Dominique Fourcade : Poésie après le 7 octobre 2023

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Dominique Fourcade, Voilà, c'est tout, POL, 2025.
Dominique Fourcade, Pouvez-vous apprécier la glace dans l'eau ?, POL, 2024.
Dominique Fourcade, flirter avec elle, POL, 2023.
Dominique Fourcade, En laisse, POL, 2005.

Poésie et terreur

« tueuse, et tuante
est l'époque
à nouveau insensément cruel
c'est un murmure distinct entre des lèvres inconnues sur lesquelles on a peur de poser les siennes. » (Dominique Fourcade, Voilà, c'est toutp. 2025)

Mortel, et mortel cette fois encore, d'une cruauté insensée. Un simple murmure, clair, entre des lèvres inconnues, des lèvres sur lesquelles on craint de poser les siennes. C'est ce que dit la suite. Voilà, c'est tout, qui, avec un certain décalage, poursuit la réponse poétique de Dominique Fourcade au 7 octobre et à ses conséquences.

La publication du premier recueil de poésie de Dominique Fourcade sur ce sujet, Pouvez-vous apprécier la glace dans l'eau ? (POL, 2024) a marqué un tournant décisif dans le parcours d'un auteur reconnu depuis longtemps pour ses expérimentations formelles et sa remise en question de la voix narrative. Fourcade s'est imposé dans l'avant-garde littéraire française grâce à son exploration de téléphone (la voix du texte). Cette histoire de rigueur formelle et de retrait lyrique est essentielle pour saisir la portée intellectuelle du récent tournant explicite de Fourcade vers les crises géopolitiques actuelles. Ce tournant n'est pas nouveau ; il s'inscrit plutôt dans une responsabilité morale et esthétique croissante envers le présent. Il se déploie selon une séquence chronologique, commençant par la guerre d'Irak en 1991. En laisse (2005) et traitait de la guerre en Ukraine flirter avec elle (2023). Le volume de 2024 a été écrit en réponse directe et urgente aux événements survenus à partir d'octobre 2023 et a été publié en février 2024. L'urgence du processus d'écriture s'ancre ainsi non seulement thématiquement mais aussi formellement dans le texte hybride, qui alterne vers et prose. Dans la suite de ça va bien dans la pluie glacée puis entrelacés Voilà, c'est tout (POL, 2025) mêle les aspects intimes et tragiques de la guerre à Gaza dans un langage lyrique et vibrant qui oscille entre désespoir et résistance, entre art, mort et beauté – et, au bord du précipice, affirme l’appel inébranlable à ne pas perdre espoir.

Le titre En laisse L'expression « En laisse » découle directement du choc visuel et éthique provoqué par les photographies de la prison d'Abou Ghraib. Elle fait référence à l'image précise d'une soldate américaine tenant un prisonnier irakien nu et en laisse. La laisse (la laisse) devient la métaphore centrale de la criminalité, de l'humiliation et des dynamiques de pouvoir perverties dans la guerre moderne. Fourcade s'identifie radicalement à tous les éléments de cette scène : il est la victime (il), la soldate (Elle) et la laisse (la laisseLe titre lui-même exprime l'interchangeabilité terrible des rôles : la laisse sert à guider les deux bords terribles qui s'échangent sans cesse. Il s'agit ainsi d'une affirmation concernant un crime fatal (« criminalité fatale ») qui interroge profondément l'humanité de l'auteur (et celle du lecteur).

Megan Ambuhl (à gauche) et Lynndie England avec « Gus », photo de Charles Graner. Source.

Le titre flirter avec elle (Flirting with Her) marque la confrontation de Fourcade avec les horreurs de la guerre en Ukraine en 2022. « À la fin de sa vie, Dominique Fourcade avait l’impression de revivre ce qu’il avait vécu dès le début : le désespoir de la guerre. Mais beaucoup de choses avaient changé depuis son enfance et son adolescence : son attachement désormais très fort à l’Europe, la réalité d’être écrivain, c’est-à-dire d’être quelqu’un qui ne peut vivre aucun moment de l’existence plus profondément et plus fidèlement que dans l’expérience de l’écriture. Il a composé un long poème en 15 sections, suivi d’un « flirt avec trois photographies ». Son écriture traite du présent, rien que du présent, à la fois trivial et mythologique. Le mot flirt Cela lui sembla immédiatement de loin la manière la plus simple de gérer la relation la plus sérieuse : le « elle » dans « avec elle“ Elle symbolise la mort. La mort sous toutes ses formes, et pas seulement sous les formes spécifiques de la guerre par lesquelles elle s'impose aujourd'hui. 1 L’« elle » de la mort est également assimilée à l’Ukraine, qui prend la place du sujet lyrique (« l’Ukraine (…) se substitue à l’elle de »). flirter avec elleLe terme « flirt » n’a rien de frivole ici ; il décrit plutôt la proximité nécessaire, quoique insoutenable, et le rapport littéraire intense que l’auteur entretient avec cette horreur. La guerre en Ukraine a considérablement restreint sa marge de manœuvre, tant pour son écriture que pour sa vie. Ce flirt représente sa tentative, face à la guerre, de repousser les limites de son écriture et de développer une tendresse méthodique en réponse à des souffrances inimaginables, telles que le viol comme arme de guerre.

