Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
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Le corps de la belle obscurité hors du tissu des mots
Le roman de Caroline Lamarches Le bel obscur (2025) propose une exploration dense, poétique et analytique de l'amour, de la mémoire et des identités de genre. Au cœur du récit se trouve une narratrice qui, après l'échec de son mariage avec Vincent – un homme qui s'est tourné vers un amant plus jeune, Nikolaï – tente de comprendre ses propres désirs, son rôle de femme et de partenaire, ainsi que son passé généalogique. Dans les archives familiales, elle découvre la figure énigmatique d'Edmond, un ancêtre effacé des annales familiales au XIXe siècle, dont la « beauté sombre » se situe au croisement de la masculinité, de l'androgynie et du scandale social. À travers sa confrontation avec cette figure, ses souvenirs de son amour pour Vincent et son exploration de textes divers – des recettes alchimiques aux écrits de Foucault –, le roman approfondit cette compréhension complexe et profonde de la nature humaine. Herculine Barbin – la narratrice acquiert une nouvelle compréhension d'elle-même.
Le titre du livre, Le bel obscur« Il s'agit d'une image centrale qui traverse tout le texte. L'interprétation la plus directe est fournie par une citation de Francis Ponge. » L'avenir des parolesLa devise qui précède le livre est : « Le corps du bel obscur hors du tissu des mots […] ». Cela suggère que le « bel obscur » représente une réalité ou une entité qui se situe au-delà des limites du langage, quelque chose qui ne peut être pleinement exprimé ni expliqué, mais qui doit être vécu ou ressenti. Cela suggère une vérité qui défie toute description conventionnelle. Au fil du récit, le titre se trouve étroitement lié à la figure d’Edmond, l’ancêtre de la narratrice, dont elle tente de percer le mystère de la vie et du destin. La narratrice désigne explicitement Edmond comme « Un bel obscur » et affirme plus tard, après un rêve : « Le bel obscur, c’est lui ». L’obscurité, l’obscurité et l’imprécision renvoient à la vie cachée d’Edmond et aux mystères qui entourent son existence. Il a été effacé de l’arbre généalogique, une sorte de « damnatio memoriae ». Son homosexualité, alors taboue et socialement inacceptable, lui valut l'ostracisme et peut-être même le suicide à un jeune âge. Sa vie fut trop courte et marquée par le malheur, un « Schlemihl » (terme désignant une personne vivant dans un état de misère absolue). Cette noirceur découlait également des contraintes sociales et du code moral puritain, qui le reléguaient dans un monde parallèle. Le narrateur suggère que son existence clandestine s'accompagnait peut-être d'addictions ou d'excès nés d'un manque d'amour, de soutien et de reconnaissance.
Malgré les circonstances tragiques de sa vie, Edmond est décrit comme « beau ». Cela peut faire référence à son apparence physique, telle qu'elle est saisie sur la photographie où il porte l'uniforme de mineur, et où il apparaît « infiniment plus séduisant » et « rayonnant d'une grâce étonnante ». Cela pourrait aussi faire référence à ses qualités intérieures, comme son intelligence et sa sensibilité. Son sauvetage de deux personnes de la noyade dans la Meuse témoigne de son courage et de sa force. À la fin du récit, la narratrice décrit le vieil Edmond de son rêve comme un homme dont la beauté est « discrètement façonnée par l'usure du temps » et qui « séduit par l'essentiel : la courtoisie, l'attention ». Le titre incarne ainsi la nature paradoxale de l'existence d'Edmond : une beauté cachée dans l'ombre et le secret, une vie étouffée par les normes sociales, et pourtant dotée d'un charme envoûtant. La narratrice, qui s'identifie en quelque sorte à Edmond comme à son « jumeau astrologique » et retrouve dans son histoire des aspects de sa propre quête d'identité et de liberté, s'efforce de révéler cette beauté cachée et de rétablir la place d'Edmond dans l'histoire familiale. Le titre résume les thèmes des identités dissimulées, des vérités occultées, de la beauté de l'anticonformisme et de la lutte contre les contraintes sociales qui constituent le cœur du récit.
