Uchronie de la guerre ukrainienne : Antoine Rault

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Qui sont réellement les personnages ?

« La première victime d'une guerre, c'est la vérité », comme on dit. 1 Contrairement à la propagande de guerre, la littérature peut surmonter ce principe : le roman L'angle mort du destin Le roman d'Antoine Rault emploie une structure audacieuse pour construire une uchronie, opposant le destin des mêmes personnages dans deux récits alternatifs : le scénario A (« Ce qui n'arrive pas »), la paix, et le scénario B (« Ce qui arrive »), la guerre. De cette manière, l'œuvre met en lumière le vertige qui nous saisit lorsque l'on mesure l'impact des « décisions qui nous échappent » sur nos vies. La juxtaposition n'est pas une simple expérience de pensée littéraire, mais une profonde exploration morale et existentielle de la société post-soviétique, où les personnages, soit se brisent, soit s'épanouissent face à leur corruptibilité en temps de paix, ou face à leur purification sous l'invasion. Le roman de Rault utilise la structure duale de l'uchronie non seulement pour narrer la guerre en Ukraine, mais aussi pour la rendre concevable comme une possibilité parmi d'autres. Ainsi, le roman révèle combien le hasard, parfois fragile, détermine le destin de vies entières. Cette juxtaposition de la paix et de la guerre révèle l’« angle mort du destin » : la violence n’est jamais naturelle, mais plutôt un choix qui peut détruire l’humanité – l’empathie, la moralité, l’amour – aussi facilement qu’il peut lui permettre de s’épanouir dans la paix. Mais la réalité est plus complexe.

Le titre du roman L'angle mort du destin (« L’angle mort du destin ») désigne le thème existentiel et structurel central de l’œuvre : le rôle imprévisible, souvent catastrophique, des forces historiques extérieures dans le cours des vies. Cet « angle mort » est cette zone hors de la vue et du contrôle des protagonistes, qui détermine pourtant l’inéluctable évolution de leur destin. Toute la structure du roman, qui oppose deux scénarios – « Ce qui arrive » (la guerre, la réalité) et « Ce qui n’arrive pas » (la paix, la fiction) – sert à éclairer cet angle mort du destin. Les personnages – qu’ils se lancent dans une brillante carrière d’architecte à Kiev, rêvent d’une carrière d’influenceur de mode ou tentent de « guérir » leur fils autiste en Israël – sont tous soumis à l’inexorable. Cette implacabilité se manifeste par une décision géopolitique brutale : l’invasion russe du 24 février 2022, qui bouleverse soudainement les projets de vie de chacun. Le titre provoque ainsi un véritable vertige chez le lecteur, car il mesure à quel point des décisions qui échappent à notre contrôle façonnent notre existence tout entière. Il met en lumière le pouvoir fondamentalement inconnu et bouleversant de l'histoire, jetant une lumière crue mais révélatrice sur… condition humaine rencontrer.

L’« angle mort du destin » sert également de critère moral, révélant la véritable intégrité des personnages face à différentes épreuves. Dans le scénario A, la paix, le combat est plus subtil et d’ordre éthique : les personnages sont exposés au virus de la peur et de la haine qui empoisonne la société russe post-soviétique, ou bien ils luttent contre la corruption endémique en Ukraine. Roman Paschenko doit concilier ses préoccupations éthiques d’architecte avec la nécessité de protéger des grottes antiques, et Yulia réfléchit à sa propre lâcheté et à son manque d’affirmation de soi dans le Moscou en temps de paix : « Ton problème, c’est que tu n’as pas osé être toi-même. » Cependant, le destin dans l’angle mort (la guerre du scénario B) élimine toute possibilité de compromis moral et impose une position existentielle sans concession. Les « décisions qui nous échappent » déterminent non seulement le cours extérieur de la vie, mais aussi notre moralité intérieure : tandis que Roman est presque englué dans la corruption en temps de paix, il fait preuve d’une résolution héroïque face à la guerre. Le titre illustre ainsi la dualité de la liberté humaine et du déterminisme : à l'ombre de angle mort Les pouvoirs politiques décident de la guerre et de la paix, mais seule la confrontation avec cette force extérieure révèle radicalement qui sont réellement les personnages.

