Du Prix Goncourt à la Bibliothèque de Babel : Mohamed Mbougar Sarr

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

Sarah Burnautzki, Abdoulaye Imorou et Cornelia Ruhe, éd. Le labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar SarrFrancopolyphonies 36. Souffrance ; Boston : Brill, 2024.

Un itinéraire circulaire

Mohamed Mbougar Sarr est considéré comme un phénomène littéraire. Dès son plus jeune âge, il abordait des thèmes d'envergure littéraire mondiale avec une maturité intellectuelle et une virtuosité stylistique remarquables. Son écriture mêle l'expérience de son héritage sénégalais à une appropriation magistrale des traditions éducatives européennes. Il en résulte une voix à la fois profondément enracinée en Afrique et universellement accessible, riche en allusions intertextuelles, d'une profondeur philosophique et d'une jouissance ludique de la langue. Mbougar Sarr aborde des questions complexes – de l'identité à la mémoire, en passant par le pouvoir même du récit – dans une forme qui, loin d'être académique, se révèle vibrante, ironique et sensuelle. Ses romans sont des récits captivants, parfois exubérants, qui allient puissance poétique et esprit. Il n'oppose pas les discours africains et occidentaux, mais les fait dialoguer de manière constructive, sur un pied d'égalité. L'auteur écrit avec une telle aisance dans un contexte transnational et transculturel que les notions de « centre » et de « périphérie » semblent s'effacer.

L'anthologie Le labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr Ce volume a été dirigé par Sarah Burnautzki, Abdoulaye Imorou et Cornelia Ruhe. Les contributions qui y sont rassemblées ont été présentées lors d'un colloque organisé à l'Université de Mannheim en mai 2023. Ce colloque a réuni des contributeurs internationaux de divers pays, dont l'Afrique du Sud, l'Eswatini, le Ghana, le Sénégal, le Canada, les États-Unis et plusieurs pays européens (France, Belgique, Angleterre et Pays-Bas). Outre les présentations universitaires, l'événement comprenait une soirée de dialogue consacrée à l'édition de littérature africaine en français. Mohamed Mbougar Sarr a participé à la cérémonie de clôture.

Le « labyrinthe » auquel les éditeurs font référence est décrit comme un principe à la fois conceptuel et esthétique du roman. La plus secrète mémoire des hommes Cet ouvrage analyse comment la structure polyphonique du roman, la multiplication des voix narratives et la diversité des genres textuels renforcent son réalisme et révèlent la multiplicité de ses ramifications. Il vise en définitive à saisir la complexité du roman, dont la logique poétique suit un long parcours circulaire où la destination se confond avec le point de départ. Il souligne que le roman ne se caractérise pas uniquement par… mis en abymeMais elle se caractérise aussi par l’entrelacement, un principe esthétique qui souligne la coexistence et l’interdépendance de mondes hétérogènes (cultures, histoires, littératures) et rejette la dichotomie coloniale centre/périphérie. À travers la fictionnalisation de « l’Affaire Ouologuem », Mbougar Sarr s’engage de manière intertextuelle avec le canon occidental et l’histoire de la racialisation de la littérature. Il utilise le palimpseste pour déconstruire la « mesure » hégémonique du canon européen en le sur-réécrivant et en citant d’autres textes (tels que Rimbaud, Mallarmé ou Borges) et pour développer une esthétique cosmopolite et pluraliste qui transcende les frontières nationales et identitaires. La stratégie de Mbougar Sarr est interprétée comme une « contre-attaque » et un acte d’« intertextualité réparatrice » qui élargit l’histoire littéraire pour y inclure les récits d’auteurs oubliés et scandalisés.

Mohamed Mbougar Sarr est né à Dakar en 1990 et y a d'abord fait ses études avant de poursuivre à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, où il a entamé une thèse sur Léopold Sédar Senghor. Sa carrière littéraire a débuté en 2014 avec la nouvelle « La Cale », suivis des romans Terre ceinte (2015), Silence du chœur (2017) et De purs hommes (2018), tous récompensés par de prestigieux prix littéraires. Cette impressionnante carrière a été couronnée en 2021 par le prix Goncourt pour La plus secrète mémoire des hommes Cela confirma sa réputation d'auteur au talent exceptionnel et à l'érudition remarquable, n'hésitant pas à aborder des thèmes politiques. L'ouvrage propose une méta-réflexion littéraire subtile, détaillée et limpide. Il éclaire l'histoire de la littérature africaine et ses liens avec le milieu littéraire parisien. L'intrigue, qui entraîne le lecteur dans un labyrinthe, s'inspire du parcours littéraire extraordinaire et de la chute légendaire de l'écrivain malien Yambo Ouologuem.

