Le droit bafoué : Nelly Alard

Cet article est écrit en allemand. Traduction automatique :

affaire d'État

Alors que le préfet de police soutient qu'il a été touché par un projectile envoyé par un casheur, des vidéos circulant sur les réseaux accusant les forces de l'ordre.

Alors que le préfet de police affirme avoir été touché par un objet lancé par un émeutier, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux accusent les forces de sécurité.

Cette phrase se situe au cœur de la tension esthétique et éthique de La ManifIl confronte deux régimes de vérité rivaux : l’institutionnel et le médiatisé. D’un côté, la version officielle du pouvoir – la voix de l’État, incarnée par le préfet de police, qui accuse un « casseur », figure emblématique du chaos urbain. De l’autre, le contre-pouvoir visuel des images numériques, qui offrent une lecture alternative via les réseaux sociaux : la culpabilité de la police. Cette opposition soulève des questions centrales du roman : qui rend la justice ? À qui appartient la vérité ? Et que se passe-t-il lorsque les récits institutionnels sont contestés par des contre-récits issus de la société civile ? Alard expose non seulement la fragilité du discours d’État, mais souligne aussi le rôle précaire de l’image et de la preuve. Les vidéos constituent certes une accusation, mais elles ne garantissent pas la justice. Au contraire, elles exacerbent l’ambivalence : visibilité ne rime pas avec vérité, et publicité ne rime pas avec justice. Ce constat ouvre ainsi un champ de tensions où… La Manif En termes littéraires, le roman se situe entre représentation et réalité, entre ordre étatique et doute civique. C’est dans cet espace liminal que se déploie sa poétique narrative, comme une quête de vérité, de justice et de responsabilité morale.

Le roman de Nelly Alard La manifeste (Gallimard, 2025), inspiré de faits réels, met en lumière l'impact dévastateur des violences d'État et des injustices institutionnelles sur une famille. Le récit critique le manque de transparence et de responsabilité au sein de l'appareil d'État français, notamment de la police et de la justice, en érigeant une tragédie personnelle en enjeu national. Il explore également le fardeau psychologique et émotionnel complexe subi par les victimes et leurs familles, engendrant une profonde désillusion, une perte de confiance et une remise en question des relations familiales. Face à la désinformation médiatique, aux dissimulations officielles et à l'impuissance des familles, le texte déploie une démarche esthétique et narrative complexe qui, loin d'affirmer la justice, la recherche, en témoigne et la réclame.

Le roman s'ouvre le 26 mai 2016, lorsque Agnès et Gilles apprennent que leur fils Romain, âgé de 28 ans, est dans le coma et entre la vie et la mort après un « incident » survenu en marge d'une manifestation contre la loi sur le travail. Alors que le préfet de police affirme que Romain a été touché par un projectile tiré par un « fauteur de troubles », des vidéos circulant sur internet accusent les forces de l'ordre. Cette contradiction plonge la famille – Romain, ses sœurs Clotilde et Judith, sa petite amie Nastassja, ses parents Agnès et Gilles, et sa grand-mère Françoise – dans le deuil et les oblige à remettre en question la version officielle. S'ensuit une longue quête de vérité, qui conduit la famille à travers les couloirs de l'hôpital, les reportages contradictoires des médias et les rencontres avec de hauts responsables gouvernementaux. Lorsque Romain se réveille miraculeusement de son coma, il souffre de graves séquelles physiques et psychologiques. La bataille juridique qui s'ensuit est marquée par des retards, des dissimulations et, finalement, l'abandon définitif de la procédure, provoquant une profonde amertume et une grande résignation au sein de la famille.

