Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
Pour commémorer le centenaire de sa mort, Jacques Rivière intègre la collection Bouquins avec un volume retraçant son œuvre d'écrivain, de critique et d'essayiste, édité par Robert Kopp en collaboration avec Ariane Charton, et préfacé par Jean-Yves Tadié. Jacques Rivière (1886-1925), souvent décrit comme un « critique du génie » qui « vivait à travers les autres », fut une figure centrale de la littérature française de son temps. Gide disait de lui qu'il vivait à travers les autres. Il a critiqué Proust et Artaud, Debussy et Stravinsky. Il fut un acteur majeur de la littérature française. La Nouvelle Revue française Collaborateur de la National Radio and Television Broadcasting Corporation (NRF) et observateur des mouvements d'avant-garde littéraires, artistiques et musicaux du XXe siècle, Rivière a profondément marqué le paysage intellectuel. Son intérêt pour Arthur Rimbaud et son ouvrage « Introduction à une métaphysique du rêve » illustrent parfaitement sa démarche : un mélange de fascination profonde, d'analyse rigoureuse et de quête constante de sa propre identité à travers les œuvres d'autrui. Décédé à l'âge de 38 ans, il n'a eu que peu de temps pour compiler ses écrits. Les milliers de pages qu'il a publiées dans des revues – principalement La NRF – constituent un véritable continent resté inexploré pendant un siècle après sa mort. Ce travail est désormais accompli grâce au présent volume, qui rassemble une sélection d'articles sur la littérature, la peinture, la musique et la politique, ainsi que ses propres écrits.
Contenu
Le rôle de Rivière dans le contexte de Nouvelle revue française
Rivière fut secrétaire de la NRF de 1911 à 1914, puis, après sa captivité comme prisonnier de guerre et sa démobilisation, directeur de 1919 jusqu'à sa mort prématurée en 1925. Considéré comme le véritable artisan de la revue, il contribua de manière décisive à façonner son caractère moderne et raffiné. Il s'était donné pour mission de recentrer la NRF sur la littérature et les arts après la Première Guerre mondiale, en les appréhendant comme universels et en refusant de les instrumentaliser à des fins nationales.
Rivière avait le don de reconnaître et de promouvoir « ce qui était véritablement nouveau en littérature, en peinture et en musique ». Il savait distinguer ce qui « avait de l'avenir de ce qui n'était que vaine posture ». La NRF s'opposait au symbolisme et œuvrait pour un renouveau des formes littéraires objectives telles que le roman et le théâtre. Rivière lui-même recherchait de nouvelles valeurs en littérature, en peinture et en musique. Ouvert aux idées nouvelles, il respectait néanmoins la tradition. L'autonomie de l'art vis-à-vis des finalités politiques ou morales était une préoccupation centrale pour Rivière. Il insistait sur la nécessité de séparer clairement littérature et politique.
Rivière n'était pas seulement un critique, mais aussi un éditeur dévoué, soucieux de la publication et de la diffusion d'œuvres importantes. Il a soutenu activement des auteurs comme Marcel Proust en examinant leurs manuscrits, en y apportant des corrections et en plaidant pour leur publication, même lorsque cela impliquait des efforts considérables et des conflits. Il croyait fermement au potentiel d'auteurs comme Antonin Artaud et leur a offert une tribune pour exprimer leurs questionnements sur l'écriture comme « poétique de la création ».
La contribution de Jacques Rivière à la littérature française et à la critique littéraire
Rivière était un « critique du génie » dont la particularité résidait dans sa capacité à « s'adapter parfaitement à tout artiste ». Il se considérait comme quelqu'un qui « n'a rien d'autre à faire que de comprendre » et qui s'offrait « sans réserve à toute intrusion » afin de pénétrer l'autre et de s'en détacher à nouveau. Sa critique ne portait pas seulement sur la littérature, mais était elle-même littérature, caractérisée par une « clairvoyance passionnée » et le désir de « redécouvrir d'autres consciences à travers les sensations et les mots ». Pour Rivière, la critique était un chemin vers la connaissance de soi. Il utilisait le contact avec autrui pour se comprendre et découvrir des « vérités ». Ses textes sont ainsi aussi des « autoportraits de Jacques Rivière ».