Ce roman est à la fois une histoire de famille et d'amour, un journal intime sous forme d'essai, une quête d'indices dans les archives et une réflexion sur la nature, l'histoire et le langage. Une question profonde traverse le récit : quelles formes d'amour et de désir sont possibles, et lesquelles sont rendues invisibles ? La narratrice cherche les mots pour exprimer sa situation d'« épouse d'un homosexuel », une position à peine visible dans la société, et tisse son histoire personnelle à travers des métaphores de la nature, de la métallurgie et de la fluidité. Le roman montre que la quête d'identité et de vérité n'est pas linéaire, mais se déploie plutôt en spirales, en répétitions, en rêves et en gestes. Au final, il n'y a pas de conclusion définitive, mais une ouverture poétique : un amour qui n'est pas possession, mais un « lien inflexible mais léger », un lien invisible qui prend vie par l'acte même de raconter une histoire.
Les questions centrales du roman sont clairement discernables : comment les configurations hétérosexuelles, homosexuelles et queer sont-elles représentées, et quel rôle joue la relation triangulaire entre le narrateur, Vincent et Nikolaï ? Comment la féminité et la masculinité sont-elles construites, subverties ou transformées en figures hybrides, que ce soit dans le personnage d’Edmond, celui de Vincent ou celui du narrateur lui-même ? Quelle signification revêtent les archives, les lettres, les rêves, les documents généalogiques et les lectures astrologiques ou graphologiques pour le récit ? Comment le présent, le passé et le rêve s’entremêlent-ils dans la structure temporelle ? Quel rôle jouent les métaphores des plantes, des animaux, des métaux, des perles, de l’eau et du cinéma ? Et enfin : comment le récit à la première personne fait-il le lien entre confession personnelle, réflexion essayistique et style documentaire ? Toutes ces questions convergent vers le point central, qui apparaît sous une forme poétique à la fin : quel est le but ultime de toute l’histoire, quelle transformation de l’amour, de l’ordre des genres et du récit lui-même ?
Le roman déconstruit les normes binaires de genre en donnant de la visibilité à des personnages situés entre les deux pôles et en réhabilitant, par la littérature, des positions marginalisées – comme celle de l’épouse d’un homme homosexuel. L’amour n’y apparaît ni comme possession ni comme institution immuable, mais comme un lien fluide et invisible qui perdure à travers le récit et la mémoire. La narratrice se présente comme un médium entre les époques, les archives, les vivants et les morts. Enfin, la forme littéraire elle-même – hybride, fragmentaire et essayistique – constitue une réponse esthétique à la fragmentation de l’ordre de genre et à la précarité du désir.
Formes d'amour et de désir
L’amour, dans le roman, se manifeste sous de multiples formes : jeu enfantin avec des papillons, mariage passionné avec Vincent, triangle amoureux avec Nikolaï, intérêt généalogique pour Edmond, images oniriques où cinéma et corps se confondent. La narratrice insiste : sans le troisième personnage – « sans le trois, le deux s’effondre ». Le couple, dans la configuration classique de Vincent et Nikolaï, lui paraît inadéquat et stérile, tandis qu’elle-même est convaincue que le troisième élément représente la vitalité, la crise et la vérité de l’amour. Dès lors, une autre éthique du désir se dessine : non pas la dualité exclusive, mais l’ouverture à l’ensemble.
Outre les poèmes d'Apollinaire, mes mantras en temps de crise, j'écume divers essais traitant du couple, des textes de philosophes, de sociologues, de psychologues, et je dévore des romans. Les contemporains n'instruisent guère l'excentricité de ma propre existence, j'en relis de plus anciens, La Femme changée en renard par David Garnett ou encore L'Histoire de ma femme de Milan Füst, ce qui ne m'empêche pas d'avancer à l'aveugle comme dans un rêve confus. Vincent, Lui, depuis qu'il est avec Nikolaï, ensemble marcher en pleine lumière, guidé par l'obsession commune: the couple, toujours le couple, ses querelles, ses réconciliations, l'usure ou les reprises, le chiffre deux établi en inusable idéal du vieillir-ensemble, ce qui, étant donné leur écart d'âge, s'annonce pour lui comme une sorte d'ultime plan de carrière. Ce réplique, après la vie que nous avons suscitée, me surprend et m'irrite. Non que je sois particulièrement étonnée d'avoir été écartée au profit d'une jeunesse – question assez banale pour une femme de mon âge – mais je suis persuadé que, sans les trois, le deux s'effondre. Deux tours de clé verrouillent les portes, une troisième force le mécanisme, pulvérise les serrures, laisse entrer la tempête, les monstres, la beauté et la joie, tout cela qui marchait de concert au temps des expériences risquées, des aveux transparents, des rétablissements acrobatiques. Le temps d'avant la Grande Simplification.
