L'entrée désertée des artistes : Patrick Modiano et Christian Mazzalai

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Poétique d'un lieu et continuation d'une œuvre

Das Werk 70 bis, entrée des artistess de Patrick Modiano et Christian Mazzalai est une enquête narrative (récit-enquêteCet ouvrage est consacré à un lieu unique, mais historiquement central, à Montparnasse : le 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs. Les auteurs souhaitent faire revivre ce lieu apparemment oublié, qui fut jadis, du Second Empire à l’après-guerre, « un village et un foyer d’artistes ». Ils veulent retracer le parcours singulier de ceux qui ont franchi cette porte depuis 1850 – hommes et femmes illustres ou inconnus, peintres, écrivains ou poètes.

Le projet est né d'une découverte fortuite : une boîte de documents, de lettres, de photographies et de coupures de presse exhumée dans une cave. Ce matériel d'archives est devenu la matière première d'une enquête menée conjointement par Patrick Modiano et Christian Mazzalai. La critique a salué cette collaboration comme surprenante et novatrice (« Modiano surprend à nouveau »). Modiano n'est pas le seul narrateur, souvent autofictionnel, à explorer les zones d'ombre de ses souvenirs incomplets. Christian Mazzalai apparaît plutôt comme l'archiviste et le découvreur de documents, dont les trouvailles constituent le fondement de l'œuvre littéraire de Modiano. Ce dernier endosse le rôle de restitution poétique, reliant et encadrant le matériau documentaire dans un cadre littéraire. Cette collaboration allège le poids de la quête fictionnelle de la mémoire. La méthode traditionnelle de Modiano se concentrait sur l'amnésie personnelle, autofictionnelle, et le vide de sa propre mémoire, comme explorés dans des œuvres telles que… Pedigree ou Lune de miel est central. 70 à L'attention se porte désormais sur une amnésie collective et topographique, qu'il convient de combler par un travail d'archives externe et concret. Cette collaboration permet de pallier le fossé entre la mémoire souvent « vide » du narrateur et les preuves historiques tangibles. Ceci implique un changement de genre vers le documentaire.

En fin de journée, il a été amené à l'hôtel particulier, près du bois de Boulogne. Mais du temps de sa jeunesse, il avait dû participer aux fêtes de La Boîte à Thé et y avait sans doute rencontré George Sand. Ou entendez-vous-il les éclats de rire qui se succèdent du jardin ? Un soir d'été, peut-être, le singe Jacques s'était introduit chez lui par une fenêtre entrouverte et avait mangé les pages d'un manuscrit qui traînait sur son bureau. On ne le saura jamais.

De soixante ans jusqu'à sa mort, il vécut dans un hôtel particulier près du Bois de Boulogne. Mais dans sa jeunesse, il a dû fréquenter les soirées de la Boîte à Thé et y rencontrer George Sand. Ou peut-être a-t-il entendu les rires venant du jardin ? Un soir d'été, peut-être Jacques le singe s'est-il introduit chez lui par une fenêtre ouverte et a-t-il dévoré les pages d'un manuscrit posé sur son bureau. Nous ne le saurons jamais.

Ce passage, qui fait référence au romancier populaire Xavier de Montépin, illustre parfaitement l'usage autopoétique du récit fragmentaire chez Modiano. Au lieu de présenter des faits, l'auteur crée une atmosphère narrative de possibilité grâce à l'emploi de verbes modaux et de conjectures (« avait dû participer, y avait sans doute rencontré, peut-être »). La charmante anecdote où le singe Jacques aurait mangé des pages de manuscrit s'achève brutalement par cette affirmation troublante : « On ne le saura jamais ». Ceci souligne que la vérité s'efface au profit du potentiel poétique de l'inconnu.

