Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :
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Une littérature qui vise à changer notre société
Alexandre Gefen souhaite utiliser son livre La littérature est une affaire politique (« La littérature est une affaire politique ») démontre que la littérature – contrairement à l’idée reçue selon laquelle elle ne sert qu’au divertissement – est fondamentalement politique. L’un des principaux objectifs de Gefen est de souligner que les écrivains français contemporains, tout en rejetant la notion classique de « littérature engagée », ne sont nullement indifférents, d’un point de vue esthétique, aux problèmes politiques de leur pays. Bien au contraire, ces auteurs utilisent très souvent leurs récits comme un outil d’analyse des inégalités. Ils emploient des éléments autobiographiques ou journalistiques pour questionner les discours sociaux et parfois même tenter d’anticiper ou de prolonger les crises de société. Ce faisant, ils rejettent l’idée d’une « tour d’ivoire » dans laquelle ils seraient confinés et qu’ils ne peuvent plus supporter. Ils répondent aux besoins sociaux en participant à des résidences littéraires, par exemple dans des communautés, des hôpitaux, des maisons de retraite, ou auprès de jeunes et de migrants. Le livre révèle ainsi un panorama impressionnant d’une « littérature combative et moderne qui veut changer notre société ».
Gefen soutient que l'écrivain du XXIe siècle participe pleinement à la « cité » au sens de la res publica, tant par son corps que par son œuvre. Ceci contredit l'idée que les écrivains seraient politiquement marginalisés. Selon lui, la littérature est politiquement utile pour comprendre le monde, c'est-à-dire pour l'améliorer. Elle apparaît comme une réponse à la nécessité d'intervenir dans un monde marqué par les crises, où les repères du passé s'effritent et où se produit une fragmentation territoriale, familiale et sociale. Elle comble le vide laissé par la disparition d'autres systèmes de production de sens. Des auteurs comme Alice Zeniter et Nicolas Mathieu renouvellent le récit social et historique collectif et confèrent au monde une dimension politique. Ce faisant, ils ouvrent de nouvelles formes d'action, individuelle ou collective, qui diffèrent des modèles souvent considérés comme dépassés de la démocratie représentative.
Un aspect important souligné par Gefen est la coexistence historique de la littérature et de la politique : la conception moderne de la littérature est apparue en même temps que l’émergence de la démocratie libérale. Gefen décrit le mode de vie démocratique dans son ensemble comme « la fille de la littérature », qui a accompagné, construit et forgé la constitution de l’individu. Bien que la figure de l’écrivain engagé soit souvent rejetée, des valeurs telles que l’égalité, le multiculturalisme, l’antiracisme, le féminisme et les préoccupations écologiques semblent prédominantes. L’idée du potentiel politique de la littérature semble s’imposer : la politique est omniprésente dans la littérature, dans les corps, dans le rapport à l’environnement, dans les représentations, les thèmes, le vocabulaire et la syntaxe. Une lutte politique de faible intensité est perçue comme inévitable, l’œuvre littéraire ayant un impact politique sans recourir à des doctrines.
Pour étayer ces affirmations, l'ouvrage s'appuie sur un recueil d'entretiens inédits menés auprès de vingt-six écrivains contemporains. Ces conversations, réalisées entre l'été 2020 et l'été 2021, reposent sur une série de questions identiques et portent principalement sur des auteurs de fiction narrative.