Outre les poèmes d'Apollinaire, mes mantras dans les moments de crise, je me plonge dans divers essais sur les relations humaines, des textes de philosophes, de sociologues et de psychologues, et je dévore des romans. Comme mes contemporains ignorent tout de l'excentricité de ma vie, je lis des œuvres plus anciennes telles que… La femme qui s'est transformée en renard par David Garnett ou L'histoire de ma femme par Milán Füst, ce qui, pourtant, ne m'empêche pas d'avancer à l'aveuglette, comme dans un rêve confus. Vincent, en revanche, semble marcher dans la lumière depuis qu'il est avec Nikolaï, guidé par une obsession commune : le couple, toujours le couple, leurs disputes, leurs réconciliations, leurs épreuves ou leurs reprises, le chiffre deux, érigé en idéal indestructible de vieillir ensemble, ce qui, compte tenu de leur différence d'âge, apparaît pour lui comme une sorte de projet de carrière ultime. Ce retrait de la vie que nous avons menée me surprend et m'irrite. Non pas que je sois particulièrement étonnée d'avoir été mise de côté au profit de la jeunesse — ce qui est plutôt banal pour une femme de mon âge — mais je suis convaincue que sans le trio, le duo s'effondre. Deux tours de clé verrouillent les portes ; Une troisième force le mécanisme à s'ouvrir, pulvérisant les verrous, laissant entrer la tempête, les monstres, la beauté et la joie – tout ce qui convergeait en ces temps d'expérimentations risquées, d'aveux transparents et de restaurations acrobatiques. L'époque d'avant la grande simplification.
Vincent incarne une double ambivalence : à la fois protecteur, comme lors de cet accident de voiture où il a tenté, en vain, de sauver deux personnes, et traître, abandonnant sa femme. Son homosexualité est à la fois l’accomplissement de son identité et une source de souffrance pour la narratrice. Nikolaï est à la fois un rival et un reflet de la jeunesse et de la vitalité. La narratrice évolue dans un espace paradoxal : elle aime encore, elle désire, mais elle est exclue.
Edmond, le personnage historique, s'intègre à cette constellation comme un reflet de lui-même. Son image de « travesti », ses lettres énigmatiques et son effacement des registres généalogiques le désignent comme un « bel obscur » : une figure androgyne et queer qui existait en marge de l'ordre des genres et qui, de ce fait, fut effacée. En lui, la narratrice reconnaît une lignée généalogique de l'invisible, à laquelle elle sent appartenir.
Edmond comme bel obscur
Edmond, figure énigmatique des archives, constitue un centre obscur de l'œuvre de Caroline Lamarches. Le bel obscurL'intégralité du roman peut être comprise de son point de vue : son effacement des registres généalogiques, son apparence ambivalente sur les photographies, sa proximité avec ses amis masculins, sa mort dans une chambre d'hôtel loin de chez lui – tout cela fait de lui une figure à la fois belle et insaisissable, qui attire le désir autant qu'elle provoque la honte de la famille.
Le shako de travers, le béguin féminin lâché, la lampe-collier, la gourde, le curieux récipient ovoïde… Le mariage des attributs dégageait une hybride, comme si l'on avait voulu composer un personnage qui, pour tenir de l'étudiant, du mineur et you travesti, n'en disait pas moins autre chose. Même déconstruite, l'image tenait de l'énigme.