Denis Cosnard 1 La dimension commémorative de l'ouvrage a été explicitement soulignée. On attribue à Modiano le mérite d'avoir « ressuscité un centre emblématique de Montparnasse ». Ce jugement confirme que, dans le texte de Modiano, le lieu transcende sa simple adresse et s'inscrit au panthéon du Paris disparu. Le génie littéraire de Modiano réside moins dans l'invention de récits inédits que dans l'élévation poétique et la transcendance de ce qui a été retrouvé, de ce qui demeure inachevé. Les documents fournis par Mazzalai agissent comme un catalyseur, alimentant directement l'élan créatif de Modiano : la quête de la mémoire guidée par la topographie. La précision de la localisation prolonge la poétique du lieu mise en lumière dans son discours de réception du prix Nobel.

L'une des caractéristiques marquantes de cet ouvrage réside dans sa matérialité. Avec ses 208 pages et ses 147 illustrations, il présente un rapport texte-image inédit chez Modiano, dont le style minimaliste s'épanouit traditionnellement dans le vide. Les auteurs composent un « album de mémoire » où les illustrations (photographies, lettres, publicités) servent d'ancrage matériel à la reconstruction littéraire et constituent la « matière première ». La densité des images confronte les critiques à un paradoxe d'interprétation. La force de Modiano a toujours résidé dans ce vide suggestif qui préserve le mystère de la mémoire et l'incertitude identitaire. Une telle profusion de documents pourrait théoriquement atténuer l'ambivalence. Pourtant, Modiano parvient à envelopper ces documents d'un voile d'ambivalence grâce à son texte, en comblant les lacunes. zwischen Les images mettent en évidence.

La rue Notre-Dame-des-Champs est située au cœur du village de Montparnasse. Pouvez-vous parler au village dans le même village que Montmartre ? Il n'existe pas, pour le Montparnasse d'il ya deux cents ans, l'équivalent des pages si émouvantes et si élégiaques que Gérard de Nerval a consacrés à Montmartre des années 1840. « Il y a là des moulins, des cabarets et des tonnelles, des élysées champêtres et des ruelles silencieuses… » Alors il faut rêver à ce que pouvait être à la même époque la rue Notre-Dame-des-Champs, qui s'appelait jadis le « Chemin Herbu ».

La rue Notre-Dame-des-Champs se situe au cœur du village de Montparnasse. Mais peut-on vraiment parler d'un village comme on parlait de Montmartre ? Il n'existe pas d'équivalent au Montparnasse d'il y a deux siècles pour les passages émouvants et élégiaques que Gérard de Nerval consacra à Montmartre dans les années 1840. « Il y a des moulins, des cabarets et des arcades, des Élysées rurales et des ruelles tranquilles… » Il faut donc imaginer à quoi pouvait ressembler la rue Notre-Dame-des-Champs, autrefois appelée « Chemin Herbu », à cette époque.

L'ouvrage ambitionne d'offrir à Montparnasse la « chronique élégiaque » que Gérard de Nerval a composée pour Montmartre, les images apportant le socle documentaire qui faisait défaut au passé du quartier. Jérôme Garcin écrit avec justesse dans sa critique : « Patrick Modiano possède une mémoire prodigieuse et un don exceptionnel pour faire ressurgir le passé, au point de se souvenir même de choses qu'il n'a jamais vécues. » 2

Patrick Modiano a reçu le prix Nobel de littérature en 2014 pour une œuvre qui témoigne de sa capacité à utiliser des vestiges de documents historiques, tels que d'anciens numéros de téléphone ou des adresses, pour donner au passé une existence suspendue dans la fiction. Sa poésie du lieu, où la topographie parisienne, et notamment l'atmosphère mélancolique des vieux quartiers populaires, des cafés et des boulevards, sert de véhicule à des souvenirs perdus, est particulièrement manifeste. Modiano est un flâneur dont la quête d'identités disparues est inextricablement liée à la géographie précise de la capitale. Son nouveau travail collaboratif perpétue cette obsession du lieu, mais s'attache non seulement à poétiser les lacunes, mais aussi à les combler par des découvertes d'archives. Le bâtiment est un lieu de rencontre de noms qui apparaissent également dans ses propres romans, comme celui du magicien Georges Gurdjieff (qu'il mentionne dans Souvenirs dormants mentionné).