J'aimerais que ces questions soient également posées à des écrivains d'autres pays ; j'ai associé chaque question à une dimension de la relation entre politique et littérature :
Avez-vous la nostalgie de la littérature engagée ?Pertinence historique/évolution de l'engagement)
Croyez-vous que la littérature contemporaine se soit dépolitisée ou, au contraire, qu'elle se soit repolitisée ?Dynamiques actuelles de la politisation)
Existe-t-il pour vous de grandes œuvres littéraires ayant une pertinence politique ?Dimension politique inhérente à l'œuvre)
Et qu’en est-il des grands textes politiques dotés d’une dimension littéraire ?Qualité littéraire du discours politique)
« La politique dans une œuvre littéraire, c'est comme un coup de feu au milieu d'un concert : une chose brutale à laquelle on ne peut échapper », disait Stendhal. Qu'en pensez-vous ?Intégration du contenu politique)
La littérature s'oppose-t-elle au discours et au langage politiques ? Les écrivains devraient-ils faire partie du gouvernement ?Les liens entre langage et pouvoir / Le rôle de l'auteur en politique)
Mallarmé affirmait : « L’homme peut être démocrate, mais l’artiste se dédouble et doit rester aristocrate. » Les aspirations et les expérimentations littéraires sont-elles compatibles avec les objectifs de la démocratisation ?Esthétique formelle et accessibilité démocratique)
Croyez-vous qu'il existe un langage de gauche et un langage de droite ?Le langage comme marqueur idéologique)
La littérature peut-elle être bénéfique à la vie démocratique ?Usage/Fonction démocratique de la littérature)
Quelle est pour vous la portée du politique ? Les questions culturelles et religieuses contemporaines, l’écologie, le féminisme et l’identité sont-ils à vos yeux des enjeux politiques ?Définition/Portée du politique)
Vos livres dépeignent-ils la société française contemporaine ? Et si oui, avec quelles ambitions et quelles difficultés ?Représentation de la société)
Certains de vos textes ont-ils été qualifiés de politiques ? Dans quelles circonstances ? Comment avez-vous réagi ?Accueil et classification)
Avez-vous déjà pris position publiquement en tant qu'écrivain ? Signez-vous des pétitions et des pancartes ?Engagement public de l'auteur)
Quelles expériences personnelles avec la politique vous ont le plus marqué ? Vous souvenez-vous de votre première manifestation et de vos premières élections ? Êtes-vous affilié à une tradition familiale ou à un habitus politique ?Inclinations politiques personnelles)
Si vous deviez raconter l'histoire de la vie d'un homme politique contemporain, qui choisiriez-vous ?Les hommes politiques en tant que figures littéraires)
D'après les interviews
Jean Rouaud
Je pense surtout que littérature et politique ont fait intervenir leur temps, que les deux s'épaulaient. (…) L'ensemble conjugue la logique des deux mondes et du monde de l'industrie et l'abandon des idéologies de progrès.
Jean Rouaud
Je pense, avant tout, que la littérature et la politique ont connu leur heure de gloire, qu'elles se sont mutuellement soutenues. (...) Il semble assez logique que toutes deux se soient effondrées avec la fin du monde industriel et l'abandon des idéologies de progrès.
Pour Jean Rouaud, la littérature et la politique ont toutes deux « fait leur temps » et représentent les « déserts des aspirations passées » qui coïncident avec la fin de la société industrielle et le déclin des idéologies de progrès. Il conçoit la fonction de la littérature comme davantage « notariale », documentant l’ascension d’une classe sociale. Bien qu’il nourrisse une aversion pour la « littérature engagée » après la Seconde Guerre mondiale, il prend la parole publiquement lorsque les limites de la bienséance sont franchies, même s’il considère son influence comme limitée. Il soutient que l’art n’est pas « démocratique » au sens d’être choisi par la majorité, mais plutôt que le marché, régi par des quotas, tente souvent d’ériger les best-sellers en « littérature », ce qu’il perçoit comme un déclin. Pour lui, le politique dépasse le simple cadre des élections ; c’est le « surmoi social » qui nous rappelle que le monde n’est pas condamné à la médiocrité consumériste.
Yannick Hanel
La littérature est le côté de ce qui dit non. Elle dit non à l'emprise pour dire oui à ce qu'il ya de plus libre en elle. Non serviam, telle est la devise de Stephen Dedalus dans Joyce ; eh bien, je trouve que c'est aussi la devise secrète de la littérature : elle n'est au service de rien ni de personne.
Yannick Hanel
La littérature se range du côté de ce qui dit non. Elle dit non au pouvoir pour dire oui à ce qui est le plus libre en son sein. Non serviam C'est la devise de Stephen Dedalus chez Joyce ; eh bien, je pense que c'est aussi la devise secrète de la littérature : elle ne sert rien ni personne.
Yannick Haenel rejette la nostalgie d'une « littérature engagée », soulignant que les œuvres littéraires contemporaines doivent au contraire interroger les événements du monde, notamment face aux destructions économiques, écologiques et linguistiques. Il affirme que les écrivains ont perdu de leur importance en tant que figures publiques. La littérature contemporaine est, au contraire, toujours politique, mais d'une manière plus éthique, visant à « sauver ce qui manque, à pratiquer la justice », plutôt qu'à tout bouleverser. Pour Haenel, la littérature est « irréductible » et « du côté de ce qui dit non », car elle est libre et indépendante. Il conçoit l'écrivain comme une « souveraineté sans emploi », dont la liberté de non-affiliation est précieuse pour tous. Pour lui, le « champ du politique » englobe tout ce qui touche à l'existence, l'éthique incluant le politique.