Le titre Pouvez-vous apprécier la glace dans l'eau ? (« Est-ce que ça va sous la pluie glaciale ? ») est une question rhétorique ironique qui résume le choc existentiel de Fourcade face au conflit israélo-palestinien d'octobre/novembre 2023, qui constitue le cœur de son ouvrage. La pluie glaciale fonctionne comme une métaphore intense et douloureuse de la catastrophe générale et de l'effondrement moral de l'Occident, qui s'effondre sous les coups qu'il s'inflige lui-même. L'image du froid et de l'humidité évoque une souffrance omniprésente et est explicitement liée à la mort lorsque l'auteur parle d'un « noircissement de la pluie glaciale et de ses noyés ». Cette question, en apparence anodine, presque banale, prend tout son sens. Ça va bien… ? Cela contraste fortement avec l'environnement impitoyable et mortel que l'auteur décrit comme un bain de sang réciproque, une expérience qui constitue son destin d'écrivain. Le titre exprime ainsi la désorientation et la vulnérabilité face à une catastrophe mondiale.

Bien que ces trois ouvrages abordent les horreurs des conflits contemporains, ils diffèrent principalement par leur approche de la confrontation à la violence et la stratégie poétique qui en découle. L'un est une réponse à un choc unique et bouleversant qui déclenche avant tout une cascade de responsabilités existentielles et morales, accompagnée d'une rupture du langage. Le deuxième est une implosion éthique de la nature humaine, provoquée par les témoignages médiatiques, et exige une coidentification radicale et empathique avec l'auteur et la victime comme méthode de compréhension de la violence. Le troisième est une transcription continue, quasi journalistique, de la réalité quotidienne de la guerre.flirter avec elle), ce qui oblige l’auteur à élargir la forme de sa poésie afin de rendre justice à la nature systématique des atrocités et aux exigences existentielles des survivants. Dans tous les cas, l’écriture agit comme une sismologie et un « rapport à l’instant mondial », la violence servant toujours de catalyseur pour redéfinir les frontières de la poésie et la vulnérabilité (vulnérable) de l'auteur comme acte littéraire décisif.

In Ça va bien dans la pluie glacée ?, qui est considéré comme « Anti » flirter avec elleComme on peut le décrire, l'horreur se manifeste par une désorientation omniprésente et la perte d'un refuge : l'auteur est constamment impliqué dans le conflit et écrit « de Gaza-Donzy, le 23 octobre », s'imaginant à Gaza, sur un lit de « graviers et de verre brisé ». La violence n'est pas un simple événement militaire, mais un désastre et un déluge qui submerge tout l'Occident, tandis que la civilisation occidentale s'effondre sous les coups qu'elle s'inflige. La forme la plus extrême de cette horreur est la capitulation morale et la terrible transformation des victimes (victimes de la Shoah) en bourreaux (qui commettent un carnage), employant le même vocabulaire insoutenable. L’auteur doit renoncer existentiellement à l’idée qu’il chérissait autrefois d’Israël et, face à la « lapidation » et aux « hurlements de douleur » des enlevés, cherche un moyen d’échapper aux rangs des meurtriers.

La manière dont Fourcade aborde la guerre, la violence et l'horreur dans les trois livres témoigne d'une évolution allant de la responsabilité existentielle à l'identification esthétique, puis à la dénonciation morale et civilisationnelle.

Réponse poétique plutôt que commentaire politique

Dominique Fourcades Pouvez-vous apprécier la glace dans l'eau ? Publié à l'automne 2024, quelques mois après la reprise des hostilités à Gaza, cet ouvrage n'est ni une chronique, ni un essai politique, mais une réponse littéraire et linguistique-philosophique. Fourcade se positionne comme un poète qui crée une forme à partir de l'impossibilité de répondre « correctement ». L'écriture ne réagit pas par l'analyse, mais par la tension entre parole et silence, proximité et distance, honte et engagement. Le texte interroge le pouvoir du langage lorsque violence et histoire s'entravent mutuellement.