Corruption de la paix contre purification par la guerre

Dans le scénario A, la voie de la paix, les personnages évoluent dans un monde marqué par l'opportunisme, la corruption et l'ambition personnelle – un monde où les élites post-soviétiques consolident leurs structures de pouvoir. Roman Paschenko, l'architecte en herbe, incarne d'abord l'enthousiaste bâtisseur de la nouvelle Ukraine. Il rêve de transformer les friches industrielles de Marioupol, et plus particulièrement Azovstal, en projets culturels : « Peut-être serai-je l'architecte de ce projet. » Pour réaliser ses ambitions, il doit cependant se soumettre au milieu des puissants, dominé par Petro Nikonov et l'architecte Riznyk. Ce chemin le conduit à de douloureux compromis moraux.

Le tournant décisif pour son intégrité dans le scénario de paix est le projet de piscine de Lioubov Rubinska, la maîtresse d'un administrateur régional. Roman se retrouve alors pris dans un conflit où on attend de lui qu'il accepte la destruction potentielle de grottes archéologiques précieuses à Kyiv pour garantir le projet. Malgré un conflit intérieur (« un architecte se doit d'avoir une éthique. Il doit progresser en tenant compte du passé »), il se laisse rassurer par Riznyk, qui lui demande cyniquement s'il est architecte ou archéologue. Finalement, Roman devient lui-même le bouc émissaire lorsque Riznyk, par une fausse déclaration délibérée dans la presse, le présente comme celui qui a dissimulé l'existence des grottes par crainte pour le projet. Roman réalise qu'il est pris au piège de la corruption et sert involontairement les « assassins de Tetiana », le système que Tetiana (la journaliste d'investigation assassinée plus tard dans le scénario A) a combattu. La fuite de Roman à Dubaï et son travail pour les associés sans scrupules Nikonov et Riznyk sont la conséquence amère de ses compromis, bien que plus tard, après son retour à Kharkiv, il emprunte une voie plus modeste mais honnête et commence une nouvelle vie dans son pays natal, enfin en accord avec sa conscience.

Dans le scénario A, Anastasia Datchychin choisit la voie directe des affaires et du glamour. Elle utilise son charme et ses relations pour gravir rapidement les échelons, prenant ses distances avec l'amour romantique de Roman, qu'elle qualifie de « romantisme, enfin… d'un autre temps ». Elle devient la maîtresse du député influent Pavlo Teremets, qui, en retour, facilite sa carrière de présentatrice de télévision. Cette relation est un secret de polichinelle de népotisme. Démasquée suite à la publication d'un article d'investigation, elle quitte Kiev et assure sa promotion à Moscou grâce à un mariage stratégique avec le puissant producteur Vladimir Paevski. Son succès repose sur une façade de valeurs russes traditionnelles, qu'elle promeut dans des magazines prestigieux tels que… Moskvitchka Mise en scène. Leur liberté dans le scénario A est la liberté de l'opportunisme et de la complicité avec le système corrompu.

À l'opposé, le scénario B, où l'invasion du 24 février 2022 anéantit tous les espoirs de paix, marque pour Roman un tournant existentiel radical. Il doit évacuer sa famille (sa mère Mariana, ses sœurs Kira et Olexandra, sa grand-mère Baba Polia) de Kharkiv dévastée par les bombardements. À la frontière polonaise, il fait un choix crucial, chargé de sens moral, de ne pas s'exiler en Allemagne et de rester à Kyiv : « Je ne viens pas avec vous ». Cet acte transforme le « pacifiste Bobo » en tireur d'élite déterminé de la Défense territoriale. Dans les combats, il découvre un profond sens du devoir et de la communauté, ainsi qu'un amour nouveau et pur pour le docteur Mila. Dans le même temps, la guerre déchaîne en lui une haine brûlante et identitaire envers les envahisseurs (« rachistes », un néologisme ukrainien regroupant Russes et fascistes), qui le conduit à abandonner sa langue maternelle : « Plus jamais il ne parlerait russe. Sa langue maternelle. » La nécessité de survivre et de résister l’oblige à une purification morale que la paix corrompue n’aurait jamais pu lui offrir.

Dans le scénario B, Anastasia est immédiatement saisie par la peur et l'isolement. Son séjour à Kyiv devient intenable, son origine russe la rendant suspecte. La brutalité de la réalité la contraint à subir un avortement solitaire et désespéré sous les bombes. Sa fuite à Moscou ne lui apporte pas le succès, mais la plonge dans l'enfer de l'oppression personnelle : elle épouse Mark et subit des violences psychologiques et physiques, notamment des coups et un viol, dans l'atmosphère toxique de la Russie. Son destin dans le scénario B incarne ainsi le rôle de victime dont elle s'était échappée dans le scénario A grâce à son ascension sociale calculée.