Laurent Binet
Laurent Binet estime que la littérature est « toujours politique, qu’elle le veuille ou non ». Bien qu’il critique le « roman à thèse », il en reconnaît la valeur. Il perçoit la littérature comme un « antidote à la rhétorique politique ». Pour Binet, l’artiste a pour vocation de créer une « aristocratie pour tous » en partageant sa vision avec le plus grand nombre, permettant ainsi à chacun d’atteindre un niveau de vie plus élevé. Il considère l’expérimentation littéraire comme compatible avec la démocratisation car elle « élève les individus ». Ses propres romans historiques, tels qu’Uchronia, en sont une illustration. civilisations, sont inévitablement politiques de par leur sujet.
Camille de Tolède
S'engager dans la langue, c'est agir sur les codes. Ou les codes nous gouvernent. Encoder Par ailleurs, le monde n'est jamais dans une situation de neutralité absolue.
Camille de Tolède
Interagir avec le langage, c'est influencer ses codes. Or, ce sont les codes qui nous contrôlent. Pour voir le monde autrement. coder n'est jamais une opération neutre.
Camille de Toledo rejette le concept rigide de « littérature engagée » et définit la dimension politique de la littérature comme sa capacité à « influencer les codes, les fictions et les représentations ». Il s'agit là d'une œuvre fondamentale qui touche au fondement même du langage. Il conçoit la vie humaine comme une « vaste production quotidienne de textes », où tout est inextricablement lié à l'histoire politique. Pour lui, « la société démocratique dans son ensemble est une fille de la littérature », car elle a accompagné et façonné la constitution de l'individu. Il souligne que la véritable dimension politique réside dans la « poétique » de l'œuvre, qui filtre et condense les événements du monde au lieu de se contenter de s'y opposer.
Alice Zenit
Alice Zeniter n'éprouve aucune nostalgie pour la « littérature engagée » et ne considère pas la littérature comme superficiellement dépolitisée ou repolitisée. Elle est convaincue que la littérature est toujours politique, car elle « explore la difficulté de s'organiser au sein d'une société partagée » lorsque différentes valeurs s'affrontent. Dans ses romans, elle s'efforce de rendre visible la violence occultée par les statistiques et les manuels d'histoire en proposant « incarnations, perceptions et temporalité ». Elle critique la position qui sépare l'art et la politique, position adoptée par ceux qui profitent de la situation politique et cherchent à faire taire autrui. Pour elle, la littérature est rarement prescriptive, mais éclaire plutôt les échecs et les complexités.
annie ernaux
Pour Annie Ernaux, le politique se perçoit à travers le social. Sa littérature est un instrument qui rend visibles les structures sociales, les rapports de classe et les rapports de pouvoir, notamment grâce à une forme d’« autobiographie collective ». Elle distingue sa « littérature politique » de la « littérature engagée » en examinant de manière critique le fonctionnement social sans recourir à l’écriture comme un simple outil. Pour elle, écrire est toujours un acte politique au sens le plus large, car cela crée une « image du monde, des individus » et interroge l’ordre social ainsi que la condition féminine. Elle souligne l’égalité comme fondement de la liberté et de la fraternité.
Marie-Hélène Lafon
Marie-Hélène Lafon ne nourrit aucune nostalgie pour la littérature engagée, car l'écriture est pour elle intrinsèquement politique, l'être humain étant par essence un être politique. Elle perçoit la politique comme la toile de fond, et non comme un simple ensemble d'événements actuels. À ses yeux, la capacité de faciliter l'accès au langage et à la pensée par la littérature est essentielle à la vie démocratique. Elle aspire à un « langage de la capitale » pour honorer la vie des populations rurales qu'elle décrit, considérant cela comme un acte de justice qui transcende toute analyse de classe. Elle rejette la notion de « langage de gauche » ou de « langage de droite », car le style est profondément personnel et ne saurait réduire une perspective à de simples préférences politiques.