Le shako porté de travers, la casquette ample à la manière féminine, le collier-lampe, la gourde, l'étrange récipient ovoïde… De ce mélange d'attributs émergeait une scène hybride, comme si l'on avait voulu composer une figure qui, tout en témoignant de l'étudiant, du mineur et du travesti, véhiculait pourtant tout autre chose. Même déconstruite, l'image demeurait une énigme.
Thomas utilise explicitement le terme « travesti » pour décrire une autre photographie d'Edmond, ce qui alarme immédiatement la narratrice et soulève la possibilité qu'Edmond se travestie. Bien que la narratrice apprenne plus tard que la tenue de mineur d'Edmond sur l'autre photographie était un uniforme universitaire officiel et non un déguisement, elle interprète le mélange d'attributs de cette image comme une scène hybride contenant des éléments de travesti. L'apparence d'Edmond remet en question les normes de genre rigides de l'époque et suggère un désir interdit. La combinaison d'une pose militaire, d'une tenue officielle et d'éléments personnels et anachroniques, tels que la calebasse à maté, crée une image qui transcende la simple identification comme étudiant ou mineur, suggérant une identité plus profonde, peut-être queer, de cette « belle obscure ».
Edmond incarne la généalogie refoulée de la subjectivité queer. Son effacement de l'arbre généalogique n'est pas un hasard, mais une mémoire effacée, imposée par la famille à une identité qui ne se conformait pas aux normes bourgeoises de masculinité et de reproduction. C'est précisément cet effacement qui attire la narratrice : en retraçant le parcours d'Edmond, elle reconnaît sa propre marginalisation – en tant qu'épouse d'un homme gay, aussi invisible dans la société qu'Edmond l'est dans les archives familiales. Edmond agit ainsi comme un miroir et un précurseur, une figure généalogique de résonance.
La photographie le montrant travesti révèle le potentiel explosif de son existence. Ici, le travestissement ne se limite pas à un simple déguisement, mais constitue une subversion de l'ordre des genres. Il confronte la famille à une figure hybride, désormais difficilement identifiable comme masculine. Il en résulte exclusion et silence. Mais la narratrice réinterprète cette ambivalence de manière positive : pour elle, Edmond devient le symbole d'une beauté « autre », une beauté qui ne se conforme pas à la norme, mais qui puise sa force dans l'entre-deux, dans l'indétermination.
Le suicide est l'ultime transgression de l'ordre établi, car Edmond, refusant de renier sa véritable identité, fut conduit à sa perte par la société et sa famille. Sa mort n'est donc pas seulement une tragédie personnelle, mais aussi un acte symbolique de résistance et l'échec d'un ordre répressif. Son décès à l'Hôtel d'Orléans, en présence d'un artiste, suggère l'existence de communautés queer au-delà du cercle familial. La présence de l'artiste Pietro Gallici à son chevet souligne le lien entre art, subversion et modes de vie queer. Cette configuration suggère qu'Edmond vivait dans un monde que les registres officiels ne pouvaient plus représenter. C'est là le parallèle avec la narratrice, qui reconstruit sa propre vie à travers rêves, métaphores, archives et langage poétique – contre le consensus qui cherche à la rendre invisible.
Du point de vue d'Edmond, le roman tout entier apparaît comme un projet de restitution. Le bel obscur Ce récit réhabilite les figures refoulées qui existaient en marge de l'ordre des genres. La « beauté sombre » d'Edmond en est le motif central : elle nous invite à concevoir la féminité et la masculinité comme des catégories fluides et instables. Elle offre à la narratrice la possibilité de comprendre sa propre expérience non comme un manque, mais comme un élément d'une généalogie tacite et pourtant bien réelle. Ainsi, l'histoire aboutit finalement à une justice poétique : Edmond, autrefois effacé, survit dans le langage de la narratrice et lui ouvre la voie à une autre compréhension de l'amour, du désir et de l'identité.