L’illusion de sécurité et le pouvoir du « virus de la peur et de la haine »

Le contraste entre les deux scénarios est particulièrement frappant dans l'histoire de Yulia, qui met l'accent sur la confrontation intellectuelle et émotionnelle avec le régime russe. Dans le scénario A, Yulia envisage d'abord d'émigrer en Israël pour que son fils autiste, Ivan, puisse suivre une thérapie. À Moscou, elle perçoit une lente corruption intellectuelle de la société, un « vieux virus qui s'attaque à l'esprit, le trouble, l'enflamme, le rend fou : le virus de la peur et de la haine ». Finalement, elle fuit cette atmosphère et trouve l'amour et l'illusion d'une liberté totale auprès de Thomas à Paris. Ses inquiétudes sont désormais celles d'une exilée : la peur d'être jugée comme « russe » en France ou confrontée aux stéréotypes. Elle croit que le pire est passé et mène une vie épanouie, malgré l'inquiétude persistante pour son fils, dans un monde où les grands conflits ne se déroulent plus qu'à la télévision.

Dans le scénario B, cette illusion de sécurité se brise. Le 24 février 2022, Yulia est brutalement confrontée à l'annonce de l'invasion. Sa mère, Olga, reprend aussitôt la rhétorique de la propagande du Kremlin, justifiant l'invasion comme une « opération militaire spéciale » visant à mettre fin à un génocide et niant que la Russie tue des civils. La résistance de Yulia est d'abord discrète et se limite à de petits gestes symboliques, car elle perçoit le danger croissant et la brutalité de la répression. Sa vie à Moscou devient un exercice d'équilibriste psychologique, car elle doit dissimuler ses véritables opinions. Finalement, son petit acte de résistance – son refus de collecter des chaussettes pour les soldats – est dénoncé au FSB par son amie d'enfance, Elena. Yulia, qui avait auparavant ouvertement exprimé son opposition à l'« opération spéciale » lors d'une réunion d'anciens élèves, est arrêtée à l'aéroport alors qu'elle tente de partir pour Israël. Lors de son interrogatoire, elle est confrontée à la trahison de son amie et à sa position morale (« Vous avez dénoncé le bombardement du théâtre Marioupol »). Sa punition est l'emprisonnement physique dans la colonie pénitentiaire de Mordovie. Le sort de Yulia pendant la guerre illustre le paradoxe de la liberté morale sous une dictature : elle perd sa liberté physique pour préserver son intégrité intérieure et éthique, car elle refuse de se repentir ou de nier que la Russie est en guerre.

La rupture et la reconstitution des liens interpersonnels

Ces deux scénarios mettent également en lumière la nature des relations humaines en situation extrême. Dans le scénario de paix (A), les relations sont souvent fonctionnelles, caractérisées par la distance et la méfiance. Les liens familiaux sont mis à rude épreuve par les divisions politiques. Roman lutte contre le système corrompu au sein duquel évolue son supérieur, Riznyk, et Yulia souffre de l'aveuglement politique de sa mère Olga et de la superficialité de la vie sociale moscovite.

Dans le scénario de guerre (B), la schizophrénie post-soviétique des « peuples frères » se manifeste de façon définitive. À Donetsk, Roman rompt avec son père, qui a intériorisé la propagande russe et traite son propre fils de « nazi ». Anastasia est considérée comme une ennemie par la société ukrainienne et reçoit un ultimatum de son amie ukrainienne Macha : soit combattre « avec nous contre vous », soit être considérée comme coupable. La rupture est irréversible : « Vitaly, je ne lui parlerai plus jamais de ma vie. » Yulia est anéantie par la trahison de son amie Elena.

Cependant, la guerre forge aussi des liens existentiels et indestructibles. Roman trouve une camaraderie dans les tranchées et un profond sentiment d'utilité dans leur lutte commune pour la survie. Son amour pour Mila, la chirurgienne, est un lien forgé par l'expérience extrême de la mort. Mariana, la mère de Roman, découvre elle aussi à Berlin combien le fardeau de devoir être forte peut être écrasant, et grâce à sa thérapeute Irina, elle apprend qu'il est permis d'être humaine et de s'autoriser à faire son deuil – un acte de libération émotionnelle qui était superflu en temps de paix (A).