Eric Reinhardt
Éric Reinhardt observe une « repolitisation » de la littérature ces dernières années. Auparavant, on considérait la littérature comme « littéraire » si elle restait à l'écart de la société contemporaine. Il soutient que la littérature ne doit pas se contenter d'exprimer des opinions, mais qu'elle doit « mettre en lumière des aspects de notre réalité » que seul le roman peut révéler, en permettant des « intuitions » à travers les personnages et les situations. Il défend un concept d'« élitisme pour tous », selon lequel la littérature de qualité respecte l'intelligence du lecteur et lui offre une « riche nourriture littéraire ». Pour lui, toutes les questions existentielles sont politiques.
Mathieu Larnaudie
Mathieu Larnaudie perçoit une « dimension politique inhérente à la littérature », car elle dépend de l’objet du regard et de l’intensité qui y est déployée. Il soutient que la littérature est toujours déjà « engagée », puisqu’elle ne peut rester insensible aux événements du monde. Pour lui, la dimension politique de la littérature réside « dans sa forme, dans l’usage qu’elle fait du langage, dans ses choix esthétiques », et non dans la simple illustration d’une « cause ». Il distingue le langage littéraire, qui explore l’ambiguïté, du discours politique, qui vise l’unicité. La littérature contribue à la vie démocratique en promouvant la pensée critique et un usage non utilitaire du langage.
Nicolas Mathieu
Nicolas Mathieu rejette la « littérature engagée » en raison de son caractère didactique et univoque. Il lui préfère une « littérature politique » qui s'intéresse au fonctionnement social et remplit une fonction critique sans se réduire à un simple outil. Pour lui, la tâche de l'écrivain est de « porter la complexité du monde ». La littérature peut avoir un effet émancipateur en « levant les voiles et en dissipant les illusions ». Il estime qu'elle nous rend « un peu plus libres, un peu moins stupides ». Pour lui, tout ce qui touche à la nécessité du vivre-ensemble est politique.
Alice Ferney
Alice Ferney perçoit une « liberté absolue » en littérature et considère la lutte politique comme un sujet littéraire légitime. Elle estime que ce n'est pas la production littéraire elle-même, mais plutôt la critique littéraire qui a été politisée. La littérature peut révéler « l'essence du totalitarisme » par « l'incarnation et le détail ». Elle s'oppose au discours politique par son rapport libre et créatif au langage et par sa prétention à la vérité. Pour elle, il est essentiel que l'artiste ne soit pas « démagogique » et qu'une littérature de haut niveau n'empêche pas la démocratisation. La littérature enrichit la connaissance expérientielle humaine et favorise l'empathie.
Karine Tuil
Karine Tuil est convaincue que la littérature engagée n'a pas disparu, mais qu'elle éveille les consciences. Pour elle, l'acte d'écrire est en lui-même politique, car il implique une décision consciente de se mettre en retrait pour observer et décrire la société. Elle soutient que la littérature renforce et sert le discours politique en étant présente là où elle est nécessaire, par exemple dans les instances politiques et les tribunaux. La littérature est, à ses yeux, la pierre angulaire de la vie démocratique, essentielle à la liberté d'expression, notamment dans les États totalitaires. Tout est politique pour elle, et son objectif est de représenter la réalité avec justice et vérité, même dans ses aspects les plus corrosifs.
Laurent Gaude
Laurent Gaudé a une vision ambivalente de la « littérature engagée », mais il affirme la capacité de l'écrivain à s'impliquer dans la sphère politique. Il perçoit une « permanence » de l'intérêt politique en littérature, car les écrivains, en tant que citoyens, sont façonnés par leur époque. Il met en garde contre la réduction de la littérature politique au « militantisme ». Pour lui, la plus grande force de la littérature réside dans sa « pluralité », qui la rend incompatible avec la pensée dogmatique et en fait un outil de la vie démocratique. Il s'efforce de transformer la « colère civique » en « objets littéraires ».
Aurélien Bellanger
Pour Aurélien Bellanger, la politique est une « limite du monde », et le roman interagit avec cette limite par le biais de l'imagination, manipulant des concepts qui seraient autrement inaccessibles à la pensée. Il estime que « la bonne littérature ne peut être transposée à la politique » car elle possède son propre mode d'action. Il aspire à être un intellectuel et un pédagogue analysant le paysage politique actuel. Il perçoit une « tendance générale au fascisme » dans la société démocratique et croit que la littérature, malgré son rôle officiel, peut contribuer à la contrer.