Les textes de Mbougar Sarr se caractérisent par leur traitement de thèmes politiquement significatifs. Dès ses premiers écrits, l'auteur aborde la violence extrême et ses causes structurelles. Par exemple, il dénonce Terre ceinte Le livre aborde le pouvoir total et sanglant des régimes djihadistes et met en lumière la résistance quotidienne à travers des écrits et une correspondance secrets. Silence du chœur La violence structurelle et le racisme dans le contexte des migrations sont abordés, avec l'échec de la coexistence forcée (« convivialisme ») entre les migrants africains et les Siciliens locaux. De purs hommes aborde l'homophobie structurelle et la violence dirigée contre la minorité de gordjiguène Dans ces trois premiers ouvrages, le traitement des morts violentes, des enterrements et du deuil devient un acte militant qui expose les mécanismes des inégalités structurelles et invite les lecteurs à réfléchir à leur propre complicité dans cette violence.

L'esthétique de Mbougar Sarr vise à traduire ces réalités politiques complexes en littérature. Il emploie une structure narrative polyphonique à plusieurs niveaux qui unit une multitude de voix, de perspectives et de genres pour rompre avec l'homogénéité du récit. L'intermédialité délibérée de ses œuvres, par l'intégration de médias tels que le film, la vidéo, la presse écrite et le téléphone, sert d'outil esthétique et idéologique conscient pour diffuser une vision critique des crises sociopolitiques africaines et contrer le discours officiel. Sa représentation de l'« inhumain » (inhumain) se caractérise par un rejet du manichéisme, car il insiste sur le fait que les auteurs de crimes ne peuvent être dépeints comme de simples monstres, ni les victimes comme monolithiquement innocentes, ce qui oblige le lecteur à s'interroger sur la responsabilité individuelle.

Mohamed Mbougar Sarr : La partie critique (pp. 11–19)

Mbougar Sarr légitime la critique littéraire comme un acte nécessaire et créatif qui dévoile les aspects illisibles d'une œuvre et établit de nouveaux systèmes de signification productifs, considérant la critique académique en particulier comme essentielle.

L'auteur commence par l'anecdote d'un lecteur hongrois qui a lu son roman. La plus secrète mémoire des hommes Interprété comme un essai déguisé sur la lecture et la critique littéraire, l'auteur reconnaît que son roman porte en lui une « certaine ambition théorique ou critique » concernant la littérature africaine. Mbougar Sarr distingue trois types de critique (spontanée, professionnelle et magistrale) et les considère toutes nécessaires pour appréhender la « vérité insaisissable d'un livre ». Il lit la quasi-totalité des articles universitaires consacrés à ses œuvres, car il conçoit la critique et la théorie comme un prolongement de l'œuvre, créant sans cesse de nouveaux systèmes de signification. L'auteur admet que son roman pose la question : « Pour qui lisons-nous ? » et qu'il met en avant l'expérience de lecture de ses personnages. Pour lui, la critique est un acte de… Adresse – aux livres et autres méthodes de lecture qui permettent une « conversation secrète de la lecture ».

Concernant les contributions individuelles

Catherine Mazauric : Masculinités en question. La terre appartient aux hommes. (pp. 21–38)

Les trois premiers romans de Mbougar Sarr remettent en question la norme masculine dominante, souvent empreinte de violence, en dépeignant des masculinités plurielles et en soulevant des questions éthiques sur la vulnérabilité et l'agentivité.

Mazauric souligne que la question de la masculinité est centrale dans les premiers romans de Mbougar Sarr, la violence (djihadiste, xénophobe, homophobe) étant perpétrée exclusivement par des hommes. Terre ceinte La norme se manifeste dans la violence de la « fraternité ». De purs hommes Il aborde la violence homophobe, culminant dans la profanation d'un cadavre, que la narratrice-protagoniste Ndéné Gueye relie à une « conception purement mentale » qui rappelle le concept de Kristeva. Abjects Mazauric souligne que Silence du chœur représente l'excès émotionnel, tandis que Terre ceinte met en lumière l'attitude stoïque des femmes dans la résistance. La polyphonie dans Silence du chœur Cela contribue à la nuance, même si les personnages féminins sont parfois perçus de manière globalisante.

Cet essai propose une lecture cohérente des premiers romans de Mbougar Sarr sous l'angle du genre et met en lumière la continuité de sa critique des structures patriarcales et violentes, un thème récurrent dans l'ensemble de son œuvre de jeunesse. Il apparaît clairement que, dès ses débuts, son travail a examiné de manière critique des questions sociales controversées.

Cornelia Ruhe : Morts, sépultures et deuil. Les fictions thanatographiques de Mohamed Mbougar Sarr (pp. 39–56)

Les « fictions thanatographiques » de Mbougar Sarr (romans mettant en scène des morts violentes) éclairent les mécanismes nécropolitiques (Mbembe) des inégalités structurelles qui déterminent la manière dont le public appréhende la mort et le deuil, et invitent le lecteur à une réflexion sur sa propre propre rapport à la mort. implication (Rothberg) de reconnaître cette violence.