Elles ont été lancées du 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs, de 1901 aux années 1930, tels des signes de morse. Des combinaisons de personnes et de réponses ? La plaquette ou gravé et Dick, le jeune chien fox-terrier à « poil grossier », ont-ils été retrouvés depuis tout ce temps ? Comment était l'insigne que portaient les membres du club des cinémaniaques ? Et pourquoi ne pouvait-on voir qu'un seul jour l'exposition des peintures du capitaine Vladimir Perfilieff, artiste et explorateur ? Les questions et les petites annonces sont sans réponses le long de cette chaise longue que l'on peut prendre en photo Josef Breitenbach dans le jardin au 70 de la rue Notre-Dame-des-Champs.

De 1901 aux années 1930, des messages étaient envoyés du 70, rue Notre-Dame-des-Champs, tels du morse. Combien de personnes y ont répondu ? A-t-on retrouvé depuis la plaque d’or gravée et Dick, le jeune fox-terrier au pelage rêche ? À quoi ressemblait l’insigne des membres du ciné-club ? Et pourquoi l’exposition des peintures de l’artiste et explorateur, le capitaine Vladimir Perfilieff, n’était-elle visible que le temps d’une seule journée ? Tant de questions et d’annonces sans réponse, à l’image de cette chaise vide que Josef Breitenbach a jadis photographiée dans le jardin du 70, rue Notre-Dame-des-Champs.

Ici, la matérialité du travail d'archivage est abordée – dans ce cas précis Petites annonces – mises en scène comme un élément poétique. Les publicités sont comparées au « code Morse », soulignant leur nature fragmentaire et symbolique. L’auteur n’utilise pas ces objets trouvés pour apporter des réponses définitives, mais plutôt pour susciter une série de questions sans réponse. Le récit se soumet délibérément à l’inachèvement et s’achève sur l’image de la « chaise vide », symbole d’absence qui motive toute l’enquête. La tâche de l’auteur est de poser ces questions, non d’y répondre.

Cette approche allie une perspicacité littéraire à une recherche méticuleuse. Christian Mazzalai a redécouvert des archives, des photographies et des petites annonces que Modiano utilise pour reconstituer et faire revivre « La Boîte à Thé » et ses ateliers. Cette approche est nécessaire car il n’existe pas d’équivalent, pour le Montparnasse des siècles précédents, aux « pages émouvantes et élégiaques » des descriptions de Montmartre par Gérard de Nerval dans les années 1840. Par conséquent, concluent les auteurs, il faut aborder ce lieu, autrefois le « chemin des herbes » (Chemin Herbu) était appelé « rêver » (reverLa structure du livre suit ce modèle de biographies chronologiques et thématiques, en commençant par Le Singe Jacques et se terminant par les derniers artistes à y avoir résidé, les Garaches. « Cette rencontre onirique de deux esthètes a produit un livre très onirique, voire "modianesque" », écrit Louis-Henri de La Rochefoucauld dans sa critique. 3

Lire Nathalie Crom dans Télérama a souligné la cohérence de l'entreprise avec son activité globale. En conséquence, 70 bis, entrée des artistes Non pas une rupture, mais une suite logique de la quête de toute une vie menée par Modiano, explorée toutefois sous de nouveaux angles. Nathalie Crom perçoit dans cette enquête commune une nouvelle approche pour appréhender « la nature énigmatique des visages que l'on ne fait qu'entrevoir, des vies qui émergent des ténèbres avant d'y retourner ». 4 Cette phrase résume l'impulsion centrale de Modiano : préserver de l'oubli définitif les figures fugaces et inconnues. Autrement dit, Enquête remplace le fictif enquête, poursuivant le même but. L’utilisation de fragments trouvés, tels que les « petites annonces retrouvées », est interprétée comme un parallèle avec le traitement par Modiano des identités incertaines et des biographies incomplètes, puisque ces documents banals servent à distiller l’atmosphère d’un lieu disparu.