Patrick Chamoiseau
Patrick Chamoiseau préfère le terme de « littérature consciente » à celui de « littérature engagée », la conscience étant pour lui une « perception poétique de la présence de la diversité du monde ». Il conçoit l'art comme un moyen d'ouvrir l'imagination et de libérer « des signes, des échappatoires et des possibilités » dans toute situation de domination. « Être politique aujourd'hui, c'est rester créateur face à tout cela » (néolibéralisme, enjeux écologiques, monde numérique, etc.). Sa littérature est une « littérature de la relation » : relation à soi, au monde, au vivant, au cosmos. Si les manifestes et les pétitions politiques sont importants à ses yeux, le changement le plus profond est opéré par les « détonations poétiques » des grandes œuvres d'art qui déconstruisent les imaginaires dominants.
Nathalie Quintane
Nathalie Quintane cherche à s'affranchir de l'étiquette de « littérature engagée ». Elle constate un « retour massif du politique en littérature », qui demeure souvent purement thématique et manque d'innovation formelle. Pour elle, tous les romans et poèmes sont politiques. Elle préfère que le politique soit « partie intégrante de la phrase, du texte », et non une intrusion perturbatrice. Son œuvre vise à allier « formes expérimentales » et large accessibilité, sans chercher à plaire à un public préconçu. La littérature devrait offrir une perspective supplémentaire, incitant les lecteurs à être moins hésitants et, simultanément, plus ouverts au doute.
Emmanuelle Pireyre
Emmanuelle Pireyre ne croit pas à la disparition de la « littérature engagée ». Elle perçoit un glissement dans la définition même du « politisé » : les récits personnels qui présentent des perspectives minoritaires peuvent avoir un impact politique. La littérature s'oppose au discours politique du pouvoir car elle ouvre le sens et invite au doute, contrairement au langage univoque de la conviction. La « question principale est celle de la liberté de sens dans le langage », instrumentalisée par le marketing et la politique. Pireyre suggère de faire appel à des écrivains et des artistes comme conseillers auprès des personnes au pouvoir, car leurs perspectives élargies peuvent contribuer au renouvellement des critères politiques.
Chloé Delaume
Pour Chloé Delaume, « la littérature est toujours engagée ; écrire est et demeure un acte politique ». Elle critique une « dépolitisation de la forme » dans la littérature contemporaine, qui privilégie les « récits de vie » au détriment des considérations esthétiques et stylistiques. Pour elle, « la forme est toute-puissante », et une « exigence esthétique » est une exigence politique. Son travail se concentre sur le féminisme et la création d’« outils » permettant aux lectrices de donner une dimension politique à leurs histoires personnelles. Elle estime que le langage courant se vide de son sens sous l’effet de la politique, raison pour laquelle les écrivains doivent « aller au-delà ».
Philippe Forest
Il éprouve une certaine nostalgie pour la littérature engagée, car elle remplit une fonction critique et se distingue de la littérature de pur divertissement. Il affirme que toute œuvre littéraire est politique, implicitement ou explicitement. Il réfute la notion d'artiste « aristocratique » de Mallarmé et souligne que même la littérature la plus sophistiquée se range du côté de la démocratie. La littérature sert à combattre les idéologies qui asservissent et aliènent l'individu et protège sa liberté. Il considère ses propres œuvres comme une protestation politique contre le « culte de la résilience » du néolibéralisme.
Mathias Énard
Mathias Énard émet des réserves quant au modèle traditionnel de « littérature engagée », mais il dissocie sa figure publique de son activité civique. Il estime que le roman est « intrinsèquement politique dès son entrée en ville ». Pour lui, la littérature est la « condition sine qua non de la démocratie », car elle donne accès à une diversité de perspectives et d'idées et offre un répit face au flux incessant d'informations. Il souligne le pluralisme linguistique comme fondement du pluralisme politique. Pour lui, le politique englobe les conflits armés, l'écologie, les droits des minorités et les questions relatives aux femmes.