Le style narratif à points de vue multiples permet une compréhension profonde de l'expérience subjective du traumatisme et des différentes stratégies d'adaptation des personnages. Voici un exemple de la manière dont la narration à points de vue multiples est mise en œuvre dans le livre :

Agnès et Gilles (parents de Romain)

Leur réaction est d'abord marquée par le choc et l'incrédulité lorsqu'ils apprennent que leur fils a été blessé lors d'une manifestation – une chose qu'ils ne peuvent imaginer arriver à Romain. Le voyage vers Paris est pour eux une épreuve douloureuse, ponctuée d'informations contradictoires et du comportement déconcertant du personnel hospitalier et des autorités. Gilles est particulièrement en colère et soupçonne un complot dès le départ, tandis qu'Agnès oscille constamment entre espoir et désespoir.

Clotilde (la sœur aînée de Romain)

En tant que médecin, elle est en mesure d'évaluer professionnellement l'état de santé de Romain, ce qui exacerbe ses craintes et ses inquiétudes. C'est elle qui coordonne les efforts de la famille et communique avec le personnel hospitalier. Son point de vue révèle également sa frustration face à la bureaucratie et à l'indifférence qu'elle perçoit. Pragmatique, elle souhaite aller au fond des choses, ce qui la pousse finalement à s'adresser aux médias.

Judith (la sœur cadette de Romain)

Judith, la plus émotive des enfants, fond immédiatement en larmes. D'abord sceptique quant au rôle de Romain dans la manifestation, car elle le sait colérique, son point de vue change radicalement lorsqu'elle voit les vidéos des chaînes de télévision russes. Ces vidéos montrent les circonstances réelles de l'accident de Romain et contredisent la version officielle. Elle est désabusée par le système judiciaire et la façon dont les médias traitent l'affaire.

Françoise (la grand-mère de Romain)

Elle entretient avec Romain un lien particulier, presque mystique. Son point de vue est empreint de regret, car elle aurait aimé le dissuader d'aller manifester. Elle est également profondément déçue par la politique et la direction que prend la société.

Romain (la victime elle-même)

Son point de vue est d'abord marqué par le coma, la confusion et le délire, où il se sent piégé et torturé. À son réveil, après sa convalescence, il subit de plein fouet le choc des événements et l'injustice du système judiciaire. Son espoir naïf initial de justice cède la place à une profonde désillusion.

Nastassja (la petite amie de Romain)

Elle apprend la nouvelle de la blessure de Romain en Islande et vit son voyage de retour paniqué. Son témoignage révèle la détresse émotionnelle et la peur physique qu'elle ressent, notamment concernant la blessure à la tête de Romain et son changement de personnalité.

Sandro (le partenaire de Clotilde)

En tant que médecin expert, il soutient Clotilde grâce à ses connaissances spécialisées et est consterné par les injustices du système. C'est lui qui traduit les détails médicaux les plus complexes pour Agnès et Gilles.

Ces différents points de vue se complètent et montrent comment un événement traumatique unique affecte une famille entière de multiples façons, et combien il est difficile de découvrir la vérité et d'obtenir justice au sein d'un système complexe. La narration à perspectives multiples permet à l'auteur d'éclairer de manière exhaustive les dimensions émotionnelles, psychologiques, médicales et juridiques de l'histoire.

Le style narratif d'Alard est décentralisé, polyphonique et caractérisé par une grande proximité avec les personnages. Il s'agit d'une poétique de la lenteur et d'une profondeur psychologique, qui oppose la rigidité du discours juridique et politique à la douceur de la subjectivité. Les chapitres alternent entre les membres de la famille, créant un récit fragmenté mais cohérent de la souffrance familiale. Le roman montre comment l'injustice politique s'enracine dans les biographies privées, comment le corps de la victime (Romain) devient une archive silencieuse des bouleversements sociaux. L'engagement éthique et esthétique du texte réside dans cette polyphonie : il ne se contente pas de condamner, mais, grâce à une recherche méticuleuse, à des scènes médicales et juridiques d'une grande richesse de détails et à des mondes intérieurs d'une grande crédibilité psychologique, il crée un processus littéraire de production de la vérité. La Manif Il ne s'agit pas d'un traité, mais d'un processus : la littérature comme une audience, une enquête, une forme de processus qui considère la justice comme un idéal ouvert, encore à atteindre.