Ruhe examine comment l'auteur, dans ses romans, fait du traitement des morts un enjeu politique. Les thanatographies sont des récits de fiction qui décrivent des expériences de mort violente résultant de guerres ou d'inégalités structurelles. À travers les œuvres d'Achille Mbembe et de Judith Butler, l'étude démontre que la manière dont le discours public appréhende la mort violente exprime la souveraineté – le pouvoir de décider qui vit et qui meurt. Terre ceinte Cela se manifeste par le refus d'accorder des funérailles dignes au couple lapidé et par la vénération monumentale du djihadiste Abdel Karim. De purs hommes Le roman aborde la profanation de la tombe d'un homme présumé homosexuel par une foule en colère au Sénégal et la complicité du narrateur, un universitaire qui a intériorisé l'homophobie. Mbougar Sarr brouille les frontières entre agresseur et victime en présentant les protagonistes comme des « sujets impliqués » (Rothberg).

Cet essai propose un cadre théorique pour comprendre la représentation de la violence extrême dans l'œuvre de Mbougar Sarr. Il relie ses romans aux discours théoriques internationaux sur la nécropolitique et la responsabilité postcoloniale, soulignant ainsi son engagement littéraire face aux crises politiques réelles.

Valérie Dusaillant-Fernandes : Agentivité des personnages et engagement littéraire. Voix et détours chez Mohamed Mbougar Sarr (pp. 75–95)

Le premier roman de Mbougar Sarr Terre ceinte Elle oppose la tyrannie djihadiste à une esthétique quotidienne et polyphonique de la résistance, réalisée à travers l’action (« agentivité ») des personnages et la communication écrite intime (lettres, journal secret).

Dusaillant-Fernandes analyse le roman Terre ceinte comme une réflexion sur l'engagement face à l'indicible. La résistance s'exprime par la publication du journal clandestin. Rambaaj (dont le nom signifie en wolof « semeur de discorde ») est incarné par une élite intellectuelle (« combattants de la parole »). Parallèlement, la correspondance entre les mères du couple exécuté, Sadobo et Aïssata, constitue une forme intime de résistance et d'affirmation féminine qui brise le silence. Mbougar Sarr emploie une narration plurivoque, où le narrateur omniscient se fait le porte-parole de l'auteur implicite. Cette forme esthétique de résistance vise à sensibiliser le lecteur et à éveiller les consciences, plutôt qu'à simplement dénoncer.

Cet article met en lumière la capacité de Mbougar Sarr à aborder des réalités politiques complexes (le djihadisme au Sahel) grâce à des stratégies esthétiques sophistiquées. Il conforte l'idée que Mbougar Sarr est une auteure qui, par sa sensibilité, traite du politique et conçoit la forme littéraire comme un espace d'engagement à part entière.

Aliou Seck : La «médialisation» de la littérature dans les romans de Mohamed Mbougar Sarr (pp. 109–124)

La « médiatisation » de l’écriture dans les romans de Mbougar Sarr (Terre ceinte, De purs hommes) est un processus esthétique et idéologique conscient qui utilise les médias (cinéma, téléphone, vidéo, presse) au-delà de leur fonction habituelle de vecteurs de représentation critique des réalités socio-politiques de l'Afrique.

Seck soutient que le style d'écriture de Mbougar Sarr se caractérise par l'hybridité et l'intermédialité, qui renouvellent esthétiquement le roman africain contemporain. Ses textes constituent un « lieu de rencontre et d'influence » entre différents arts et médias. De purs hommes Il présente de forts éléments cinématographiques, notamment des lexèmes cinématographiques et une structure narrative scénique qui suit la logique de la narration minimaliste. Des médias tels que le téléphone (Terre ceinte) ou des vidéos (De purs hommesCes sources ne sont pas simplement citées, mais pleinement intégrées au récit. Cette pratique intermédiale sert de stratégie pour diffuser le regard critique de Mbougar Sarr sur le continent africain en proie aux crises. Le blog, le journal clandestin et les lettres sont autant d'expressions de cette stratégie de résistance médiatique contre la propagande officielle.

L'analyse de la médiatisation enrichit notre compréhension de l'esthétique de Mbougar Sarr, appréhendée comme postmoderne et réflexive sur les médias. Elle explique comment l'auteur utilise la texture du roman pour formuler un commentaire politique et le positionne comme un écrivain qui intègre activement les formes contemporaines de communication à sa pratique littéraire.

Abdoulaye Imorou : Les monstres n'existent pas. Triez les labyrinthes des êtres humains avec Mohamed Mbougar Sarr (pp. 125–140)

Le traitement de l'« inhumain » par Mbougar Sarr dans ses œuvres complètes rejette les lectures manichéennes en présentant les auteurs et les victimes comme également humains, forçant ainsi le lecteur à abandonner sa propre distanciation et à se poser la question de la responsabilité individuelle.

Imorou note que le motif de Labyrinthe de l'inhumain Œuvres complètes de Mbougar Sarr La Cale à La plus secrète mémoire des hommes Cette idée imprègne le récit. Il remet en question la figure du « monstre » (le coupable) et montre que ces personnages (comme Abdel Karim) sont convaincus de la légitimité de leurs actes sans pour autant être animés de motivations purement malveillantes. De même, les victimes ne sont pas monolithiquement innocentes ; Terre ceinte ou Silence du chœur Les groupes victimes manifestent également une violence interne, ou des actions qu'ils intègrent à la logique de la violence. Le texte met à l'épreuve l'empathie du lecteur, notamment par l'hésitation fantasmagorique dans La plus secrète mémoire des hommes (Les critiques d'Elimane ont-ils vraiment été assassinés ?). Puisque les auteurs et les victimes restent des êtres humains, une simple distanciation est impossible, et la responsabilité incombe aux « choix individuels » du lecteur.