Rivière diagnostiqua une « crise du roman » et appela à un nouveau « roman d'aventure ». Il préconisait une rupture avec le roman d'analyse psychologique et un tournant vers des œuvres explorant « l'espace et le futur ». Il considérait le symbolisme comme obsolète et exhortait à la renaissance de formes plus objectives du roman et du théâtre. Rivière fut un pionnier dans la reconnaissance des nouveaux mouvements littéraires. Il voyait les prémices du surréalisme dans les débuts du dadaïsme, notamment dans la méthode de l'écriture automatique.
Le style de Rivière se caractérisait par un langage lyrique et sa capacité à allier réflexion philosophique et poésie imaginative. Il s'intéressait souvent à la « formule » et à la condensation de la pensée, recourant fréquemment aux métaphores et à l'imagerie pour suggérer des significations plus profondes. Son intérêt pour Rimbaud et son « Introduction à une métaphysique des rêves » illustrent la méthode de travail d'un critique qui parvenait à de nouvelles perspectives grâce à sa volonté de s'ouvrir aux influences d'autrui. Critique et création Il s'agit d'une étape cruciale pour rendre accessible au public l'œuvre exhaustive et novatrice de Rivière et pour réaffirmer son importance pour la littérature et la critique françaises du XXe siècle.
Rivière et Rimbaud
L’intérêt que Jacques Rivière porte à Arthur Rimbaud et à son texte « Introduction à une métaphysique du rêve » est au cœur de son œuvre critique et créative, éclairant son cheminement intellectuel et son rapport à la littérature. Rivière trouvait chez Rimbaud à la fois une source de profonde fascination et de tourment intellectuel.
Fascination et engagement intellectuel
Jacques Rivière éprouvait une fascination intense pour Arthur Rimbaud, fascination toutefois teintée d'une certaine incompréhension. Il décrivait comment Rimbaud, en écrivant ses hallucinations, menaçait d'être « sublime ou incompréhensible » (pour Rivière lui-même). Il percevait ces visions comme des « transformations de la réalité par un esprit fiévreux », derrière lesquelles les formes réelles se devinaient comme un principe, aboutissant à la « transfiguration du monde réel en rêves ». Néanmoins, certains poèmes lui demeuraient « irrévocablement fermés ». Contrairement à son ami Henri Fournier, qui s'inspira de Rimbaud pour son futur roman et y vit une voie qu'il souhaitait suivre, Rivière était plutôt « tourmenté » par Rimbaud.
Claudel, qui décrivait Rimbaud comme « l'influence décisive » de sa vie, encouragea Rivière à étudier l'œuvre de Rimbaud, en particulier les IlluminationsLe relire et se laisser emporter. Claudel lui-même vécut, à travers Rimbaud, une « révélation du surnaturel » et y vit le génie comme une « inspiration véritablement venue de nulle part ». Cette vision métaphysique et mystique se transposa aussi, temporairement, dans le bureau de Rivière. Rivière percevait la rébellion de Rimbaud non pas d'abord comme sociale, mais comme une « révolte métaphysique ». Rimbaud refusait d'accepter l'existence humaine, voire même l'existence physique et astronomique de l'univers. Rivière le cite : « Être vivant : voilà l'horreur ! Être là, souffrir, accepter, endurer : voilà ce qui ne peut arriver sans honte, sans malédiction, sans vengeance ! »