La structure non chronologique du roman permet de révéler l'ambivalence de la vie post-soviétique : tandis que la paix (A) favorise la corruption, la décadence morale et la superficialité, la guerre (B) contraint les protagonistes à une confrontation brutale mais nécessaire avec leurs valeurs. L'emprisonnement de Yulia en Mordovie et la survie de Roman au front contrastent fortement avec la brillante mais vaine carrière d'Anastasia à Moscou (A) et la liberté bourgeoise chèrement acquise de Yulia à Paris (A). L'œuvre démontre que le destin des personnages dépend en fin de compte de décisions extérieures et incontrôlables, et pose la question philosophique de savoir si l'intégrité morale, sous une dictature, a un coût plus élevé, mais aussi une valeur supérieure, à celle acquise par le compromis dans une paix corrompue. La citation de Lessia Oukraïnka, "Sans espoir, malgré tout, je vais espérer, Je vais vivre ! Dehors les sombres pensées !", prend un sens bien plus urgent et existentiel dans le scénario B, où l'espoir doit être activement combattu face à la destruction, que dans le monde du compromis silencieux.

Performance de l'uchronie

« Tu dois savoir ce que tu veux dans la vie. » 2 Voici ce que déclare Anastasia dans le scénario A. En revanche, Yulia déclare dans le scénario B : « Oui, à cause de ces opinions, j’ai été condamnée à six ans et demi de prison, parce que j’ai déclaré lors de mon procès que la Russie était en guerre et non dans le cadre d’une opération spéciale, qu’elle avait attaqué un pays et menait une guerre cruelle… » 3 Ces deux extraits représentent les deux extrêmes de la bifurcation uchronique. Anastasia, l'influenceuse mode, incarne la liberté opportuniste et la volonté de réussir dans le scénario A. La citation, sa répétition intérieure, justifie ses relations utilitaristes (avec le député Pavlo Teremets), grâce auxquelles elle obtient une émission de télévision et construit sa carrière. Son succès repose sur l'abandon de l'amour romantique (Roman) et l'application consciente du calcul. Elle atteint la célébrité, mais au prix d'un vide intérieur et d'un profond dégoût de soi (« Quelque chose qu'elle n'aimait pas »). La déclaration de Yulia dans le scénario B, en revanche, illustre la liberté morale en situation de captivité. Condamnée à six ans et demi de bagne pour avoir refusé de qualifier la guerre de Poutine d'« opération spéciale », Yulia choisit la pureté de conscience en disant la vérité : « La Russie est en guerre et non en opération spéciale », même si cela lui vaut d'être condamnée. La confrontation de ces deux vies – la réussite matérielle d’Anastasia par la soumission morale face à la perte physique de Yulia par la résistance morale – est la mesure ultime de ce que le roman cherche à révéler à travers sa structure audacieuse : les circonstances extérieures dictent les conditions, mais la véritable qualité de l’existence se manifeste dans le choix de la réponse aux diktats du destin.

La structure uchronique du roman choral L'angle mort du destin Ce livre permet une analyse nuancée et approfondie qui dépasse largement une simple position anti-russe. S'il condamne avec force et exhaustivité le régime russe et l'invasion, il offre également une dissection complexe et critique de la vie ukrainienne, notamment dans le contexte de la paix (« Ce qui n'arrive pas »). La critique de la société et du régime russes est profonde et systémique. Les sources révèlent Moscou comme un lieu infecté par le virus de la peur et de la haine, que l'État a utilisé pour empoisonner son propre peuple. Cette idéologie est diffusée par une machine de propagande massive (« chaînes du Kremlin ») qui profère des affirmations absurdes, comme celle que des nationalistes ukrainiens tuent des enfants, tout en niant les bombardements de civils. Le roman dépeint avec force la dictature et la répression : Yulia est arrêtée et jugée pour avoir refusé de collecter des chaussettes pour les soldats et pour avoir « aimé » une publication aux couleurs jaune et bleu, ce qui conduit même à la trahison de son amie d'enfance Elena. Cet empoisonnement se manifeste également dans la vie privée, puisque de jeunes adultes comme Ivan Sidorov adoptent la rhétorique guerrière, tandis que d'autres restent silencieux par peur.

Parallèlement, le roman critique sans concession la réalité de la vie en Ukraine en temps de paix (Scénario A), exposant la corruption endémique et l'opportunisme moral des élites. Roman Paschenko, l'architecte, doit se rendre à l'évidence : son rêve de bâtir une Ukraine nouvelle ne peut se réaliser qu'au prix de douloureux compromis avec des oligarques corrompus comme Nikonov et des politiciens comme Beznichenko. Le roman explore le dilemme éthique de Roman, prêt à accepter la destruction de grottes d'une grande importance archéologique pour un projet de piscine. Ce système de connivence (arrangements secrets ou complicité) est omniprésent.