Cet essai est essentiel à la compréhension éthique de l'œuvre de Mbougar Sarr. Il démontre que sa complexité n'est pas seulement esthétique, mais qu'elle impose également au lecteur une exigence morale de se confronter à son propre contexte. Possibilité prendre conscience de son propre rôle d'auteur ou de victime.

Julia Görtz : Commentaire sur la migration ? L'importance de la transmission dans le silence du chœur de Mohamed Mbougar Sarr (pp. 141–163)

Par l'utilisation stratégique de la polyphonie et d'une variété de genres textuels (récit de voyage, article de journal, pièce de théâtre) dans Silence du chœur Mbougar Sarr souligne la difficulté de raconter l'histoire des migrations et met en évidence la nécessité de Transmission comme un acte de mémoire collective.

Görtz examine comment Mbougar Sarr représente le traumatisme de la migration dans le village fictif d'Altino (Sicile). La polyphonie et les changements de perspective permettent une variété de points de vue (Giuseppe Fantini, Fousseyni Traoré, Jogoy). Les personnages réfléchissent aux limites du langage, la littérature servant de lieu de mémoire.lieu de mémoire (Selon Nora). La variété des genres remplit des fonctions spécifiques : le récit de voyage/journal de Jogoy offre une perspective personnelle et émotionnelle. À l’inverse, les articles de presse créent une distance et tempèrent les émotions, mais servent aussi à dénoncer la partialité et l’hypocrisie du discours médiatique officiel, dont la prétendue objectivité est surestimée. La version officielle est volontairement abrégée afin de préparer les lecteurs au témoignage plus détaillé de Jogoy.

Cet article examine la manière subtile dont Mbougar-Sarr aborde la question du genre. Il montre que l'auteure n'écrit pas seulement sur la migration, mais aussi sur… comme Il faudrait écrire sur la migration afin de briser le silence du chœur (silence du chœur) pour briser le mouvement des migrants.

Lena Seauve : Convivialisme, polyphonie et violence dans le silence du chœur par Mohamed Mbougar Sarr (pp. 164–178)

L'échec d'un « convivialisme » (coexistence) forcé entre les Siciliens et les réfugiés africains en Silence du chœur Elle est la conséquence transhistorique d'une inégalité fondamentale et d'une interdépendance mutuelle, ce qui est souligné par la structure polyphonique et les allusions à la tragédie antique.

Seauve analyse la coexistence à Altino en utilisant le concept critique de Le convivialismeLe roman de Mbougar Sarr pose la question centrale : « Comment la coexistence peut-elle fonctionner dans un contexte d’inégalité fondamentale ? » La polyphonie du texte (Bakhtine) reflète l’irréconciliabilité des positions et met en lumière la violence croissante du langage. La ville d’Altino est comparée à un organisme vivant ; la violence du massacre en son cœur (« cœur »)"Cela conduit métaphoriquement à une impasse. La représentation d'une violence extrême est l'aboutissement de l'échec de la convivialité. Le roman transcende le contexte historique de la crise des réfugiés en puisant dans les traditions de la tragédie et de l'épopée.

Seauve fournit un fondement philosophique et théorique des genres pour Silence du chœurLe lien établi entre les conflits sociaux et des schémas tragiques universels témoigne de la volonté de Mbougar Sarr de relier le local (Sicile/Afrique) au savoir global.

Susanne Gehrmann : De l'enquête au discours queer. L’intertextualité dans la bourse de Mohamed Mbougar Sarr (pp. 193–213)

De purs hommes transforme le modèle du roman policier (roman de l'enquête) et entre dans un dialogue intertextuel avec la tradition de gordjiguène ainsi que le « discours queer » occidental pour dénoncer l’hypocrisie de la société sénégalaise face à la violence homophobe.

Gehrmann examine le traitement littéraire de l'homophobie au Sénégal, ce qui a valu à Mbougar Sarr des critiques. Le roman est conçu comme une « enquête sociologique », inspirée par des auteurs tels que Boubacar Boris Diop. Gehrmann analyse les modes intertextuels de « participation », de « transformation » et de « détournement ». Le texte anticipe métatextuellement la réception négative de l'auteur (l'accusation de « défendre l'homosexualité »). La narratrice, Ndéné Gueye, entreprend un parcours de découverte de soi, passant de l'homophobie intériorisée à l'empathie. Mbougar Sarr parodie et dénonce les campagnes médiatiques négatives contre les personnes LGBTQI+, en particulier la dangereuse radicalisation rhétorique menée par les médias. jotalikat (médium humain) dans la tradition orale.

Cet essai met en lumière l'esthétique politique risquée de De purs hommesIl démontre la capacité de Mbougar Sarr à créer un « discours queer » critique et enraciné dans la culture indigène grâce à des changements intertextuels et de genre (« détournement »).