Le visage de Rimbaud était gardé par Rimbaud pour un bohème ; il ne faut pas le croire lorsqu'il se peint lui-même- dans ses premiers verse « débraillé comme un étudiant » ; C'est aussi quelque chose que tu as choisi qu'un voyou. Le visage ébouriffé et désordonné que lui prête Fantin-Latour, s'il n'est pas sans vraisemblance, cependant risque de suggérer une fausse interprétation de sa révolte. La bohème est une protestation contre la société et ses usages, contre la hiérarchie des classes, contre l'organisation que les hommes se sont eux-mêmes imposées ; Elle prétend renverser tout ce qu'il ya d'artificiel dans la vie, tout ce qui est surajouté à la simple nature. Mais elle accepte certains commencements, les fondations de l'édifice et tout au moins l'existence ici-bas. Rimbaud refuse tout d'un coup : c'est contre la condition humaine du monde, mais c'est contre la condition physique et astronomique de l'univers. Là est l'insupportable : dans tous. Être vivant : voilà l'horreur ! Voilà, revenez, allez-y : voilà ce qui ne se peut faire sans honte, sans exécration, sans vengeance ! Il y a quelque chose qui vous tient à la gorge, qui vous étouffe. Il a une impossibilité d’être positif et agressif comme « être au monde ». La couleur de Rimbaud, c'est une intolérance, au sens médical du mot. Il ne peut rien « garderie », cet organisme est en défense et dans un état de mal-être et de rejet primitif, fondamental, permanent. Il suffoque, il se tourne et se retourne indéfiniment ; en vain toujours. Ces fugues continues sont les sursauts de cette intolérance métaphysique. L'endroit où il se trouve à pour lui quelque chose de brûlant, la place qu'il occupe le chasse comme avec une main ; Cela n'en vaut pas la peine, car vous pouvez vous reposer de la machine des hommes ; Le seul fait d'y être situé, la simple station en ce point sont en eux-mêmes assez épouvantables pour l'obliger à fuir. D'un bout à l'autre de cette lettre à Delahaye dont nous avons déjà cité plusieurs passages, on sent bien l'espèce de Folie que la présence en un lieu donne à Rimbaud, on sent peser cette masse invisible qui, partout où il se tient, l'écraser, contre laquelle il n'a pas trop de toute sa fureur : « Mais ce lieu-ci ; distillation, composition, toutes étroitesses… »
Il ne faut pas considérer Rimbaud comme un bohème ; il ne faut pas le croire lorsqu'il se décrit lui-même dans ses premiers vers comme «négligé comme un étudiant« Il est bien plus qu’un vaurien. Le visage débraillé et négligé que lui donne Fantin-Latour, bien que plausible, risque de mal interpréter sa rébellion. La Bohème est une protestation contre la société et ses coutumes, contre la hiérarchie des classes, contre l’organisation que les hommes se sont imposée ; elle veut renverser tout ce qui est artificiel dans la vie, tout ce qui a été ajouté à la nature simple. Mais elle accepte certains commencements, les fondements de l’édifice, et au moins l’existence ici-bas. Rimbaud rejette tout catégoriquement : il se rebelle contre l’existence humaine, ou plutôt, contre l’existence physique et astronomique de l’univers. Voilà l’insupportable : en toute chose. Être vivant : voilà l’horreur ! Être là, endurer, accepter, exister : voilà l’impossible sans honte, sans mépris, sans vengeance ! Quelque chose serre la gorge, étouffe. Il y a une impossibilité positive et, comme une agressivité, »être dans le mondeLa colère de Rimbaud est une intolérance au sens médical du terme. Il ne peut rien faire.garderTout son être est sur la défensive, dans un état de malaise et de rejet primitif, fondamental et permanent. Il suffoque, se tord et se retourne sans cesse, toujours en vain. Ses tentatives incessantes de fuite sont les manifestations de cette intolérance métaphysique. Le lieu où il se trouve exerce sur lui une brûlure intense ; l'espace qu'il occupe le repousse comme d'une main ; il n'a pas besoin de la malice des hommes pour ne pouvoir y rester ; le simple fait d'être là, la simple présence en ce lieu, est en soi suffisamment terrible pour le contraindre à fuir. Du début à la fin de cette lettre à Delahaye, dont nous avons déjà cité plusieurs passages, on perçoit clairement la sorte de folie qui s'empare de Rimbaud par le simple fait d'être en un lieu, on perçoit le poids de cette masse invisible qui l'écrase où qu'il soit et contre laquelle toute sa rage est impuissante : « Mais ce lieu ; distillation, composition, toute étroitesse… »