Le roman devient ainsi un acte de résistance civile, non par sa quantité, mais par sa ténacité, son empathie et sa structure. Alard parvient à créer une littérature engagée qui transcende le pamphlet : une forme narrative de justice qui intervient là où le système judiciaire lui-même échoue. L’auteur passe d’un registre de langue à l’autre. Du langage brut et émotionnel de la famille dans les moments de choc et de colère, au jargon médical et juridique précis mais souvent froid, jusqu’au langage cynique et manipulateur des instances officielles. Ce changement de registre intensifie l’aliénation de la famille et son sentiment d’impuissance face au système.

Dissimulation et autoprotection

La confrontation involontaire avec la violence d'État et la quête éprouvante de la vérité

Le roman plonge la famille dans un cauchemar, d'abord brutalement interrompu par le décalage entre le récit officiel et l'expérience personnelle. La nouvelle de l'état de Romain parvient à Agnès et Gilles au Cap Ferret, loin des manifestations parisiennes. Clotilde, la première informée, s'étonne de la participation de son frère à une manifestation : « une manifestation ! Mais Romain n'a jamais manifesté sa vie ! Qu'a-t-il fait à une manifestation ? » Cette incrédulité est partagée par toute la famille, car Romain n'est pas connu comme un militant, mais plutôt comme quelqu'un qui « a toujours préféré observer, rester en retrait ».

La version officielle des faits, selon le préfet de police, où Romain aurait été touché par un « projectile lancé par un fauteur de troubles », est rapidement démentie (comme indiqué en introduction) par des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. Gilles est furieux de ce mensonge flagrant : « Mais quand on leur impose ces histoires, quand ils osent raconter n'importe quoi avec des boules de pétanque et du mobilier urbain, il y a forcément de quoi les rendre fous. » La famille se retrouve ainsi contrainte de se battre pour la vérité, qualifiée d'emblée d'« affaire d'État », soulignant la dimension politique de leur souffrance. Le fait que le message laissé sur le répondeur de Romain le jour de l'incident ne contienne qu'un long gémissement ne fait qu'accroître l'incertitude et la terreur au sein de la famille.

Le traumatisme et ses multiples effets psychologiques sur la famille

L'événement et l'incertitude qui s'ensuit pèsent lourdement sur toute la famille. Agnès vit dans un état d'intranquillité, avec le sentiment que « tout peut arriver, à tout moment. Même le pire. Surtout le pire. » Ce sentiment est une conséquence directe du 26 mai 2016 et de l'effondrement de leur équilibre. Agnès souffre particulièrement du manque d'affection physique au sein de sa famille, tandis qu'elle admire Sandro, le compagnon de sa fille, pour sa nature chaleureuse et tactile.

Clotilde, la médecin, a l'habitude d'annoncer de mauvaises nouvelles, mais elle peine à conserver son professionnalisme au sein de sa famille. Elle se sent trop froide envers sa mère, car elle endosse le rôle de la femme organisée et rationnelle. Son objectivité professionnelle est cependant mise à l'épreuve lorsqu'elle rencontre des médecins comme le docteur Troadec à l'hôpital, qui semble considérer Romain comme un escroc ou un voyou. Clotilde est sidérée par le manque d'empathie et les propos déplacés du professeur F., qui déclare à propos de l'état de Romain : « Ah, ça on peut dire qu'il a bien morflé, son hémisphère gauche, il a sacrément morflé. »