Émile Lévesque-Jalbert : Les mondes enchevêtrés de Mohamed Mbougar Sarr (pp. 214–227)

Au lieu de la citation souvent citée mis en abyme Lévesque-Jalbert propose la figure de « l'enchevêtrement » comme principe esthétique central dans La plus secrète mémoire des hommes pour souligner la coexistence de mondes hétérogènes (cultures, langues, littérature et vie) et pour mettre en évidence la contribution de Mbougar Sarr à une éthique cosmopolite et pluraliste (Mbembe, F. Sarr).

Alors que les critiques se concentrent souvent sur le côté « vertigineux » de Mbougar Sarr, mis en abyme« (le récit dans le récit) met en lumière, selon Lévesque-Jalbert, que le enchevêtrement décrit mieux la topologie du roman : une superposition et une dépendance mutuelle d’éléments hétérogènes, sans relations hiérarchiques (comme dans le mis en abyme) à intégrer. Ceci est illustré par la scène avec Siga D. et la rencontre avec Jésus-Christ dans le salon (en parallèle des relations sexuelles entre amis), où les espaces et les discours (sexualité contre littérature, animisme contre christianisme) interfèrent. enchevêtrement est la forme littéraire du pluralisme qui permet une attitude « cosmopoétique » et « cosmopolite ».

Cette contribution théorique offre un outil pour comprendre l'esthétique interculturelle de Mbougar Sarr au-delà de la simple intertextualité. Elle légitime sa complexité stylistique comme une position éthique et politique consciente qui rejette la logique coloniale dichotomique du centre et de la périphérie.

Alicia C. Montoya : « Un écrivain africain aux prix avec la Shoah »… (pp. 228–246)

Mbougar Sarr crée La plus secrète mémoire des hommes à travers le couple afro-juif Elimane-Ellenstein et de fortes références intertextuelles (Bolaño, Borges, Jabès, Schwarz-Bart), une nouvelle « mémoire multidirectionnelle » (Rothberg) émerge, qui fusionne les expériences de la Shoah et de la colonisation dans une esthétique postcoloniale.

Montoya souligne que Mbougar Sarr entrelace consciemment la mémoire par son choix de l'année 1938 et les références littéraires à la Shoah (notamment à André Schwarz-Bart et Primo Levi). Le couple central, Elimane (un auteur africain) et Charles Ellenstein (un éditeur juif), manifeste le concept de Rothberg de mémoire multidirectionnelleDans ce récit, les souvenirs se renforcent mutuellement au lieu de s'opposer. L'identité d'Ellenstein est fortement liée au livre, considéré comme son « foyer » (en référence à Edmond Jabès et à la tradition juive). Le triangle est complété par le nazi Josef Engelmann, qui assassine Ellenstein et réduit Elimane au silence. Mbougar Sarr fait référence à Borges. Aleph et la figure de l'auteur, qui disparaît dans le labyrinthe et peut lui-même devenir un « roi assoiffé de sang ».

Cette analyse révèle les dimensions interculturelles et historiques les plus ambitieuses et les plus sensibles du roman de Mbougar Sarr. Elle souligne l'engagement de l'auteur envers la littérature mondiale, qui intègre dans une œuvre littéraire unique des souvenirs traumatiques issus de différents continents.

Bernard De Meyer : Un crocodile est un cacheur dans un autre... (pp. 247–260)

L'utilisation fréquente du motif du crocodile par Mbougar Sarr dans La plus secrète mémoire des hommes est un hommage intertextuel à Paul Lomami Tshibamba (Camp, 1948), qui s’écarte délibérément de la représentation mystique ou morbide-fantastique et recherche plutôt une perspective décoloniale et écologique sur cet espace liminal.

De Meyer identifie le motif du crocodile, qui apparaît à plusieurs reprises dans le roman, notamment dans le passé d'Elimane. Il établit un lien avec Tshibamba, dont Camp Considéré comme le premier roman d'un auteur congolais et publié en 1948, Tshibamba est contemporain du personnage fictif d'Elimane. Alors que les textes africains antérieurs (Ouologuem, Kourouma) présentent souvent le crocodile comme un présage de mort ou une créature fantastique, Mbougar Sarr intègre cette figure dans une esthétique décoloniale et écologique. Le crocodile est perçu comme un être hybride qui inscrit la réalité complexe de l'espace africain et ses mythes dans un « cosmopolitisme vernaculaire » (Bhabha).

Cet essai déplace l'attention des références purement francophones/européennes (Ouologuem, Rimbaud) vers l'intégration soignée par Mbougar Sarr des précurseurs littéraires africains, affirmant ainsi sa prétention à être écrivain-monde soutenu.

Sarah Burnautzki : « Écrire, ne pas écrire ». Arthur Rimbaud, Mohamed Mbougar Sarr et la poésie de la modernité (pp. 273–290)

La fictionnalisation par Mbougar Sarr de l'« Affaire Ouologuem » dans La plus secrète mémoire des hommes représente un engagement intertextuel avec Arthur Rimbaud, dans lequel Mbougar Sarr reprend le projet poétique inachevé de poète-voyant (son esthétique de horrible employé et l'échec de la représentabilité) est accompli comme un acte de réparation intertextuelle.