Le milieu bohème rejette les conventions sociales, les hiérarchies de classes et les modes de vie artificiels, mais accepte les fondements de l'existence. Selon Rivière, la révolte de Rimbaud rejette non seulement la société, mais la condition humaine et cosmique tout entière. Sa rébellion est dirigée contre le simple fait d'« être vivant », contre l'existence même, qu'il juge insupportable. Rivière décrit cela comme une sorte d'« allergie à l'être », une incompatibilité fondamentale, physique et psychologique, avec la simple existence au monde. Elle se manifeste par un essoufflement, un malaise permanent qui le rend agité et insoutenable. Les fuites constantes de Rimbaud sont l'expression de cette intolérance métaphysique. Ce n'est pas la malice des hommes qui le contraint à quitter les lieux, mais le simple fait d'avoir à être quelque part. Chaque lieu devient pour lui brûlant, insupportable, oppressant. Rivière interprète la « révolte » de Rimbaud non pas socialement ou politiquement, mais comme une rébellion ontologique contre le fait de l'existence même, un sentiment d'étouffement inextinguible qui le pousse à un mouvement incessant.
Concepts clés de l’analyse de Rivières Rimbaud
Rivière voyait dans l’« idée d’innocence » la clé de l’œuvre et de la poésie de Rimbaud. Pour ce dernier, écrire était un moyen de s’« endormir » de l’innocence qui l’étouffait. Son œuvre était une sorte de « corps » qu’il offrait à son âme pure, un « territoire » qu’il ouvrait à son innocence.
Rivière analysa le style de Rimbaud comme objectif, impersonnel et caractérisé par une passion profonde indifférente à son objet. Rimbaud ne semblait pas s'adresser au lecteur, son but étant « égoïste » et immédiat. L'« incohérence » du langage de Rimbaud, pour Rivière, reflétait son ignorance de ce qu'il disait. Rimbaud ne savait pas d'avance ce qu'il allait dire, mais l'apprenait au moment même où il parlait. Rivière illustra cela par les propres mots de Rimbaud : « Car je suis un autre ; quand le cuivre s'éveille comme une fanfare, ce n'est pas sa faute. Cela m'est évident : je suis présent à la genèse de ma pensée ; je la vois, je l'entends ; je bande l'archet : la symphonie se meut dans les profondeurs, on bondit sur scène. »
Rimbaud n'a pas de système. Il ne cherche pas à imposer à ses sensations une forme arrêtée. Il ne cherche même pas à s'y reconnaître lui-même. Il s'y livre tout entier, et tout ce qu'elles entraînent de lui passe dans ses vers. Tout est développé librement, sans aperçu, sans contrôle. C'est un point du volontariat pour organiser la poésie.
Le style de Rimbaud est objectif, impersonnel et d'une passion profonde qui ne s'occupe pas de son objet. On ne sent pas qu'il parle pour un lecteur, son mais est égoïste et immédiat. L’incohérence du langage est l’image de l’ignorance de celui-ci. Il ne savait pas d'avance ce qu'il allait dire, il l'apprenait au moment où il le prononçait. Voilà : Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. Cela m'est évident : j'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute : je lance un coup d'archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un lien sur la scène.
Cette passivité devant son inspiration est ce qui donne à son style cette apparence de désordre et de brusquerie. Mais en réalité ce désordre est plein de vie. La surprise exacte correspond à la surprise qui se révèle chez un vrai génie. This pourquoi sa poésie a cet air de nouveauté absolue, de fraîcheur intacte, comme si elle venait d'un monde où rien n'avait encore été dit.