Les critiques littéraires identifient l'œuvre comme une tentative convaincante d'ancrer l'esthétique de la disparition et la quête de la mémoire chez Modiano dans un ancrage documentaire. L'hybride récit-enquête Modiano utilise les archives comme un miroir d'un lieu et de ses habitants éphémères, plutôt que de faire errer des personnages de fiction dans ces lieux. Sa collaboration avec les archives et son travail avec celles-ci constituent une méthode factuelle pour explorer les obsessions classiques de l'auteur. énigme des visages et d'explorer la poésie du Paris disparu. La signification de 70 bis, entrée des artistes Sa fonction réside dans son rôle de manifeste pour ses moyens mnémotechniques, qui se concentrent désormais explicitement sur trouvé et documenté Modiano privilégie le matériau à la vacuité de sa propre mémoire. Ce passage du roman de fiction au reportage littéraire raffiné marque une évolution dans son œuvre postérieure à l'obtention du prix Nobel. Il se livre à une introspection sur les limites et les possibilités du travail de mémoire. Sa collaboration avec Mazzalai, qui fournit les preuves matérielles nécessaires (147 illustrations), libère son texte de la pure invention tout en lui permettant de projeter sa densité poétique sur les fragments de l'histoire. Les critiques littéraires concluent que la reconstitution d'un lieu disparu, théâtre du destin tragique d'innombrables artistes oubliés, n'a été possible que grâce à la fusion d'un travail d'archives minutieux et du style élégiaque si particulier de Modiano. rêverie a réussi. L'œuvre est donc considérée comme une application extrêmement cohérente de sa méthode littéraire : elle comble les lacunes de l'histoire par une densité poétique en faisant des documents eux-mêmes des objets de contemplation littéraire. Malgré l'écart formel et l'abondance de détails concrets, les premières critiques littéraires confirment que 70 bis, entrée des artistes Il poursuit les obsessions centrales de Modiano d'une manière novatrice.

Patrick Modiano dans une interview avec Nouvel observateur Modiano remarque que si d'autres colonies d'artistes existaient à Montparnasse, comme La Ruche, elles étaient généralement éphémères. Il admet que dans sa jeunesse (à 18 ou 19 ans), il percevait Montparnasse comme un lieu empreint de tristesse, évoquant la rue d'Odessa et les chambres d'hôtel. Il remercie Christian Mazzalai de l'avoir aidé à voir le quartier sous un autre angle, car Mazzalai n'était pas hanté par ces « fantômes ». Il fut surpris de constater que les habitants étaient principalement des peintres académiques. Parmi eux, de nombreux étrangers, notamment des femmes (Scandinaves et Américaines), venues étudier la peinture dans les rares académies ouvertes aux femmes. Modiano pense que, dès le Second Empire, ce lieu préfigurait le Montparnasse vibrant, cosmopolite et animé des nuits des années 1920. Le livre explore également l'histoire de Paris, notamment la période de la Commune, la Première Guerre mondiale (avec l'atelier de fabrication de masques pour la guerre). gueules cassées, qui dans le 70 à a été créée) et la Seconde Guerre mondiale.

Selon Modiano, la recherche et la présentation de ce récit lui ont posé des difficultés considérables : le plus complexe a été de trier la masse de documents et de trouver une manière fluide de raconter l’histoire de tous ceux qui se sont croisés à cette adresse pendant plus d’un siècle. Il décrit cette approche comme la recherche de « points névralgiques », à l’instar de l’acupuncture. Il souligne la difficulté de transcrire un document très étrange qu’ils ont découvert : un manuscrit dactylographié par la veuve du peintre japonais Tanaka, Louise Gebhard Cann. Ce manuscrit décrivait sa relation singulière avec un jeune peintre juif pendant l’Occupation (1943). Lors de la transcription, Modiano avait l’impression d’entendre « une voix tout droit sortie de 1943 », semblable au crépitement des premiers enregistrements d’Edison de Brahms. Dans son livre, Modiano mentionne le docteur Ferdière (un ami de la famille Tanaka) comme une figure clé du projet. 70 à (L'artiste vivant Claude Cahun). À la fin des années 1960, Modiano avait contacté ce médecin et lui avait remis son premier roman. La Place de l'étoileFerdière avait apporté avec lui une pièce inconnue de Robert Desnos portant le même titre. Cette expérience choqua Modiano et lui causa des remords, car il pensait avoir plagié Desnos.