La guerre (« Ce qui arrive », scénario B) agit alors comme un catalyseur moral, contraignant les personnages à se confronter à des questions existentielles et révélant les fondements moraux différents des sociétés. L'agression extérieure détruit les ambitions corrompues de la paix (A) et, en Ukraine, impose une purification par la résistance : Roman, presque corrompu par la paix, choisit de se battre, trouve un sens à sa vie et vit une « haine brûlante », une lutte identitaire intense, contre les envahisseurs, qui le conduit même à abandonner sa langue maternelle. À l'inverse, la résistance russe (Yulia) mène à l'intégrité morale mais à l'emprisonnement physique dans l'« abîme » du système.

Ainsi, on peut conclure que si l'ouvrage critique fondamentalement la Russie, dépeignant le régime russe comme la source de l'agression, du mensonge et de l'oppression, et que cette critique s'intensifie dans le scénario B avec les horreurs de la guerre, il offre simultanément une analyse complexe de la réalité ukrainienne : la paix dans le scénario A n'était pas un état idéal, mais plutôt un terreau fertile pour l'opportunisme et la corruption. Seule la menace existentielle de la guerre impose la clarté morale et la cohésion nationale qui étaient minées dans le scénario A par les carences sociétales internes (la corruption).

Par sa structure non chronologique et le contraste saisissant entre « ce qui arrive » et « ce qui n'arrive pas », le roman s'oppose clairement à la position de Vladimir Poutine sur la guerre en Ukraine, la présentant comme un acte d'agression non provoquée qui soumet l'individu à une « implacable brutalité ». Le récit condamne l'invasion comme l'œuvre d'un « fou furieux », animé par la mégalomanie et le rêve d'un passé fantasmé, dont le but est de nier l'existence de la nation ukrainienne (« elle n'existe pas »). La rhétorique officielle russe d'« opération militaire spéciale » est ainsi démasquée comme un mensonge cynique qui infecte le peuple russe du « virus de la peur et de la haine », crée une société où toute déviation est immédiatement punie par la persécution et conduit le pays au bord du fascisme. La position du régime est dépeinte comme celle d'une tyrannie menant une guerre d'agression et d'extermination.

L'ambivalence du roman envers les personnes vivant en temps de paix se manifeste principalement dans sa représentation critique de la société ukrainienne, épargnée par la guerre (« Ce qui n'arriva pas », Scénario A). Le roman n'idéalise nullement l'Ukraine d'avant ou d'après l'invasion, mais dissèque plutôt la réalité post-soviétique, gangrenée par une corruption systémique et un opportunisme moral. Roman Paschenko, l'architecte, découvre que ses projets ambitieux pour la « nouvelle Ukraine » ne peuvent se réaliser qu'au prix de douloureux compromis éthiques au sein des cercles oligarchiques et de pouvoir de Riznyk et Nikonov. Le roman condamne ces abus comme un système qui bafoue la morale et la loi.

Cette analyse sans concession, contrastant avec le scénario B (la guerre), contribue à approfondir l'ambiguïté morale. Si la menace existentielle se manifeste clairement en temps de guerre, imposant des décisions héroïques (Roman devient un soldat déterminé), elle crée également de nouvelles divisions internes. Cette ambivalence se traduit par la stigmatisation et la méfiance envers ceux qui ont des origines ou des liens familiaux russes. Anastasia, restée à Kyiv, reçoit un ultimatum de son amie Macha : soit combattre « avec nous contre vous », soit être considérée comme coupable. Elle se sent condamnée « simplement parce qu'elle est russe ». Finalement, la mise à nu des faiblesses ukrainiennes en temps de paix souligne l'ampleur de la résistance ukrainienne en temps de guerre : ceux qui, comme Roman, s'opposent à la corruption. Statu quo Ceux qui partent, ou ceux qui, comme la journaliste assassinée Tetiana dans le scénario de paix, luttent contre la corruption, font preuve d'un double héroïsme en voulant libérer leur pays à la fois de la décadence intérieure et de l'agression extérieure.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Uchronie de la guerre ukrainienne : Antoine Rault. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 19 mai 2026 à 10:18. https://rentree.de/2025/10/21/uchronie-des-ukrainekriegs-antoine-rault/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
  1. La citation est attribuée au sénateur américain Hiram Johnson (1917) en lien avec la Première Guerre mondiale : « La première victime de la guerre est la vérité. »>>>
  2. «Il faut savoir ce qu'on veut dans la vie.»>>>
  3. « Oui c'est parce que j'ai ces idées que j'ai été condamnée à six ans et demi de prison, c'est parce que j'ai dit à mon procès que la Russie est en guerre et pas en opération spéciale, qu'elle a agressé un pays et mène une guerre atroce… »>>>

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