autodestructrice qui a maintes fois compromis son succès.

Modernités du légitimisme (1830-1883) (Alexandre Dupont)

Alexandre Dupont démontre que le légitimisme après 1830, bien qu'ayant milité pour la restauration de l'ancienne lignée des Bourbons, n'était en aucun cas une simple relique du passé. Il développa des pratiques politiques modernes et subversives. Les légitimistes eurent très tôt recours à une rhétorique populiste et s'adressèrent aux classes ouvrières, opposées aux conséquences socio-économiques du libéralisme. Des courants tels que… Loi nationale Ils préconisaient même le suffrage universel comme moyen de reconquérir le pouvoir. Le terme « extrême droite » a été forgé au milieu des années 1870 par Paul Thureau-Dangin pour décrire la position extrême des députés légitimistes (les chevau-légers) à décrire.

Cet article réfute la notion de conservatisme rigide et souligne l'inventivité de l'extrême droite au XIXe siècle. Il montre comment le légitimisme, par le biais de fantasmes monarchistes populistes et de l'utilisation de nouveaux outils politiques (tels que la presse et le suffrage), a su séduire les classes ouvrières et créer ainsi une « contre-culture politique » qui a préfiguré les mouvements de masse ultérieurs.

Un catholique extrémiste au XIXe siècle ? (Arthur Herisson)

Arthur Hérisson s'interroge de manière critique sur la possibilité de qualifier l'intransigeance catholique du XIXe siècle d'extrême droite. Si les ultramontains rejetaient par principe les valeurs libérales et révolutionnaires, leur principal objectif était la défense de l'Église et du pouvoir temporel du pape.pape-roi), et non pas nécessairement la restauration politique d'une dynastie particulière. Cela a engendré des divergences stratégiques et idéologiques avec les légitimistes.

Cet article établit une distinction entre les longue durée En démontrant que si l'alliance entre le « Goupillon » (clergé) et le « Sabre » (armée) constituait un vecteur essentiel de continuité, l'ER ne peut réduire son radicalisme politique à un catholicisme conservateur et antilibéral. Il identifie la défense de l'ordre social catholique comme un axe de réaction important, mais non identique.

Inventeur du patrimoine, de Drumont à Maurras (Baptiste Roger-Lacan)

Ce chapitre traite de la montée du nationalisme moderne dans la Troisième République, catalysée par des crises telles que le boulangisme (premier grand mouvement populiste) et l'affaire Dreyfus. La nouvelle idéologie s'appuyait sur l'antisémitisme d'Édouard Drumont (Juive France comme un best-seller qui dénonçait les Juifs comme des parasites nationaux et des agents de corruption). Charles Maurras (Action française) a réalisé la synthèse intellectuelle en fusionnant le nationalisme avec le monarchisme et les quatre « États confédérés » (Juifs, Protestants, Francs-maçons, Métèques) définis comme des ennemis intérieurs.

Cet article retrace la naissance de l'extrême droite moderne, caractérisée par l'hybridation d'anciennes idées antirévolutionnaires avec un antisémitisme et un antiparlementarisme modernes et répandus. Il souligne que le boulangisme a introduit en Europe révolutionnaire de nouvelles pratiques politiques qui dépassaient le simple monarchisme, notamment l'occupation violente et bruyante des rues.

Des militants nationalistes et féministes de la Troisième République ? (Camille Cléret)

Camille Cléret examine la participation des femmes aux luttes nationalistes et religieuses du Mouvement Érasme (ME). Bien que les femmes aient été actives dans la mobilisation antidreyfusarde et anticléricale, le ME rejetait toute forme de féminisme et le principe d'égalité. Les revendications féministes étaient qualifiées d'expressions de subversion « juive, métoïque ou maçonnique ». Si les militantes cultivaient une culture de la transgression (par exemple, Gyp), elles servaient en fin de compte la défense idéologique d'un ordre hiérarchique et patriarcal.