Jamais poète n'a été plusvierge que lui devant les choses. La sincérité n'est pas tant de dire que qu'il pense que de se laisser traverser par ce qu'il voit. Il ne juge pas, il ne conclut pas, il laisse venir. Ainsi ses images ont une violence incomparable, parce qu'elles sont la chose même, saisie dans l'instant où elle frappe l'âme, sans intermédiaire, sans préparation.
Cela peut être spontané, mais il existe également des dangers. Elle expose à l'incohérence, à l'obscurité, à la dispersion. Rimbaud n'a pas toujours échappé à ces périls. Parfois son poème est défait avant même d'avoir trouvé sa forme, il se perd dans son excès d'intensité. Mais même dans ses échecs, on a envoyé la grandeur d'un être qui n'a jamais triché avec lui-même, qui a voulu se donner tout entier, sans calcul, sans réserve
Rimbaud n'a pas de système. Il ne cherche pas à imposer une forme fixe à ses sentiments. Il ne cherche même pas à s'y reconnaître. Il s'y abandonne totalement, et tout ce qu'ils font jaillir de lui se déverse dans ses vers. Ils se développent librement, sans prévisibilité, sans contrôle. Il n'a aucune intention d'organiser sa poésie.
Le style de Rimbaud est objectif, impersonnel et marqué par une passion profonde qui se détache de son sujet. On ne perçoit pas qu'il parle au nom d'un lecteur ; son but est égoïste et immédiat. L'incohérence de son langage reflète son ignorance de ce qu'il dit. Il ne savait pas d'avance ce qu'il allait dire ; il l'a appris au moment même où il l'a prononcé. Il a dit : Car « je » est un autre. Quand les cuivres s'éveillent au cor, ce n'est pas de sa faute. Pour moi, c'est évident : je suis témoin du déploiement de ma pensée : je l'observe, je l'écoute : je bande l'archet : la symphonie se meut dans les profondeurs ou jaillit sur scène.
Cette passivité face à son inspiration confère à son style un air de désordre et de soudaineté. Mais en réalité, ce désordre est plein de vie. Il correspond précisément à la surprise qu'il a lui-même éprouvée en découvrant son génie. C'est pourquoi sa poésie a cette apparence de nouveauté absolue, de fraîcheur intacte, comme si elle provenait d'un monde où rien n'avait encore été dit.
Jamais poète n'a été aussi insensible aux choses que lui. Sa sincérité réside moins dans l'expression de ses pensées que dans le fait de se laisser imprégner par ce qu'il voit. Il ne juge pas, il ne tire aucune conclusion, il laisse simplement les choses se produire. Ainsi, ses images possèdent une puissance inégalée, car elles sont la chose même, saisie à l'instant précis où elle touche l'âme, sans intermédiaires, sans préparation.
Mais cette spontanéité recèle aussi des dangers. Elle expose au risque d'incohérence, d'ambiguïté et de distraction. Rimbaud n'a pas toujours échappé à ces écueils. Parfois, sa poésie se désagrège avant même d'avoir trouvé sa forme, se perdant dans son intensité excessive. Mais même dans ses échecs, on perçoit la grandeur d'un homme qui ne s'est jamais trompé, qui a voulu se donner entièrement, sans calcul, sans réserve.
Rivière a mis en évidence la brièveté et la concision du style de Rimbaud, notamment par une comparaison entre les brouillons et les textes finaux de Saison en enferIl a noté que Rimbaud, par la réduction et la condensation des mots, recherchait une « vérité » plus profonde et suivait des « rythmes instinctifs ».
Rivière tenta également d'expliquer le silence poétique mystérieux et soudain du génie de dix-neuf ans. Il y voyait une origine non seulement dans la biographie de Rimbaud, mais aussi dans la nature même de son œuvre. Dès que Rimbaud avait conquis la « vision du paradis », la littérature, à ses yeux, perdait son sens. La publication de Saison en enfer Il le rejeta comme un instrument devenu inutile. L'écriture lui avait permis d'acquérir toutes les connaissances qu'il souhaitait. Rivière attribuait également ce silence à « l'instabilité de la connaissance directe, de l'intuition pure ».