Burnautzki examine le lien entre T.C. Elimane/Yambo Ouologuem et Arthur Rimbaud, tous deux figures d'avant-garde ayant connu l'échec dans des champs littéraires inégaux. Le roman de Mbougar Sarr rapproche Elimane de Rimbaud en partageant son incapacité à représenter efficacement sa vision. Mbougar Sarr adopte l'esthétique rimbaudienne du « dérèglement des sens » et le concept du poète comme « travailleur infatigable » («horrible travailleurLa prise de conscience par la narratrice Faye de l'échec inévitable de l'écriture conduit à la destruction de l'œuvre littéraire d'Elimane. Cette destruction est métapoétiquement un acte de « réparation » (intertextualité réparatrice), libérant symboliquement l'œuvre d'Elimane du stigmate de son échec et présentant le roman de Mbougar Sarr comme une continuation du projet inachevé de clair établie.

Cet essai explore plus en profondeur l'autoréférentialité de Mbougar Sarr et sa place dans l'histoire littéraire. Il démontre que son roman constitue un commentaire poétique d'une grande complexité sur la possibilité d'une littérature moderne, instaurant un dialogue direct entre la littérature africaine (Ouologuem) et les figures fondatrices du modernisme européen (Rimbaud).

Kathleen Gyssels : Des « Goncourables » à tous les prix... (pp. 291–306)

Le roman de Mbougar Sarr est une œuvre stratégique qui relativise le prix Goncourt en utilisant sa cartographie intertextuelle (notamment l'axe polono-juif Schwarz-Bart et Gombrowicz) pour refléter la relation ambivalente de l'auteur afro-polonais à sa « patrie » française et la méfiance persistante envers « l'autre » (Juif, Noir) dans le triangle transatlantique.

Gyssels analyse la place stratégique de Mbougar Sarr dans le canon de la littérature mondiale. Elle aborde la double « culpabilité » de la France littéraire envers les auteurs issus des minorités, culpabilité absoute par le prix Goncourt décerné à Mbougar Sarr (le comparant à René Maran en 1921 et André Schwarz-Bart en 1959, tous deux critiqués après avoir reçu ce prix). Gyssels se concentre sur l’axe polonais : Schwarz-Bart (d’origine polonaise et juive) et Witold Gombrowicz (polonais). Schwarz-Bart, qui a exploré l’expérience commune des Juifs et des Noirs comme opprimés, a indirectement influencé Mbougar Sarr, notamment par… mémoire multidirectionnelleGombrowicz, l'émigrant polonais en Argentine, est perçu comme une figure du déraciné qui rejette le pathétique national. L'intertextualité de Mbougar Sarr sert de stratégie d'auto-légitimation (auto-homologation), ce qui le positionne comme un auteur encyclopédique.

Cet article révèle la nature multiforme de l'intertextualité chez Mbougar Sarr, qui dépasse le cadre des protagonistes africains ou français et met en lumière des axes complexes, souvent oubliés, du cosmopolitisme littéraire. Ceci confirme la position de Mbougar Sarr comme figure intellectuelle qui transcende les frontières.

Joanne Brueton : 'Courir' derrière l'immense littérature occidentale ?… (pp. 307–325)

Mbougar Sarr décolonise dans La plus secrète mémoire des hommes le canon occidental au moyen de la figure du palimpseste, en remettant en question le concept de « Mesure » de Glissant (en ce qui concerne l'autorité et l'universalisme) et en utilisant Mallarmé pour développer une poétique de la « Démesure » qui transcende les frontières nationales et identitaires.

Brueton commence par l’appel de Mbougar Sarr à une « guerre de canons » et l’analyse par Glissant de la « mesure » du classicisme : une domination épistémologique qui s’approprie d’autres cultures et les proclame valeurs universelles. Le roman de Mbougar Sarr, tel un palimpseste, une superposition de textes, expose l’injustice structurelle. Elimanes (Le Labyrinthe de l'inhumainLe plagiat est condamné par les critiques, même s'il ne fait que révéler le processus mimétique du canon occidental (par exemple, la Pléiade – l'incorporation de précurseurs), qui efface violemment ses propres sources. Brueton voit dans la parodie de Mbougar Sarr de l'intellectuel Teste (DiéganeMbougar Sarr critique le logocentrisme européen et le despotisme de l'esprit sur le corps. Il se tourne vers Mallarmé pour trouver une littérature qui transcende la « nature coloniale » de la culture et célèbre une « globalité relationnelle » (Glissant).

Cet essai offre un cadre théorique solide à l'esthétique décoloniale de Mbougar Sarr. Il montre que l'auteur ne se contente pas de rejeter le canon occidental, mais le déconstruit de l'intérieur et révèle le concept même d'originalité comme instrument de pouvoir.