Cet article met en lumière les limites idéologiques du féminisme au sein de la République éthiopienne : tant que l’activisme féminin soutenait l’agenda anti-républicain et nationaliste viril, il était bien accueilli ; dès qu’il remettait en cause la hiérarchie des genres, il était considéré comme « anarchiste » et appartenant à l’ennemi (les « anti-France »). Ceci démontre à quel point le principe anti-égalitaire est profondément ancré dans l’idéologie de la République éthiopienne.

Juifs, francs-maçons, communistes : combattre l'Anti-France (Valeria Galimi)

Valeria Galimi analyse l'entre-deux-guerres, période durant laquelle le concept d'« anti-France » devint l'élément central et unificateur de l'extrême droite. Le complot initial « judéo-maçonnique » s'étendit à l'anticommunisme, donnant naissance au puissant mythe du « judéo-bolchevisme ». La menace perçue fut exacerbée par une rhétorique d'« invasion » (par des étrangers, des Juifs et des réfugiés). L'élection de Léon Blum (Front populaire) fut interprétée comme la confirmation de la « conquête juive de l'État » et déclencha des violences généralisées (comme l'assassinat de Blum) et des appels à un antisémitisme d'État, formulés par Louis Darquier de Pellepoix (futur commissaire de Vichy).

Ce chapitre montre comment l'anticommunisme est devenu le moteur décisif de l'unification des conservateurs et des extrémistes dans les années 1930, et comment l'antisémitisme, par son lien avec le bolchevisme, a pris une forme nouvelle et virulente qui a directement conduit à la politique d'élimination de Vichy. La diffusion d'une rhétorique d'invasion aux accents racistes et « scientifiques » a instauré des discours qui sont restés pertinents pour l'Érasme d'après 1945.

Tentations fascistes et nazie : les voyageurs d'extrême droite en Europe (Christophe Poupault)

Christophe Poupault examine les contacts et les voyages transnationaux des acteurs français de l'ER vers les États autoritaires d'Europe. L'Italie fasciste était le modèle privilégié, admirée pour son antiparlementarisme et son corporatisme. Bien que Action française Tandis que d'autres ligues attiraient les fascistes, les Maures et les traditionalistes finirent par préférer les régimes ibériques (Salazar et Franco) car ils incarnaient mieux les principes catholiques latins. Ces voyages et les échanges dans la presse favorisèrent la diffusion internationale des idées antilibérales.

Cette analyse réfute le mythe d’une « allergie française au fascisme » et montre que la droite française participait activement à un réseau européen qui recherchait et imitait des modèles antilibéraux. Les nuances dans le choix de ces modèles (fascisme contre autoritarisme traditionaliste) soulignent les tensions internes de la droite française et son attachement idéologique au « latinisme » comme contrepoint au germanisme et au bolchevisme.

Vichy ou l'heure de la vengeance (Anne-Sophie Anglaret et Baptiste Roger-Lacan)

Les auteurs décrivent le régime de Vichy comme « l'heure de la vengeance », durant laquelle les principes contre-révolutionnaires nourris depuis 1789 furent mis en œuvre par l'État. La défaite militaire de 1940 offrit une occasion unique d'abolir la République, d'inscrire l'antisémitisme dans la loi et de satisfaire les revendications anti-libérales de la République révolutionnaire. Ceci fut rendu possible par la convergence idéologique avec la droite conservatrice, qui rejetait également le parlementarisme. Bien que Vichy ne fût pas un gouvernement purement révolutionnaire, des figures clés (telles qu'Alibert, Marion et Doriot) et les organes répressifs les plus brutaux (tels que la police anti-révolutionnaire) exercèrent une influence considérable. Milice) du camp radical et pratiquait une logique ouverte de guerre civile.

Ce chapitre renforce la thèse selon laquelle Vichy était la conséquence logique de la contre-révolution. longue durée Cela démontre la capacité stratégique du régime d'épuration à accroître son influence politique et à imposer ses principes idéologiques en temps de crise. De plus, la période de l'Épuration est considérée comme le mythe fondateur du culte de la victimisation au sein du régime d'épuration d'après-guerre, qui a soudé tous les collaborateurs emprisonnés et forgé la légende de « Pétain comme bouclier et de Gaulle comme épée ».