La prise de distance ultérieure de Rivière avec Rimbaud
Après la guerre, sa lecture de Freud et l'essor du dadaïsme et du surréalisme, la vision de Rimbaud par Rivière changea. Il abandonna l'idée que les visions de Rimbaud étaient un « signe extérieur » et suggéra qu'elles provenaient davantage de son inconscient. Rivière continua de qualifier Rimbaud de « monstre sans pareil », mais insista sur la nécessité de « sortir de ce chaos » et de « retrouver les proportions humaines ». Pour lui, Rimbaud représentait une étape de plus. Cette évolution transparaît également dans une conclusion manuscrite, mais inédite, de son étude de 1914 sur Rimbaud, où il tentait de panser la « blessure » infligée à son intelligence par Rimbaud à travers le dogme catholique. Ce passage suscita la controverse après sa mort.
Dans l'annexe de Critique et création Le récit est consigné comme suit : lorsque le passage manuscrit de Rivière circula, nombreux furent ceux qui furent choqués d’entendre Rivière qualifier Rimbaud de « monstre incomparable » tout en exigeant : « sortir de cette affaire » et retrouver « des proportions humaines ». Pour les jeunes auteurs surréalistes, il apparut comme une trahison que Rivière – qui avait défendu Rimbaud avec enthousiasme à ses débuts – le relègue désormais au rang de « dépassé » et propose le dogme catholique comme solution. Breton et Aragon réagirent froidement et prirent leurs distances avec Rivière. En revanche, les intellectuels catholiques accueillirent favorablement ce revirement de situation. Ils virent dans le manuscrit de Rivière la réhabilitation d’un poète qu’ils avaient tendance à rejeter et interprétèrent les « blessures » de Rimbaud comme un signe de la nécessité de la vérité dogmatique. Plus tard, les historiens de la littérature s’interrogèrent sur la question de savoir si Rivière avait réellement eu l’intention de publier cette conclusion ou s’il s’agissait simplement d’une note privée. Certains y virent un symptôme de la quête d’ordre intellectuel menée par Rivière après la guerre. D'autres y voyaient une rupture avec sa proximité antérieure avec Rimbaud et un signe de son éloignement croissant de l'avant-garde. Ainsi, la relation de Rivière avec Rimbaud devint rétrospectivement un point de discorde politique et culturel entre catholiques, surréalistes et critiques qui préféraient le considérer comme un humaniste.
« Introduction à une Métaphysique du Rêve » : contexte et contenu
Le texte « Introduction à une métaphysique du rêve » a été écrit par Jacques Rivière en 1908, révisé en 1909 et publié dans le La Nouvelle Revue française Publié par la NRF, cet ouvrage est dédié à la « mémoire de Jean-Arthur Rimbaud ». Cette dédicace est significative car, de son propre aveu, Rimbaud « hantait l’esprit de Rivière ». L’élément « étranger » de l’œuvre de Rimbaud a profondément influencé Rivière et l’a inspiré pour créer ce texte « des plus inattendus ». Rivière présenta son projet à Claudel en 1908, le décrivant comme « un bon moyen de se moquer des professeurs de philosophie tout en disant des choses sérieuses ». Ceci révèle une intention à la fois ludique et profonde qui dépassait le cadre de la simple réflexion académique.
Dans son « Introduction à une métaphysique des rêves », Rivière s’attache à explorer la réalité surnaturelle ou parallèle perçue par Rimbaud, accessible par les rêves. Il entend « allumer la lampe des rêves » et « descendre dans l’abîme » pour y trouver un « grand être endormi » et une « acclamation silencieuse », formulant ainsi une métaphysique des rêves qui transcende les explications purement religieuses ou philosophiques conventionnelles. Cette méthode met l’accent sur l’exploration de l’expérience onirique comme voie d’accès à une spiritualité dépassant les dogmes traditionnels et permettant de découvrir les vérités les plus profondes et cachées de l’âme humaine.