Oana Panaïté : Démêler les labyrinthes de l'histoire littéraire (blanc) (pp. 326–342)

Le roman de Mbougar Sarr (La plus secrète mémoire des hommesCe roman fonctionne comme une nécrofiction (un tombeau littéraire) qui interroge la racialisation de la littérature dans le champ littéraire français et réactive l'histoire des « affaires » entourant les auteurs noirs (Maran, Ouologuem, Beyala). Cependant, en privilégiant la liberté esthétique, il risque d'occulter les contraintes matérielles et idéologiques qui le sous-tendent.

Panaïté analyse le roman de Mbougar Sarr comme une réflexion critique sur les dynamiques qui définissent la critique littéraire française. Le récit est imprégné de l'histoire des auteurs noirs, stigmatisés comme génies ou plagiaires. La nécrofiction est une pratique narrative qui rassemble les vestiges de l'histoire littéraire pour réparer les injustices et démontrer la puissance créatrice du corpus littéraire. Le personnage d'Élimane illustre parfaitement la double attente placée sur les auteurs noirs : ils sont censés être « dignes », et pourtant leur statut demeure précaire et marginalisé. Panaïté critique l'« histoire littéraire blanche », qui marginalise les auteurs non blancs, même dans les études sur la littérature contemporaine (Dosse). Le roman recourt à une ironie mordante pour déconstruire les stéréotypes racistes, tout en adoptant une posture esthétique, celle d'un esthète, privilégiant la liberté artistique aux conditions sociologiques.

La contribution de Panaïté offre une critique importante de l'anthologie elle-même en soulignant le danger que Mbougar Sarr, à travers son style méta-réflexif, puisse déconstruire l'« hégémonie blanche » profondément enracinée mais potentiellement minimiser son impact continu sur la production littéraire postcoloniale.

Intermède

Isabel Kupski : Commentaire sur un programme d'édition ? (pp. 263–266)

La prise de décision dans un programme éditorial est une tâche responsable sur les plans économique et programmatique, dans laquelle les découvreurs de talents jouent un rôle central en tant que conseillers stratégiques pour identifier les best-sellers et la qualité littéraire.

Cette analyse des rouages ​​de l'édition (notamment dans les pays germanophones) éclaire d'un jour nouveau la satire du monde littéraire menée par Mbougar Sarr. Il explique comment le succès littéraire et les prix influencent les décisions des éditeurs.

Réassi Ouabonzi : La part du blogueur (pp. 181–187)

Le prétendu « essor » de la littérature africaine en France après la victoire de Mbougar Sarr au prix Goncourt est trompeur ; la véritable légitimité et l’autonomie nécessitent le développement d’un public de lecteurs engagé et d’institutions critiques sur le continent africain lui-même.

Le point de vue d'Ouabonzi (en tant que blogueur) apporte une perspective non académique et pragmatique, abordant les problèmes structurels et économiques de la littérature africaine hors des centres parisiens. Il élargit la critique de la « République des Lettres » en y intégrant la dimension de l'accessibilité et de la lecture locale.

Raphaël Thierry : A boussole pour mieux s'orienter au milieu des livres (pp. 347–353)

Le travail d'un agent littéraire est une lutte entre l'attrait du centralisme parisien (effet Goncourt) et l'objectif de promouvoir des moyens décentralisés de favoriser le Bibliodiversité découvrir et intégrer les auteurs africains à la « longue période de la littérature ».

Le témoignage de Thierry, agent littéraire ayant promu les premiers ouvrages de Mbougar Sarr, illustre concrètement l'ambivalence du prix Goncourt : s'il accélère la diffusion internationale, il érige simultanément Paris en un goulot d'étranglement central. Cet apport est essentiel à la critique académique de la « République mondiale des lettres ».

Désireux

Le labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr Non seulement il éclaire de manière exhaustive l'œuvre de l'auteur, mais il identifie aussi, implicitement et explicitement, plusieurs pistes de recherche pour des travaux ultérieurs, notamment en ce qui concerne les conditions structurelles de la littérature africaine et la profondeur esthétique des textes de Mbougar Sarr.

Désiderata institutionnels et socio-économiques

Les problèmes structurels et institutionnels de la littérature africaine dans le contexte de la « République mondiale des lettres » sont identifiés comme une lacune majeure qui nécessite des recherches plus approfondies :

Le principal défi concerne sans doute les liens étroits entre la littérature africaine et le milieu littéraire parisien, et la fragilité qui en résulte pour le marché du livre africain. Il est essentiel que les recherches futures s'intéressent aux moyens permettant à la littérature africaine d'acquérir son autonomie en développant un lectorat fidèle, une critique locale et des institutions de légitimité solides sur le continent africain lui-même.

Il reste à explorer comment s'affranchir du centralisme parisien et promouvoir la diversité éditoriale. L'objectif est de trouver des voies de traduction alternatives afin de publier des œuvres provenant d'« autres centres » qui ne soient pas systématiquement reléguées à la marginalité.

L’agence littéraire se demande comment les œuvres peuvent être libérées de « l’urgence éditoriale » et transférées dans le « long temps de la littérature », afin de ne pas dépendre uniquement d’un succès à court terme comme le prix Goncourt.