Le réveil de Romain est un choc pour sa famille. Au lieu de voir son fils, Agnès se retrouve face à une « bête sauvage », attachée à son lit par des tubes et des sangles, qui marmonne des insultes incompréhensibles, notamment la phrase répétée : « Pas un CRS, un manifestant. » Judith ne reconnaît pas son frère et décrit son regard comme celui d'un « fou ». Cette scène illustre le traumatisme extrême de Romain et les bouleversements psychologiques qui en découlent. Il est persuadé d'avoir été kidnappé ou d'être interné en hôpital psychiatrique. L'absence de souvenirs de l'incident et le fait que sa famille lui cache la vérité exacerbent son angoisse. Après avoir visionné la vidéo de l'incident, il se souvient de tout, y compris des mots que les policiers lui ont adressés dans l'ambulance : « Tu vas me dire que ce n'est pas un CRS, mais un manifestant qui t'a fait ça », ce qui conforte la théorie du complot de Gilles et Sandro.

La dissimulation institutionnelle et la déception envers le système judiciaire

La procédure judiciaire se révèle être une lutte acharnée contre un système qui semble conçu pour étouffer l'affaire et se protéger. La famille comprend rapidement que « l'affaire Romain D. est devenue une affaire d'État ». Le ministre de l'Intérieur et le préfet de police se montrent d'abord préoccupés, mais leurs déclarations restent vagues et contradictoires. Le préfet de police insiste sur le fait que Romain a été touché par un projectile tiré par un « casseur ». Gilles et Clotilde confrontent le ministre aux incohérences, Gilles exigeant la vérité sans détour : « Soit vous nous expliquez qu'il s'agit d'une affaire d'État et que nous devons la dissimuler, et pourquoi, soit vous nous dites la vérité. Quel choix faites-vous ? Cette question est cruciale. » La famille espère que le ministre tiendra sa promesse de faire éclater toute la vérité.

L'enquête judiciaire, cependant, progressa lentement. Le rapport de l'IGPN, que Romain reçut par l'intermédiaire de son avocat, ne révéla aucune trace d'engins pyrotechniques sur sa veste, mais détecta des traces de cocaïne – une découverte qui le surprit, car il n'avait jamais consommé de drogue, et qui, selon lui, « démontre le caractère partial de l'enquête ». Ce rapport exonéra le policier de toute culpabilité et rejeta toute sanction administrative. L'avocat critiqua les incohérences du rapport d'enquête final, qui « n'hésitait pas à exposer des contradictions », et déplora que la nécessité et la proportionnalité du recours à la force n'aient pas été suffisamment examinées. La décision de non-lieu fut perçue comme « lunaire » et « ahurissante », car elle acceptait les déclarations du policier concernant la mise en danger présumée, malgré les preuves vidéo qui les contredisaient. L'arrêt de la Cour de cassation en octobre 2023, confirmant le non-lieu, mit un terme définitif à l'affaire. Dès lors, Romain se sent haï non seulement par le policier, mais par l'État et la société dans son ensemble : « c'était l'État lui-même, la société toute entière qui ne l'aimait pas ».

La perte des illusions et la recherche désespérée de sens

Les revers répétés dans son combat pour obtenir justice plongent Romain et sa famille dans une profonde résignation. Si, au départ, Romain croit en la possibilité d'une justice rendue et se voit même comme un « faiseur de miracles » ou un homme investi d'une « destinée chrétienne » pour comprendre l'incident, cette illusion s'effrite peu à peu. Le non-lieu signifie pour lui qu'il n'a aucun droit de porter plainte. Ironie du sort, la procédure même censée lui apporter justice devient un nouveau traumatisme. La publication du mémoire de la défense du ministère de l'Intérieur, qui impute à Romain une responsabilité partielle dans ses blessures et affirme qu'il avait une « parfaite conscience du danger », est le coup de grâce.