Même dans la première partie, il est dit :

« je ne sais plus aimer. je ne sais plus où aimer. l'interdit a change de camp : il n'est plus interdit de ne pas aimer l'Ukraine, il est interdit d'aimer ce qui se déchaîne en Israël/Palestine. »

Ici se formule le dilemme émotionnel et éthique qui imprègne tout le texte : l’impossibilité de répartir équitablement sa propre empathie sans se retrouver moralement impliqué. La phrase suit la syntaxe de l’effondrement – ​​sans majuscules, avec des répétitions paratactiques. Même formellement, une éthique fragmentée s’exprime ici : la littérature devient un espace de conflit intérieur.

La position de Dominique Fourcade sur le conflit au Moyen-Orient est profondément pessimiste et empreinte de désespoir, l'Holocauste étant pour lui une rupture éthique et politique majeure. Sa conception de la poésie en temps de guerre et de crise lui sert de moyen existentiel de résistance et d'acceptation de cette fragilité. La critique la plus acerbe de Fourcade vise la destruction d'un espoir moral fondamental : celui que les souffrances incommensurables de l'Holocauste empêchent à jamais le peuple juif de devenir lui-même bourreau. Dans le contexte des événements actuels du conflit (octobre-décembre 2023), Fourcade voit cet espoir complètement anéanti. Il observe une « terrible transformation » des victimes en bourreaux, qui emploie tragiquement le « même vocabulaire insoutenable » des horreurs. Fourcade exige que l'État d'Israël « change de visage ».

L'aspect central, et potentiellement le plus explosif, de la réception de l'ouvrage réside dans l'adaptation par Fourcade d'une citation du prix Nobel Imre Kertész. Ce dernier, survivant de la Shoah, définissait l'identité post-Holocauste comme une obligation morale universelle, transcendant toute appartenance religieuse ou communautaire. Fourcade adopte cette définition universaliste et opère une transformation éthique radicale. La déclaration percutante est la suivante : « Après la Shoah, être juif, pour moi qui ne le suis pas, est avant tout un devoir moral qui m'incombe. De même, être Palestinien aujourd'hui sans cesser d'être juif. » Fourcade s'appuie ainsi sur la réponse que Kertész avait donnée en 2006 à la question de Catherine David : « Quel Juif suis-je ? » (« Quel genre de Juif suis-je ? »). L'auteur utilise cette obligation morale pour éclairer un chapitre crucial du chaos de sa vie et du « roman » qu'est son écriture. En invoquant Kertész, Fourcade situe fermement la confrontation avec le conflit du Moyen-Orient dans la morale post-Shoah et l'héritage intellectuel qui a institué la Shoah comme une rupture éthique inconditionnelle et une violation suprême de la Déclaration des droits de l'homme.

Pour Fourcade, la nécessité d'écrire en temps de guerre (initialement déclenchée par la guerre en Ukraine) est une question existentielle de survie et de maintien du lien avec la réalité. Il décrit son œuvre comme une sorte de « journal de résistance ». Il se sentait contraint de « se brancher sur la guerre », persuadé que, sans cela, il mourrait ou serait forcé d'arrêter. Sa poésie lui offre une forme d'évasion dans les moments de désespoir – puisque la guerre, l'amour et la mort sont « sans issue » – qu'il qualifie de « toboggans d'évacuation ».

Le défi poétique de Fourcade réside dans la représentation de la simultanéité de tous les aspects de la vie. Dans son œuvre, le trivial et le sublime, « le linge sale et les quatuors de Beethoven », ainsi que le sang qui coule et l'art (comme les aquarelles de Cézanne) se côtoient. Son but est de saisir cette simultanéité, ce « tout arrive en même temps », sous une forme linguistique séquentielle. De plus, le thème de la répétition est central. L'expérience des guerres de son enfance se répétant en Europe intensifie le sentiment d'un cycle tragique. Il conçoit l'ensemble de son œuvre littéraire sous le titre « L'Exposé du temps présent », résumant ainsi son engagement profond face à la crise morale et politique du présent.

Langage, culpabilité et témoignage

Fourcade n'écrit pas « sur » le conflit, mais « de l'intérieur » de celui-ci. Son geste littéraire est un témoignage, certes hésitant, mais empreint de timidité. Il se qualifie à plusieurs reprises d'« agent de l'étranger ».

« je reste agent de l'étranger. je ne peux pas parler autrement. »

Cet « agent de l’étranger » signifie un double mouvement – ​​altérité et responsabilité. Le moi lyrique est à la fois observateur et participant. Il réagit depuis l’intérieur de l’Europe, depuis l’intérieur de la France, à partir de la conscience d’une culpabilité coloniale, religieuse et culturelle. Cette formule rappelle le concept de « parler à l’autre » de Paul Celan : seul le langage de l’autre peut être un langage de vérité car il demeure à l’abri de la violence.