Le triangle amoureux
Le point de vue du mari, Vincent
Du point de vue de Vincent, il semble Le bel obscur Ce récit est une histoire de libération. Vincent a rompu son mariage avec le narrateur pour vivre un amour nouveau et plus libre avec le jeune Nikolaï. Son homosexualité ne doit pas être comprise comme une révélation soudaine, mais comme une vérité longtemps refoulée qui ne se révèle que plus tard. Pour Nikolaï, cette décision est aussi un refus du mensonge d'un mariage conventionnel. Pourtant, Vincent reste ambivalent : sauveteur dans sa jeunesse, héros pour les autres, il devient un traître aux yeux du narrateur. De son point de vue, la « Grande Simplification » évoquée dans le roman signifie un retour au couple classique qu'il recherche avec Nikolaï, tandis que le narrateur considère la « tierce personne » comme indispensable. Vincent se trouve entre courage et convention : courageux en révélant son homosexualité, conventionnel dans sa quête d'un ordre binaire.
Le point de vue du bien-aimé Nikolaï
Pour Nikolaï, le jeune amant, ce récit est une initiation. Il pénètre dans une vie déjà vécue, qui le submerge et le fascine à la fois. Nikolaï incarne la jeunesse, la vitalité, l'énergie physique, mais aussi une certaine naïveté. Il apparaît comme un écran de projection pour Vincent, qui cherche en lui un prolongement de sa propre jeunesse et de sa capacité à désirer. Du point de vue de Nikolaï, la narratrice n'est guère plus qu'une figure fantomatique représentant la vie passée de Vincent. Mais le fait qu'elle élève la voix éclaire Nikolaï d'un jour nouveau : il n'est pas seulement un amant, mais aussi, involontairement, le catalyseur d'une réorganisation où vole en éclats l'ancien modèle du mariage et de la fidélité. Nikolaï devient ainsi le catalyseur de la révélation de désirs et de failles enfouis.
Le point de vue du narrateur
Du point de vue de la narratrice, c'est un roman sur l'invisibilité et son dépassement. Épouse d'un homme homosexuel, elle se sent doublement exclue : de la norme hétérosexuelle et de la communauté gay, qui lui refuse une place. Dans le personnage d'Edmonds, elle trouve un miroir reflétant sa propre marginalisation. Son récit est un acte d'affirmation de soi contre le silence qui lui est imposé. Tandis que Vincent cherche du réconfort dans le « Deux », elle insiste sur la nécessité du « Troisième » – sur l'agitation, la polyphonie, qui enrichissent la vie. Son point de vue révèle le prix du coming-out pour les partenaires restés au pays, mais elle transforme cette douleur en un langage poétique qui lui ouvre de nouveaux horizons. Finalement, elle accède à une forme de liberté : l'amour devient pour elle un « lien inflexible mais léger », une connexion invisible qui existe au-delà de la possession et de l'exclusion.
Oui, elle aimait Vincent, mais pas d'un amour purement romantique. Dès le début, son amour était empreint d'ambivalence. Elle évoque parfois son charme, son intelligence, sa beauté. Pour la narratrice, Vincent incarnait le courage, la force et la bienveillance. Cette admiration mêlée de gratitude a façonné son affection. Parallèlement, le mariage était un arrangement fortement influencé par les attentes et les conventions sociales. En se mariant, la narratrice intégrait un modèle qu'elle remettait en question tout en s'y conformant. En ce sens, le mariage était un contrat social qui promettait sécurité, reconnaissance et une certaine forme de normalité.
Analysen
Constructions et communications
Ce qui la retenait dans le mariage, outre son affection pour Vincent, était un mélange de loyauté, de culpabilité et d'espoir. La loyauté, car elle croyait en l'institution et en leur avenir commun. La culpabilité, car elle pressentait que l'homosexualité de Vincent était un secret douloureux et refoulé, et elle pensait peut-être qu'avec patience et amour, elle pourrait trouver un moyen de gérer cette tension. Enfin, l'espoir, car – comme elle le dira plus tard – elle avait confiance dans le « troisième élément » : la possibilité d'un amour ouvert et non exclusif. Pour elle, le mariage n'était donc pas qu'un sentiment, mais une construction sociale faite d'attentes, de désirs, de loyauté et de projections. Son amour pour Vincent était réel, mais jamais exempt de failles. Rétrospectivement, la narratrice reconnaît qu'elle s'accrochait aussi à une image : Vincent comme sauveur, Vincent comme force masculine, Vincent comme figure centrale d'un récit normatif. C'est précisément parce que cette image s'est brisée qu'elle a finalement dû repenser son propre récit – et l'a trouvé dans l'acte même de raconter des histoires.