Sept thèses sur l'interprétation de 70 à

Topographie et strates historiques : de Chemin Herbu au centre névralgique mondial de l'art

L'adresse 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs reflète la transformation de Paris dans ses différentes strates. À l'origine une route rurale (Chemin Herbu), entouré de couvents et de champs, ce lieu fut développé sous le Second Empire par la construction d'ateliers (Émile ToulmoucheLa fondation du cercle d'artistes « La Boîte à Thé » en fit un foyer culturel précoce. Au fil des décennies, ce quartier rural se transforma en « village de Montparnasse », atteignant son apogée dans les années 1920 comme centre international de littérature et de musique d'avant-garde (Pound, Antheil). L'ouvrage illustre ainsi comment la microhistoire d'un seul immeuble reflète le macro-développement de l'histoire artistique et urbaine parisienne, y compris son déclin ultérieur durant les « Années noires ».

Curieux CortègeGloire, fugacité, oubli

Le principe narratif central du livre est le « mouvement étrange » (Curieux Cortège), qui franchit les portes du 70e arrondissement. Ce cortège se caractérise par la présence simultanée d'une importance historique et d'un anonymat complet. D'un côté, des personnalités de renommée mondiale telles que Picasso, Ezra Pound, James Joyce, Robert Louis Stevenson et le vieux Rodin s'y sont installées. De l'autre, le lieu est peuplé de centaines de figures anonymes ou désormais oubliées : les nombreux peintres qui ont vécu dans le Annuaire Didot-Bottin Répertorié depuis 1894, mais « à jamais dans l'ombre », ou encore les personnes derrière ces énigmatiques petites annonces, dont le destin demeure inconnu. Modiano met en lumière comment la renommée de Montparnasse repose sur un vaste ensemble de vies oubliées, dont les traces ne subsistent que dans des fragments d'archives (annonces, carnets d'adresses, etc.).

Montparnasse comme laboratoire de l'avant-garde

Bien que l'histoire ancienne de 70 à Autrefois fréquentée principalement par des peintres, cette adresse devint par la suite un épicentre crucial du modernisme littéraire et musical. Le poète américain Ezra Pound y occupa un atelier de 1921 à 1924, en faisant un lieu de rencontre incontournable pour les écrivains américains et un « expert en génies ». Pound conseilla Ernest Hemingway sur le perfectionnement de son style et joua un rôle déterminant dans l'organisation du scandaleux concert de… Ballet mécanique Le musicien d'avant-garde George Antheil y a participé. Cette phase montre que le 70 à Il ne s'agissait pas simplement d'un ensemble d'ateliers, mais d'un laboratoire intellectuel et productif qui promouvait activement les révolutions esthétiques de l'entre-deux-guerres.

Pound entraîne George Antheil chez un ami qui possède un piano et Antheil lui en joue pendant des heures. Il lui explique que pour lui, « la mélodie n'existe pas », seuls comptent le rythme et l'harmonie. Le développement de ces thèmes et d'autres pages dans les mêmes pages a été publié. Pound lui demande s'il peut lire ces pages et, plus tard, lui apporte un texte qu'il a écrit lui-même, « Antheil and the Theory of Harmony », qu'il compte publier à Paris. Le compte permet également d'organiser un concert. Pound sera donc à l'origine de celui-ci, qui fera scandale : Ballet mécanique pour orchestre, enclumes, hélices d'avion, sonnettes électriques, klaxons de voiture et pianos mécaniques.

Pound emmène George Antheil chez un ami qui possède un piano, et Antheil joue pour lui pendant des heures. Il explique que pour lui, « il n'y a pas de mélodie », seulement du rythme et de l'harmonie. Il a développé ces thèmes et d'autres encore dans plusieurs pages qu'il a publiées. Pound lui demande s'il peut lire ces pages et lui apporte plus tard un texte qu'il a lui-même écrit, « Antheil et la théorie de l'harmonie », qu'il compte publier à Paris. Il lui propose également de l'aider à organiser un concert. Pound est ainsi à l'origine de ce concert, qui provoque un véritable scandale : Ballet mécanique pour orchestre, enclumes, hélices d'avion, sonnettes électriques, klaxons et pianos mécaniques.