La poétique qui en découle est une langue qui résiste à toute tentative d'harmonisation. Fourcade utilise des phrases courtes et saccadées, des omissions et des ellipses. Le texte respire la discontinuité. Ainsi, le fragmentaire devient lui-même une forme éthique : il refuse d'ordonner ou d'esthétiser le conflit.

Dans le même temps, la honte ressurgit sans cesse – la honte de l’intellectuel européen qui observe la souffrance « de l’extérieur ». On peut lire dans un passage :

« nous regardons la pluie tomber sur Gaza depuis les écrans ; on se sent lavé, mais c'est un lavage impur. »

L’image de la « pluie glacée » du titre se concrétise ici : la pluie purificatrice, mais « impure », car le regard reste passif. La littérature répond en reflétant cette passivité, non en la niant.

Gaza, le mur, le passage

Un thème central du texte est le franchissement des frontières. Fourcade écrit :

« Je suis à Gaza. j'entre dans Gaza à partir d'Israël, après avoir été entré en Israël à partir de Gaza. je suis le même homme dans chaque cas. »

Cette répétition du mouvement – ​​aller-retour – brise toute notion d’identité fixe. La frontière entre bourreau et victime, entre intérieur et extérieur, entre Israël et Gaza, se dissout poétiquement, non pour la brouiller, mais pour rendre sa brutalité palpable. Le texte oblige le lecteur à changer de perspective sans jamais s’enliser dans une vision figée.

Formellement, cela se réalise par des parallélismes rythmiques. Le « je » n’est pas statique, mais se définit par son mouvement. La structure reflète la tentative d’entrer dans « l’autre espace », sachant que cela n’est possible que symboliquement.

Fourcade établit un lien entre la frontière et l'expérience corporelle. Le mur de béton – « le mur, la paroi de la mort » – devient une métaphore de la séparation, de la figée. Ceci contraste avec l'image de la photographie de Tanya Habjouqa. Plaisirs occupés, qu'il décrit :

« une jeune femme, tête nue, lance un javelot. derrière elle, le mur. elle rit. »

Cette scène devient une icône de la résistance. La jeune femme – nue, car sans protection – incarne la vitalité qui persiste au sein de l’occupation. Fourcade interprète ce geste comme une forme d’emphase poétique.

« le javelot, c'est le vers. il traverse l'air, il défend l'interdit. »

Ici, les dimensions poétique et politique s'entremêlent intimement. Le poème lui-même devient une lance qui perce la frontière sans la détruire. La métaphore du javelot confère à la littérature une force d'action – non pas comme une arme, mais comme un mouvement, une projection de voix et d'espoir.

Éthique intertextuelle : Kafka, Genet, Dickinson

Fourcade ne répond pas par des arguments politiques, mais par des références littéraires. Cette intertextualité n'est pas un simple ornement, mais une stratégie éthique : elle démontre que la littérature ne peut s'exprimer qu'en dialogue avec d'autres voix.

Un passage clé cite Franz Kafka :

« faire le lien hors du rang des meurtriers ».

Cette phrase tirée du journal de Kafka devient un leitmotiv du livre. Fourcade commente :

« nous n'avons pas sauté. nous sommes restés au rang. et écrire n'a pas suffi. »

Reconnaître que la littérature, à elle seule, ne peut franchir ce cap, est en même temps sa justification : cela maintient ouverte la conscience de cette culpabilité. La réflexion sur l’échec devient une forme de responsabilité.

À leurs côtés figurent Jean Genet et Emily Dickinson. Genet représente l'écrivain qui prend radicalement parti pour les laissés-pour-compte – « Genet à Gaza, c'est un impossible retour ». Dickinson incarne l'introspection, le poème silencieux, presque hermétique, comme un sanctuaire. Fourcade oscille entre les deux : solidarité extatique et tendresse introvertie.

Il écrit :

« Si vous voyez Emily à Gaza, écrivez à la fenêtre, regardez-la disparaître dans la lumière. »

Ce désir est à la fois utopique et désespéré. La métaphore de la « fenêtre » — un motif récurrent — symbolise l’aspiration à la transparence, mais aussi la séparation entre l’observateur et l’événement.

L’intertextualité devient ainsi une procédure morale : la littérature répond à la violence en convoquant d’autres corps littéraires qui rendent la parole possible en premier lieu.

L’Holocauste et Israël comme champ de tension morale

Une partie particulièrement délicate du texte concerne la réflexion sur Israël, la Shoah et l'héritage des souffrances juives. Fourcade se situe ici sur un fil ténu entre empathie et critique. Il écrit :

« le Judaïsme m'a appris la parole, mais Israël m'apprend le silence. »

Cette phrase résume la tension entre l'admiration religieuse et la désillusion politique. « Parole » représente le pouvoir créateur du langage, « silence » le choc moral face à la violence perpétrée au nom de la survie.