Oana Panaïté critique « l’histoire littéraire blanche » et exige que la critique future prenne davantage en compte la racialisation de la littérature dans le monde francophone et analyse les mécanismes qui maintiennent la marginalisation structurelle des auteurs non blancs.

Critères esthétiques et théoriques

Bien que l'ouvrage propose déjà des analyses esthétiques approfondies, de nouvelles approches théoriques émergent et méritent d'être explorées plus en détail :

Il est nécessaire de poursuivre les recherches afin d'analyser plus finement l'œuvre de Mbougar Sarr, en s'intéressant à ses contraintes matérielles et idéologiques plutôt qu'en privilégiant la liberté artistique. Une lecture sociologique doit éviter le risque de banaliser les thèmes de Mbougar Sarr par une esthétisation excessive, risque que Panaïté considère comme inhérent à la position de l'esthète.

L’introduction du concept d’« enchevêtrement » (enchevêtrement) comme topologie pour décrire l’esthétique de Mbougar Sarr, qui met l’accent sur la coexistence de mondes hétérogènes, nécessite une application et une différenciation plus poussées que celles effectuées jusqu’à présent.

Pour des romans comme Silence du chœur Une analyse fonctionnelle plus approfondie des différents genres textuels utilisés (récit de voyage, article de journal, pièce de théâtre) est nécessaire pour mieux comprendre leur contribution à la transmission de l'expérience migratoire et traumatique.

Il est fait référence au motif récurrent de la musique dans toute l'œuvre de Mbougar Sarr (par exemple, Super Diamant, Tango, NianiUne étude intertextuelle approfondie de la musique et de sa fonction en tant que forme de communication qui crée de nouvelles communautés et résiste (« intermélodicité 'récituelle' ») est proposée comme tâche ouverte.

Bien que Mazauric analyse les masculinités dans les trois premiers romans, la discussion sur Silence du chœur Il a été souligné la nécessité de mener une analyse de genre plus approfondie et plus complète des personnages féminins également, qui, en raison de leur complexité au sein de la structure polyphonique, ne sont pas toujours faciles à distinguer.

Vue d'ensemble de l'anthologie

L'anthologie Le labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr Cet ouvrage est une ressource indispensable à la compréhension de l'œuvre de l'auteur. Les éditeurs ont su aborder avec brio les tensions esthétiques et politiques centrales qui traversent son œuvre.

Le danger du piège de l'intentionnalité

Bien que l'ouvrage de Mbougar analyse avec brio les stratégies métaréflexives de Sarr, l'accent mis sur La plus secrète mémoire des hommes (Pour des raisons compréhensibles liées à son succès au musée Goncourt) il existe un risque de lire l'œuvre entière de Mbougar Sarr à l'aune de son roman tardif. Les thèses d'auteurs comme Burnautzki et Brueton, qui interprètent le roman de Mbougar Sarr comme un commentaire philosophico-poétique, pourraient orienter sa réception vers une perspective purement esthéticienne, ce qui va à l'encontre de la critique décoloniale de Panaïté, laquelle met en garde contre le danger d'ignorer les contraintes matérielles et idéologiques au profit de la « liberté de l'art ».

Perspectives multiples et polyphonie

La grande force de cet ouvrage réside dans son approche véritablement pluridisciplinaire, qui non seulement réunit des voix universitaires (études germaniques, études romanes, théorie littéraire), mais donne également la parole aux acteurs clés du monde littéraire : l’auteur, le blogueur, le découvreur de talents et l’agent littéraire. Ceci permet une analyse approfondie des enjeux politiques de la littérature et de la tension entre l’influence centralisatrice de Paris et la nécessité de la diversité des bibliographes.

Positionnement critique

Ce volume situe avec succès l’œuvre de Mbougar Sarr au carrefour de débats internationaux : nécropolitique et violence structurelle (Ruhe, Imorou), identité queer et homophobie locale (Gehrmann), esthétique décoloniale et critique des canons (Brueton, Panaïté, Lévesque-Jalbert), et mémoire multidirectionnelle (Montoya). Les analyses démontrent que l’œuvre de Mbougar Sarr met l’accent sur la complexité de l’(in)humain et le rejet des dichotomies simplistes.

Ce recueil d'essais cartographie avec précision le labyrinthe de l'œuvre de Mbougar Sarr. Il propose une analyse intellectuelle d'un auteur dont le travail fait de l'ensemble du dispositif littéraire – de la réflexion sur les genres à la formation du canon, en passant par l'économie du livre – le sujet de son art. Les contributions offrent non seulement des lectures, mais prolongent également la réflexion multiforme sur l'œuvre de Mbougar Sarr, tant sur le plan académique que pratique.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. "Du Prix Goncourt à la Bibliothèque de Babel : Mohamed Mbougar Sarr." Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 13 mai 2026 à 00:54. https://rentree.de/2025/09/27/vom-prix-goncourt-zur-bibliotheque-de-babel-mohamed-mbougar-sarr/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.


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