Cosmopolitisme : biographies transnationales et non-conformisme social

L'adresse était un véritable creuset cosmopolite, préfigurant de loin le futur Montparnasse international. Des artistes du monde entier s'y retrouvaient, notamment des Scandinaves (le comte Wrangel), des Japonais (Yasushi Tanaka), des Péruviens et des Polonais. Pour de nombreux étrangers, en particulier des Américains, des Afro-Américains comme Henry Ossawa Tanner, et le peintre japonais Tanaka, Paris et le 70 à Un refuge face aux préjugés racistes, au puritanisme et aux interdits (comme les mariages mixtes aux États-Unis) de leurs pays d'origine. L'atelier devenait un espace de libération des contraintes sociales. Ce thème est particulièrement fort chez des figures comme Claude Cahun, qui y trouvait un lieu où elle pouvait jouer avec son apparence, rejeter les catégorisations et aspirer à une « neutralité de genre ».

Principal point commun avec Ezra Pound : son atelier au même endroit est aussi un lieu de rencontres d'artistes, avec des écrivains particuliers, attirés par sa forte personnalité. Les deux premières années qu'elle habita au 70 bis, Ezra Pound vit encore rue Notre-Dame-des-Champs. […] Cellules et personnes ayant visité de 70 à 50 % de français pour le groupe et membres du groupe Surréaliste : André Breton, René Crevel, Paul Éluard, Georges Bataille, Georges Ribemont-Dessaignes, Benjamin Péret, Max Ernst, Yves Tanguy, René Char, Roger Gilbert-Lecomte, René Daumal… ».

Le seul point commun avec Ezra Pound : son atelier était lui aussi un lieu de rencontre pour de nombreux artistes, notamment des écrivains, attirés par sa forte personnalité. Durant les deux premières années où elle habita au 70 bis, Ezra Pound résidait encore rue Notre-Dame-des-Champs. […] Ceux qui lui rendaient visite au 70 bis étaient pour la plupart français et membres ou amis du groupe surréaliste : André Breton, René Crevel, Paul Éluard, Georges Bataille, Georges Ribemont-Dessaignes, Benjamin Péret, Max Ernst, Yves Tanguy, René Char, Roger Gilbert-Lecomte, René Daumal…

Interdépendance entre l'art et le traumatisme de guerre

L'histoire de la 70 à Elle est inextricablement liée aux grands conflits des XIXe et XXe siècles et témoigne de la réponse de l'art au traumatisme collectif. Lors de la victoire de 1870-1871, des artistes qui fréquentaient autrefois « La Boîte à Thé » créèrent des « statues de neige ».") de la République et de la résistance – un signe de mobilisation artistique en temps de crise. Après la Première Guerre mondiale, un atelier fut créé dans le 70 à Montparnasse servit d'atelier de fortune à la sculptrice américaine Anna Coleman Ladd, qui confectionnait des masques pour les soldats mutilés. Le tournant le plus brutal fut cependant les « Années de ténèbres », qui « vidèrent et anéantirent » Montparnasse. L'ouvrage évoque des destins tragiques, comme celui du peintre Samuel Granowsky (« Le Cowboy de Montparnasse »), arrêté en 1942 lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver et mort à Auschwitz. Parallèlement, l'art offrit aussi un refuge : Louise Gebhard Cann (veuve de Tanaka) utilisa le certificat de nationalité japonaise de son défunt mari pour cacher un ami juif pendant l'occupation.