Le texte considère la topographie comme point de départ de la réflexion. Ceci reflète l'intérêt général de Rivière pour les lieux et les espaces, intérêt également exprimé dans d'autres œuvres de fiction (par exemple, « Les Beaux Jours », « Le Chemin de fer »), où l'espace est souvent une métaphore de la quête de soi. Un motif central est la recherche d'une puissance supérieure et l'exploration de la spiritualité au-delà de la sphère religieuse. Rivière voyait dans les rêves la possibilité de trouver « les paroles de la vie éternelle », établissant ainsi un lien entre l'activité onirique et des formules clés du christianisme. La réflexion sur les rêves réapparaît également dans ses articles ultérieurs sur Freud et Proust et remonte aux débuts de l'œuvre de Proust. à la recherche du temps perdu peut y être associé, ce qui a également eu lieu vers 1908-1909.
Le texte s'ouvre sur une description atmosphérique, sombre et surréaliste d'un paysage composé d'une « chaîne de collines obscures » et d'un « éboulis se fondant dans la rivière calme et silencieuse ». Le narrateur évoque des visions fugitives, telles que des « assassins masqués » et un pèlerinage troublé vers un « dieu très fatigué », saisi par un sentiment d'incertitude et de mystère. Cette introduction topographique invite à la réflexion, instaurant chez le lecteur une atmosphère onirique, voire surnaturelle, qui prépare le terrain à l'exploration ultérieure de la métaphysique des rêves.
L'idée centrale de cet essai est la tentative de Jacques Rivière de formuler une « métaphysique des rêves », de trouver un « grand être endormi » et d'écouter une « acclamation étouffée » émanant de bouches invisibles. Ce projet, dédié à Rimbaud, vise à explorer une réalité surnaturelle ou parallèle accessible par les rêves, transcendant les explications purement religieuses ou philosophiques conventionnelles pour sonder la spiritualité au-delà des dogmes traditionnels. Une note préliminaire suggère que les rêves pourraient contenir « les paroles de la vie éternelle ».
Sur le plan stylistique et méthodologique, Rivière mêle dans cet essai une réflexion philosophique à un style imaginatif, quasi narratif, où la dimension spéculative s'efface au profit de la métaphore du rêve comme « pays » ou « récit onirique ». Ce texte peut être considéré comme un précurseur du surréalisme, tant sur le plan thématique que stylistique, comme l'a souligné Marcel Raymond. Le langage lyrique, parfois déroutant, la dissolution du réel dans des images oniriques et l'importance accordée au monde intérieur, comme le décrit l'incipit, en sont des indices manifestes.
La révision de Rivière visait à minimiser la dimension spéculative au profit de la métaphore du rêve comme paysage et du récit onirique. Le passage de l'incipit, qui évoque une « colline obscure », une « marée silencieuse et douce » et un « champ indéterminé jonché de pièges », bordé d'une ligne sanglante à la lisière de la couverture nuageuse, évoque un paysage surréaliste.
Sous cette colline de ténèbres, sur ce talus qui s'effrite dans la molle rivière muette, des tréteaux où se joue ma tragédie. Le ciel descend bruyamment dans un balcon sombre sous les étoffes. Toute cette faute naine innombrablement accroupie s'ébranle par moments d'un rire minutieusement idiot et content. Je sortirai. – Le sombre courant sans tourbillon où plongea la parade se dissipe en vapeur ; un instant, flotte au travers, et déjà voix présente une plaine indéfinie, bossuée de broussailles qui sont des embûches, cernée d'un trait sanglant au ras du couvercle des nuages ; je tressaille, frôlé par l'un des assassins masqués qui rampent et convergent vers ce cri plus étouffé que la chute d'un corps sans vie dans le silence de tentures. – Aube lente, aigreur de la brise ; J'accompagne un menu de pèlerinage, piétinant, inquiet vers je ne sais quel dieu très las qui siège derrière cet horizon. Celui que j'ai saisi par la Manche auprès de moi, je fais le tour sans découvrir un visage. Il n'en a pas. L'arbre n'est pas le même que dans le monde extérieur des soirées, qui se dénouent là-bas dans la lassitude de ses drames et de ses barques.