Stéphanie Dupays
Elle aspire à une littérature qui « subvertit les récits dominants » et « introduit une perspective légèrement différente ». Pour elle, la tâche première de l'écrivain est de « nommer, de trouver l'expression la plus juste » afin de révéler la réalité et de redonner « du poids et du contenu » à un langage vidé de sa substance par les usages politiques et commerciaux. La littérature ne doit ni persuader ni manipuler comme le discours politique. Elle croit que la littérature peut enrichir la vie démocratique en favorisant l'esprit critique et en proposant des récits permettant à une société de se comprendre. Elle rejette le slogan « Tout est politique » comme une dilution du concept.
Leïla Slimani
Je crois surtout que les médias, les critiques, mais peut-être aussi les lecteurs ont repolitisé la littérature. Dans n'importe quel roman, on cherche ce qu'il dit de la société, quel engagement il porte. Sur l'imposition des étiquettes – féministe, anticapitaliste, écologiste – sur les œuvres littéraires et on parle finalement très peu d'écriture.
Leïla Slimani
Je crois avant tout que les médias, les critiques, mais peut-être aussi les lecteurs, ont repolitisé la littérature. On colle des étiquettes aux œuvres littéraires – féministe, anticapitaliste, écologique – et finalement, on parle très peu de l’écriture elle-même.
Leïla Slimani exprime une certaine nostalgie pour la littérature « dépourvue de sens ». Elle perçoit une « repolitisation » croissante de la littérature par les médias et les critiques, qui étiquetent souvent les œuvres et se focalisent sur les questions sociales. Pourtant, elle est convaincue que tout roman est politique car il « recrée le monde », l’observe et nous le présente. Pour elle, la littérature est « absolument essentielle à la vie démocratique » car elle révèle « la possibilité d’un autre monde » et « glorifie la liberté humaine ». Elle déplore l’appauvrissement du langage politique et son incapacité à rendre compte de la complexité.
Marie Cosnay
Marie Cosnay partage l'idée que « la littérature a un message » et que les écrivains « ont des devoirs ». Elle perçoit une repolitisation de la littérature comme une réaction à de « grandes alarmes », qui se manifestent par le mélange des genres et le retour de la sociologie en littérature. Ses expériences littéraires les plus profondes sont politiques et puisent leurs racines dans son enfance, marquée par la guerre et la souffrance. La tâche de la littérature est, selon elle, de « voir et de montrer ». Elle interprète « Coup de feu » de Stendhal comme l'élément politique qui s'immisce dans l'œuvre, la perturbe, mais lui confère simultanément une nouvelle dimension.
Marie Darrieussecq
Marie Darrieussecq rejette la « littérature engagée » car elle conçoit le roman comme un espace d'ambivalence qui ne sert pas la diffusion de messages explicites. Elle observe une forte repolitisation de la littérature contemporaine à travers le retour de l'intime. Ses œuvres, telles que… TruismesSes œuvres sont profondément politiques et naissent de la colère suscitée par les normes sociales et la « culture du viol » imposée aux femmes. De plus, la présence croissante des animaux et les préoccupations planétaires (écologie, Anthropocène) soulèvent de nouvelles questions politiques. Elle évite le discours politique direct dans ses romans, préférant la complexité littéraire pour stimuler la réflexion. Elle partage l'avis de Mallarmé selon lequel l'art n'est pas accessible à tous, mais rejette l'écriture réservée à une élite. Elle distingue les styles d'écriture conservateurs (« de droite ») et progressistes (« de gauche »), qu'elle considère comme délibérément subversifs. La littérature est essentielle à la vie démocratique car elle révèle d'autres mondes et la liberté, raison pour laquelle les dictatures la craignent. Pour Darrieussecq, le politique englobe tout ce qui touche à la vie sociale, y compris la culture, la religion, le féminisme et l'identité. Elle est publiquement engagée en faveur du féminisme et de la liberté d'expression ; ses textes sont politiques tant qu'ils ne se transforment pas en pamphlets.
Arno Bertina
Pour Arno Bertina, la « littérature engagée » est un « horizon », une « tension qui opère au sein des livres », plutôt qu'une condition historique figée. Il soutient que les livres sont politiques non seulement par leur traitement explicite des questions politiques ou sociales, mais aussi par leur « travail formel ». Il valorise les œuvres qui introduisent de la complexité dans les identités et les situations, s'opposant ainsi au discours politique qui cherche à les simplifier. La littérature permet une « prise de distance en ces temps d'ivresse personnelle » et peut « insuffler du désir là où règne le désespoir ». Il adhère profondément à l'affirmation « Tout est politique ».