Recherches inachevées et secrets de la cave

Pour votre récit-enquête Les auteurs soulignent le caractère fragmentaire et les lacunes de la mémoire. De nombreuses questions restent délibérément sans réponse. Une attention particulière est portée aux traces cachées, telles que le moulage en plâtre de Diane dans le jardin ou l'« œuvre secrète » (œuvre secrète) par Hélène Garache, qu'elle a créée dans l'atelier et les caves de la 70 à Ces mystères accumulés et ces questions sans réponse, renforcés par les représentations photographiques de « traces mystérieuses » dans les caves, soulignent le motif littéraire de Modiano selon lequel le passé ne peut jamais être entièrement déchiffré, mais seulement rêvé ou ressenti.

Création et destruction : l'art comme métaphore de la vie et de la mort

Les studios de 70 à Ils furent le théâtre à la fois de créations magnifiques et de tragédies personnelles. Ici, Ezra Pound… Chants Conçu comme un centre vibrant, le quartier fut aussi le théâtre du suicide de la jeune artiste Nuala O'Donel et du peintre néerlandais Frederik Hendrik Kaemmerer, dont les paysages impressionnistes et les scènes en costumes étaient très appréciés, et qui se donna la mort en 1902. Ces extrêmes se retrouvent dans une histoire plus récente : tandis que Claude Garache créait ses toiles lumineuses, son épouse, Hélène Garache, travaillait à un projet secret qui ne serait jamais exposé. Les « statues de neige » de l’hiver 1870-71 symbolisent ce cycle de création artistique et son inévitable fugacité. L’ouvrage est aussi une élégie à la vie artistique incessante et pourtant éphémère de Montparnasse.

Conclusion et nécessité de rêver

La chronique du 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs retrace le remplacement historique de l'art académique du XIXe siècle par une avant-garde radicale du XXe siècle. Les artistes académiques (« peintres officiels » ou « pompiers ») dominaient le 70 à à l'époque de « La Boîte à Thé » (à partir des années 1850). Ces peintres, parmi lesquels le cofondateur Auguste Toulmouche et Jean-Léon Gérôme, étaient solidement établis au sein du Salon des Artistes Français : ils y reçurent des médailles et enseignèrent à l'École des Beaux-Arts. Leurs sujets étaient soit néo-grecs, soit ils peignaient des intérieurs élégants, ce qui incita Zola à décrire les « ravissantes poupées » de Toulmouche (de délicieuses poupées) pour parler. Gérôme, qui dirigeait les réunions, était le prototype du réactionnaire universitaire ; il qualifiait les peintures impressionnistes de « déchets » (ordureset qualifièrent leur exposition de 1900 de « honte de l'art français ». Les ateliers abritaient également des sculpteurs tels que Jules Renaudot, dont la sculpture Naïade Elle fut rapidement retirée du Jardin du Luxembourg par pudeur. Cet art représentait le Paris officiel, établi et souvent démodé.

Vers la fin du siècle et au début du XXe siècle, cependant, l'avant-garde s'est manifestée dans son voisinage immédiat et finalement directement en son sein. 70 àCette nouvelle génération a rejeté la « douceur flasque » (léché flasqueL'influence de la peinture académique, telle que critiquée par Joris-Karl Huysmans dans l'œuvre de William Bouguereau, voisin de Gérôme, s'exacerba. Des figures comme Gustave Courbet, qui ouvrit non loin de là une école de réalisme – certes éphémère –, et Cézanne ou Gauguin, installés à proximité immédiate, formèrent le contrepoint. Au XXe siècle, et surtout après la Première Guerre mondiale, les « génies » s'emparèrent des ateliers. La mention de Pablo Picasso comme destinataire en 1910 marque un tournant, un véritable coup de tonnerre, annonçant cette nouvelle ère où des artistes comme lui, qui ne suivaient plus une carrière académique, prirent le dessus. Cette avant-garde fut complétée par des écrivains américains comme Ezra Pound, qui se décrivait comme un « expert en génies ». Parmi ces artistes figurait le musicien George Antheil, dont Ballet mécanique Avec des hélices d'avion et des klaxons en net contraste avec les intérieurs élégants de Toulmouche, ils ont apporté à Montparnasse un art de la subversion, du rythme et de la provocation intellectuelle. Ils ont transformé l'atmosphère d'un lieu ludique et académique (La Boîte à Thé avec le singe Jacques) à un environnement intellectuellement stimulant et radical (Claude Cahun, Surréalisme). Pourtant, malgré cette riche histoire et le flux constant d'artistes venus du monde entier pour fréquenter ces ateliers, le livre se termine sur une observation mélancolique : La remarque finale du livre est qu'une porte dans 70 à, sur l’« Entrée des artistes », il est indiqué qu’elle n’a pas été ouverte depuis longtemps et la question reste ouverte quant à savoir où sont passés les artistes.