La narratrice s'interroge sur sa condition de femme aux XXe et XXIe siècles, confrontée à une mère qui lui a offert un collier, symbole de bonheur conjugal, et à une norme sociale où les hommes accomplissent le travail et incarnent la force, tandis que les femmes sont cantonnées à des rôles décoratifs et maternels. Elle se rebelle contre cette norme en arrachant elle-même le buddleia, une plante invasive non indigène – un geste physiquement épuisant mais symboliquement libérateur.
Vincent incarne un certain type de masculinité : séduisant, intelligent, mais vulnérable, toujours en quête de rédemption et de reconnaissance. Son homosexualité déconstruit le modèle familial hétéronormatif, mais reproduit simultanément un cliché classique : l’homme mûr avec un amant plus jeune.
Edmond, finalement, nous échappe totalement. Il est représenté en uniforme, mais aussi en costume de travesti, et sa proximité avec des hommes comme Gratiniano Obando ou Pietro Gallici suggère des relations homosexuelles. Son effacement de l'arbre généalogique illustre comment les archives familiales ne sont pas des lieux neutres, mais des espaces de pouvoir qui réduisent au silence les identités de genre indésirables.
Le narrateur recourt à divers moyens de communication : lettres, documents d’archives, notes généalogiques, graphologie, symboles astrologiques, recettes alchimiques, rêves. Tout devient un médium pour rendre l’invisible visible. Les archives revêtent une importance particulière : là où la famille a imposé le silence, là où l’existence d’Edmond a été effacée, le narrateur crée un contre-canon.
Les rêves sont tout aussi essentiels. Ils ouvrent une communication poétique et irrationnelle avec les morts, avec Edmond et avec son propre passé. Le cinéma final est lui aussi une forme de communication : un espace d’images collectives où la narratrice ne trouve pas sa place – elle est escortée hors des lieux. Ceci souligne l’ambivalence : la communauté lui est refusée, et pourtant elle trouve du réconfort dans l’image du lien invisible.
structure temporelle et métaphore
La structure temporelle du roman n'est pas linéaire, mais plutôt palimpseste. Le présent – la fin du mariage, l'isolement du narrateur – s'entremêle avec le passé généalogique d'Edmond, avec des catastrophes historiques telles que les inondations de 2021, avec des souvenirs personnels d'enfance, de mariage et d'amours, ainsi qu'avec des rêves. Le texte suit une logique d'association, et non de chronologie.
La perspective narrative est un « je » qui, simultanément, confesse subjectivement, réfléchit à la manière d'un essai et cite comme dans un documentaire. Cette hybridité constitue le programme esthétique : il n'y a pas de vérité pure, seulement des traces, des fragments, des voix. L'acte de narration lui-même devient un acte d'émancipation – contre l'effacement généalogique d'Edmond, contre… damnatio memoriaece qui la menace également à cause des oublis de Vincent.
Les métaphores sont riches et variées. Le buddleia, plante invasive, toxique et d'apparence magnifique qui détruit la biodiversité, représente les relations trompeuses et la fausse permanence. Les papillons, capturés puis relâchés, sont des métaphores des amours – intenses, brèves, précieuses, mais éphémères. Les oiseaux, les abeilles et les chevaux apparaissent comme des reflets du désir.
La métallurgie et l'alchimie sont particulièrement fortes : lire le alchimistes grecs Le texte est structuré. La fusion des éléments, la « trempe du fer indien », devient métaphore d'une fusion des genres, d'une identité hybride. Les perles, à leur tour, retrouvent leur éclat grâce à un processus cruel, en étant réintégrées de force dans le corps. Cette image devient métaphore de la violence qui engendre la beauté – à l'image des relations qui recèlent à la fois douleur et beauté. L'eau, les rivières, les inondations et les tentatives de sauvetage en milieu aquatique symbolisent la vie, la mort, la transition et la perte. Enfin, il y a le cinéma, qui apparaît finalement comme symbole de l'imaginaire collectif, mais aussi d'exclusion.