Sandra Lucbert
La littérature, comme tout ce que les humains fabriquent entre eux, est engagée dans l'ordre politique d'où elle procède. Soit elle s'accorde avec lui : aussi cas elle sera engagée verser L'ordre de l'hégémonie s'oppose donc à Lui, et dans ce cas le sera s'engage contre l'ordre hégémonique.
Sandra Lucbert
La littérature, comme toute création collective, est intrinsèquement liée à l'ordre politique dont elle émerge. Soit elle s'y conforme – auquel cas elle y participe activement. pour l'ordre hégémonique – ou elle lui résiste, et dans ce cas, elle s'y implique contre l'ordre hégémonique.
Sandra Lucbert rejette la catégorie de « littérature engagée » et affirme que toute littérature est intrinsèquement politique. Elle sert soit l'ordre hégémonique (capitalisme, hétéronormativité masculine blanche), soit s'y oppose. La véritable littérature politique ne se contente pas d'aborder les questions politiques, mais « s'attaque aux fondements du langage hégémonique ». Elle appelle à un « positionnement politique contre-hégémonique conscient » qui remet en cause les structures de pouvoir. durch Ils déconstruisent la littérature, ce qui exige des transformations formelles et de nouveaux modèles de financement. Leur message central porte sur la crise de l'ordre hégémonique et la nécessité de nouvelles formes littéraires pour la refléter.
Tendances et différences
La littérature est intrinsèquement politique.
Une très large majorité d'auteurs partagent la conviction que la littérature est intrinsèquement politique, indépendamment de leurs intentions. Elle est l'expression d'une présence au monde et d'un engagement envers celui-ci.
La distinguer de la « littérature engagée » traditionnelle
Nombre d'auteurs prennent leurs distances avec le modèle classique de la « littérature engagée » (tel que décrit par Sartre), qu'ils jugent souvent trop didactique, simpliste ou désuet. L'époque de l'écrivain comme tribun public, affirment-ils, est révolue.
Le social comme centre du politique
L'accent est mis sur le rôle de la littérature dans la représentation et l'analyse des structures sociales, des rapports de classe, des inégalités et des groupes marginalisés. Il s'agit notamment de rendre visible l'invisible et d'éclairer la complexité du vivre-ensemble.
Signification du langage et de la forme
Nombreux sont ceux qui affirment que la dimension politique réside non seulement dans le contenu, mais essentiellement dans la manière dont il est présenté. comme On exprime quelque chose – par le langage, le style, la forme et les choix esthétiques. La littérature devient un contre-langage au jargon politique et au discours médiatique. Storytelling compris.
Potentiel émancipateur
La littérature est perçue comme un outil d'émancipation individuelle et collective. Elle encourage la pensée critique, élargit les perspectives, favorise l'empathie et remet en question les récits dominants.
Concept de grande portée du politique
Un nombre important d'auteurs utilisent un cadre définitionnel très large pour le politique, qui inclut les questions culturelles, religieuses, écologiques, féministes et liées à l'identité, et ne se limite pas à la politique institutionnelle.
Différences de positions
Engagement direct du public par rapport à l'impact du travail seul
Certains auteurs, comme Annie Ernaux, Laurent Binet, Patrick Chamoiseau, Karine Tuil, Marie Darrieussecq, Arno Bertina et Sandra Lucbert, sont prêts à prendre position publiquement ou à signer des pétitions lorsqu'ils le jugent nécessaire. D'autres, parmi lesquels Jean Rouaud, Yannick Haenel, Marie-Hélène Lafon, Éric Reinhardt et Nicolas Mathieu, rejettent l'intervention publique directe des écrivains, la considérant inefficace ou estimant que le véritable impact politique doit résider dans l'œuvre elle-même. Mathieu Larnaudie adopte une approche plus nuancée, évaluant avec discernement l'efficacité des forums publics et privilégiant l'écriture personnelle.
Optimisme et pessimisme concernant l'impact de la littérature
Certains auteurs sont très optimistes quant au pouvoir transformateur de la littérature, qui consiste à éveiller les consciences et à révéler de nouvelles perspectives (par exemple, Leïla Slimani, Karine Tuil, Patrick Chamoiseau, Mathias Énard, Philippe Forest). D'autres se montrent plus prudents, voire pessimistes, quant à l'impact direct de la littérature dans un monde façonné par les médias et la commercialisation (par exemple, Jean Rouaud, Yannick Haenel, Mathieu Larnaudie, Stéphanie Dupays).