Le livre, disais-je, soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Ces questions sans réponse sont au cœur de la poétique de Modiano, car elles soulignent les lacunes de la mémoire historique. Le texte signale souvent que la réponse est introuvable : notamment dans le chapitre Petites annonces (Les petites annonces) soulèvent des questions précises et fragmentaires que Modiano décrit comme le « code Morse » du passé : par exemple, combien de personnes ont répondu aux petites annonces ? La plaque d’or gravée était-elle (plaquette ou gravé) et le jeune fox terrier à poil dur Dick (Jeune fox-terrier trapu et « impoli ») retrouvée pendant tout ce temps ? Et pourquoi l'exposition des peintures du capitaine Vladimir Perfilieff, artiste et explorateur, n'a-t-elle été ouverte qu'une seule journée ? Qu’est devenu l’écrivain italien Enrico Contardi de Rhodio, fondateur de la Académie Latinatis Excelendae, est-il devenu ? Est-il possible que Proust, alors âgé de vingt ans, ait rencontré le peintre Thomas Alexander Harrison à l'époque ? 70 à Claude Cahun a-t-elle rendu visite au comte Wrangel et croisé son chemin ? A-t-elle rencontré les amis d’Ezra Pound, ou s’est-elle contentée de se trouver dans les couloirs ou la cour ? 70 à Ont-ils croisé Hemingway, Joyce, Antheil, Gurdjieff, la princesse de Bassiano et le fantôme de Jacques le Singe ? Où sont ces artistes aujourd’hui, et combien de temps encore resteront enfouies sous les feuilles ces étranges statues, bustes et inscriptions ? L’ouvrage, véritable « récit d’enquête », s’appuie sur la reconstitution du passé à partir de fragments (archives, photographies et petites annonces), mais ce sont les « questions sans réponse » et la nécessité de « rêver » qui déterminent la méthode poétique.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « L'entrée désertée de l'artiste : Patrick Modiano et Christian Mazzalai. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 13 mai 2026 à 15:23. https://rentree.de/2025/10/26/der-verwaiste-kuenstler entrance-patrick-modiano-und-christian-mazzalai/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. Denis Cosnard, Patrick Modiano ressuscitent une haute lieu du Montparnasse d'antan dans son nouveau livre, Le Monde, le 2 octobre 2025.>>>
  2. "Patrick Modiano raconte quelque chose d'hypermnésique, et si doué pour retrouver le temps perdu, qu'il se souvient même de ce qu'il n'a pas vécu." Jérôme Garcin, « Le Bloc-notes de Jérôme Garcin : la mémoire de Patrick Modiano et le combat de Jafar Panahi », Nouvel Observateur, 22 septembre 2025.>>>
  3. «Cette rencontre rêvée entre les deux esthètes donne lieu à un livre très onirique, donc 'modianesque'.» Louis-Henri de la Rochefoucauld, « Après de Phoenix, la petite musique surannée de Modiano renaît », L'Express, 2 octobre 2025.>>>
  4. "C'est ensemble qu'ils ont fouillé, enquêté, trié dans la masse des archives, photos et documents, avant que l'écrivain s'attelle au texte de l'ouvrage, empreint de ses motifs et obsessions: l'énigme des visages tout juste croisés, des vies surgissant manifestement de l'obscurité avant d'y retourner, l'évanescence de toute chose. Le matériau rêveur et captivant dont sont faits ses romans, depuis près de six décennies." Nathalie Crom, « Patrick Modiano raconte sa vie d'écriture », Télérama, le 2 octobre 2025.>>>

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