Fluidité et transformation
La fin du roman rassemble les thèmes centraux. La narratrice décrit l'amour comme un « lien inflexible mais léger » – un lien invisible, discret, et pourtant indestructible. Elle fait ainsi ses adieux à l'idée de mariage institutionnel, à la permanence du couple, et la remplace par une forme poétique de connexion : légère comme l'air, et pourtant forte comme un fil invisible. Le désir est conçu comme quelque chose qui ne peut jamais être entièrement réduit à deux positions figées, mais qui engendre toujours des voies d'évasion et des connexions multiples. De plus, la narratrice ne décrit pas principalement son expérience comme celle d'« une femme hétérosexuelle aux côtés d'un homme homosexuel », mais plutôt comme une forme d'invisibilité structurellement liée à l'effacement d'Edmond des archives. Ces deux figures – Edmond et la narratrice – représentent des identités absentes des récits culturels : Edmond, figure queer et androgyne généalogiquement effacée ; la narratrice, « l'épouse d'un homme homosexuel », pour laquelle aucune figure culturelle n'existe. Ce faisant, le roman déplace son centre d'intérêt de la polarité hétéro/homo vers les questions de représentation, de visibilité et des espaces narratifs qui préservent ou nient certains modes de vie. Les métaphores, elles aussi, pointent vers un au-delà de la binarité : l'alchimie, la fusion des métaux, la parodie de la photographie d'Edmond, l'image du « lien invisible ». Tout suggère que le roman conçoit le genre et le désir comme des processus fluides et perpétuels.
Lui, mes aperçus à l'instant du départ, s'étaient montrés joliment plus inspiration, et par ma propre garde-robe : jupe plissée soleil, chemisier bouffant sur faux seins maladroits, fard à paupières bleu mésange et rouge à lèvres débordant, perruque platine, enfin, extraite du coffre à chiffons de nos filles. Ce travestissement comprend également l'amusement, une partie d'un jeune enfant.
J'ai tout de suite remarqué qu'il semblait bien plus inspiré, et par ma propre garde-robe : jupe plissée, chemisier bouffant sur une poitrine artificielle peu flatteuse, paupières bleu-vert, rouge à lèvres XXL et perruque blonde platine dénichée dans la boîte à déguisements de nos filles. Il semblait apprécier ce déguisement, un peu comme un enfant qui se déguise.
Ce passage décrit Vincent se déguisant pour une soirée costumée avec des vêtements empruntés à la narratrice. Il porte une jupe, un chemisier ample, de faux seins, un maquillage prononcé et une perruque blonde platine. Cette « travestie » est décrite comme ludique et enfantine, ce qui, pourtant, irrite la narratrice, car elle perturbe son idéal d'androgynie discrète et brise son fantasme secret d'un « couple d'hommes ». C'est un exemple flagrant d'un homme en vêtements féminins, illustrant la volonté de Vincent de transgresser les rôles de genre avec légèreté, mais révélant simultanément les normes et attentes sociales liées à la masculinité (ou supposément hétérosexuelle), puisque l'apparence de Vincent est perçue comme « efféminée » par les autres invités.
Cependant et Saint Jean-Baptiste sont disponibles pour rejoindre les dames. Habillez-vous au bord du chœur, il était mince, la barbe courte et soigneusement taillée, les yeux rêveurs, la bouche petite et pulpeuse. La principale partie gracieuse est l’assemblage, qui supporte également un globe terrestre doré. Le Christ, me souffrant sur la croix, dispose d'un torse d'athlète. Le Baptiste, lui, nourri de sauterelles et de miel sauvage, était nettement plus fluet. Je me dis qu'on l'avait placé du côté des femmes pour représenter le trois genre, comme disait Hirschfeld. Il se trouvait non loin d'elles mais tout seul, vêtu de poil de chameau et prêchant dans le désert.