Artiste « aristocratique » contre artiste « démocratique » (Mallarmé)
Certains auteurs partagent l'avis de Mallarmé selon lequel l'artiste doit conserver une certaine « aristocratie » dans son travail exigeant, même si l'humanité est démocratique (par exemple, Alice Ferney, Leïla Slimani et, dans une certaine mesure, Éric Reinhardt). D'autres, tout en reconnaissant l'importance des standards artistiques élevés, rejettent l'étiquette d'« aristocratie », la jugeant élitiste ou dépassée. Ils s'efforcent de rendre l'art sophistiqué accessible à tous (par exemple, Laurent Binet, Patrick Chamoiseau, Nathalie Quintane, Emmanuelle Pireyre, Chloé Delaume, Philippe Forest, Mathias Énard, Arno Bertina et Sandra Lucbert).
L'existence d'un « langage de la gauche » et d'un « langage de la droite »
La plupart des auteurs rejettent l'idée d'un « langage de gauche » et d'un « langage de droite » clairement distincts. Ils considèrent le style comme une expression individuelle ou comme transcendant les catégories politiques. Certains reconnaissent toutefois que certaines tendances stylistiques peuvent être associées à une affiliation politique ou que le langage peut être instrumentalisé.
Représentation de la société contemporaine
Certains auteurs abordent explicitement la représentation de la société française contemporaine (par exemple, Annie Ernaux, Karine Tuil, Leïla Slimani, Stéphanie Dupays, Aurélien Bellanger). D'autres privilégient les événements historiques ou les enjeux mondiaux, pour lesquels une représentation directe du présent s'avère moins pertinente ou efficace au regard de leurs objectifs politiques (par exemple, Laurent Binet, Laurent Gaudé, Mathias Énard, Patrick Chamoiseau).
Conclusion de Gefens
Dans la dernière partie, Gefen résume les diverses fonctions politiques de la littérature contemporaine et donne une perspective sur son rôle dans la démocratie :
Impact politique indirect
Gefen observe que l'action politique des écrivains est souvent plus subtile que l'activisme direct ou le discours argumentatif. La littérature peut avoir un impact politique en analysant et en réinterprétant l'histoire.
Découvrir les traumatismes sociaux
La littérature a le pouvoir de révéler les traumatismes sociaux et de susciter une prise de conscience collective, pouvant même influencer les médias et la législation. Gefen cite la lutte contre le harcèlement et l'inceste comme exemples où des contributions littéraires ont permis d'introduire ces questions dans le débat public.
Pertinence par rapport aux enjeux sociaux actuels
La littérature aborde des questions centrales telles que l'écologie, les inégalités sociales, les migrations et le féminisme, qui sont perçues comme les principales préoccupations des auteurs.
Émancipation et réinvention
Elle sert d'instrument d'émancipation et de réinvention individuelle en permettant de nouvelles perspectives et en remettant en question les normes établies. Elle peut encourager les lecteurs à partager les expériences d'autrui et ainsi former des communautés.
Critique et visions utopiques/dystopiques
Les écrivains dévoilent la face sombre de l'histoire officielle, rendent visibles les identités émergentes et explorent de manière imaginative des solutions pour l'avenir, notamment à travers des représentations dystopiques de sociétés contrôlées ou d'utopies post-genre.
action « micropolitique »
La politique littéraire est décrite comme un domaine complexe et nuancé qui se refuse à toute formule simpliste. Elle promet une efficacité nouvelle en rejetant le paternalisme et en privilégiant une représentation fidèle de la pluralité des modes de vie. Il s'agit d'une action « micropolitique » visant à « changer le monde sans s'emparer du pouvoir ».
Renforcer la démocratie
Gefen souligne le rôle de l'écriture et de la lecture comme pratiques efficaces au service de la démocratie, fondées sur une prise de conscience de la diversité des modes de vie et leur expression précise. Malgré les menaces qui pèsent sur la démocratie, un consensus se dégage quant au rôle démocratique de la littérature, même si de nombreux auteurs s'abstiennent de tout engagement politique partisan direct.
Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.