Nastassja, la petite amie de Romain qui l'accompagne dans cette épreuve, se sent dépassée et finit par le quitter, persuadée que Romain « ne pensait qu'à ça [son traumatisme et son rôle de "guérisseur miracle"], ils ne parlaient que de ça ». Elle aussi perd ses illusions sur la justice et le sens de ce combat. La famille voit le sort de Romain, d'abord considéré comme une « affaire d'État », se réduire dans les médias à un « petit incident banal » et être éclipsé par de nouvelles catastrophes comme la Covid, la guerre en Ukraine et les attentats de Nice. Agnès et Gilles souffrent du manque d'attention médiatique et du sentiment de ne pas en avoir fait assez. Malgré tout, Agnès tente de continuer à vivre malgré la peur constante. Romain commence à participer à des manifestations, non par provocation, mais par besoin d'exercer son droit à la liberté d'expression et de « voir, sentir et humer » la révolte. Son but n'est plus la vengeance, mais la prise de conscience que « la justice, si elle n'est pas exercée, n'est jamais loin de la dictature ».

La confiance dans les institutions

La première réaction fut d'incompréhension : au lieu des images d'affrontements qu'elle s'était préparée à voir, la vidéo montrait une scène au premier abord banale, quotidienne, des passants marchant sur un trottoir tandis que des voitures roulaient tranquillement sur une avenue menant au Périphérique, n'apercevaient au loin le panneau d'accès. […] Noam arrête la vidéo. — Voilà, maintenant tu sais ce qui s'est passé. Romain est pris à une grenade lancée par un flic. […] Que le préfet veuille venir SE RÉJOUIR de son état de santé alors même qu'il était encore en réanimation avec son trou dans la tête, uniquement parce qu'il devait penser comme tout le monde que Romain allait mourir et qu'il avait peur dans ce.

La première réaction fut l'incompréhension : au lieu des images d'affrontements auxquelles elle s'était préparée, la vidéo montrait ce qui semblait au premier abord une scène banale, du quotidien : des piétons flânaient sur un trottoir, tandis que des voitures circulaient calmement sur une avenue menant au périphérique, dont le panneau d'entrée était visible au loin. […] Noam arrêta la vidéo. — Alors, maintenant tu sais ce qui s'est passé. Romain a été touché par une grenade lancée par un policier. […] Le fait que le préfet ait voulu venir se réjouir de son état de santé, alors même qu'il était encore en soins intensifs avec une plaie béante à la tête, simplement parce que lui aussi, comme tout le monde, pensait sans doute que Romain allait mourir et craignait de servir de bouc émissaire, qu'il soit si heureux de pouvoir conserver son poste, qu'il ait voulu venir à son chevet pour se réjouir qu'un officier sous ses ordres lui ait fracassé le crâne… Romaine trouva que c'était aller un peu trop loin.

Ce passage illustre le rôle crucial des preuves vidéo et le décalage choquant entre le récit officiel et la réalité. L'« incompétence » initiale de Judith face aux images de la blessure de Romain renforce l'authenticité de la scène. La description d'une scène « banale, quotidienne », à l'opposé des « images d'affrontements » attendues, souligne que Romain n'était pas un manifestant actif mais un simple observateur, accentuant ainsi la brutalité des violences policières. La révélation glaçante de Noam (« Romain a été touché par une grenade lancée par un policier ») est un véritable choc et provoque la prise de conscience de la famille, qui sort de sa naïveté et de son incrédulité initiales. Plus tard, lorsque Romain visionne les vidéos et lit les articles de presse, il comprend les intentions cyniques des autorités : le préfet se réjouit de son rétablissement non par compassion, mais pour consolider son poste et étouffer l'affaire. L'expression « SE RÉJOUIR », en majuscules, souligne l'absurdité et le sarcasme de la situation. Ce contraste entre la vérité visible et les mensonges officiels – qui persistent même face à une victime grièvement blessée – alimente le combat de la famille pour obtenir justice. Il révèle les structures de pouvoir prêtes à déformer la réalité pour se protéger.