Il poursuit :

« on n'a pas survécu à Auschwitz pour construire un autre camp. mais qui suis-je pour le dire? »

L’introspection (« qui suis-je ? ») désamorce le sentiment de suffisance de l’accusation. Le moi ne cherche pas à juger, mais plutôt à reconnaître sa propre complicité. La littérature y répond par une relativisation de soi – elle maintient la tension entre impulsion morale et humilité épistémologique.

Fourcade utilise la mémoire historique comme une boussole morale. La Shoah n'est pas présentée comme un chapitre clos, mais comme un point de repère pour les actions présentes. Le paradoxe : ceux qui se réclament victimes peuvent eux-mêmes devenir bourreaux. Le texte aborde ce paradoxe non pas de manière abstraite, mais existentielle : sur un ton de honte, de chagrin et de désespoir.

Le langage poétique – concis, abrupt, sans fioritures rhétoriques – est essentiel. Chaque phrase est comme une chute. Il en résulte une éthique de la forme : non seulement l’énoncé lui-même est porteur de sens, mais la syntaxe fragmentée est une réaction à la monstruosité morale.

L'auteur revient sur son profond pessimisme et note :

« je me dis ceci (et ne le dis qu'à moi-même en pleurant de détresse) : le plus irréparable causé par la Shoah aura été la fondation d'Israël dans la forme où il a été fondé. […] J'ai essayé de rappeler l'horreur et les meurtres. Je suis du milieu du jour, j'attends ça avec impatience, et je suis encore dans la nuit quand la Shoah est au sommet de ma tête Déclaration des droits de l'homme sur laquelle tout repos, pour nous Occidentaux, ou devrait reposer, depuis 1789. »

« Je me le dis (et je me le dis seulement à moi-même, les larmes aux yeux, emplie de désespoir) : la chose la plus irréparable causée par la Shoah fut la fondation d’Israël sous la forme qu’elle a prise. […] J’en ressens encore l’horreur et le regret. Je sais, au beau milieu du jour, que la Shoah fut l’attaque ultime contre… » Déclaration universelle des droits de l'homme « C’est le fondement sur lequel tout repose, ou devrait reposer, pour nous autres Occidentaux depuis 1789. »

Cet extrait révèle la conclusion la plus radicale et la plus douloureuse de l'auteur : il considère la Shoah non seulement comme un crime historique, mais aussi comme son le plus irremplaçable La conséquence est la fondation de l'État d'Israël sous sa forme actuelle. L'auteur, qui a toujours éprouvé de l'empathie pour les souffrances infligées aux Juifs en Europe au XXe siècle, considère la fondation d'Israël comme une tragique régression. Il soutient que cet État n'aurait jamais dû être fondé, du moins pas en tant qu'État dont les critères reposent sur la domination d'une seule communauté et d'une seule confession (la communauté juive) et qui, progressivement, prive toutes les autres communautés d'espace et de liberté. Pour lui, la Shoah représente l'« attaque ultime » contre la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, censée constituer le fondement de la morale et de la politique occidentales. En établissant un lien entre la Shoah et la fondation d'Israël et en la critiquant pour ses failles éthiques, il exprime son profond pessimisme, tout en soulignant que l'État existant ne doit pas être aboli, mais plutôt transformé.

Conséquences esthétiques : forme, fragment, délicatesse

La poétique de Fourcade repose sur la conviction que la seule réponse adéquate à la catastrophe est délicatesse C'est un mets délicat qui n'est ni esthétisant ni ennuyeux. Il écrit :

« la délicatesse est politique : elle refuse l'écrasement. »

Cette « délicatesse politique » relève d’une éthique du ton. Le texte évite les grands gestes, misant sur les silences, les pauses et les répétitions. C’est précisément cette retenue formelle – le refus de susciter le pathos – qui devient une attitude de dignité.

La structure du livre n'est pas linéaire, mais plutôt en mosaïque. De courts passages en prose alternent avec des interludes poétiques, des réflexions et des fragments de citations. Cette forme reflète la relation complexe entre le langage et le monde. L'ouvrage se lit comme une méditation continue où chaque pensée est immédiatement remise en question.

Un exemple:

« j'écris pour ne pas comprendre. comprendre serait trahir. »

La relation paradoxale entre écriture et compréhension résume l’éthique de la négativité : la littérature ne doit pas expliquer, mais plutôt maintenir l’inconnu. Cette position constitue la réponse au conflit du Moyen-Orient – ​​non pas par le discours, mais par le refus de domestiquer l’incompréhensible.

Dans le même temps, Fourcade déploie une esthétique visuelle et sonore : des motifs récurrents tels que « pluie », « mur », « javelot », « voix » et « fenêtre » structurent la perception. Les mots deviennent des véhicules iconiques de l’expérience. Cette imagerie relie une réalité politique concrète (pluie, mur, corps) à une transcendance poétique.