Ranimer la flamme après 1945 (Pauline Picco)

Après 1945, le Parti communiste européen (PCE) fut discrédité et marginalisé par la collaboration. Sa renaissance s'opéra selon deux axes principaux : d'une part, la résurgence de l'anticommunisme comme passerelle vers la droite, et d'autre part, l'invention du négationnisme par Maurice Bardèche. Le négationnisme servit d'arme idéologique pour relativiser les crimes nazis, défendre la légitimité du régime de Vichy et établir une communauté transnationale de fascistes vaincus en Europe. Les guerres coloniales, notamment la guerre d'Algérie, offrirent à la jeune génération radicale (comme Dominique Venner) un nouveau champ de bataille contre les guerres « raciales » et idéologiques et créèrent le mythe de la cause perdue.cause perdue).

Cet article identifie la guerre d'Algérie comme l'événement fondateur de l'extrême droite postcoloniale, qui a recentré son idéologie sur la lutte contre l'« Autre » (sous-entendu communiste et raciste). Il détaille en outre l'établissement du négationnisme comme élément identitaire durable de la droite radicale en France et en Europe, renforçant ainsi la dimension transnationale de cette lutte.

L’impossible professionnalisation du Front national ? (Baptiste Roger Lacan)

Ce chapitre examine la montée en puissance du Front national (FN) sous Jean-Marie Le Pen depuis 1972, qui a fédéré diverses tendances radicales (des néofascistes aux traditionalistes) au sein d'un « camp national ». Le Pen a cherché à professionnaliser et à « dédiaboliser » le FN afin de nouer des alliances avec la droite conservatrice. Cependant, cette stratégie s'est soldée par des échecs répétés en raison de ses propos antisémites récurrents, notamment lorsqu'il a qualifié les chambres à gaz de « détail de l'histoire ». La Nouvelle Droite (ND) a influencé le FN par l'intermédiaire de figures comme Bruno Mégret et a introduit des concepts tels que l'ethnodifférencialisme et la stratégie métapolitique.

L’analyse révèle les profondes contradictions politiques du Front national (FN) : la nécessité de normalisation entre en conflit avec son identité fondamentale, ancrée dans une culture antisémite et vichyste. L’article souligne comment des idées métapolitiques (la conquête culturelle avant le pouvoir politique) ont renforcé le socle idéologique du FN et sa stratégie de recrutement de nouvelles élites (Club de l’Horloge, ND) dans la lutte contre le « mondialisme ».

Le Rallye national, une partie européenne (Marta Lorimer)

Marta Lorimer analyse les relations du Rassemblement National (RN) avec l'Union européenne. Suite à un changement de cap dans les années 1980, le RN adopte une position résolument eurosceptique. Il établit une nette distinction entre la « civilisation européenne » qu'il souhaite (définie ethniquement et culturellement) et les institutions et technocrates de l'UE, qu'il méprise et qu'il juge « cosmopolites et mondialistes ». Paradoxalement, sa présence au Parlement européen lui a été bénéfique, renforçant sa légitimité et sa visibilité.

Cet article situe le Rassemblement national (RN) dans le contexte européen du populisme radical. Il démontre que le Rassemblement européen (RE) instrumentalise la critique de l'UE à des fins idéologiques pour légitimer son programme eurosceptique et se présenter comme le seul véritable défenseur de l'identité nationale et ethnique européenne.

Jeunesse et contre-cultures, des skinheads aux influenceurs (Emmanuel Casajus)

Emmanuel Casajus met en lumière le rôle de la jeunesse et des contre-cultures comme « nouveaux Freikorps » à la marge radicale de l'UE. S'appuyant sur la stratégie métapolitique de Nouvelle Droite (conflit culturel), ces groupes – des skinheads aux Occident …et jusqu’aux « influenceurs » des réseaux sociaux modernes comme Papacito : ces groupes utilisent délibérément l’esthétique et les médias de la culture jeune pour diffuser leurs messages anti-modernes. Ils mettent l’accent sur une masculinité virile et agressive et rejettent tout compromis au profit d’actions radicales, souvent violentes.