La manifeste Bien plus qu'une simple fiction inspirée d'un fait divers de brutalité policière, ce roman est une œuvre profondément humaine et engagée qui saisit avec brio la poétique du témoignage et la perte des illusions. Sa force réside dans sa structure narrative polyphonique : en alternant constamment les points de vue des différents membres de la famille – Agnès, Gilles, Clotilde, Judith, Françoise, Nastassja et enfin Romain lui-même – le lecteur accède à une compréhension globale du traumatisme et de ses conséquences profondes. Cette polyphonie souligne non seulement la subjectivité de la perception, mais amplifie également l'impact émotionnel en décrivant en détail les différents mécanismes d'adaptation, de la colère et de la résignation à un engagement renouvelé.

Ce roman, inspiré de faits réels, explore la manière dont une société se considérant comme un État de droit gère la violence perpétrée par ses propres institutions, et dans quelle mesure la « fait divers » d’un individu devient le symptôme d’un dysfonctionnement sociétal plus profond. L’« intranquillité » qu’éprouve Agnès est métaphorique du sentiment collectif d’incertitude qui règne en ces temps difficiles. Par sa poétique, le roman ne se contente pas d’évaluer l’injustice concrète dont est victime Romain D., mais interroge également les fondements de la confiance dans les institutions étatiques et plaide avec force pour l’importance de la vérité et de la responsabilité pour le fonctionnement d’une démocratie.

La poétique du roman se caractérise également par un réalisme implacable, qui n'hésite pas à exposer les défaillances bureaucratiques et humaines des institutions. Les descriptions détaillées de l'environnement hospitalier, des procédures juridiques et de la dynamique médiatique créent une atmosphère authentique et oppressante. Le décalage entre la terminologie officielle (par exemple, « incident » au lieu d'« agression ») et la brutalité vécue est mis en évidence par des dialogues précis et des monologues intérieurs qui rendent palpable la frustration et le sentiment d'impuissance de la famille.

Dans l'une des dernières scènes de La Manif Romain, sorti du coma, et sa mère Agnès sont assis sur un banc du Jardin du Luxembourg. Le silence règne. Le printemps est arrivé. Les oiseaux chantent. Romain parle à peine – sa voix est encore fragile, ses souvenirs fragmentaires. Et pourtant, il est là, contre toute attente. Une cicatrice à la tempe. Aucun procès n’a rendu justice, aucun verdict n’a été prononcé. Mais ils sont là, dans cet instant partagé, au cœur de la ville, qui est à la fois le théâtre de l’injustice et celui de la vie. Cette scène illustre la poétique littéraire d’Alard. La Manif Le roman rejette le dénouement dramatique, la résolution définitive, la « justice » au sens classique du terme. Il laisse plutôt émerger une forme de justice discrète et ouverte, qui réside dans la persévérance, la solidarité et la continuité de la vie. C'est un droit non garanti par les institutions, mais par l'attention narrative, par le récit, par la mémoire et la préservation. Le roman d'Alard ne s'achève pas sur une conclusion juridique, mais sur un geste existentiel : la persévérance malgré tout. Ce faisant, il exprime… La Manif une littérature qui ne remplace pas la loi, mais la conteste – comme mémoire éthique de la société, comme lieu où les droits des personnes s’affirment face au silence du pouvoir.

Suggestion de référence/citation
Nonnenmacher, Kai. « Le droit violé : Nelly Alard. » Rentrée littéraire : littérature française contemporaine. 2025. Consulté le 19 mai 2026 à 10h31. https://rentree.de/2025/07/11/das-verleute-recht-nelly-alard/.

Cet article, rédigé en allemand, est disponible à l'adresse https://rentree.de. Des traductions automatiques en anglais et en français sont également disponibles. Anglais, Französisch.


Nouveaux articles et critiques


Rentrée littéraire : littérature française contemporaine
Vue d'ensemble de la vie privée

Ce site web utilise des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations des cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site vous trouvez les plus intéressantes et utiles.