Cela crée un double niveau : l’écriture comme perception du monde et l’écriture comme exercice moral. Les deux fusionnent dans une poétique de précaution – une attention soutenue et attentive.

La littérature comme lieu de responsabilité

Fourcade aborde le conflit du Moyen-Orient en explorant les possibilités et les limites de la littérature. Il ne porte aucun jugement, mais propose un modèle de perception éthique. Son écriture vise non pas à dominer le monde, mais à en témoigner.

À la fin du livre, on peut lire :

« je n'écrirai pas pour la paix. j'écrirai pour que la guerre ne soit pas seule à parler. »

Cette phrase résume le programme esthétique et éthique. La littérature ne doit pas créer l'illusion de la réconciliation, mais bien briser le monopole de la violence sur le langage.

Ce faisant, Fourcade inscrit son œuvre dans la tradition de l’« écriture du témoin », qui va de Celan et Blanchot à Jorie Graham. Cependant, contrairement à ces voix, il met l’accent sur la simultanéité de la honte et de la beauté, de l’analyse et du souffle. Pouvez-vous apprécier la glace dans l'eau ? Il ne s'agit pas d'un manifeste moral, mais d'un geste fragile qui montre que la responsabilité réside dans la manière dont on parle.

Sa réaction au conflit du Moyen-Orient est donc avant tout poétique : elle montre comment l’éthique se mue en syntaxe. Le « je » bref et saccadé, les sauts entre les points de vue, les répétitions hésitantes – tout cela n’est pas une particularité formelle, mais un acte moral.

La littérature ne peut pas arrêter la violence ; mais elle peut l’empêcher de rester muette. Fourcade écrit depuis l’intérieur du froid (« pluie glacée ») et montre que ce froid même — la distance, le tremblement — est peut-être le seul espace où l’humanité peut encore émerger.

Au volume suivant Voilà, c'est tout (2025)

Dans la dernière section de Pouvez-vous apprécier la glace dans l'eau ?Peu avant de préciser la période d'origine des textes, l'auteur présente deux lames paléolithiques – deux bifaces – comme des « silex de conscience » et des citations. Celles-ci servent à la fois de rappels et d'expressions du désespoir : une citation de Nietzsche Au-delà du bien et du mal, qui évoque le « grand style moral » que l’Europe doit aux Juifs. Une autre citation de la Bible (Genèse chapitre 12, verset 6), où Abraham, à son arrivée en Terre promise, reconnaît la présence d’un autre peuple – les Cananéens – et se considère lui-même comme un simple « Ger » (littéralement : migrant). Les derniers mots du texte expriment la douleur et le devoir envers ces « citations » morales et historiques : Suis-je le seul / dans ma douleur / à le croire sur parole ? Octobre–novembre–décembre 2023.

« suis-je le seul / dans mon deuil / à le prendre au mot / Octobre-novembre-décembre 2023 »

recueil de poésie de Fourcades Voilà, c'est tout (2025) est à la fois une continuation et une fin (« la suite, en tout point la suite et la fin ») du volume Et l'eau contenue dans la glace ? (2024) conçoit et aborde, à un niveau métapoétique, les notions d'auteur, d'angoisse et d'expérience de l'époque, en réfléchissant à la situation tragique et meurtrière entre Israël et la Palestine. Le poète souligne que cette nouvelle œuvre n'est pas du même auteur, car l'identité d'un auteur n'est jamais figée, et le curseur de l'angoisse, ainsi que le rapport au temps et à l'amour, sont en perpétuelle évolution. L'expérience contemporaine de l'époque influence inexorablement l'écriture, la déformant et la bouleversant. Le livre représente ainsi le type de poésie que l'auteur entreprend, mais qui est bien loin de la poésie qu'il espère. Ici, le mot lui-même est identifié comme un mode du féminin, et la condition humaine fondamentale est décrite comme un état d'abandon, même si tout n'est qu'une question de contact.

La confrontation s'amorce dès le titre d'un chapitre où l'auteur décrit l'époque comme un enchaînement incessant de morts (« tueuse, et tuante »), abordant le conflit avec le constat que la situation est plus tragique que jamais. Une image émouvante, presque onirique, de l'humanité divisée est fournie dans la section « Israël / Palestine refrain pour les deux pays » : un soldat, ami d'un soldat ennemi, est retrouvé mort près de la tombe de ce dernier, chacun portant une noix et le mot « prairie » sur son uniforme interchangeable (« treillis interchangeables »). Ce court texte, que l'auteur aurait lui-même souhaité écrire, est attribué à une voix anonyme et laïque, dont la création est située entre mai 1948 et décembre 2023.