L'avantage réside dans le suivi détaillé du pouvoir transformateur de la stratégie métapolitique : il montre comment les idées de l'intellectuel Nlivre Droite traduit en une contre-culture populaire qui a intégré des codes modernes (tels que la musique, crédit de rue) l'utilise pour propager des idéaux révolutionnaires anti-conformistes et pour recruter de nouveaux cadres radicaux, même lorsque les partis politiques sont marginalisés.

Trier la marge, la stratégie de l'identité (Marion Jacquet-Vaillant)

Cet article analyse le mouvement identitaire et sa stratégie visant à intégrer des idées radicales au sein du courant politique dominant. Ce mouvement repose sur le concept d'ethno-différencialisme. Nouvelle Droite (l'idée que différents peuples doivent vivre séparément pour préserver leur identité). Par la popularisation du mythe du « Grand Remplacement » (Grand remplacementelle tente d'influencer les électorats et les partis (comme le RN et Reconquête !) pour influencer idéologiquement. Sa structure organisationnelle est basée sur des « maisons identitaires » locales (zones d'identité), inspiré par des groupes italiens tels que Casapound.

L'interprétation critique met en lumière la normalisation réussie de fragments idéologiques issus de l'extrême droite par le mouvement identitaire. Elle illustre comment leur travail métapolitique (la « lutte culturelle »), par la création d'alliances et l'introduction d'un nouveau vocabulaire politique dans le discours public, conduit à la démarginalisation des idées radicales.

Flexibilité et inventivité

Les deux textes de conclusion servent à la réflexion métahistorique et à la consolidation des thèses de l'anthologie.

La postface de Laurent Jeanpierre, « La « longue durée » de l'extrême droite », renforce la thèse centrale selon laquelle la contre-révolution constitue la matrice indispensable de l'extrême droite. Jeanpierre réfute le mythe de « l'allergie française au fascisme » et souligne que la longévité de l'ER tient à sa capacité à s'organiser comme une contre-culture politique, qui survit aux périodes de recul politique grâce à l'écriture, la presse et les réseaux culturels. Les institutions de l'Église (un catholicisme intransigeant) et de l'armée (comme vecteur de vengeance et de légitimité du « patron ») sont mises en avant comme vecteurs structurels de cette continuité. Une attention particulière est portée à la « classe coloniale ».stratégie colonialeL’Algérie française demeurant à ce jour un important réservoir idéologique de mythes identitaires et de vengeance, Jeanpierre conclut que la République atlantique fait preuve de persévérance, de flexibilité et d’inventivité en réassemblant et en réinventant ses mythes, en s’appuyant fortement sur des modèles internationaux et des réseaux de soutien.

La présentation bibliographique de Baptiste Roger-Lacan, « Une matière noire », propose une réflexion sur les enjeux méthodologiques de l'écriture de l'histoire de la Contre-Révolution. Roger-Lacan souligne la difficulté de tracer une ligne de démarcation entre la recherche historique et la littérature apologétique des militants (mémoires, justifications programmatiques), qui a longtemps éclipsé le travail historique. Il constate que la recherche a historiquement marginalisé la Contre-Révolution et le légitimisme, alors même qu'ils constituent des sources essentielles pour une critique alternative et structurée de la modernité. Enfin, Roger-Lacan éclaire les controverses historiographiques actuelles, notamment le débat sur l'existence et le rôle du fascisme français et la continuité entre Contre-Révolution et nationalisme. Il met en avant la tendance récente aux approches comparatives et transnationales pour analyser le développement moderne de la Contre-Révolution dans le contexte des populismes européens.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Les structures profondes de l'antilibéralisme : la modernité alternative de la droite française. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 8 mai 2026 à 11:40. https://rentree.de/2025/11/18/tiefenstructures-des-antiliberalismus-die-alternative-moderne-der-franzoesischen-rechten/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.


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