Une statue de saint Jean-Baptiste s'était jointe aux femmes. Il se tenait au bord du chœur, mince, avec une barbe courte et soigneusement taillée, des yeux rêveurs et une petite bouche pleine. D'une main délicate, il bénissait l'assemblée, tenant de l'autre un globe terrestre en bois doré. Même dans sa souffrance sur la croix, le Christ avait le torse d'un athlète. Le Baptiste, en revanche, qui se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, était considérablement plus maigre. Je pensais qu'il avait été placé près des femmes pour représenter ce que Hirschfeld appelait le troisième sexe. Il se tenait non loin d'elles, mais complètement seul, vêtu de poil de chameau et prêchant dans le désert.
Lors d'une visite à la cathédrale de Freiberg, la narratrice découvre une statue de saint Jean-Baptiste parmi les statues féminines. Elle le décrit comme « mince », avec des « yeux rêveurs » et une « petite bouche pulpeuse », caractéristiques perçues comme féminines par rapport au corps athlétique du Christ. Elle interprète son emplacement et son apparence comme une représentation du « troisième genre », une allusion au concept de Magnus Hirschfeld. Cet extrait élargit le thème au-delà des figures individuelles pour atteindre un niveau symbolique et historique en abordant l'idée de fluidité de genre ou de « troisième genre » dans un contexte religieux et donc dans l'art. Il démontre comment certaines figures peuvent être perçues au-delà des catégories binaires de genre par leur représentation ou leurs caractéristiques.
On pourrait donc dire : Le bel obscur Si l'opposition entre hétérosexualité et homosexualité est prise au sérieux en tant qu'expérience biographique des personnages, le texte littéraire, lui, transcende déjà cette dichotomie. Il s'intéresse avant tout aux questions de visibilité, de perte, de survie poétique et du lien invisible mais puissant qui unit les êtres, au-delà de toute catégorisation.
Dans son rêve de cinéma, elle est refoulée : on lui refuse l’entrée, on ne l’autorise pas à voir le film. Le cinéma, en tant qu’espace collectif de représentation, nie sa place – celle de l’épouse d’un homosexuel, absente de l’imaginaire collectif. Pourtant, au même instant, un homme d’une simplicité parfaite la raccompagne dans la nuit. Ce geste, discret mais réconfortant, évoque une autre forme de communauté, au-delà des images conventionnelles.
L'histoire culmine dans cette double constatation : il n'y a pas de réconciliation définitive avec Vincent, pas de retour à leur relation. Mais il existe une autre forme d'amour : un lien invisible, léger, indestructible qui perdure dans les récits, les souvenirs, les rêves. Le narrateur trouve du réconfort non dans la reconnaissance sociale, mais dans la métamorphose poétique de la perte.
Concernant la question de savoir si le roman mérite un prix
L'écrivaine belge Caroline Lamarche a traité de Le bel obscur Ce roman a été sélectionné pour le prix Goncourt car il est exceptionnel à plusieurs égards. Lamarche y mêle récit autobiographique, réflexion essayistique, recherches généalogiques et imagerie poétique. Le texte oscille entre roman, essai et prose onirique. Sa portée politique réside dans le fait qu'il aborde et rend visible, par la littérature, une position invisible : celle des épouses d'hommes homosexuels. Il réhabilite les généalogies queer et déconstruit les binarités de genre. Sur le plan poétique, il impressionne par la richesse de son langage métaphorique, qui embrasse l'alchimie, la biologie, les plantes et les métaux. Tel un diagnostic de notre époque, il interroge la perte de biodiversité, le changement climatique, les inondations et la « grande simplification » d'un monde qui perd sa diversité. Enfin, il possède une portée universelle car une histoire d'amour individuelle reflète la fragilité des relations humaines, l'invisibilité de certaines identités et la possibilité de créer du sens par le récit.
Caroline Lamarche a avec Le bel obscur Elle a créé un roman à la fois intime et universel, essayistique et poétique, politique et littéraire. L'ordre des genres n'est pas simplement critiqué, mais déconstruit, réécrit à travers les archives, les métaphores et les rêves. L'amour n'y apparaît pas comme une possession, mais comme un lien invisible. La narratrice transforme sa souffrance personnelle en une expérience poétique universelle.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.