Fourcade superpose explicitement les dynamiques de pouvoir politique et militaire du conflit au Moyen-Orient à une dichotomie de genre classique pour souligner la tragédie existentielle de la situation. L'auteur affirme qu'Israël est le « mâle dominant », tandis que la Palestine est la « dominée ». Il lie directement la possibilité d'une solution à cette analyse genrée en exprimant son désir qu'Israël acquière une certaine féminité (« gagner en féminité »), ce qui résoudrait une partie du problème. Le lien émotionnel profond avec la Palestine, le camp dominé, s'articule simultanément dans un langage profondément féminin, culminant en un appel urgent, presque rituel. Ce codage du genre correspond à la poétique de l'auteur, le mot étant généralement défini comme un mode du féminin.

Le poète réaffirme son amour profond pour la Palestine, renforcé par les ruines, et cite des figures emblématiques telles que Jean Genet, Mahmoud Darwich et Edward Saïd. Il déclare néanmoins qu'il abandonnerait immédiatement cet amour si la Palestine devenait un État dominant ; toutefois, il reconnaît qu'il est loin d'être facile de cesser d'aimer Israël. Face à l'étendue de l'horreur qu'Israël inflige actuellement, selon Fourcade, l'auteur se trouve dans l'impossibilité d'adresser une requête similaire à Israël. Il implore néanmoins la Palestine de lui épargner une coupe de marmelade d'oranges amères dans ce malheur, de lui faire humer le parfum du laurier-cerise et, surtout, de lui permettre de boire ses règles sous la lune. À la lumière des destructions à Gaza, l'auteur craint que l'humanité ne soit à nouveau entrée dans une période où elle a périodiquement besoin d'un bain de sang, comme le décrivait Marguerite Yourcenar. Mémoires d'Hadrien décrit.

Selon Fourcade, le thème fondamental qui façonne le destin des nations est la peur de « l’être chez soi ». Israël, soutient-il, a interprété sa propre peur en termes de force, excluant de fait celle des autres et se retrouvant ainsi prisonnier de son propre pouvoir. L’enseignement crucial de l’Exode est qu’il n’y aura jamais de foyer sur cette terre si celui-ci n’est pas partagé. Comme exemple vivant, bien qu’actuellement inaccessible, de cet espace partagé, l’auteur cite la fondation de l’Orchestre du Divan par Edward Saïd et Daniel Barenboim, fondé sur le langage universel de la musique et qui nourrit la conviction que cette forme de partage peut renaître et perdurer.


Annexe : Concernant les parties de Et l'eau contenue dans la glace ?

Pacte de l'hippopotame et double prohibition

Cette première partie établit la crise existentielle de Fourcade et son cadre poétique de référence. Son modèle est l'hippopotame prédynastique, qui émerge pour être libéré de ses parasites — en réalité, de ses peurs — par un animal picorant ses larves, un processus voué à l'échec. Cette image symbolise le dilemme fondamental et insoluble de l'auteur. La « double interdiction » d'octobre 2023 — l'interdiction d'aimer l'Ukraine et l'interdiction d'aimer ce qui se passe en Israël/Palestine — définit la crise morale et géographique à partir de laquelle il écrit : « Gaza-Donzy octobre '23 ».

La situation critique est décrite comme une « douche de détresse » partagée à laquelle s'inflige l'Occident autodestructeur. Dans ce contexte, il rappelle l'idée centrale de Kafka selon laquelle la littérature offre la possibilité d'oser « un bond hors du rang des meurtriers ». Fourcade considère ce bond comme le seul acte nécessaire peu avant la fin. Sa poésie, se réinventant dans ce contexte, devient un acte existentiel destiné à assurer la survie de l'auteur, même s'il craint de ne plus pouvoir rassembler la force nécessaire à cette résistance existentielle.

Le désastre et l'intelligibilité des ruines : la pluie de sang et l'acte d'écrire : la logique du meurtre réciproque

Fourcade définit sa poésie de crise comme un « processus d’immersion » et une manière de rendre la catastrophe intellectuellement compréhensible. Il établit une équivalence radicale entre les parties souffrantes en soulignant qu’il est le même homme qui entre à Gaza depuis Israël et à Gaza depuis Israël, et qu’il vit la crise comme un « bain de sang réciproque » qui embrase l’Occident. L’écriture est pour lui un « acte-observation », une réalité physique qui fait converger le trivial (la promiscuité dans les décombres) et l’horreur absolue.

L’auteur perçoit l’actualité comme un « poème-événement qui est en cours », marquant le retour d’anciennes tragédies (telles que les guerres de son enfance). Face à la violence – réelle et symbolique – qui le désigne à Gaza comme un « agent de l’étranger » et cherche à le lapider, Fourcade affirme que dans cette « logique de réciprocité meurtrière », il n’y a pas d’innocents. Pourtant, pour lui, qui se sent moralement tenu « d’être Palestinien sans cesser d’être Juif », le pouvoir de l’écriture demeure indestructible.