Au pied de cette colline obscure, sur ce précipice qui plonge dans le fleuve paisible et silencieux, se dresse le décor où se joue ma tragédie. Le ciel s'abaisse lourdement comme un balcon qui s'enfonce sous les rideaux. Cette foule minuscule et innombrable, accroupie, éclate de temps à autre d'un rire bêtement idiot et contenu. Je vais sortir. – Le ruisseau sombre et limpide dans lequel le cortège a plongé se dissout en vapeur ; un instant, il flotte, et déjà une plaine indéterminée apparaît, vallonnée de ronces qui forment des pièges, bordée d'une ligne sanglante à la lisière des nuages ; je tressaille lorsqu'un des assassins masqués me frôle, rampant et se dirigeant vers ce cri, plus sourd que la chute d'un corps sans vie dans le silence des rideaux. – Aube lente, brise vive ; j'accompagne un petit groupe bruyant et agité de pèlerins en route vers un Dieu inconnu, très las, qui siège au-delà de cet horizon. Je tourne l'homme que je tiens par la manche à côté de moi, sans voir son visage. Il n'en a pas. Il n'est que l'arbre contre lequel je m'appuie pour écouter les derniers soubresauts de la fête nocturne, qui s'éteint là, épuisée par ses drames et ses embarcations.
La description d’une foule de pèlerins s’approchant d’un « Dieu très fatigué » dont le visage ne se dévoile pas souligne la quête de l’invisible et l’expérience énigmatique du monde. Rivière voyait en Rimbaud un catalyseur troublant de sa propre recherche intellectuelle et spirituelle. Son interprétation de la « révolte métaphysique » de Rimbaud et du concept d’« innocence » était originale, et « Introduction à une métaphysique du rêve » est un texte qui non seulement marque le développement intellectuel de Rivière, mais annonce aussi de nouveaux courants littéraires dans son œuvre.
L’« Introduction à une métaphysique du rêve » de Rivière révèle la tension fondamentale de son interprétation de Rimbaud : la fascination pour les états où la conscience est imprégnée d’un élément étranger et incontrôlable, et simultanément la recherche d’un moyen de maîtriser cette expérience. Le rêve lui apparaît comme un royaume où le moi n’est pas maître de lui-même, mais reçoit passivement quelque chose qu’il comprend à peine – c’est précisément ainsi que Rivière décrit la pratique poétique de Rimbaud : « il ne savait pas d’avance ce qu’il allait dire ; il l’apprenait au moment même où il le disait ». La poétique de l’incohérence et des images soudaines que Rivière admire chez Rimbaud correspond à sa première théorie du rêve comme expérience où le sujet est submergé par des forces qui transcendent ses intentions. Parallèlement, la « métaphysique du rêve » est une tentative de réduire cette expérience anarchique à un système, de lui conférer une signification métaphysique. Cela contient aussi le germe de la distanciation que prendra plus tard Rivière : pour lui, Rimbaud reste le poète qui incarne l'état de rêve dans sa forme la plus pure – un « monstre incomparable » – mais comme Rivière reste convaincu qu'il faut revenir du rêve et redécouvrir les « proportions humaines », il ne voit finalement en Rimbaud qu'une figure de transition. Introduction Cela offre une double perspective : cela explique pourquoi Rivière a d'abord célébré Rimbaud comme un authentique « voyant », mais aussi pourquoi il l'a rejeté après la guerre comme une étape franchie – car pour lui, le rêve ne pouvait jamais être le but ultime, mais plutôt un passage vers une vérité supérieure et ordonnée.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.