Le plus irremplaçable

Cette partie du texte est empreinte d'un pessimisme absolu et culmine dans une condamnation morale sans appel : la fondation d'Israël, sous sa forme actuelle, est considérée comme la conséquence la plus irréparable de la Shoah. Fourcade réaffirme sa profonde empathie pour les souffrances des Juifs au XXe siècle, mais perçoit la création de cet État comme un recul fatal : la Shoah elle-même fut l'atteinte suprême à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, tandis que la fondation d'Israël repose sur la domination d'une communauté qui opprime les autres et les prive de toute liberté. Il exige donc avec véhémence que l'État actuel se transforme radicalement.

Paradoxalement, à travers un échange avec Hadrien France-Lanord, l'auteur met également en lumière les conséquences juridiques et éthiques positives de la Shoah à l'échelle mondiale. La « rupture éthique inconditionnelle » que représente la Shoah a conduit à la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948. Ce texte a introduit le concept éthique de dignité dans les textes juridiques de l'ONU. Fourcade observe que la fondation d'Israël (mai 1948) n'a pas tenu compte de cette réflexion morale mondiale progressiste. L'auteur affirme en outre la nécessité de la philia (amitié) comme fondement non juridique essentiel à la coexistence politique.

Lèvres sur les murs en béton

La recherche d’un « enjeu contemporain palestinien inattendu » conduit Fourcade à l’art. Il le trouve dans la photographie de Tanya Habjouqa, « Plaisirs occupés », qui représente une lanceuse de javelot palestinienne devant le mur frontalier. Le titre, « Plaisirs occupés », symbolise l’illégitimité du plaisir et l’occupation constante du corps et de l’esprit par une oppression omniprésente, où le temps et l’espace sont perçus comme limités et tout comme interdit. En contrepoint à ce mur de la mort, Fourcade propose de projeter le symbole universel des lèvres de Matisse sur les murs de béton afin de renouer avec « le slogan et le désir » et d’initier une forme de paix incontrôlable.

Ce passage décrit l'acte traumatique de la séparation de l'auteur d'avec l'État d'Israël, qu'il qualifie de « rendez-vous d'écriture impitoyable ». Cette séparation, qu'il compare à la tâche ardue d'annoncer à un être cher la fin d'une relation, résulte de la destruction d'un espoir fondamental. Fourcade déplore la « terrible transformation » des victimes en bourreaux, qui s'opère à l'aide du même vocabulaire insoutenable de la terreur. Selon lui, l'identité originelle d'Israël, qui, à travers la « peur et la souffrance indicibles » de la Shoah, avait promis une « bonté infinie », a été perdue car la fondation de l'État reposait sur un mensonge (« Un peuple sans terre pour une terre sans peuple »).

Le vol des scarabées

Face à l'escalade du conflit à Gaza, où le territoire est divisé en 2 400 blocs et où la population est contrainte à l'évacuation, Fourcade rejette les « éléments linguistiques » des politiciens, qu'il juge obscènes et cyniques. Il les oppose aux cris « totalement incompréhensibles » des familles d'otages israéliennes, qu'il perçoit comme l'expression d'une « sauvagerie humaine extrême et profonde », avec lesquelles il se sent profondément lié. Pour les enfants traumatisés, il recherche un « rythme sensuel, musical et laïque » comme fondement d'une éducation bienveillante, afin de rendre l'horreur supportable.

L'image symbolique saisissante est celle de la fuite de dizaines de milliers de scarabées de Gaza vers l'Égypte, formant une masse dense et sombre, symbole biblique du mouvement de masse. Fourcade se joint métaphoriquement à cette masse en creusant sous la clôture frontalière, cherchant à effacer toute trace de son passage. Il trouve du réconfort dans les mots de Martin Buber, en 1947, qui appelait à une structure binationale et à l'autodétermination des deux peuples, excluant la domination de l'un ou de l'autre. Enfin, Fourcade propose deux « pierres de la conscience » comme héritage moral : d'une part, la reconnaissance par Nietzsche du « grand style moral » que l'Europe doit aux Juifs, et d'autre part, le passage de la Genèse (6) où Abraham, à son arrivée, reconnaît que les Cananéens sont déjà installés sur la terre, jetant ainsi les bases d'une coexistence en tant que migrants plutôt que d'une possession exclusive.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. "Dominique Fourcade : Poésie après le 7 octobre 2023." Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 13 mai 2026 à 01h00. https://rentree.de/2025/10/07/dominique-fourcade-Dichen-nach-dem-7-oktober-2023/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.

Remarques
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